MUQUEUSES DE L'CEIL ET DES VOIES LACRYMALES
leur surface on voit des saillies plus ou moins grandes.
On comprendra que nous n^nsistions pas sur la description des lésions de la cornée ou des milieux de l'œil. Les travaux de Virchow, Warlomont et Testelin, Robin, Pagenstecher et Genth, etc., ont fait connaître Panatomie pathologique des kératites ou des cataractes ; mais les résultats auxquels ils sont arrivés ne pourraient être exposés en quelques lignes. Ce n'est pas, d'ailleurs, sans de grandes difficultés et des préparations histologiques assez minutieuses que l'on arrive à pouvoir donner une idée des lésions que présentent les membranes ou les milieux de l'œil, et à pouvoir expliquer leur genèse. Ces recherches ne sauraient donc, non plus que l'étude des tumeurs, être exposées dans un manuel élémentaire.
Anatomia
La muqueuse respiratoire ne présente pas partout la même structure : la plus grande partie de son étendue est couverte par un épitliélium cylindrique vibratile ; le reste par un épithélium pavimenteux stratifié (glotte) ou simple (alvéoles pulmonaires).
Muqueuse à épithélium cylindrique vibratil^. Telle est la muqueuse des fosses nasales, de la trachée et des bronches : on voit que cette muqueuse des voies aériennes est interrompue en deux points : à Tendroit où le canal aérien croise le canal alimentaire et au niveau de la glotte, oii Tépithélium vibratile ne pouvait s*adapter aux fonctions de Torgane phonateur. — Étudiée au niveau des fosses nasales (voy. p. 281), cette muqueuse doit Tôtre aussi au niveau de Tarbre aérien proprement dit.
Vépithélium vibratile commence à se montrer sur la base de Tépiglotte et sur les cordes vocales supérieures ; il tapisse alors tout Tintérieur du larynx, excepté le bord libre des cordes vocales inférieures (seules véritables cordes vocales, glotte) ; il apparaît de nouveau au-dessous de ces cordes vocales, et tapisse la trachée et les grosses bronches. — Dans toute cette étendue, cet épithélium est stratifié; c*està-dire quMl se compose de plusieurs couches profondes de cellules polyédriques ou plus ou moins arrondies, et d*une couche superficielle de cellules coniques, très-longues (33 à 45 fi de longueur), s*insinuant par leur extrémité très-aiguë entre les cellules précédentes, et se terminant par leur base
libre en un pUteou ganii de nombreux et longs c li vibriUles (fi. 77). L étude de ces cils ■ été rap dément indiquée ) propos de 1 épithél um des fasses nassles il eat ftcile de trouver encore de ces cis en mouvement sur le cadavre, ar Us conservent leurs oscillttions vingt-qiMtre heures et mtoie
Fig. 77. — BpitlKliiua librmtîl* ds Is tracbét de l'tai mms (550 d.|. (KtBllïker.) — a, portion intenu ô»i 6bm «UsliqoH longïtiidiiul» .
quarante-huit heuras après La mort générale. Cet épithéliuni est supporta par un chorion de tissu conjonctiT riche eu fitireB élastiques, généralement dépourvu de papilles, et tris-ncbe en glandes. Ces glandes sont pour la plupart des gluides muqueuses, c'est-à-dire qu'elles se composent de culs-desac ramifiés el disposés en grappes, et i vésicules tapisséei d'un épithélium pavimenleui comme les glandes muqueuses de la bouche. Telles sont les glandes parfois volumineuses du lir;ni, les glandes moins développées de la trachée (surlout en paroi antérieure], et même celles des grasses bronches ; mus sur ces derniers canaui les glandes deviennent de plus en plus petites, et ne présentent qu'un épithélium cylindrique el des vésicules allongées, circonscrivant une cavité étroite; quslques-unes sont de simples culs-de-sac ou présentent tout
ANATOMiE. agi
•u plus une biftircation. (Kœlliker.) — A mssurs que l'on descend dans les lïnes bronches, l'épithélium vibritile diminue d'^»isseur, puis ne se ctHnpose plus que d'une seule couche de cellules i cils vibrstiles ; enfin ces cellules etlesroémes perdent leurs cils, s'epUtissent et f Bensiblement en un simple ëpithélium p«- Tiinenteui (Bg. 78); an même temps les glandes disparaissent ; c'est donc une transition graduelle qui nous conduit à l'épithélium des alvéoles pulmonaires.
Muqueuses à épitkélium pavimenteua> : l'épithélium du bord libre des cordes vocales ne mérite pas de noue arrêter : c'est un épithélium stratifié identique i celui de la bouche et du pharjiu.
[1 n'en est pas de même du retêtement épithélial des alvéolai pulmonaires ; l'eiistence et le mode de disposition de ,'
c«t épitbéliiHi a été longtemps un sujet ij , de débat entre les histologistes, Cepen- ^v^ fl^!. dsM on peut dire aujourd'hui, avec Kœlli- ; ] .■;-'./■■ M fcer, que l'opinion, d'après laquelle les ''■ ■--,' ,^': ^^
vésicules puhnonaires seraient complète- ' '^' " V
ment dépourvues d'épïthélium, peut être Fig.78.Ë]Httiélioin considérée comme définitivement cou- vibralile de U tra- Irouvée. "'^^ 's™"- ^™)-
L'nn des plus éminents parmi les micro- S°'!^, '"^'^^'^ graphes qui ont aie l'eiistence de l'épïthé- (Kcciiiiier | llum pulmonaire, le professeur Villemin', nous paraît avoir été induit en erreur par le» préparations compliquées qu'il faisait subir ans: lobules pulmonaires avant de les étudier au microscope (dessiccabon, bichlorure de mercure, eau ammoniacale, et enfin iode). L'épithélium pulmonaira, qui est très-délicat, devait âtre détruit par ces préparations. Depuis les travaux d'Ëbcrth et d'Elenz (IStU), l'étude de cet épithélium, faite par l'imprégnation au nitrate d'ai^ent, a
392 MUQUEUSE RESPIEUTOIRE.
permis de constater que la surface interne deB Blvjolei pulmonaires est Ispiseée par une miace couche déptbriUuni tormé de câUules minces et iplsties contenant un gros no;iu. Kcelbker avoue que chez 1 homme uoe préparation complèu de
ig. 79. — Ëp thél um pulmonam i nno ilTiole p«nph4r qua d> rai silulle, readn appinnl par la n trtte à argent (d Iprti EltnU]. -
cet épithélium est trés-difRcile, et que miSme chez des enfinU il lui a été impossible de le ïoir m aita, mais on peui parfaitement le préparer sur des mammifères très-voisins de l'homme, et nous douDons, d'après Kœllïker, uns Bgure de Kl épithélium chez le rat adulte 'Sg. 79]. On voit que les noyiU> des cellules se réfugient pour ainsi dire dans les maille! i'i capillairea, et que la partie de la cellule qui recouvre \t' capillairee se réduit a une mince plaque; souvent même («s plaques se fusionnent et on n'aper(oit plus les lignes de séparation des celiulee. Mais on voit aussi que là oil In
mailles vasculaires sont un peu plus larges, elles contiennent, outre les portions des cellules précédentes, des cellules complètes, dont tout le contour est visible, et qui ne prennent aucune part à la formation des plaques presque amorphes étendues sur les capillaires. Nous insistons sur Texistence et la nature de cet épithélium pulmonaire, parce qu'il est très-important au point de vue des produits pathologiques auxquels il peut donner lieu. Au-dessous de Tépithélium pulmonaire, on ne trouve pas de chorion muqueux, mais directement la charpente des alvéoles; on pourrait tout aussi bien dire que le chorion muqueux constitue la charpente des alvéoles. En effet, cette charpente est formée d'une tunique fibreuse qui t résulte évidemment de l'union intime de la muqueuse bronchique avec la tunique fibreuse des bronches, toutes deux fort amincies > (Kœlliker). Elle se compose d'une couche fondamentale de tissu conjonctif homogène avec des fibres élastiques et de nombreux vaisseaux. Les éléments élastiques sont les plus importants à considérer, car ils résistent longtemps aux causes de destruction et sont souvent les seuls débris qui, dans une portion de poumon nécrosée et éliminée, conservent une structure reconnaissable et caractéristique à l'examen microscopique. Ce sont des réseaux élastiques très-serrés dont les mailles figurent des fentes extrêmement étroites : parfois les fibres élastiques se montrent plus écartées, et, par dissociation, on peut parfaitement les rendre évidentes ; elles se présentent alors sous l'aspect de fibres à contours nettement indiqués, avec bifurcations nombreuses, dont les branches se dirigent en tous sens, et forment, en s'unissant les unes aux autres, un réseau plus ou moins serré ; tandis que l'acide ' acétique fait p&lir tous les autres éléments, il rend ceux-ci beaucoup plus distincts : la potasse caustique étendue agit de la même manière.
Le mucitë des voies respiratoires ne se produit normalement que dans la trachée, le larynx, les grosses bronches ;, dès qu'on arrive dans les toutes petites bronches, dont la muqueuse ne présente plus de glandes (en môme temps que la tunique fibreuse ne présenta plus ou presque plus de noyaux cartilagineux), il n'y a plus de mucus produit en ces points, t II n'y a pas à l'état normal de mucus pulmonaire.
il n*y a que de la vapeur d*eau sortant avec de& igaz expirés et entraînant des traces de substances azotées. > (Ch. Robin.} Par contre, dans les états pathologiques, les exsudations et les productions et dégénérescences nouvelles sont très-abondantes au niveau des alvéoles pulmonures. — Du reste, le mucus laryngien et trachéo-bronchique ne présente rien de bien particulier, et qui lui mérite une étude à part après les indications que nous avons données à propos du mucus en général (voy. p. !iOO). La mucosine y est presque homogène et faiblement striée. Ce mucus est toiiyours môle de fines bulles d*air ; on y trouve, après son expectoration, les débris des divers épithéliums par lesquels le muous a été produit, ou avec lesquels il s*est trouvé en contact. Ce sont des cellules cylindriques, ayant parfois conservé leurs cils vibratiles, des cellules pavimenteuses, venant surtout de la bouche; cependant ces cellules pavimenteuses peuvent venir aussi du larynx, c*est-^-dire de la surface des cordes vocales inférieures, et des ventricules du larynx, car Tépithélium pavimenteuxstratifié de la fente glottique émet des prolongements qui tapissent une partie des régions voisines, et, surtout en arrière, se continuent, vers la région aryténoïdienne, avec Tépithélium pharyngien. Les leucocytes sont nombreux dans le mucus laryngo- bronchique, et ce n'est qu'une exagération déjà -assez prononcée dans leur nombre qui peut être regardée comme un état pathologique.
Produits de la muqueuse respiratoire — Crachats
Les produits évacués par la bouche, après le phénomène physiologique connu sous le non à'expeC' toration, s'appellent crachats. Ceux-ci renferment donc des matières qui peuvent venir de la boucbe, des fosses nasales, du pharynx, aussi bien que du larynx, des bronches, etc., parfois même ils pourront renfermer des produits étrangers venus des
organes voisins (kystes, abcès de la plèvre, du foie, des reins, etc.)*.
L^examen physique et l'analyse chimique nous font connaître la quadité, la forme, Taspect, la couleur, la densité, la consistance, Todeur, la composition chimique des crachats ; Texamen microscopique devient indipensable lorsqu'il s'agit de reconnaître leur composition intime^ de déceler, par les éléments qu'ils renferment, l'organe qui leur a donné naissance.
Nous allons étudier successivement les produits et les éléments anatomiques que l'on peut rencontrer dans les crachats. En suivâtnt cet ordre, que nous avons adopté déjà pour le sang et pour d'autres liquides,^ nous ne préjugeons rien des déductions séméiologiques que le clinicien pourra tirer de l'examen des produits expectorés. Nous devrons donc indiquer quelles sont les parties caractéristiques de certaines formes de crachats, et quelles sont les maladies où ces produits se rencontrent le plus fréquemment.
Les crachats sont plus ou moins liquides, et cette consistance est due à la présence d'une quantité plus ou moins considérable de sérosité à peu près limpide. La salive qui forme la plus grande partie des crachats dits salivaires ne renferme, nous l'avons vu, que quelques rares éléments figurés.
Le mucus- qui constitue la plus grande partie des masses expectorées est quelquefois assez fluide et ne se reconnaît, à son aspect strié^ (|u'après addi-
1. Voy. Martineau, art. Crachat du Dictionnaire de médecine pnUiqtie.
396 MUQUEUSE BESPIRÂTOIRE.
tion d'acide acétique. C'est ce qui arrive dans la bronchorrhée où les produits d'expectoration nagent au milieu d'une sérosité limpide ou à peine rendue opalescente par quelques cellules d^éjnthélium vibratUe, et quelques rares leucocytes. Mais, plus souvent, ce mucus est épais, cohérent, donnant aux crachats une forme caractéristique. Le mwius nasal (voy. p. 283) est gris ou jaunâtre, souvent puriforme, très-consistant. Il retient un grand nombre de cellules épithéliales polyédriques ou prismatiques, infiltrées de granulations graisseuses. L'acide acétique lui donne un aspect strié caractéristique et le rend plus apparent. Quelquefois le mucus apparaît sous forme de flocons grisâtres assez transparents ; ces flocons sont souvent mélangés à des concrétions globulaires, grisâtres, assez consistantes, souvent fétides, ou à des masses d'aspect plus ou moins caséeux provenant du pharynx et des amygdales.
Toutefois, qu'ils soient séreux et ne renferment comme cellules épithéliales que les lamelles pavimenteuses de la bouche (flg. 53, p. 212), qu'Usaient l'aspect de crachats muq%$ux^ grâce à la présence d'une notable quantité de mucus nasal ou pharyngien, ces crachats ne renfermeront pas les éléments caractéristiques de la sécrétion laryngo-bronchique. L'absence de cellules cylindriques ou globuleuses à cils vibratiles suffira donc pour indiquer leur provenance.
Le mucus laryngo-hronchique ajoute aux éléments déjà signalés les cellules qui caractérisent la muqueuse des voies respiratoires. Parfois^n effet, les crachats séreux très-aérés, spumeux, renferment un
grand nombre de cellules globuleuses ou cylindriques, à cils vibratiles ; ces cellules contiennent un ou plusieurs noyaux. On les observe en grande abondance dans les crachats séreux qui sont expectorés dans les cas d'hyperémie pulmonaire, d^oedème du poumon, de pleurésie, etc., etc. Plus souvent ces éléments se reconnaissent au milieu des crachats muqueux (bronchite). Ceux-ci, très-visqueux, collants, verdâtres, contiennent de ces cellules dont les cils vibratiles sont parfois encore animés de mouvements. Quelquefois trèsdistendues, elles sont presque sphériques ; d'autres fois leur membrane d'enveloppe, qui présente un double contour, est intimement unie au noyau volumineux qu'elles renferment (ûg. 80, 4 et 5).
Ces cellules seraient dès lors aisément confondues
avec des leucocytes, toujours en grand nombre dans ces crachats, si la présence de cils vibratiles ne permettait pas de les distinguer.
. D'autres fois le mucus laryngo-bronchique retient, en les agglutinant de manière à constituer une masse
Fig. 80. — Éléments contenus dans les crachats muqueux (d'après Hérard et Comil) dans les cas d'inflammation des voies pulmonaires. — i. Cellules cylindriques ; 2, 3, leucocytes; 4, cellules à cils vibratiles; 5, les mêmes devenues sphériques; 7 et 8, cellules en voie de dégénérescence muqueuse, bydropiques, présentant plusieurs cavités centrales; 9, cellules cylindriques à noyaux multiples.
gélatiniforme bleuâtre, des leucocytes et des cellules ^pithéliales accolées les unes aux autres. Souvent ces cellules épithéliales pavimenteuses se gonflent, se distendent, deviennent granuleuses et s'infiltrent de molécules graisseuses; pau*fois on trouve à leur intérieur quelques grains de noir de fumée, aisément reconnaissables par remploi de Tacide sulfu* rique qui les laisse intacts. Ces crachats, ^XA^erUs, contiennent encore quelques leucocytes granuleux et des granulations graisseuses disposées en chapelets (angine et laryngite glanduleuses). Les crachats perlés, reconnaissables à leur coloration bleuâtre et à leur forme ovoïde, ne doivent point être confondus avec les crachats grumeleux déchiquetés, analogues à du riz cuit, que Ton trouve nageant au milieu d'un mucus fluide plus ou moins trouble dans l'expectoration des phthisiques. Ceux-ci, constitués par de grandes cellules dMpithélium pavimenteux, souvent granuleux, renferment, en outre, de nombreux leucocytes agglomérés par du mucus. Dans V asthme^ on rencontre des masses consistantes, grisâtres, demi-transparentes, où l'examen histologique fait reconnaître des corpuscules pâles, polyédriques ou sphériques, légèrement granuleux, différant par leur aspect des globules de pus et des cellules épithéliales, souvent mélangés de granules charbonneux. (Voy. p. 303.)
Enfin les crachats de la pneumonie (voy. p. 300) renferment de larges cellules épithéliales, granuleuses, contenant un très-large noyau, parfois aplaties, le plus souvent gonflées, presque vésiculeuses. Ces cellules proviennent des sdvéoles pulmonaires. (Voy. fig. 80).
CRACHATS. â99
Le pus se reconnaît toujours dans les produits expectorés. Rares dans les crachats salivaires * (excepté dans les cas de ptjalîsme), plus nombreux dans les crachats muqueux^ les leucocytes deviennent parfois très-abondants. Les crachats ont alors l'aspect de masses puriformes, quelquefois consistantes, à bords déchiquetés, isolées les unes des autres (crachats nwnmulaires) ; d'autres fois formant des masses épaisses jaunâtres ou verdàtres, diffluentes, tombant au fond d'un vase rempli d'eau. Les cra^ chats fumlmts peuvent aussi être sanieux, grisâtres, privés d'air, analogues aux crachats de tuberculisation pulmonaire (pneumonie); parfois enfin un malade expectore des quantités considérables de pus presque pur provenant d'un abcès qui s'est fait jour dans les bronches. L'examen histologique de ce pus pourra, dans certains cas, indiquer son origine (poumon, plèvres, ganglions bronchiques, foie, rein, etc.). (Voy. p. il6.)
Dans toutes les observations microscopiques, la présence ou l'abondance des leucocytes n'auront jamais une importance aussi considérable que l'existence ou l'absence des éléments anatomiques qui leur sont mêlés. La présence de la fibrine, des fibres élastiques, des cellules épithéliales provenant des alvéoles pulmonaires , devra toujours être recherchée avec soin.
Le sang peut exister dans les crachats salivaires et provenir des gencives, des parois, buccales ou du pharynx. Mais qu'il provienne de la bouche, du pharynx ou des voies respiratoires, le sang examiné au microscope ne présentera par lui-même aucune différence importante à noter. Il est indispensable
cependant d'examiner au microscope certains crachats, dont la coloration rougeâtre ou brunâtre pourrait faire penser à l'existence de globules sanguins, alors que certains médicaments (ratanhia, réglisse, kermès, etc.) ont seuls donné aux produits de l'expectoration cette coloration rougeâtre.
Les globules sanguins sont plus ou moins déformés suivant qu'ils ont séjourné plus ou moins longtemps en contact avec d'autres produits ; quelquefois, gonflés par la sérosité, ils deviennent sphériques, pâlissent, perdent ainsi leur forme et leur coloration; souvent, à côté des globules sanguins, on trouve des cristaux d'hématoïdine ou des granulations pigmentaires. (Voy. p. 79.) Ces cristaux et ces granulations existent parfois à l'intérieur de grandes cellules vésiculeuses presque sphériques qui proviennent des bronches (apoplewie pulmonaire). Dans la pneumonie, les crachats très-visqueux, très-transparents, de coloration très-variable, sont caractérisés non par la présence du sang, mais par l'existence d'un exsudât fîbrineux mélangé à du mucus palmonaire. Les globules sanguins sont donc intimement mêlés à ce produit d'exsudation pulmonaire caractérisé par son aspect fibrillaire et l'existence des noyaux qui tapissaient les alvéoles pulmonaires. La bile, qui est parfois mélangée à ces crachats pneumoniques, se reconnaît par sa couleur. Enfin dans Vhémoptysie^ le sang expectoré en quantités considérables ne présente rien de particulier.
Mélangés aux produits de l'expectoration, les lambeaux pseudo-membraneux y les débris alimentaires, les fausses membranes provenant des kystes hydatiques, doivent être distingués des fausses membranes
dîphthéritiques. (Voy . p. 1 85. ) Souvent du mucus plus ou moins concret, moulé sur les parois de Farbre aérien dont il reproduit les divisions, a été pris pour une fausse membrane. L'examen à Taide de Tacide acétique lèvera tous les doutes. (Voy. p. 199.) Dans la bronchite ^seudcHunembratieuse, les pro* duits expectorés sont composés de filaments cylindriques de fibrine coagulée. Plus importants encore à reconnaître sont les éléments qui proviennent de Pulcération du parenchyme pulmonaire. La présence de fibres élastiques dans les crachats est presque caractéristique de la phthisie à forme ulcéreuse. Les fibres élastiques n'existent, en effet, que dans la phthisie, dans la gangrène pulmonaire et dans les infarctus hémoptoïques du poumon. On les recherchera surtout dans les crachats nummulaires , qu'il faudra traiter par la soude caustique ou par l'ammoniaque. Le mucus deviendra transparent et les fibres élastiques apparaîtront (fig. 81), reconnaissables à leur forme ondulée en spirale, à leur double contour, à leur résistance aux réactifs, enfin à leur coloration sous l'influence ^*«- ^*- — ^"^"^^ élastiques
dn poso d'anilinp fVov ®* globules de pus ratatinés
au rose aanume. ^VOy. provenant de l'expectoration
Introd. , p. 23]. d'un phthisique.
Parfois ces fibres élastiques qui sont toujours plus ou moins altérées, d'apparence fibrillaire, très-semblables aux filaments de leptothrix, au lieu d'être isolées les imes des autres, forment des faisceaux de fibres entre
lesquels on peut apercevoir les éléments qui caractérisent la fonte ulcéreuse du parenchyme pulmo* naire. Ce sont des débris de vaisseaux oblitérés et, surtout, une grande abondance de corpuscules granuleux, les uns ayant la forme et les caractères des globules de pus, d'autres plus petits, déformés, quelque&-uns infiltrés de granulations noirâtres, d'autres enfin presque globulaires renfermant quelquefois des cristaux dliémato-cristalline.
L'ulcération des cordes vocales, du larynx, des bronches peut faire apparaître dans les crachats des concrétions d'apparence cartilagineuse ^ Le microscope y reconnaîtra, au milieu d'un amas de leucocytes, les débris des cordes vocales ou des cartilages du larynx et des bronches. Monneret déclare avoir retrouvé deux ou trois fois dans les produits expectorés les éléments qui caractériseraient le cancer du poumon. Rappelons ici que les crachats, couleur gelée de groseille , ont été donnés comme presque pathognomoniques de cette affection (Stokes).
Des matières grasses, en quantité plus ou moins abondante, des concrétions calcaires ou des cristaux peuvent se rencontrer dans les produits de l'expectoration. Dans les crachats de pneumonie on rencontre parfois des cristaux cubiques de chlorure de sodium. Les cristaux de cholestérine sont rares ; le plus souvent on observe des aiguilles de margarine très-fines, formant des réseaux très-élégants solubles dans l'éther. Ces cristaux sont très-fréquents dans les crachats fétides, ce qui a feit penser que la fétidité des crachats devait être
1. Voy. Leroy, Dtt concrétUmi bronchiquet. Th. de Paris, 1868.
attribuée à la décomposition des matières grasses contenues à Tintérieur des cavernes pulmonaires ou des dilatations bronchiques. D'autres cristaux de leucine, de tyrosine (solubles dans Téther et Talcool, insolubles dans Pacide acétique- et la soude), de phosphate et de carbonate de chaux, peuvent se rencontrer dans l'expectoration des phthisiques ou dans les cas de gangrène pulmonaire. Dans V asthme bronchique, Leyden a signalé des cristaux incolores, brillants, formant une pyramide double, peu réfringents, se brisant flau^ilement, insolubles dans Teau froide, solubles dans Peau bouillante, résistant à Téther, à Talcool, solubles dans Tacide acétique, Pacide tartrique, Pacide phosphorique. Ces cristaux ont déjà été signalés dans la bronchite par Gharcot et Vulpian (Gaz, hebd,, 4860), Enfin, les granulations de noir de fumée que Pon observe dans Pexpectoration des mineurs, des charbonniers, etc. (anthracosis), se distingueront des corpuscules mélaniques. Dans lamélanose, en effet, les granulations sont arrondies, peu foncées en couleur, toujours emprisonnées dans les cellules épithéliales, tandis que les grains de charbon sont très-foncés en couleur, anguleux, irréguliers.
Nous ne parlerons pas des matières venues du canal alimentaire (fibres musculaires, granulations graisseuses, cellules végétales, grains de fécules, etc.), accidentellement mêlées à Pexpectoration, non plus que des concrétions formées par le tartre dentaire. (Voy. p. 230.)
Il nous reste à signaler les parasites retrouvés dans Pexpectoration. Les uns ont déjà été étudiés.
Ce sont les vibrions (voy. p. 69] et les algues du genre leptothrix (y. p. 224), que Ton trouve presque toujours dans toutes les espèces de crachats. Il n'en est pas de même de Voïdiwn albicans (p. 228], qui s^observe dans les cas de muguet, de VoïdiumpiUmO' naire (Benett), qui aurait été retrouvé dans plusieurs cavernes pulmonaires, enfin des parasites qui, diaprés Letzerich\ seraient Tagent infectieux de la coqueluche. Si Ton receuille un crachat de coqueluche entre deux lames de verre et si on Texamine au microscope, on peut s^assurer que les flocons blancs expectorés dans ce cas sont presque entièrement composés de microcomes réunis en colonie. Ces microcomes pourraient, suivant Letzerich, se multiplier, augmenter de volume et constituer enfin de vrais globules contenant de petites spores. Ces globules en éclatant répandraient au dehors de nouvelles bactéries. Ce champignon serait différent de celui qui caractérise la diphthérie. Letzerich déclare avoir pu, par l'inoculation de ces microcomes, provoquer, chez les lapins, des accidents tout à fait analogues à ceux de la coqueluche. Certains entozoaires que Ton a rencontrés dans les voies respiratoires pourraient aussi parfois se rencontrer dans Texpectoration. Ces entozoaires seraient, d'après Davaine *, un ver observé par Diesing et nommé strongylus longevaginatus. Ce strongyle a les caractères suivants : « Tête tronquée, conique, non ailée, limbe de la bouche pourvu de quatre à six papilles ; corps égal, droit, d'un blanc