GRAISSE
Nous avons déjà vu que les cristaux d'urates pouvaient aussi parfois être confondus avec des globules sanguins (voy. p. 315).
Dans certains cas d^hématurie, surtout à la suite d'une cystite cantharidienne, on trouve dans Turine des lambeaux pseudo-membraneux qu'il serait aisé de confondre avec des fragments de muqueuse, et qui ne sont autre chose que des conglomérats de fibrine. L'étude de ces fausses membranes et la réaction caractéristique à Taide de l'acide acétique éviteront les méprises. D'autres fois, l'urine émise avec des caractères à peu près normaux, se prend bientôt en une masse gélatineuse, tremblottante, dont on peut séparer la fibrine. Celle-ci, qui englobe toujours un certain nombre d'hématies, est blanche, élastique, striée; quelquefois, outre les globules sanguins, elle enserre des corpuscules grisâtres ou jaunâtres, arrondis ou ovoïdes, finement grenus, isolés ou rangés en séries larges de 10 à 100 (i et dont la nature reste douteuse (Robin). Les cylindres dits cylindres fibrineuw (p. 207) sont composés de mucus.
Graissb. — La graisse peut exister dans l'urine, en proportions souvent assez considérables pour communiquer au liquide une teinte opalescente, parfois analogue à celle du lait. Rayer, Gubler, Bail et Ghalvet , L. Beale * ont étudié les urines chy- Urnes et indiqué les apparences que présentent, dans l'urine, les molécules adipeuses et la valeur sémeiologique de la chylurie. Le plus souvent, dans les
i. De V urine et des dépôts urinaires, p. 315. V«y. aussi Robin, Traité des humeurs, 2« édit., p. 841.
342 MUQUEUSE URÏNAIRE.
urines chyleuses, la graisse existe sous forme de granulations infiniment petites, animées du mouvement brownien et caractérisées par leur solubilité dans réther. L'urine de couleur laiteuse, ou rendue opaque par un dépôt de graisse, redevient à peu près complètement transparente quand on vient à la traiter par Téther ou le chloroforme. Quel que soit rétat pulvérulent sous lequel se présente la graisse dans les urines, on transforme facilement cette matière pulvérulente en gros globules huileux, soit en laissant les urines se décomposer, soit en les traitant par Tacide acétique. Souvent, dans ces circonstances, le dépôt urinaire contient une quantité assez notable de globules sanguins, plus ou moins altérés : parfois aussi le liquide urinaire prend une teinte rosée due à la dissolution de la matière colorante du sang. Tous ces caractères font aisément distinguer les urines chyleuses des urines purulentes. D'autres fois, des globules de graisse, <^ractérisés par leur forme, leur couleur, leur volume variable, leur pouvoir réfringent, seront aisément reconnus dans Turine. Si Ton ne trouve, en même temps que ces globules libres, quelques cellules ou des tubes urinaires infiltrés de molécules adipeuses, il faudra avoir soin de rechercher si la grai-sse n'a pas été artificiellement mélangée à l'urine. Les sondes enduites de corps gras servent souvent à porter, jusque dans la vessie, et, par conséquent, dans l'urine, des globules hui- 4eux dont il sera toujours indispensable de bien connaître la provenance. Parfois aussi il arrive que, accidentellement mêlés à l'urine , du lait , de l'huile, etc., pourraient faire croire à une altération des voies urinaires.
ïJ'hématurie chyleuse ou graisseuse des pays chauds constitue une maladie que l'on a étudiée avec soin dans ces derniers temps (voy. J. Grevaux, Journal de l'Anat, et de la PhysioC, 1875, p. 172). Dans cette affection la couleur blanche et laiteuse des urines n^'est due, comme dans les cas précédents, qu'à la présence de graisse dans un état pulvérulent : on y trouve également des globules rouges et blancs du sang; mais un point que nous devons signaler aux observateurs, c'est la présence d'un helminthe dans les urines chyleuses. On avait d'abord voulu expliquer l'état chyleux des urines par un état semblable du sang; mais toutes les observations s'accordent sur ce fait, que chez les chyluriques on ne trouve jamais le sang laiteux. On est donc porté à voir aujourd'hui dans ce symptôme le résultat d'une lésion rénale produite par la présence de parasites dont la nature n'est pas encore parfaitement connue (voyez plus loin Bilarzhia kœmatobmm).
Outre les globules graisseux, la ckoleste'rine, cristallisant en aiguilles ou bien en plaques rhomboïdales, s'observe quelquefois dans certains dépôts urinaires.
Enfin la graisse, sous forme de granulations ou de globules graisseux, mélangée à des principes cristallins et à des vibrions, sert à former la pellicule désignée sous le nom de kyestéine. (Voy. p. 324.)
Parasites. — Les champignons et les infusoires que l'on rencontre dans l'urine peuvent y être introduits assez longtemps après la miction ou bien y être rencontrés au moment même où l'urine est émise (Ordonez). Les vibrions et les bactéries forment parfois, à la surface de l'urine, mélangés à des cris-
taux de phosphate et à une certaine quantité de matières grasses, cette pellicule, dont nous nous sonunes déjà occupés à plusieurs reprises, et que nous avons décrite sous le nom* de hyestéine. D'autres fois, mélangés à des flocons de mucus, à des filaments de leptothrix^ à des spores de penicilUumy enfin à des globules de pus, les vibrions et les bactéries forment, au milieu du liquide urinaire, un dépôt nuageux, dont Texamen microscopique seul pourra déceler la nature.
Des monades, et en particulier un infusoire décrit sous le nom de Bodo urinarius (Hassal) ont été trouvés dans Turine albumineuse.
Les divers cryptogames que Ton rencontre le plus fréquemment dans Turine ne peuvent guère être distingués les uns des autres, lorsqu'ils ne se sont point suffisanmient développés pour que le thallus ait donné naissance à de nouvelles spores. D'après de Seynes *, les cellules végétales que Ton trouve dans Turine des diabétiques peuvent se rencontrer dans les urines qui ne renferment pas de sucre. Ces mycodermes ne diffèrent point, du reste, de ceux qui sont décrits sous le nom de mycoderma vini. D'autre part, van Tieghem * décrit, comme espèce spéciale, des spores globuleuses, non granulées, sans noyaux, disposées en chapelet; ces spores appartiendraient à une torulacée qui présiderait à la fermentation alcaline de l'urine. D'après Neubauer, « les champignons ovales et transparents qui se forment dans la fermentation de l'urine diabétique