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ÉTHER NITREUX

Parmi les composés chimiques employés en médecine , il en est peu qui offrent dans leur préparation autant de difficultés que l’éther nitreux; aussi pour l’obtenir a-t-on proposé un fort grand nombre de procédés. Nous n’en décrirons que trois , celui de M. Thénard , celui de M. Pétroz , celui de Durozier.

Procédé de M. Thénard, On prend parties égales en poids d’alcool à 56® et d’acide nitrique à 54° J on en fait le mélange , qu’on introduit dans une cornue de verre double en capacité du volume qu’elle contient ; on la place sur un triangle de fer de manière h pouvoir placer et retirer à volonté le fourneau ou la lampe destinée à l’échauffer. A la cornue , on adapte une allonge qui se rend dans un ballon communiquant avec 5 ou 4 flacons réunis entre eux à l’aide de tubes recourbés , dont la plus grande branche plonge jusqu’au fond du flacon qui la reçoit. On remplit chaque flacon à moitié d’eau saturée de sel, et on les place dans un mé-

iange réfrigérant. On lute les jointures exactement , en laissant cependant au dernier flacon une petite ouverture pour le dégagement des vapeurs , qui ne se condenseraient pas. La solution saline est destinée à ralentir par sa densité le dégagement très-rapide des gaz et vapeurs qui se forment dans le cours de Topération.

L’appareil ainsi disposé , on porte sous la cornue le fourneau garni de quelques charbons incandescens , et l’on tient près de soi quelques seaux d’eau froide. On observe attentivement le mélange. Aussitôt que les premières bulles se dégagent de la partie inférieure de la cornue, on retire le feu. L’ébullition, en effet se manifeste avec violence , et si la cornue n’est pas assez grande, une portion du mélange passe dans le ballon. Quelquefois même cette ébullition devient si rapide, qu’il est urgent de la modérer en versant abondamment de l’eau froide sur la cornue. Les gaz , en traversant la solution de sel marin , en augmentent le volume et la température. Lorsque l’ébullition cesse d’elle-même , l’opération est terminée. A cette époque , le résidu de la cornue équivaut à peu près au tiers du mélange. Il est formé d’eau , d’alcool , d’acide nitrique , d’une petite quantité d’acide acétique , et d’une matière facile à charbonner. On délute l’appareil , et l’on trouve dans le ballon un mélange d’alcool , d’étber , d’acides nitrique , nitreux et acétique. Dans les flacons , à la surface

de la solution saline , on voit une couche liquide d’un ^ jaune verdâtre : c’est l’éther altéré par de l’acide nitreux et de l’alcool. On sépare , à l’aide d’un entonnoir à longue tige, ces différentes couches, qui sont d’autant

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plus minces qu’on les examine dans les flacons les plus éloignés ; on les réunit au liquide contenu dans le ballon , on introduit cet éther impur dans une cornue de verre communiquant à un ballon entouré de glace, et on le distille à une très-douce chaleur. Malgré cette rectification , Téther nitreux est encore acide ; ce qui oblige de l’agiter dans un flacon avec un peu de chaux éteinte ou un lait de chaux , qui absorbe l’acide nitreux , et de le décanter ensuite ; il marque 26® Baumé.

Théorie, Voici la plus généralement admise. L’alcool et l’acide se partagent chacun en deux parties ; une portion de l’alcool enlève tout l’oxigène à une partie de l’acide nitrique, et transforme le reste en acide nitreux: delà formation d’eau, d’acides carbonique, acétique et probablement oxalique , de gaz azote , de deutoxide d’azote , de gaz nitreux, et d’une matière facile à charbonner ; tandis que l’alcool non décomposé se combine avec l’acide nitrique ramené à l’état d’acide nitreux, et constitue l’éther.

Les principaux caractères de l’acide nitreux sont d’être d’un blanc jaunâtre , plus lourd que l’alcool , mais bien plus volatil. Son odeur est très-forte et analogue à celle des pommes de reinette. Sa saveur est chaude et piquante; il brûle avec une flamme blanche, sans laisser de résidu. Traité par l’eau , il se sépare en 5 parties : la première se volatilise , la deuxième se dissout, et la troisième se décompose en alcool et en acide nitreux. Aussi la solution devient acide ; et si on la sature par la potasse et qu’on la soumette à la distillation , on obtient de l’ai-

cooi et un résidu formé de nitrite de potasse. Cet éther ne se conserve que difficilement ; car en peu de temps , même dans un flacon bien fermé , il devient

acide. Sa décomposition est plus prompte s’il est ex-

posé à la chaleur.

La grande difficulté de le conserver a donné l’idée de lui substituer pour les besoins de la médecine Vétiier nitrique alcoolisé. Il se prépare dans l’appareil du procédé de M. Thénard , en remplaçant l’eau salée par l’alcool. L’éther s’y unit , et l’on continue l’opération jusqu’à ce que l’alcool ait acquis le double de son poids primitif; il marque alors 32® Baurné.

Procédé de M, Pétroz, M. Thénard ayant prouvé que l’éther nitrique était formé d’acide nitreux et d’alcool , de plus , d’un peu d’acide acétique , qu’il soupçonnait être un produit accidentel ; et M. Gay- Lussac ayant annoncé [ Annales' de physique et de chimie, tome xii , pa^e i lo ) qu’on pouvait former immédiatement de l’éther nitreux en mêlant ensemble l’alcool absolu et l’acide nitreux obtenu par la décomposition du nitrate de plomb desséché , M. Pétroz crut d’abord qu’il suffisait de rechercher les doses les plus convenables d’acide et d’alcool pour obtenir avec plus de facilité et d’économie un produit semblable à celui que donnent les procédés déjà connus. Mais , après un grand nombre d’essais infructueux , il parvint à reconnaître que la formation de l’éther nitreux exigeait plusieurs conditions et présentait des phénomènes qui peuvent engager à regarder cet éther non comme une

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combinaison de l’acide avec l’alcool absolu , mais plutôt comme un composé d’acide et d’un autre corps dérivé de l’alcool (i) .

« La première condition pour la préparation de Té- « tlier nitreux est la concentration de l’alcool ; il doit « être exempt d’eau. Lorsqu’on l’emploie à4o° Baumé ,

« et qu’on le réunit ensuite à l’acide nitreux , on n’obi< tient qu’un éther très-imparfait qui contient toujours « de l’alcool et de l’acide nitrique à l’état de mélange, a L’alcool dont je me suis servi dans mes expériences « marquait 44“ Baumé à la température de o; je l’avais

obtenu en laissant macérer pendant 24 heures , sur « une grande masse de chlorure de calcium, de l’al- « cool rectihé , et le distillant ensuite goutte à goutte. « Cet alcool réussit très-bien et forme de l’excellent « éther lorsqu’on le mêle avec l’acide nitreux anhydre.

Il n’est pas indifférent de mélanger brusquement « les deux liquides ou d’ajouter par petites portions « l’un des deux dans la totalité de l’autre. La tempéra- « turc des deux corps influe aussi beaucoup sur la na- « ture du résultat. Lorsqu’on fait^ comme M. Gay-

{i) Nous pensons, avec beaucoup de chimistes , que la nature de plusieurs éthers, particulièrement celle de l’éther nitreux, est loin d’être parfaitement connue ; ainsi , quoique les opinions de M. Pétroz sur l’éthérification de l’alcool par l’acide nitreux soient contraires à celles généralement admises, comme elles sont neuves, et qu’avant de les rejeter il convient d’en appeler de nouveau à l’expérience, nous nous abstiendrons de toute observation critique, et nous nous bornerons à rapporter les observations de cet honorable académicien telles qu’il les a lues à la société de pharmacie de Paris en 1820, et telles qu’il a eu la bonté de nous les communiquer.

K Lussac , le mélange brusquement et à la température « ordinaire , il se produit b^eaucoup de chaleur, et il y « a formaîion d’éther. Le phénomène a encore lieu,

« mais d’une nianière beaucoup moins marquée , lors- « qu’on mêle par parties l’acide avec la totalité de l’aU « cool. Mais , si l’on refroidit préalablement les deux « liquides dans un mélange de glace et de sel marin,

« cl qu’on les réunisse peu à peu au milieu de ce bain a réfrigérant, alors il ne se produit point de chaleur « très-sensible , et le mélange , au lieu de sentir l’éther,

« n’a que l’odeur de l’acide alcoolisé. Si l’on expose le « mélange à la température ordinaire , l’odeur éthérée a ne se développe pas davantage; tandis que dans le « mélange brusque elle est très-sensible.

« Ces résultats prouvent que la température influe « beaucoup sur la formation de l’éther nitreux , et qu’on « ne l’obtient point dans toutes les circonstances où l’on « mélange l’acide et l’alcooL

« Un mélange d’une partie d’acide nitreux et de trois « parties d’alcool absolu , fait avec précaution et soumis « 5 la distillation dans une cornue qui communique « avec un petit ballon entouré de glace , donne , à une « très-douce chaleur, i° de l’éther nitreux d’une odeur « très -suave; 2“ un peu d’alcool nitrique mêlé d’acide « nitreux; 3° un résidu qui consiste dans un mélange « d’acide nitrique, d’alcool et d’eau. Il est très - facile n de diviser les produits ; car quelques charbons incan- « descens suffisent pour biire bouillir le mélange. L’é- « bullition se continue ensuite d’elle -même jusqu’à ce « que la plus grande partie de l’éther nitreux soit vola-

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« tilisée ; alors elle diminue sensiblement , et c’est le « moment de l’arrêter ou de changer de récipient. Il « passe encore un peu d’éther, de plus beaucoup d’alcool « nitrique et de l’acide nitreux. Si à cette époque on « augmente le feu, le résidu entre en ébullition, et il « se dégage une énorme quantité de vapeurs rutilantes « qui remplissent toute la capacité de l’appareil.

« Ces phénomènes sont constans : on les a observés « dans un grand nombre d’expériences faites avec des « proportions diverses d’alcool et d’acide. Ils prouvent, « ce me semble : 1° que l’acide nitreux, mélangé avec « l’alcool absolu , détermine la formation d’une certaine « quantité d’eau qui produit ensuite de l’acide nitrique « avec une portion de l’acide nitreux ; 2° qu’il est im- « possible d’avoir de l’éther nitreux pur en mélangeant « instantanément de l’alcool absolu avec de l’acide ni- « treux anhydre; 3® que le produit de ce mélange est « de l’éther nitreux , plus de l’alcool , de l’acide nitri- « que et de l’eau.

« On pourrait en tirer encore cette conséquence, (( que la composition de l'éther nitreux ne consiste « pas dans la combinaison de l'acide nitreux avec « l'alcool absolu y mais bien dans C union du même « acide avec la portion de C alcool qui a cédé les été- « mens propres à former de l'eau et à convertir l'a- « eide nitreux en acide nitrique. De quelle nature est « celte portion d’alcool ainsi modifié ? Est ^ ce de l’hy- « drogène percarboné? Cela serait très-possible; mais « pour l’affirmer il est besoin de nouvelles expériences. « Toutefois il est permis de dire que l’éther nitreux

« doit être séparé des éthers quon regarde comme « formés d'acide et d'alcool.

« La grande volatilité de Tacide nitreux et de Falcooî « étant un obstacle h leur facile réaction , j’ai cru de- « voir ajouter au mélange une petite quantité d’acide « sulfurique, afin de cohercer davantage les deux fluides,

« et d’absorber l’eau qui, en convertissant en acide « nitrique une portion de l’acide nitreux, dérange les « rapports dans lesquels les deux corps sont primitive- « ment réunis. De nombreux essais m’ont prouvé que « les proportions suivantes réunissaient les conditions les « plus avantageuses.

« Alcool absolu. . . 60 grammes.

a Acide nitreux. . . 20 « Acide sulfurique 5

« On mélange d’abord l’acide sulfurique et l’alcool , '

« on laisse refroidir, ensuite on ajoute l’acide nitreux.

« On introduit le tout dans une petite cornue de verre « tubulée , munie d’un récipient , et on distille à l’aide « de deux ou trois charbons incandescens , jusqu’à ce « qu’on ait obtenu environ 2 grammes <le produit. C’est « un excellent éther nitreux qui , pour être parfaite- « ment pur, n’a besoin que d’être mis pendant quelques « instans en contact avec un peu de magnésie calcinée <{ qui s’empare de l’acide nitreux en excès. Nous avons « opéré sur 16 grammes de mélange seulement; nous « avons retiré un produit aussi bon que celui obtenu « de quantités plus considérables.

« Les avantages de ce procédé sont incontestables;

« il donne la facilité de préparer sur-le-champ, et en

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« aussi petite quantité qu’on le désire, un éther nitreux « aussi pur et peut - être en plus grande quantité que « par le procédé de M. Thénard. Il dispense de l’em- « ploi de l’appareil de Wouif, qui est extrêmement « compliqué et sujet à des explosions dangereuses pour « l’opérateur. L’éther qu’il donne paraît se conserver « bien plus long-temps que celui fourni par les autres G moyens ; car j’en ai conservé pendant plus de 10 mois, « et au bout de ce temps à peine rougissait-il le papier « de tournesol. Enfin , quant à l’économie qu’il pré- « sente , il est facile de la calculer par les données sui- « vantes :

« i58 grammes de plomb et 4^^ grammes d’acide « nitrique du commerce ont donné 200 grammes de « nitrate de plomb sec , et 100 grammes de ce nitrate « ont produit 20 grammes d’acide nitreux anhydre. La « quantité de cet acide devrait être beaucoup plus con- « sidérable ; mais 20 'grammes sont tout ce qu’on peut <( retirer à l’état liquide, en évitant autant que possible « toutes les causes de perte. Quant au degré de conceuc iration de l’alcool, des expériences ullérieüres m’ont « fait reconnaître qu’il n’était pas absolument nécessaire « qu’il fût à 44“ ? qu’avec 4t>“ couverts on obtenait un « éther parfait. »

Procédé de M, Durozier. Pour éviter l’inconvénient qui résulte le plus souvent de l’application du feu dans la préparation de l’éther nitreux , et agir avec plus de sécurité, M. Durozier développe, au sein même du mélange , le degré de chaleur nécessaire à la réaction de l’acide sur l’alcool et à la formation de l’éther. Pour

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cela , il emploie l’acide sulfurique. On place dans un bain de sable une cornue tubulée d’environ 6 pintes. Son col entre immédiatement dans un ssrpentin , à la sortie duquel est adapté un ballon qui repose dans un vase plein d’un mélange réfrigérant. De la tubulure supérieure du ballon part un tube de sûreté qui và se rendre dans un flacon dans lequel on met un peu d’alcool, qui reçoit ce qui peut s’échapper d’éther, et sert soit à l’opération suivante , soit à la préparation s de l’éther nitrique alcoolisé.

L’appareil ainsi disposé , on prend 5 Ib d’alcool à 56®,

3 on y mêle i tb 8 onces d’acide nitrique à 52®. On introduit le tout dans la cornue par le moyen de sa tubulure, t et, aussitôt après , on y verse 12 onces d’acide sulfuri- )i que concentré ; on referme la tubulure , on la ficelle , et on la lute. Cinq minutes après l’immersion de l’acide 1 sulfurique, l’ébullition se manifeste, des stries d’éther I tapissent les parois de la cornue, et bientôt après on voit i l’éther couler abondamment de la partie inférieure du ser- ; pentin. Dès que l’ébullition cesse , on enlève le produit

Ibrut du ballon; il pèse environ 25 onces. On le laisse en contact avec un lait de chaux pendant un jour, en ayant soin de l’agiter de temps en temps. Lorsqu’il est reposé , on le décante ; il pèse environ 10 onces 4 gros.

Des trois procédés que nous venons d’examiner , c’est à celui de M. Pétroz que nous croyons devoir accorder la préférence ; celui de M. Thénard est d’une exécution trop dilficile ; celui de M. Durozier est admirable par sa grande simplicité , et dispense , il est vrai , de l’emploi de l’acide nitreux, qu’on n’a pas dans toutes les phar»

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maries , mais la quantité diacide sulfurique nous semble beaucoup trop considérable ; c’est aussi ce que pense M. Thénard [Traité de chimie édition, t, 4,p. 160) ; mais la présence d\me si grande quantité acide sulfurique ?ie détermine-t-elle pas la formation d'un peu d'éther sulfurique?

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