SOUS-PHOSPHATE DE SOUDE
Ce sel , composé , d’après Berzelius ,
de 20,55 d’acide ,
1 7,67 de soude ,
62,00 d’eau,
est le premier des phosphates qui fut découvert. En 1757 , Heilot reconnut sa présence dans l’urine , et en fit la description , en le regardant comme un sel particulier. En 1 740 , Hanpt le nomma sal mirabile perlatum. En 1745^ Margraff reconnut qu’il était formé d’acide phosphorique ; mais il observa que , traité par le charbon, on ne pouvait pas en obtenir de phosphore. Rouelle détermina les quantités d’acide et de soude dont il était formé. Proust ne reconnut pas ce sel pour un phosphate , et Morveau appela l’acide obtenu de ce sel , par Schéele acide ourétique, Klaproth et Schéele ensuite reconnurent que l’acide décrit par Proust était du phosphate de soude combiné avec de l’acide phosphorique.
Ge-sel peut être préparé directement en saturant l’acide phosphorique par le sous-carbonate de soude , en évaporant le résultat de la combinaison (1) , et en le laissant cristalliser. Toutefois ce moyen n’est pas mis
(1) Thom^ son , dans son système de chimie , indique les quantités d’acide et de sous-carbonate de soude à employer. 32 grammes d’acide exigent 91 grammes de sous-carbonate.
en usage. On emploie généralement , pour la préparation de ce produit , les os et Tacide sulfurique , qu’on
peut se procurer en grande quantité et à un prix peu
élevé. On agit de la manière suivante. On fait brûler des os d’animaux jusqu’à ce que le résidu obtenu de là calcination soit entièrement blanc ; on réduit ces os en poudre, soit au moyen d’un moulin , soit avec un pilon ; on les passe au tamis. Quand ils sont ainsi divisés , on les traite par l’acide sulfurique ainsi qu’il suit. On place dans un baquet doublé en plomb 1 5o parties de la poudre d’os ; on la délaie dans 5oo parties d’eau. Quand le mélange est bien fait, on y ajoute qa parties d’acide sulfurique à 66®, et on brasse vivement le tout. Il y a de suite effervescence , dégagement d’acide carbonique et Iiydrosulfurique. Ces deux acides prqviennent de la décomposition des carbonates et des sulfures qui se trouvent dans les os calcinés.
On laisse réagir le mélange pendant quatre à cinq jours ; seulement on a la précaution de l’agiter de temps en temps pour que toutes les parties soient bien en contact entre elles. Quand la réaction est terminée , on ajoute au mélange une quantité d’eau convenable pour bien délayer la masse ; on l’agite , puis on la laisse reposer. Quand le dépôt est fait , et que ia liqueur est éclaircie , on la décante , et on ajoute une nouvelle quantité d’eau ; on brasse de nouveau , on laisse reposer , on décante encore ; on jette enfin le dépôt sur un filtre^ et on recueille le produit fdtré, qui est réuni à l’eau des deux premiers lavages : on épuise par de l’eau le résidu. Ces dernières eaux ne sont pas
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réunies auA deux premières ; elles servent de petites eaux pour une seconde opération.
On met dans une chaudière les eaux provenant des
deux premiers lavages et de la filtration , et on les fait évaporer jusqu’à ce que la liqueur soit réduite à moitié. On arrête alors l’évaporation , et l’on sature la liqueur par le sous-carbonate de soude en excès, en ayant soin de n’ajouter de ce sel que peu à peu pour que l’efTerveS" cence produite par le dégagement d’acide carbonique ne soit pas trop vive. Quand la saturation est terminée , ce. dont on s’assure au moyen d’un papier réactif, on fait bouillir la liqueur pendant une demi-heure , on la filtre pour séparer un précipité qui s’est formé pendant l’é^ buliition ; on la remet sur le feu , et on la fait évaporer jusqu’à ce qu’elle marque 26® à l’aréomètre. On couvre alors la chaudière , et l’on cesse le feu. On laisse la liqueur en repos pendant douze heures. On a soin de la tenir chaude , en empêchant l’air de circuler dans le foyer. Pour cela , on a un registre qui intercepte le courant d’air dans la cheminée de tirage , et une porte qui ferme le cendrier du fourneau. Au bout de ce temps, on tire à clair la liqueur, on la coule dans des terrines qui sont portées dans une étuve chauffée à 20®; on abandonne ces terrines à elles-mêmes. Les cristaux s’y déposent sur les parois. Quand les cristaux sont bien formés , ce qui demande l’espace de deux ou trois jours , on sépare les cristaux des eaux-mères , on les lave avec de r eau , et on les met à égoutter dans une trémie. On reprend les eaux-mères , on les fait évaporer. Si elles sont colorées , on y ajoute 1 /5 de noir animal , et l’on
fait bouillir le tout en étendant d’eaii ; on filtre , et l’on rapproche le produit de la filtration. On examine si l’eau-mère ainsi clarifiée est encore avec excès d’alcali ; si elle ne présentait pas cette condition , il faudrait avoir soin d’ajouter une petite quantité de carbonate de soude. Le sous-phosphate de soude ne cristallisant bien que quand il est avec excès de base , les eaux-mères du sous-phosphate de soude , lorsqu’elles sont neutres ou avec excès d’acide phosphorique , donnent des cristaux informes , et quelquefois même elles n’en donnent pas du tout,
Si les cristaux obtenus d’une première cristallisation sont colorés , on les dissout de nouveau dans de l’eau ; on laisse déposer le tout , on fait évaporer, et on îe tire dans des terrines qu’on porte à l’étuve.
Le sous-phosphate de soude obtenu comme nous venons de le dire doit être enfermé dans des vases bien clos ; exposée au contact de l’air, il s’altère promptement , devient elïlorescent , et tombe en poudre.
M. Hassenfratz a publié , dans les Annales de chimie, tome 10, paf^e i84, le moyen d’obtenir le phosphate de soude par la décomposition des os calcinés , par l’acide sulfurique, etc. Ce chimiste recommande d’employer 6 livres d’acide sulfurique du commerce sur 9 livres d’os ; il fait sentir l’inconvénient qu’il y aurait d’employer une trop grande quantité d’acide pour décomposer le phosphate de chaux. Une partie de l’acide sulfurique restant mêlée au liquide , serait saturée par le carbonate de soude , et , après la saturation , on obtiendrait du phosphate de soude mêlé de sulfate de la même base.
Le phosphate de soude verdit îe sirop de violettes.
Il a une saveur alcaline , urineuse, et qui n’est cependant pas très-désagréable. Il est soluble dans 4 parties d’eau à 12®, et dans deux parties d’eau bouillante. Il cristallise par refroidissement. Ses cristaux ont la forme de prismes rhomboïdaux , dont les angles aigus sont de 60°. Ce sel s’effleurit promptement à l’air ; mais cette efflorescence n’a lieu qu’à la surface. Exposé à l’action de la chaleur , il se fond dans son eau de cristallisation. Si on élève la température jusqu’à la chaleur rouge , il prend l’apparence d’un émail de couleur blanche.
Le phosphate de soude que l’on trouve dans le commerce est quelquefois mêlé de sulfate de soude dont la valeur est moindre. Ce sel provient de la quantité d’acide sulfurique trop considérable qu’on a employée dans la préparation du phosphate de soude , où il a été mêlé par fraude. Pour reconnaître si le phosphate de soude qu’on achète est à l’état de pureté , on dissout dans l’eau î 00 parties (grains) de sous -phosphate de soude , on filtre la solution , on lave le filtre , et l’on verse dans la liqueur filtrée de l’acétate de baryte par petites portions. H y a double décomposition , formation d’acétate i de soude soluble , et de phosphate de baryte insoluble 1 qui se précipite. On cesse d’ajouter de l’acétate de 1 baryte lorsqu’on s’aperçoit que ce sel ne produit plus ! de précipité. On laisse déposer , on sépare celui-ci de la liqueur , on îe lave , et lorsqu’il est bien lavé , ou îe traite par l’acide nitrique concentré , qui dissout totalement le précipité^ si le phosphate de soude est pur, tandis qu’il laisse une partie indissoute , si ce sel estraé*?
MANUEL
langé de sulfate , lequel a été décomposé et converti en sulfate de baryte. Le poids du résidu insoluble indique la proportion dans laquelle le sulfate de soude était mélangé au phosphate.
Ce sel a été mis en usage en médecine par le docteur Pearson. On le donne à la dose d’une à deux onces
dans du bouillon aux herbes. Sa saveur étant moins désagréable que celle des sulfates de soude et de magnésie , on l’emploie, comme purgatifs , préférablement à ces sels.