PULVÉRISATION
La pulvérisation est l’opération par laquelle on réduit les corps solides dans un état de division plus ou moins grand. Toutes les poudres qu’emploie la médecine ne veulent pas , en effet , le même degré de ténuité. Tandis ‘ qu’on cherche à donner au kina la finesse de la farine , on se contente d’une pulvérisation bien moins parfaite pour les substances qui composent la poudre sternutatoire , et d’une pulvérisation grossière pour la cantha-
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ride. Trop fine, îa cantharide détermine l’inflammatioo du membre sur lequel on l’applique; et dans le même état, la poudre sternulatoire a souvent occasioné des maux de tête violens , quelquefois aussi la céphalite.
Le but de îa pulvérisation est simplement de rompre îa force d’agrégation qui unit entre elles les molécules intégrantes d’un solide. Son actionne s’étend jamais sur ses molécules constituantes , en sorte qu’on peut diviser un corps à l’infini sans pour cela le décomposer. C’est ainsi que du sulfure d’antimoine très -finement pulvérisé nous offre, dans chacune de ses particules, non-seulement de l’antimoine et du soufre, mais encore ces deux éléraens dans le même état et dans les mêmes proportions où ils se trouvaient dans le sulfure avant sa division.
Pour bien pulvériser un corps , il faut avoir égard à ses propriétés physiques et chimiques. On voit donc , dit Parmentier, combien il est inconvenant d’appeler mécahlqiw une opération qui exige des connaissances précédemment acquises sur les matières qui en sont l’objet.
Gomme tous les corps n’ont pas une semblable texture , que la nature des principes qui les constituent varie , il en résulte que non-seulement la nature et la forme des instrumens , mais encore le mode de pulvérisation , doivent varier.
Pour bien envisager cette opération dans tous ses détails , nous suivrons l’ordre que voici : nous décrirons les divers instrumens. employés ; 2° nous définirons les différens modes de pulvérisation; 5° nous exposerons les règles générales à suivre ; 4° ûous indiquerons les causes des déchets que donnent les poudres; 5® nous
citerons comme exemples la pulvérisation de quelques substances , en choisissant les plus fréquemment employées.
i"" Instriimens, Les principaux instrumens de la pulvérisation sont : les mortiers, les tamis , le porphyre et les moulins.
Les mortiers sont de fonte , de fer tourné , d’argent , de cuivre, de marbre, de porcelaine, de verre, d’agathe, degayac. Les pilons doivent être de même nature, excepté ceux des mortiers de marbre. Il faut que l’intérieiir d’un mortier soit lisse et uni , qu’il ne présente ni fissure ni trou; car les poudres s’y incrusteraient, et y laisseraient une odeur difficile à enlever. Il est encore à observer que les mortiers trop creux sont fort incommodes , parce qu’une trop grande quantité de substance se tassant sur une trop petite surface , la majeure partie de la force contondante se trouve perdue. Le fond d’un mortier doit être large , très-légèrement concave , et ses parois très-incîinées en dehors, il ne faut pas que la tête du pilon soit trop aplatie , autrement la pulvérisation est lente , et chaque coup fait dissiper une grande partie de la poudre la plus ténue.
Les tamis sont de crin , de soie, de fds métalliques ; leur tissu est plus ou moins serré, selon le degré de finesse qu’on veut donner à la poudre. Ils se composent de trois pièces ; la supérieure , ou couvercle , sert à empê- ' cher que l’agitation ne fasse dissiper la poudre ; c’est par la pièce du milieu, ou tamis, qu’elle passe; et c’est dans l’inférieure , ou tambour, qu’elle est reçue.
Le porphyre est une table lisse de porphyre ou de
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marbre. Le marbre a l’inconvénient d’être rayé par quelques substances, par exemple, parla limaille de fer; si l’on est forcé de s’en servir, il le faut choisir nonseulement très-dur, mais encore d’une même dureté sur toute sa surface, pour qu’il ne s’use pas inégalement. La molette doit être de même nature que la table , et sa surface inférieure doit être légèrement convexe ; si elle était trop plane ^ elle écartërait la poudre, et ne la comprimerait point entre elle et le porphyre.
Moulins. M. Laubert a donné , dans le Bulletin de
pharmacie de i8i i , la description d’un moulin usité en Espagne pour la pulvérisation des écorces , particulièrement de celle de kina. Lamênie année et dans le même ouvrage, Parmentier a décrit le moulin en usage dans la pharmacie générale de Hollande pour couper et pulvériser les substances solides. Ces deux appareils exigeant des chevaux , des rouages et des meules , sont trop volumineux pour être établis dans nos laboratoires; mais il n’en est, pas de même de la machine de M. Petit , pharmacien à Corbeil. Elle se compose d’un cylindre , ou tonneau, porté sur les extrémités de son axe. Ce tonneau contient des balles de fonte aigre , et il est mis en mouvement à l’aide d’une manivelle. Lorsqu’on présume la substance assez pidvérisée , on ouvre une petite porte ménagée à la partie inférieure du cylindre, et on le renverse sur un fort tamis de crin ; on remue à la main, la poudre passe, et les balles restent. (Voyez le dessin , planche )
On trouve dans le Journal de pharmacie de 1816 une notice de M. J. P. Gay, pharmacien à Montpel-
lier , sur un couvercle de mortier d\in emploi trèsfacile, et propre à empêcher le dégagement de la poudre la plus ténue du corps qu’on pulvérise. (Voyez le dessin , planche i'®. )
Enfin, en 1819, M. Guillermond, pharmacien trèsdistingué à Lyon, a publié dans le Journal de pharmacie la description d’un couvercle à mortier qui offre Ic^ double avantage de mettre l’ouvrier à l’abri de la poussière , de prévenir la perte qui en résidte , et de donner sans le secours du tamis des poudres impalpables. De tous les moyens proposés jusqu’à présent pour avoir des poudres très-fines , ce dernier est le plus parfait et le plus commode. (Voyez le dessin, planche i*"®. )
ü® Modes de pulvérisation. On compte six modes principaux de pulvérisation : la contusion , la tritici^àtion, la porphyrisation f le frottement ^ \ intermède ot le lavasse,
La contusion consiste à faire agir perpendiculairement et à coups redoublés le pilon sur les substances à pulvériser. On ne l’emploie que pour les corps qui offrent beaucoup de résistance, tels que les bois, leS' écorces, les racines, etc.
La trituration se fait en comprimant la substance avec un effort proportionné à la résistance qu’elle oppose , entre le mortier et le pilon , qu’on promène circulairement contre ses parois. On la réserve pour les résines et les gommes-résines, que la percussion pourrait échauffer et ramollir au point de les agglomérer en masses.
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La porphyrisation consiste 5 broyer entre la molette et le porphyre un corps déjà grossièrèment pulvérisé, afin de l’obtenir dans un plus grand état de division; elle se fait avec ou sans eau, suivant la nature des substances. Celles que l’eau n’attaque point peuvent être réduites sur le porphyre en une bouillie claire , qu’on broie jusqu’à ce que la molette ce/sse de crier ou que rien ne craque sous la dent, ou bien encore jusqu’à ce que par le frottement sur l’ongle on ne sente aucune aspérité : tels sont les yeux d’écrevisses , les cornes , la corne de cerf calcinée , les sulfures de mercure et d’antimoine , etc. Mais on doit porphyriser à sec les sels que l’eau pourrait dissoudre , et le fer, auquel , par sa décomposition , l’eau ferait changer de nature.
Le frottement se fait en usant la substance sur un tamis de crin. On l’emploie pour la magnésie, la céruse et l’agaric blanc.
Intermède. Il est des corps qu’on ne peut dessécher sans les altérer , et qu’on est obligé de pulvériser malgré leur étal de mollesse.; tels sont le macis , la muscade , la vanille , etc. : d’autres qui , quoique secs et durs , ont des molécules tellement adhérentes qu’ils s’aplatissent sous l’efîbrl du pilon ; tels sont l’étain^ l’or et l’argent. Pour les réduire en poudre , on est obligé de recourir à un intermède. Les intermèdes peuvent être le sucre , le sulfate de potasse , l’eau , la vapeur , le calorique; enfin une poudre plus sèche , si c’est une poudre composée qu’on prépare. L’intermède agit de trois manières : soit en absorbant l’humidité , comme dans la pulvérisation de la vanille par le sucre ; soit en s’inter
posant entre les molécules du corps , comme dans la pulvérisation du calomélas parla vapeur; soit enfin par sa dureté , en faisant office de râpe dans la pulvérisation de l’or et de l’argent.
Le lavage n’est pas, à proprement parler, un mode de pulvérisation , c’est plutôt une cribation par l’eau ou un mode de purification. On s’en sert, en effet, pour séparer d’une poudre qu’on vient d’obtenir la partie la plus ténue de celle qui l’est- le moins; ou pour isoler d’une substance naturellement divisée, comme les terres bolaires, les graviers el le sable qui pourraient s’y trouver mêlés ; ou bien encore pour enlever à une poudre dont les molécules sont de même grosseur celles qui sont d’une nature et par conséquent d’une pesanteur différente , comme dans la litharge. Pour cela on forme une pâte qu’on délaie dans une grande quantité d’eau , on laisse reposer quelques instans : les parties les plus pesantes se précipitent au fond du vase, on rejette le liquide trouble encore sur un tamis très-serré, on rebroie le résidu , on délaie, et l’on passe de nouveau ; ce qu’on répète jusqu’à ce que l’eau refuse de se troubler. On laisse la poudre se déposer ; le liquide décanté , on la fait égoutter sur un filtre , on la trochisque , et on la dessèche à l’étuve.
LoIrSqu’on opère en grand pour les besoins des arts , et qu’on veut avoir des poudres à divers degrés de finesse , on délaie la pâte dans un tonneau qui offre des robinets à différentes hauteurs; plus le robinet qu’on ouvre est élevé , plus la poudre est fine.
Parmi les modes de pulvérisation on compte quelque-
fois la précipitation ; mais c’est à tort , car celte opération est tout -à -fait chimicpie , puisqu’elle nécessite la décomposition des corps, et que la pulvérisation se borne à désunir leurs molécules intégrantes. D’ailleurs le corps en sc précipitant du milieu qui le tient en dissolution change un peu de nature : c’est ainsi que le magistère de soufre est h l’état d’hydrate , c’est-à-dire combiné avec un peu d’eau.
Si l’on voulait réduire de suite une grande quantité de iillrate de potassé en poudre , on le mettrait avec un peu d’eau dans une bassine qu’on placerait sur un feu très-doux ; par la chaleur , le sel se dissoudrait; à l’aide d’une agitation constante on s’opposerait à la cristallisation, et on le réduirait ainsi à ses molécules intégrantes.
Quelquefois pour analyser les pierres quartzeuses, trop dures pour se pulvériser entières , on les fait rougir et on les plonge brusquement dans l’eau froide, qui les étonne. Mais ces moyens , rarement employés , sont insuffisans pour les besoins de la pharmacie.
5° Règles générales à suivre pour la pulvérisatio?i. Il faut 1® choisir un mortier que la substance n’altère
pas, c’est-à-dire qui soit plus dur qu’elle , et incapable
d’ctre attaqué par sa poudre.
2® Se décider dans le choix du mode de pulvérisation d’après la nature du corps sur lequel on opère, c’est-àdire réserver la contusion pour les substances trèsrésistantes, la trituration pour les friables, le frottemc7it pour la céruse*, la magnésie, etc. , la porphyrisation
pour les substances minérales , le lavage pour séparer de la même poudre des parties dé nature ou de pesanteur dibérenle ; enfin éviter que V intermède n’affaiblisse les propriétés médicinales ou ne change la nature du corps qu’il sert à diviser.
5° Pulvériser dans une atmosphère très-sèche les substances capables d’attirer l’humidité.
4° Ne mettre dans le mortier c|u’une petite quantité , de substance à la fois.
5® Tenir le mortier constamment couvert d’un sac de peau , et éviter que le sac qui a servi à la pulvérisation de substances âcres ou odorantes ne soit ensuite employé à la préparation de poudres différentes.
6° Consulter la nature chimique du corps pour savoir si l’on doit le pulvériser sans résidu , comme le jalap , ou avec résidu , comme la digitale.
Comme il est impossible de réduire de suite toute la substance au mênie degré de ténuité , séparer à l’aide du tamis la poudre à mesure qu’elle se fait.
Cette opération, qui porte le nom de cribration , demande les précautions suivantes : A. proportionner la finesse du tamis à celle qü’on veut donner h la poudre; B. tenir le tamis soigneusement couvert ; C. le balancer dans les mains , et ne jamais forcer le passage de la poudre par des chocs brusques.
8° Piéunir les poudres obtenues en différentes tamisations, et les repasser ensuite à travers un tissu plus large afin d’obtenir un tout homogène.
4“ Déchets qii éprouvent les corps par la pulvérisa-^
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tion. Quelques précautions qu’on prenne, il est impossible de trouver dans la poudre le même poids qu’avait le corps avant sa pulvérisation. Cette perte , ou déchet, peut provenir de quatre causes : i® de l’état plus ou moins sec des substances à pulvériser, par conséquent de la dissipation de l’humidité qu’elles renfermaient ; 2° de la préparation préliminaire qu’il faut leur faire subir avant de les mettre dans le mortier , c’està-dire de la séparation du méditullium ligneux dans î’ipécacuanha , de l’écorce dans la guimauve , etc. ; 5® de la volatilisation spontanée de la poudre impalpable ; 4*^ du résidu qu’on est obligé de conserver pour ne pas atténuer la vertu de la poudre. Ce résidu varie : dans le kina gris , on rejette la première poudre , presque formée de lichens , pour conserver la dernière ; tandis que dans la digitale et dans toutes les feuilles oiî rejette les dernières portions, qui ne sont que la fibre ligneuse sans propriétés.
M. Henry , auteur de ces observations, a donné, dans les Annales de chimie du mois de décembre i8io, le tableau du déchet qu’éprouvent par la pulvérisation quelques-unes des substances le plus souvent employées. Il a vu que sur loo l’ipécacuanha perdait i5, le jalap 8, la rhubarbe et le kina de 6 à 6 1/2, le sel ammoniac 2, etc. Il a, de plus, remarqué que le déchet était d’autant moins grand qu’on opérait de suite sur de plus fortes masses; que dans les grands magasins, en mettant à part les résidus qui peuvent servir, comme ceux de jalap , de kina, de cannelle, et les employant lors d’une seconde pulvérisation , les déchets étaient
moins considérables ; enfin il s’est assuré que toutes les plantes réduites en poudre et conservées dans des bocaux ou des boîtes reprenaient du poids par leur propriété hygrométrique ; aussi avant de renfermer les poudres il faut , comme le recommande Parmentier , les exposer à une légère dessiccation pour les priver d’un peu d’humidité qu’elles ont pu prendre pendant la tamisation , et né les tenir que dans des vases bien clos à l’abri de l’air et de la lumière. Il en est qu’on doit renouveler très-souvent , telle est celle descille, que les insectes attaquent avec la plus grande facilité.
5“ Exemples de pulvérisation.
Par contusion.
Réglisse, On ratisse la racine pour lui enlever son épiderme , on la divise en rouelles très-minces , qu’on dessèche à l’étuve , et qu’on pulvérise ensuite avec résidu.
Guimauve, On la dépouille de son écorce , on la coupe, on la sèche, et on la pulvérise comme la réglisse. Il reste sur le tamis un duvet cotonneux formé de fibres divisées.
J alap. On doit le choisir pesant et compacte , et le piler sans résidu.
Kina. Ce n’est que dans la pulvérisation du gris et du rouge qu’on doit rejeter la première poudre pour conserver la dernière ; dans le la première pou-
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dre est la plus résineuse : on doit conserver un résidu presque tout formé de fibres ligneuses.
Bois néphrétique , santaux , ^ayac , etc. Avant de les mettre dans le mortier, il faut les réduire en copeaux , ou mieux encore les râper. ^
Feuilles. Après les avoir séchées entre deux feuilles de papier , on les pulvérise jusqu’à ce qu’il ne reste plus que leurs nervures , qu’on rejette.
Fleurs. On les pulvérise sans résidu ; mais avant la dessiccation, elles doivent être mondées et choisies avec grand soin.
Fruits. Il est rare qu’on pulvérise les fruits. Cependant si l’on voulait réduire en poudre les follicules , il faudrait en retirer les semences avant de les sécher.
Semences. Le riz , le lin , toutes les céréales se réduisent en farine’ à l’aide du moulin ; cependant on pulvérise facilement le lin par contusion. Les semences aromatiques sont celles qu’on pulvérise le plus souvent en pharmacie ; il faut , autant que possible , ne conserver que la poudre de leurs enveloppes : car l’intérieur est une amande qui ne jouit pas des mêmes propriétés.
Noix vomiques. Pour pulvériser ces semences , on peut se passer de la râpe ; il sulTit de les exposer à la vapeur de l’eau bouillante dans un vase fermé pendant une demi-heure , de les laisser ensuite à l’air, et de les piler avec un pilon de fer dans un mortier de fonte couvert d’une peau.
Gomme arabique. M. Jéromel a observé que la per-
cussion, dans un mortier de métal surtout, communiquait à la gomme arabique un goût d’échauffé. îl est inutile de la faire sécher pour la réduire en poudre ; il suffit de la pulvériser par un temps sec dans un mortier de marbre couvert , en ménageant la percussion. On n a pas besoin de pousser jusqu’au bout la pulvérisation de ce qu’on a ^is dans le mortier , car les dernières portions sont identiques avec les premières, et peuvent servir aux solutions.
Gomme adraganthe. Il est inutile de faire chauffer le mortier ; iWaut mieux la concasser, et la sécher à l’étuve. Mais il est indispensable de séparer les premières poudres, qui sont toujours colorées; celles qui leur succèdent deviennent de plus en plus blanches.
Trituration.
Toutes les résines et les gommes-résines ée pulvérisent par ce moyen. Le Codex défend avec raison d’employer de l’huile pour s’opposer à la volatilité de la poudre; cependant on peut en employer quelques gouttes pour l’euphorbe, parce que sa poudre est fort dangereuse, et qu’étant toujours employée à l’extérieur, on ne craint pas que l’huile par sa rancidité lui communique un mauvais effet.
Porphyrisation sbcHE.
Fer. Pour porphyriser le fer, on prend sa limaille très-pure. On la pulvérise dans un mortier de fonte. On la broie sur le porphyre jusqu’à ce que la molette y coure sans crier , ou que , frottée sur la paume de la
main, la poudre y laisse une trace difficile à faire disparaître. Le fer porphyrisé doit être gris; s’il était noir, ce serait une preuve qu’il est à l’étal de protoxyde. Pour éviter ce grave inconvénient, il faut pulvériser rapidement et par un temps très-sec.
Porphyrisation humide.
Yeux (Y écrevisses. Comme ces concrétions ont une
odeur fétide , on doit les laver à l’eau bouillante , les pulvériser, et les laver de nouveau. Alors on porte sur le porphyre la pâte , qu’on maintient dans un état de liquidité qui permette un libre mouvement de la molette. Lorsqu’elle est assez fine pour ne plus craquer sous la dent , on la trochisque sur des feuilles de papier gris qu’on étale sur des tamis , et qu’on porte à l’étuve à une chaleur de 4o à 5o° cent.
Lavage.
Terres argileuses. On les humecte en les faisant baigner dans une grande quantité d’eau sans les pétrir. On les délaie en les agitant avec une spatule ; on les laisse reposer deux ou trois minutes , et l’on verse l’eau encore trouble sur un tamis de crin. On achève ensuite l’opération comme nous l’avons dit plus haut. C’est ainsi qu’on pulvérise la terre sigillée ; mais le bol d’Arménie , trop dur pour se délayer , doit être préalablement pulvérisé.
Frottement. On place un tamis de crin à mailles serrées et très-dures sur plusieurs feuilles ‘de papier. On frotte ensuite sur sa surface la substance , qu’on a soin
de ne pas briser. Ce moyen , de tout temps employé pour la magnésie et la céruse, peut très-bien servir pour V agaric blanc ; il est même préférable à l’intermède de la gomme adraganthe. ^
Agaric blanc. Si l’on veut avoir de l’agaric en poudre plus fine que celle que donne le frottement , on emploie le procédé de M. Bataille. On écrase l’agaric dans un mortier de fer; on l’humecte avec les trois quarts de son poids d’eau; on le pile jusqu’à ce qu’on n’aperçoive plus de filamens ; on le sèche à une douce chaleur ; on le triture dans un mortier couvert , et l’on passe la poudre à travers le tamis de soie.
La poudre d’agaric par le procédé de M. Bataille est plus fine que celle que donne le frottement ; mais elle manque de cette amertume très-prononcée qui caractérise le bon agaric. M. Boullay attribue cette différence à ce qu’en pulvérisant l’agaric par le frottement on a pour résidu une grande quantité de matière fibreuse peu sapide , dont la plus grande partie se trouve introduite dans la poudre faite par le procédé de M. Bataille. Aussi conseille-t-il d’appliquer ce nouveau moyen à la poudre déjà obtenue selon l’usage reçu, et non à l’agaric entier , dont il ne paraît pas convenable de pousser trop loin la pulvérisation.
Coloquinte. Il est inutile d’employer la gomme adraganthe; il suffit d’en séparer les semences et de la bien sécher. Elle se pulvérise ensuite par contusion avec la plus grande facilité-
Intermîîde. ^
anille. On découpe les gousses en petits morceaux. On les met dans un mortier de marbre avec le sucre concassé ; on triture et on tamise. On ne doit pas employer de suite la totalité du sucre ; il faut en réserver un peu pour diviser la poudre la plus grossière qui reste sur le tamis. Une partie de bonne vanille en exige quatre de sucre pour sa pulvérisation.
Camphî^e. Pour le pulvériser , il suffît d’humecter la tête du pilon d’alcool ou d’en laisser tomber quelques gouttes dans le mortier. La plus légère trituration suffît pour réduire le camphre en poudre. On tamise pour l’avoir d’une égale grosseur.
Or et argent. On prend ces métaux en feuilles ; on les triture avec du sucre; on tamise; on triture le résidu avec du sucre nouveau ; on tamise , et l’on délaie la poudre dans l’eau ; le sucre fond , et le métal divisé se précipite. On décante l’eau qui surnage ; on lave la poudre sur un fdtre , qu’on porte ensuite à l’étuve pour en opérer la dessiccation. On peut, au Heu de sucre, employer du beau miel blanc ou de la gomme arabique.
Etahi. Le Codex prescrit de fondre ce métal, de le couler dans une boîte ronde garnie d’aspérités et frottée de craie , qu’on agite sans interruption ; mais il nous semble préférable de prendre l’étain en feuilles , de le triturer avec du sulfate de potasse ou du sucre , de délayer la poiîdre dans l’eau chaude, et de la sécher, comme celle d’or et d’argent.
Mercure. 11 est impossible de pulvériser ce métal , naturellement liquide ; mais en le mettant avec un peu d’eau distillée dans une fiole, et agitant avec force pendant quelques minutes , on parvient à le diviser en très-' petits globules.
Phosphore. On le divise par le procédé suivant. Avec des ciseaux on découpe un bâton de phosphore en trèspetits morceaux. On les introduit dans line fiole à médecine , dans laquelle on verse de l’eau bouillante. Le phosphore fond ; on bouche la bouteille , et on l’agite jusqu’à ce qu’elle soit entièrement refroidie. Pour accélérer son refroidissement, on peut l’agiter dans un baquet d’eau^froide.
Mercure doux. Pour réduire en poudre impalpable îe mercure doux , proto-chlorure de mercure , ou calomêlas , on emploie comme intermède la vapeur d’eau. Le procédé de M. Josiah Jewel , que donne le Codex , consiste à faire arriver la vapeur mercurielle dans un vase rempli d’eau en ébullition , et à recueillir le précipité. Mais ce moyen offre dans son application des difficultés qui le rendent presque impraticable. M. Henry fils l’a remplacé par un appareil bien préférable. En voici la description telle qu’il l’a publiée dans le Journal de pharmacie àe 1822. (Voir la figure, planche
Dans une cornue de grès lutée avec soin , et à col très-large, on introduit du mercure doux ou le mélange nécessaire 5 sa formation. Le mélange est préférable, parce qu’il se produit dans le même temps une moins grande quantité de vapeurs mercurielles, et qu’on
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est moins exposé à obstruer le col de la cornue. On place celie-ci dans un fourneau à réverbère garni de lôus côtés de terre, et on ne laisse sortir du fourneau qu’une très-petite partie du coî , afin qu’il soit moins exposé au refroidissement par le contact de l’air extérieur. Alors on adapte au col de cette cornue un ballon à trois ouvertures, deux latérales, et une inférieure plongeant dans un flacon à deux tubulures à moitié plein d’eau distillée , qui sei t de récipient , et qui porte un tube de sûreté pour laisser dégager l’air et la vapeur en excès. Par l’une des deux ouvertures latérales placée vis-à-vis celle qui fournit les vapeurs mercurielles , on fait arriver le col d’une cornue de verre contenant de l’eau sans cesse en ébullition. Tout étant bien luté , on cdiaufic 'd’abord l’eau, afin d’entretenir dans le ballon une sorte d’atmosphère aqueuse. Puis on place sous la cornue de grès quelques charbons incandescens , en ayant soin d’échaulFer fortement la partie supérieure du co! de la cornue pour empêcher les vapeurs de s’y solidifier ; ce qu’il est facile d’éviter en introduisant aussi des charbons par le dôme du fourneau. Bientôt il se forme dans le ballon des vapeurs blanches , qui Se condensent bur ses parois sous forme de neige , ou qui sont entraînées par l’eau dans le flacon inférieur. Quand ces vapeurs cessent d’apparaître , on arrête l’opération , et on laisse refroidir l’appareil. Alors on recueille sur un filtre la poudre blanche qui s’est précipitée ou déposée; on la lave avec soin jusqu’à ce que l’eau du lavage n’indique plus la présence du sublimé corrosif, c’est-à-dire ne précipite ni en blanc par le nitrate d’argent , ni en
jaune parla potasse. On fait sécher la poudre, et on la passe ensuite au tamj^^e soie tsès - fin pour séparer quelques parlies de mercure doux qui n'auraient pas été divisées par la vapeur d’eau , et qui se seraient solidifiées dans le ballon.
Ce calomélas , ainsi prépari , peut rivaliser par sa blancheur et sa finesse avec celui des Anglais. Aujourd’hui qu’il est généralement reconnu que l’énergie du mercure doux dépend de sa division extrême , le procédé de M. Henry fils est sans contredit le seul qu’on doive employer.
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