TROISIÈME PARTIE
EXl^RACTION.
.L’extraction est l’opération par laquelle on sépare d’un corps une ou plusieurs des parties qui le composent. Son Lut est d’isoler les principes actifs , ou de les priver de ceux qui pourraient nuire à leurs effets.
L’extraction se^fait par calcination^ carbonisation , torréfaction, sublimation clarification , expression^ insp issation , distillât ion.
GHAPITPxE PREMIER.
GALCINATION,
Opération qui a pour but de priver à l’aide du feu un corps de ses principes volatils, en les dégageant, ou de quelques-uns de ses principes fixes, en les décomposant.
Nous citerons comme exemples du premier cas la calcination de la magnésie, et celle de l’alun; et comme exemples du second, la calcination de la corne de cerf.
Calcination de la magnésie.
(oxide de magnésium, magnésie pure, magnésie calcinée,
décarbonatée. )
On calcine le sous- carbonate de magnésie pour en
(légag;er l’eau et l’aCide carbonique, et l’amener à l’état d’oxide de magJie^^n. Les qualités qu’on recherche dans cet oxide sont : qu’il ne fasse plus effervescence avec les acides ; qu’il soit pur, blanc et léger. Pour qu’il ne soit plus effervescent , il faut exposer le souscarbonate à une haute température convenablement prolongée. Pour l’avoir pur et blanc , il sulTit de le retirer de sels magnésiens très-purs eux- mêmes ,* mais pour l’avoir léger , il faut des précautions d’où dépendent les variations dans sa pesanteur spécifique. Lorsqu’on employait pour cette^opération des creusets de terre , on y tassait le sous - carbonâte afin d’opérer avec plus d’économie ; mais le produit de la calcination était d’autant plus dense que la compression avait été plus grande. Pour obvier à cet inconvénient, M. Planche publia dans le Bulletin de pharmacie de 1811 l’appareil que voici ;
a Aux creusets ordinaires on substitue une série de pots de terre cuits et non vernissés, que les peintres en bâtimens nomment camions. (Planche 2 , figure 2.) On use avec du sablon les bords supérieurs de chaque pot , et l’on pratique à leur lond , un seul pot excepté^ un trou circulaire très-large à l’aide d’un poinçon bien acéré. Cela fait , on renverse sur le pot qui a conservé son fond un autre pot troué de manière que leurs bords se correspondent en tous points. On place ain'si les uns sur les autres quatre pots sans fond. ( Voyez planche 2 , figure 5.) On en lute les jointures avec un mélange de bourre, de terre à four, et d’eau bien malaxé. On remplit ce nouveau creuset de sous-carbonate en poudre lé-
MANUEL
gère , obtenue parfrottement , et qu’on évite de tasser. On ferme le pot supérieur avec calotte de terre cuite (figure 4 ) » percée d’un trou pour laisser dégager l’eau ^ l’air et l’acide carbonique. Pour que le tout soit plus solide , on cerne le premier pot avec un anneau en fil de fer , auquel sont attachés à égale distance quatre fils de même métal qui viennent se réunir en croix au sommet de l’appareil. »
Le tout ainsi disposé, on chauffe pendant trois heures cet appareil entouré de charbons ; on le laisse entièrement refroidir pour en retirer la magnésie , qu’on a alors très-légère et très-pure. Po5t s’assurer que la calcination est achevée^ on délaie un peu de magnésie dans l’eau, et on y verse de l’acide hydrochlorique. La dissolution doit se faire sans effervescence. Alors on enferme la poudre encore chaude dans un flacon h l’émei^y pour la garantir de l’air et de l’acide carbonique qu’il renferme. La magnésie attire moins vite l’aéide carbonique que ne le font la potasse et la soude. Dans cette opération elle perd les deux tiers de son poids.
Lorsqu’on opère sur une petite quantité , on peut se servir d’un creuset de terre, qu’on ne remplit que jusqu’à trois doigts de son bord supérieur; car le gaz, en se dégageant, ferait perdre une partie de la magnésie. On place le creuset au milieu de charbons ardens , et l’on chauffe fortement. La maraésie devient roupie, et bouillonne comme un liquide. Ce dernier effet est produit par l’expulsion du gaz acide.
Calcination de l'alun,
( Alun calciné. )
On met l’alun en cristaux dans un creuset , qu’on place au milieu de charbons ardens. L’eau de cristallisation que le sel contient le dissout; mais lorsqu’elle est dissipée , l’alun se boursouffle , forme un champignon qui va en augmentant. Lorsqu’il ne s’élève plus , on retire le creuset du feu. Si l’on chauffait trop long-temps , l’alun se décomposerait à la chaleur rouge, laisserait dégager du gaz sulfureux , et donnerait pour résidu de l’alumine et du sulfate de potasse. Si , au lieu d’être à base de potasse, il était à base d’ammoniaque , tout l’acide sulfurique et toute l’ammoniaque se dégageraient ; il ne resterait que de l’alumine en poudre très-blanche. C’est même ce procédé qu’a donné M. Gay-Lussac pour se procurer cette terre pure à l’état solide.
Les phénomènes de ces deux décompositions se con- ' çoivçnten se rappelant i® que l’alun est un sel’ double, formé de sulfate d’alumine , de sulfate de potasse ou d’ammoniaque ; 2® que le sulfate de potasse est indécomposable par le feu ; 5® que le sulfate d’alumine se transforme par le feu en 2 parties de gaz sulfureux, et 1 d’oxigène , plus en alumine ; 4° qne le feu décompose tous les sels ammoniacaux. Q»ueiques précautions qu’on prenne dans cette calcination, il y a toujours un peu d’alumine mise à nu, et qui, par sa dessiccation, est impropre à se combiner avec l’exCès d’acide sulfurique. On s’en assure en dissolvant dans l’eau un peu d’alun calciné ; on a un précipité insoluble.
C alcination de la corne de cerf
Le but qu’on se propose dans cette opération est de détruire par la combustion la gélatine contenue dans la corne de cerf, et de laisser à nu la base solide , presque entièrement formée de magnésie et de sous-phosphale de chaux. Cette combustion offre des phénomènes importans à observer. C’est d’un mémoire de M. Planche que nous allons extraire tout ce que nous avons à dire à ce sujet.
L’application d’une chaleur graduée , portée successivement jusqu’au rouge , et diminuée en temps convenable , donne pour résultat une matière blanche dans toute sa masse , poreuse , friable, qualités requises par tous les pharmacologistes pour la corne de cerf dite cal-^ cinée. A une température plus élevée, cette matière se vitrifie en quelque sorte, acquiert une dureté considé^ rable , ne fait plus corps avec l’eau qu’on y ajoute , et a perdu ses propriétés comme médicament. Be même , si l’on met de la corne de cerf dans un creuset , et qu’on l’expose subitement à une température très-élevée, la surface se brûle d’abord , et se vitrifie ensuite ; et quelles que soient l’intensité de la chaleur et sa durée , l’intérieur des conserve l’état charbonneux. La difficulté
de tenir un juste milieu entre ces extrêmes cause souvent aux pharmaciens une perte considérable. Pour Tes éviter, voici les changemens que M. Planche a proposés au procédé ordinaire.
Au lieu de brûler la corne de cerf dans un creuset ., on établira sur la grille d’un fourneau à réverbère une Couche d’environ deux pouces de charbon de bois ; on
achèvera de remplir le fourneau avec de la corne. Il faut laisser un espace convenable entre les morceaux, afin que l’air y circule librement. On couvrira le fourneau de son dôme , et l’on terminera celui-ci par un tuyau de poêle , dont l’ouverture supérieure communiquera avec la cheminée du laboratoire. On lutera la bouche du foyer et les autres ouvertures du fourneau, le conduit seul restera ouvert. On allumera par cette ouverture le charbon 5 qui ne tardera pas à communiquer rinflammation à la corne de cerf. L’opération se continue d’eîle-même. Elle est terminée lorsqu’on n’aperçoit plus la flamme sortir par le tuyau. On laisse refroidir le fourneau, on en retire la corne de cerf, et l’on met à part la plus blanche , pour être trochlsquée. On réduit en poudre fine les morceaux
qui sont charbonnés ou bleuâtres; on place cette poudre dans un creuset ordinaire ou dans l’appareil pour la calcination de la magnésie. On chauffe au rouge la matière pendant une heure env^on,^yant soin de la remuer deux ou trois fois avec une tige de fer. Par cette opération secondaire, la corne acquiert la blancheur qui lui manquait.