NOTICE HISTORIQUE
Sur la Chapelle de Notre-Dame de Bon-Secours à Montréal.
LA fondation de la CHAPELLE DE NoOTRE-DAME DE Bon- SECOURS, élevée sur les rives du St. Laurent dans la ville de Montréal, présente dans son histoire des détails intéressans bien propres à édifier les pieux serviteurs de Marie et à augmenter leur confiance.
(*) Cette notice est tirée en partie d’une chronique fort curieuse sur les anciens monumens de Montréal, publiée dans les Mélanges Religieux en 1842 et 1843, par Son Honneur J. Viger, premier Maire de Montréal, à qui le pays est redevable des plus consciencieuses et des plus intéressantes recherches archéologiques.
Il faut nous reporter à une époque où la religion était l’âme de toutes les entreprises. Les hommes de ces temps de foi'avaient compris qu’elle seule pouvait servir de base solide à un édifice social, et lui préparer un heureux avenir.
Grâce à cet esprit, la colonie du Canada, et Montréal aussi bien que Québec, offrit à son origine quelque chose de particulier, et présenta un spectacle dont le monde avait été rarement le témoin. On vit là s'associer à tous les travaux de la civilisation et de l’apostolat, le cœur sensible et généreux de la femme. A cette époque, remarque un écrivain moderne, elle était appelée dans tout le monde chrétien à un grand upostolat de charité. Elle s’y révélait la fortune du pauvre, la consolation de l'afiligé, et avec un cœur de vierge, elle avait un cœur de mère pour les orphelins. Elle adoptait toutes les douleurs comme des sœurs que le ciel réservait à sa tendresse. Elle disait adieu aux jouissances et au bonheur de l'existence, pour consacrer à tout ce qui souffresur la terre, sa jeunesse et sa beauté. Elle vint sanctifier ces missions lointaines, inspirer aux jeunes Canadiennes et aux enfans sauvages, la pudeur et la piété, et prodiguer aux malades les soins de la bienfaisance chrétienne. Madame de La Peltrie et les Sœurs Hospitalières avaient déjà commencé
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l'œuvre à Québec; Mile. Mance et la Sœur Bourgeois l’entreprirent à Montréal. Le Canada recevait ainsi des mains de la religion les servantes des malades et les institutrices de l'enfance.
Montréal, dans tout ce qui tenait à sa fondation, a été d’une manière toute spéciale, le fruit d’une pensée et d’un dévouement tout religieux. De pieux laïques et des prêtres vertueux brûlants de zèle pour la propagation de la Foi, ayant appris tous les avantages qu'offrait cette île à l'exécution de leurs projets apostoliques, s’associèrent pour en faire l’acquisition et commencèrent leur œuvre. À leur tête se trouvait un saint Prêtre, M. Olier, l’illustre fondateur du Séminaire de St. Sulpice. Il avait formé de toutes ces personnes, non moins zélées qu'opulentes, la Société de Notre-Dame de Montréal, pour la conversion des Sauvages, que les Souverains Pontifes daignèrent enrichir d’indulgences. Elle avait dessein de faire de cette île comme un centre d’actions, d’où s’étendraient tous les élémens de civilisation et de régénération spirituelle, jusqu'aux nations les plus reculées.
Le 8 Février 1642, tous les Associés se réunirent, dans la métropole de Paris, aux pieds de l'Autel de la Sainte Vierge, pour conjurer la Reine des Anges de vouloir bien prendre sous sa
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protection cette colonie naissante, toute consacrée à sa gloire. Il fut décidé qu’elle en serait toujours regardée comme la première et principale maîtresse, et que la ville, qu’on allait y bâtir, porterait le nom de Ville-Marie. ‘ De tous les “ projets que l’on a faits pour la conversion de “ ces barbares, dit le Père LeClercq, récollet, il ‘ n’y en a point eu de plus désintéressé, de plus “ solide, ni de mieux concerté que celui-ci.”
Les hardis colons de ce nouveau poste, le plus avancé de la civilisation dans cette partie du globe, s'étaient mis en route dès l’année précédente, conduits par un pieux et brave gentilhomme champenois, M. de Maisonneuve. Après avoir passé l’hiver à Québec, ils vinrent, le 17 Mai 1642, se fixer à ce rivage fortuné. La Pointe à Callière, formée par le fleuve et la petite rivière St. Pierre, était le lieu choisi pour le nouvel établissement. Un autel fut dressé, et le lendemain le Rév. P. Vimont, Supérieur alors des Jésuites du Canada, offrit au milieu d’eux, sous un toit d’écorce, l’auguste sacrifice de nos autels.
Ce sanctuaire improvisé par la foi, fut remplacé bientôt par une chapelle décente, qu’on éleva sur le terrain où est aujourd’hui l'Hôtel-Dieu. Elle fut dédiée à la Sainte Vierge, et, le 15 Août suivant,
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Onze ans plus tard, ces humbles commencemens avaient déjà changé de forme. 50 maisons dispersées dans l'enceinte d’un fort en pieux, et quelques cabanes dans la campagne, composaient la ville. Alors parut la Sœur Bourgeois, C’est sous ce nom modeste, que les annales de notre cité ont transmis aux générations futures, le souvenir de cette célèbre fondatrice d’une des institutions les plus précieuses dont la religion aît doté notre patrie. Elle fut aussi l'instrument dont se servit la Providence, pour élever en l’honneur de la Sainte Vierge le sanctuaire dont nous. esquissons l’histoire.
Cette pauvre fille, poussée par un mouvement secret de la grâce, venait consacrer sa personne et son existence toute entière, à l’œuvre de-civilisation et d’apostolat catholique, dont le Canada se voyait le théâtre et l’objet. Pour toute ressource elle n'avait que son zèle, un dévouement héroïque et une confiance en Dieu, que rien n’était capable d’ébranler : c'était toute sa richesse, “ Je dis alors en moi-même, écrivait-elle depuis à M. Tronson: si c’est la volonté de Dieu que 6 j'aille en Canada, je n’ai besoin d'autre chose; et
‘“ je partis sans denier ni maille, n’ayant qu'un “ petit paquet, que je pouvais porter sous mon ‘ bras.”
Elle allait partager les épreuves et les alarmes de cette fondation difficile; car Montréal, à son berceau, se vit sous le coup d’une double calamité, qui semblait le retenir dans les langes. Les courses continuelles des Iroquois, ces ennemis acharnés des Français et de leurs alliés, tenaient la ville comme assiégée par des craintes sans cesse renaissantes. Le second obstacle à son développement fut la disette. Les premiers colons, plus occupés à tirer l'épée et à manier le mousquet qu’à conduire une charrue, ne pouvaient pas demander au sol les richesses naturelles qui eussent pourvu à leur entretien.
A peine arrivée, la Sœur Bourgeois commença son œuvre, c’est-à-dire, qu’on la vit partout où il y avait un jeune cœur à former à la vertu, une âme reuve à instruire ou une douleur à soulager. Le soin des petits enfans finit bientôt par l’absorber entièrement. Elle était obligée d’aller de maison en maison, et ce travail dont son zèle n'avait pas calculé la fatigue ne tarda pas à être bientôt au-dessus de ses forces. C’est alors qu’elle songea à construire un petit édifice, où elle pût réunir son jeune troupeau. Et comme la religion
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était l’unique mobile de ce cœur désintéressé, et qu’elle devait être le premier objet de son enseignement, elle voulait que ce local servit en même temps, de chapelle en l'honneur de Notre-Dame de Bon- Secours.
M. de Maisonneuve, Gouverneur de Montréal, voulut seconder son pieux dessein, et lui donna, en 1657, un terrain pour le mettre à exécution, à 400 pas en dehors de l'enceinte de la ville.
Lesfondemensen pierre du nouvel édifice furent jetés cette même année. Le reste du travail fait en bois était prêt à s'élever, quand un incident, indépendant de la Sœur Bourgeois, vint la contrarier dans son pieux projet et l’arrêter entièrement. Ilfallut céder à l'orage; mais ce cœur, qui s’inspirait d’un nouveau courage à la vue des difficultés, ne se rebuta pas. Il savait que les œuvres de Dieu n'arrivent jamais à leur terme sans épreuves.
En 1659, à son retour d’un voyage en France, elle ouvrit une école, grâce encore à la générosité de M. de Maisonneuve, dans une humble cabane qui avait servi d’étable. Déjà 4 compagnes, dignes émules de sa vertu et de son dévouement, s'étaient réunies autour d’elle pour partager les peines et les sollicitudes de l’enseignement, et former le noyau de la communauté de la Congré-
Il gation. Comme les œuvres inspirées d’en haut, l ce ne fut d’abord qu’un grain de senevé, mais il
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quel bien des enfans de Dieu trouvent un abri salutaire.
Les succès qui couronnèrent ces modestes essais encouragèrent tellement la Sœur Bourgeois, qu’elle profita de la première occasion favorable pour reprendre le projet de la chapelle Bon- Secours, qu’elle avait tant à cœur. Elle la trouva ; cette année-là même. Elle fit aussitôt dresser l’appentis en bois qui avait été préparé, et qui attendait encore. Le bâtiment avait 40 pieds | sur 30, C'était à cette époque, un édifice de | grande dimension. Les écoles y furent en même | temps transportées ; la communauté naissante | s'en servait comme d'église et y célébrait ses fêtes.
| La Providence, qui voulait que la Sainte Vierge | | reçût en ce lieu des hommages plus solennels qi | encore, ménagea, en 1673, une circonstance mé-
| morable, à l’occasion de laquelle on remplaça la
première chapelle par un édifice en pierre, plus | digne et plus durable.
Deux frères vertueux et riches, MM. Le Prêtre, Seigneurs de Fleury, en France, étaient du nombre des fervens Associés de la Compagnie
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de Notre-Dame de Montréal, avant qu'elle eût cédé à la Communauté de St. Sulpice la propriété de l’île. Leur zèle pour cette œuvre qui devait tant contribuer à la gloire de Dieu, leur fesait toujours prendre l'intérêt le plus vif à tout ce qui pouvait en assurer le succès, et en hâter l'accroissement. Illes porta à faire en sa faveur un sacrifice qui prouve et leur générosité d'âme et la pureté de leurs intentions. Ils possédaient, dans la chapelle de leur château, une petite statue de la Ste. Vierge, qui depuis plus d’un siècle était l’objet d’une vénération particulière. Le désir de contribuer efficacement à étendre le culte de la Reine du Ciel, dans un lieu tout consacré à sa gloire, les porta à faire don à la ville de Montréal, de ce précieux trésor. Ils déposèrent cet objet vénéré entre les mains d’un vénérable prêtre, M. Pierre Chevrier, Baron de Fancamp, et membre du Séminaire de St. Sulpice, en lui demandant de le placer dans une chapelle bâtie en l’honneur de l’auguste Mère de Dieu, dans la ville de Montréal.
À cette époque, la Sœur Bourgeois venait d’arriver en France, où l’appelaient momentanément les intérêts de sa Congrégation toujours croissante. M. Chevrier crut voir dans cette circonstance, et dans les travaux déjà entrepris par cette
âme d'élite, un avertissement du Ciel pour l’exécution du projet qui lui avait été confié. Le 30 Avril 1672, il remit avec confiance à la Sœur Bourgeois ce dépôt sacré, en y joignant une somme de 30 pistoles, qui devaient servir aux premiers fondemens de la chapelle projetée.
La statue n'avait que 6 à 8 pouces de hauteur. Elle était d’un bois brun et d’un travail remarquable. La niche en bois doré, au milieu de laquelle on l’avait placée, était ornée de sculptures et enrichie de pierreries.
Ce fut avec respect et dans le transport d’une joie sainte, que la pieuse fondatrice reçut ce précieux monument, avec lequel elle était assurée d'obtenir du Ciel tant de bénédictions pour la colonie. Elle revint cette même année à Montréal. Il lui pressait d'accomplir les désirs dun noble donateur, mais surtout d'offrir aux habitans de cette ville, si dévoués au culte de la Ste. Vierge, un objet si digne de leur vénération, et qu’on pouvait déjà regarder comme la récompense de leur filial amour pour Marie. La statue fut aussitôt déposée dans l’humble chapelle en bois, et tous à l'envi vinrent payer à la Reïne des Cieux, devant son image, un juste tribut de confiance et d'amour,