‹ Manuel du microsope dans ses applications au diagnostic et à la clinique [electronic resource]Chapitre 63 sur 133 · ENDUIT BUCCAL · texte numérisé non relu

ENDUIT BUCCAL

par une matière granuleuse, amorphe, facile à dissocier, formée par du mucus semi-concret, granuleux, retenant les éléments épithéliaux, des débris alimentaires, des leucocytes et un grand nombre de vibrions et d'algues du genre leptothrix. Si le malade, dont la langue se recouvre d'un enduit semblable, dort la bouche ouverte, s'il n'a soin, à l'aide de gargarismes, de délayer et d'enlever l'enduit muco-épithélial qui s'est ainsi formé, celui-ci se dessèche, se fendille; des excoriations surviennent, et le sang épanché donne à l'enduit lingual une coloration jaunâtre, rouge brunâtre ou même noirâtre. Les fuliginosités ainsi produites sont très-riches en parasites ; on y rencontre aussi tous les produits que laisse à sa suite le sang épanché hors des vaisseaux et plus ou moins décomposé (p.7o). On reconnaîtra aisément ces produits et il sera impossible de confondre ces colorations brunâtres avec celle que laisse à sa suite l'usage d'aliments riches en matières colorantes (chocolat, fruits, réglisse, etc.). Certains observateurs expérimentés ont été parfois trompés par des supercheries de ce genre : il importait donc de les signaler.

Les parasites que l'on rencontre, mêlés aux produits de la desquamation épithéliale de la langue et au mucus buccal, sont très-fréquents et n'ont rien de caractéristique. En raclant, à l'aide d'un manche de scalpel, la base de la langue, toujours recouverte d'un enduit plus ou moins épais, on trouve que les cellules épithéliales sont hérissées de touffes de filaments transparents, trè.s-longs, très-ténus, droits ou légèrement courbés, formant des faisceaux serrés, feutrés, parfois ondulés. Ces faisceaux sont simple-

22t PKODriTS 1)K LA CAVm'; liL'C.C.Al.K

ment courbés eu (leini-cerclc, ou décrivenl des flcxuosUôs nombreuses entre les amas d'épilhéliuin (Je sont des filaments de leptotlirix. Ailleurs, ils ont Taspect de petites baguettes rigides, droites ou coudées, qui ne sont que la première période du développement de ces végétaux. Souvent ils sont détachés par les mouvements de la langue ou de la mastication, avant qu'ils aient pu atteindre toute leur croissance. (Voy. iig. 62 p. 229). Pour bien observer celte algue, il faut un grossissement considérable. On la trouve aussi bien chez les individus sains que chez les malades. Nous devons enfin signaler Textrême facilité avec laquelle se reproduit cette algue, car on peut la trouver du jour au lendemain sur des parties où elle n'existait pas la veille, par exemple sur les dents brossées et nettoyées avec .soin.

Ces masses de leptothrix hœcalis sont parfois imj)lanlées sur une gangue amorphe formée par un détritus de matières alimentaires en voie de putréfaction et réunies par de la salive, soit par un détritus de cellules épithéliales ou de mucus en voie d'altération. Outre ces parasites, l'enduit buccal renferme toujours un grand nombre de vibrions très-petits et parfois des spores de cryplococcus cerevisiee. Cette algue, dont la présence n'a aucune signification pathogénique, se compose de cellules ovales, disposées bout à bout, en chapelets composés de 3 à b cellules, plus grandes cfue les spores de Voïdium alhicans (Voy. plus loin flg. 62.) et renfermant toujours un ou deux corpuscules brillants, réfractant fortement la lumière.

Enfin, dans certains cas où la langue présente une coloration noire analogue à celle de l'encre, formant

l'NDUIT RI CCAL

des taches diffuses ou irrép:ulières, d'un aspect lomenteux, filiforme, paraissant siéger dans les gaînes épithéliales des papilles, M. Maurice Raynaud (^rcA. méd., 1869, n° 77) a cru reconnaître Texistence de spores réunies par petits amas de 4 ou 5, sans trace de tubes sporophores, ressemblant assez bien aux sporules du trycophyton de l'herpès circiné. Ces sporules n'ont pas été retrouvées dans plusieurs cas analogues observés par MM. Gallois, Balbiani, Gubler. (Voy. Soc. biolog., 1871.)

L'enduit ô?tcc«^ n'existe pas seulement à la surface de la langue : les gencives, la paroi interne des joues, la surface externe et le collet des dents en sont presque toujours recouverts. Le produit obtenu en raclant la surface des dents présentera donc des caractères identiques à ceux de l'enduit buccal. Toutefois, les parcelles alimentaires, les détritus granuleux provenant de la décomposition des aliments ou des cellules épithéliales, enfin les parasites appartenant au genre vihrio, se rencontreront, en plus grande abondance, dans l'enduit blanchâtre, pulpeux, fétide, qui recouvre les dents. On y retrouvera aussi les produits du tartre dentaire que nous étudierons plus loin (p. 230)'. La voûte et le voile du palais, le pharynx, les amygdales sont recouverts d'un dépôt analogue ; les cryptes des amygdales sont remplies de petites concrétions blanchâtres dont la composition élémentaire est la même que celle des enduits buccaux (mucus grenu, décomposé et existant sous forme de masses amorphes englobant des cellules épithéliales, des leucocytes et des

1. ConsuUei- i\ co sujet F.. Magilot. [Gai. mal. de l'nris, 186a.)

226 l'HOniMTS DE l.A CAVITK linr.CM.E.

molécules graisseuses en nombre plus considérable dans les cryptes des amygdales).

Sur la voûle palatine, chez les entants nouveaunés, on observe parfois ' des masses épitliéliales enkystées sous forme de petits grains blanchâtres, arrondis, contenant une grande quantité de cellules épithéliales aplaties, lamelleuses, semblables k celles qui se desquament à la surtace de la muqueuse.

Lorsque, sous Tinfluence d'une cause traumatique ou spécifique, la muqueuse buccale vient à s'enflammer, rhyperémie et la prolifération cellulaire peuvent donner naissance à la formation d'exsudats, en même temps que des ulcérations superficielles ou profondes s'observeront à la surface de la langue, des gencives, de la paroi interne des joues.

Dans la stomatite mercuHelle, la muqueuse boursouflée, grisâtre, intacte ou ulcérée, est souvent recouverte d'une fausse membrane grisâtre, gelatiniforme, constituée par une matière amorphe unie à de la fibrine sous forme de filaments fibriUaires ondulés qui retiennent des cellules épithéliales deformées, des granulations moléculaires, des globules de graisse, un grand nombre de leucocytes et de globules de sang plus ou moins altérés. La salive qui s'écoule en grande abondance renferme du mercure que l'on pourra recueillir et isoler à l'aide d une petite pile de Smilhson.

La gingitive des fumeurs, des verriers, etc., présente des fausses membranes analogues.

Dans le liséré plombique, le dépôt des parlicule> métalliques occupe la couche profonde de 1 opi-

Page 1