CHAPITRE SEPTIÈME
INSPISSATION.
Opération par laquelle on concentre sous un plus petit volume les principes retirés d’un corps en évaporant une portion du liquide qui les tient en solution. Les produits de l’inspissation sont \qs extraits et les gelées.
Extraits.
On donne en pharmacie le nom à' extrait au produit retiré d’une substance végétale ou animale à l’aide d’un véhicule appropr»ié à sa nature, et rapproché par l’évaporation en consistance sèche, ou seulement pilulaire.
Cette définition indique les deux états principaux sous lesquels les médicameus se trouvent dans les pharmacies. Tantôt , en effet , ils sont assez mous pour céder à la pression du doigt; tantôt assez durs pour pouvoir se réduire en poudre: c’est à ces derniers que Lagaraye avait donné le nom impropre de sels essentiels.
L’extraitpharrnaceutique est formé de tous les principes
solubles du corps dont il provient. 0 en résulte que sa
composition est toujours fort compliquée , et ses propriétés très- différer! les. Aussi diffère-t-il de ce que les chimistes désignent sous le nom à^extractif. Ce corps ,
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en supposai! tqu^il existe, ce cpii noü-seulement n’est pas généralement admis, mais encore paraît fort douteux, possède , entre autres propriétés , celle de s’unir à l’oxigène^ et de former avec lui un composé insoluble^ qui se précipite des liquides qui le tiennent en dissolution. En évaporant à l’air libre quelques extraits , surtout ceux qui proviennent de substances astringentes, il se forme bien un précipité, mais M. Yauquelin l’a reconnu pour une combinaison de tannin et d’albumine , et non pour de V extractif oxî gêné ^ comme on l’avait cru d’abord.
Les substances dont on retire les extraits va riant toutes entre elles par la nature de leurs principes constituans , il en résulte que le véhicule à employer, le mode d’opération à suivre, les altérations qui se manifestent doivent varier aussi. Pour mettre plus d’ordre dans ce que nous avons à dire sur ces médicaniens , nous examinerons 1® quels sont les véhicules à employer, et quels sont les moyens les plus propres à faciliter leur action dissolvante; 2“ comment, la solution obtenue, on doit l’évaporer; 3“ quelles sont les règles générales à suivre pour la préparation des extraits; 4° quelles sont les altérations qu’ils éprouvent, et comment on doit les conserver; 5® dans quel ordre on doit classer ces médicainens ; b® enfin nous citerons quelques exemples. •
éliicules et modes opération.
Les véhicules employés pour la préparation des extraits sont , pour les plantes fraîches , l’eau seule de végétation , qui tient en solution leurs principes solubles. Pour les substances sèches , on se sert de l’eau pure , de
l’alcool plus ou moins concentré , du vin. II est indispen» saLle que l’eau soit pure , car les sels qu’elle contient toujours se mêleraient à l’extrait, et en altéreraient la nature. Quant au vin , comme ses qualités sont trèsvariables , il est impossible d’apprécier la quantité d’ex- Iractif qu’il ajoute à l’extraîi. Le dep'é de concentration de l’alcool varie selon la nature de la substance.
On faciliie l’action dissolvanle.de ces liquides de trois manières dilFérenles : 1° par macération^ c’est-à-dire en les laissant en contact avec la substance à la température ordinaire ; *2" par digestion^ en maintenant quelque temps la température un peu élevée; 5® par infusion^ . en versant le liquide bouillant sur la substance , et prolongeant suffisamment leur contact. Quant à la décoction, qui consiste à faire bouillir le liquide avec la substance , on ne doit jamais l’employer pour la préparation des extraits , car elle change non-seulement leurs caractères physiques , mais encore leurs propriétés médicinales . C’est ainsi que l’extrait de genièvre préparé par décoction a une saveur âcre , un aspect grumeleux , une couleur rougeâtre ; tandis que , préparé par macération , il offre une saveur sucrée , un aspect lisse et uni , une couleur d’un beau jaune doré. Quant aux propriétés médicinales , M. Orfda a prouvé que l’extrait de ciguë se prenait impunément à haute dose lorsqu’il avait été préparé par décoction ; tandis que , préparé à une moindre température , il avait , à la dose de quelques grains ,.une action très-marquée. Ce célèbre toxicologiste a conclu, des nombreuses expériences qu’il a faites sur les extraits, que la vertu de ces médicamens était en raison inverse
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de la température employée pour les obtenir. Enfin si des motifs d’économie pouvaient engager le pharmacien à faire choix d’un mode de manipulation plutôt que d’un autre^ pour cette raison seule il n’emploierait pas la décoction. Pour preuve , nous en appelions à l’expérience : la racine^ de gentiane , celle de patience , don- • nenl plus d’extrait par infusion que par décoction. La rhubarbe épuisée par l’un ou l’autre procédé fournit la même quantité d’extrait; mais celui que donne l’infusion est plus beau , plus soluble dans l’eau , moins mucilagineux, et certainement plus actif que celui de la décoction, qui contient de l’amidon. Le kina donne, il est vrai , par infusion un peu moins d’extrait que par décoction ; mais il est d’une belle couleur rouge , plus lisse , plus soluble dans l’eau , et rend les potions dans lesquelles on le dissout moins repoussantes que celui par décoction , qui est brunâtre et grumeleux. D’ailleurs en délayant dans Peau un poids égal de l’un et de l’autre , on retire , à peu de chose près , la même quantité de matière soluble, de sorte que la plus grande quantité d’extrait obtenue par décoction provient d’une addition de matière colorante insoluble , dans laquelle on ne peut faire résider la propriété fébrifuge du kina. Ces observations, que M. Henry nous a souvent faites dans son excellent cours à la Pharmacie centrale , ont été explipliquéesd’unemanière très-satisfaisante par M. Guibourt. [Journal de pharmacie , 1820.) Ce chimiste a vu que lorsqu’on traite par infusion une racine sèche contenant de l’amidon^ une matière astringente et un principe colorant, comme le ratankia a pris pour exemple.
Je SUC seul de la racine se dissolvait sans altérer ramidon ni le ligneux, tandis que par ébullition, l’amidon se combine avec la matière astringente, et forme un composé qui, soluble dans l’eau bouillante , et presque insoluble dans l’eau froide , se mêle à l’extrait et en augmente le poids ; mais que la quantité réelle d’extrait est diminuée par le ligneux, qui absorbe une portion de la matière colorante ; ce qui le prouve , c’est que l’extrait par ébullition donne, à poids égal, moins de matière soluble que l’extrait par infusion. Par là M. Guibourt explique pourquoi la gentiane fournit plus d’extrait à froid ; c’est que celte racine contenant peu d’amidon, Ifî décoction ne peut rien y ajouter, et lui enlève, au contraire, une portion de matière colorante , qui s’unit au ligneux. Si dans la rhubarbe le poids des deux extraits est le même , c’est que le principe propre à cette racine, absorbé par le ligneux dans la décoction , est remplacé dans l’extrait par l’amidon dissout.
Puisque la décoction change les caractères physiques , la constitution chimique , les propriétés médicinales des extraits, et n’en fournit qu’une quantité moindre, 011 ne doit donc jamais l’employer pour la préparation de ces médicainens. On se contentera, si c’est une substance fraîche, d’en exprimerle suc; si c’est une substance sèche , de la soumettre à l’infusion ou à la macération , et de réserver la digestion pour les substances résineuses.
Modes d’évaporation.
Puisque le véhicule n’a été employé que pour dissoudre les principes extractifs de la substance, lorsque
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ceite soîulîon est achevée, il faut soustraire le liquide» et c’est par évaporation qu’on y parvient. Il y a trois manières de [aire évaporer les extraits ; la première sous la mach ine pneumatique J, la deuxième à l’êtuve, et la troisième au bain-marie.
Evaporation par la machine pneumatique. On distribue le suc non dépuré dans des capsules de porcelaine à fond plat, qu’on place sous la cloche de la machine à côté de capsules pleines d’acide sulfurique ou de chlorure de chaux sec; on fait le vide. Parla suppression du poids de l’atmosphère, l’humidité du suc se répand en vapeurs qui sont absorbées par l’acide ou le sel. L’évaporation achevée, on ierine l’extrait dans des vases bien couverts pour le garantir de l’humidité , dont il est fort avide. Les extraits ainsi préparés ont une énergie bien plus grande que ceux obtenus par tout autre moyen. Mais la nature de l’appareil et le peu de produit qu’on relire en rendent l’emploi fort difficile ; aussi ne l’a-t-on indiqué que pour les extraits de plantes vireuses.
Evaporation à C étuve. On distribue le suc de la plante sur des assiettes de faïence, qu’on place à l’étuve à une température de à 5o° cent. Lorsqu’il a acquis une consistance pilulaire, on l’enferme dans des vases bien clos. Ce moyen peut s’employer avec facilité, surtout lorsqu’on veut préparer des extraits à la manière de Stork , c’est-è-dire en y laissant la chlorophylle. On remarqué que les extraits avec la chlorophylle avaient une vertu très-énergique ; et qu’à doses très-faibles ils donnaient des résultats plus grands que les autres.
Evaporation au bain-marie. 11 est deux manièros d’évaporer au bain-marie. La première consiste à faire plonger dans l’eau en ébuliition le vase qui renferme la matière à évaporer ; la deuxième à n’employer que la vapeur. Par le premier moyen, la matière à évaporer ne recevant la chaleur du foyer que par le contact de V eau , qui ne peut prendre une température supérieure à 100®, n’est pas susceptible d’être altérée, comme cela andve dans un vaisseau chauffé à feu nu. Mais ce procédé exige beaucoup de combustible, et de plus, l'extrait peut brûler, si l’on oublie de remplacer dans la cucurbite l’eau qui s’évapore. Pour obvier à ces înconvéniens, M. Henry a propo-sé pour Févaporation des extraits l’emploi de la vapeur. On peutainsi, avec moins decombustible évaporer en môme temps une grande masse de liquide sans crainte de î’allérer, caria température qu’elle subit est inférieure à celle de l’eau en ébullition, vuqu’il n’est pas nécessaire qu’un liquide
bouille pour se vaporiser sous la pression atmosphérique
ordinaire. L’appareil emj)îoyé à la Pharmacie centrale se compose d’une chaudière couverte , dans laquelle on fait bouillir de l’eau. On dirige sa vapeur, à l’aide d’un conduit, dans des vases évaporaloires qui commimiquent entre eux à l’aide de tubes métalliques. Chacun de ces vases a la forme d’une bassine de cuivre ordinaire , à laquelle est soudée une capsule d’étain , large et peu profonde, dans laquelle on met le liquide à évaporer. La vapeur d’eau circule entre les capsules , les enveloppe, leur cède son calorique, repasse en partie à l’état d’eau , qui s’écoule par un robinet que porte le fond
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de chaque vase. Le dernier se lermine par un tube plongeant dans une cuve d’eau froide,, qui oppose. une pression h'gère au dégagement de la vapeur excédente. On distribue le liquide dans trois ou quatre capsules. A mesure qu’il se réduit , on le réunit en une seule, et on agite’à la fin poSTr en accélérer l’évaporation. Les avantages de cet appareil sont d’évaporer les liquides sans lei/'- faire éprouver une forte chaleur, sans crainte de brûler les extraits, et d’obtenir encore pendant l’opération une grande quantité d’eau distillée , qui sert à l’infusioii'ou à la macération des substances. Gomme la
vapeur n’est soumise qu’à la pression ordinaire , la tem-
péraiure des Liquides chargés de principes extractifs est
constamment inférieure à celle de\|’eau bouillante ; car si l’on établit quatre vases à la suite les uns des autres , le premier, c’est-à-dire le plus voisin de la chaudière, est à 92® , et le quatrième à 07. Si l’on voulait donner à la vapeur, et par suite, au liquide qu’elle échauffe, une température plus élevée, il faudrait lui faire subir une pression plus forte,* c’est ce qu’a fait M. Pelletier dans l’appareil qu’il emploie dans sqii laboratoire : la vapeur qui se dégage de la chaudière peut être soumise à une pression voulue. (Voyez les dessins des deux appareils , planches 5 et 40
Règles générales pour la préparation des extraits.
Toutes les substances doivent être de bonne nature ; on en retire plus d’extrait , et il à plus de propriétés. A
2^ Si ce sont des substances végétales fraîches , en exprimer le suc sans eau , ou du moins avec le moins d’eau possible , afin de le tenir moins long- temps sur le feu.
5° Si ce sont des substances sèches, ne jamais employer la décoction , se contenter de la macération , de l’infusion ou de la digestion.
4° Épuiser entièrement la substance en n’employant que la quantité de véhicule nécessaire.
5° Ne pas se servir de blancs d’œufs pour la clarification, mais seulement du filtre, pour les infusmn eu déco et um , de la coagulation pour les sucs de plantes , de la fermentation pour les sucs de fruits. ^
6° N’employer que l’eau distillée, afin que l’extrait ne renferme pas de sels étrangers.
7° N’évaporer qu’au bain-marie ou h la vapeur.
8® Continuer l’évaporation jusqu’à ce que l’extrait soit assez cuit ; ce qu’on reconnaît à ce que , frappé sur la paume de la main , il n’y adhère pas , ou qu’appliqué sur du papier gris , il ne le pénètre pas d’humidité.
Altérations des extraits ^ soins à prendre pour leur
conservation.
Il est rare que les extraits conservent long -temps la consistance qu’ils avaient au moment de leur confection. Les uns deviennent plus mous, les autres, au contraire , plus durs. On observe que ceux obtenus de sucs de végétaux, en peu ,, e temps se ramollis-
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sent, et moisissent à' la surface. Cet elfe t est dû aux sels que renferme le suc végétal , sels qui , trèsavides d’humidité, absorheut celle de l’atmosphère , et se liquéiient. C’est aiosi que l’extrait de bourrache, préparé avec le suc de la plante, acquiert avec le temps la liquidité du miel; taudis que, préparé avec la plante sèche , il conserve long-temps la consistance qu’on lui a primitivement donnée. Les extraits à la manière de Storck^ c’est-à‘dire avec la chlorophylle, perdent à la longue le peu d’humidité qu’on leur a laissée , et se dessèchent. Les molécules salines, parla sousiraclion lente de l’eau qui les tenait en solution, obéissent à l’attraction, qui tend à les réunir, et forment de petits cristaux. C’est ainsi qu’on observe souvent des cubes très-réguliers qui indiquent le sel marin ; on y trouve aussi de i’oxalale de chaux et des sels de potasse. Enfin les extraits provenant de substances qui contiennent de la fécule ou du tannin finissent par se durcir au point de devenir cassans, surtout si l’on a employé la décoction , qui dissout toujours Tamidon , tels sontceuxde kina,de salsepareille , de rhubarbe ; ils conservent leur consistance , si unies a retirés par macération ou par infusion.
Les extraits doivent se renfermer dans des vases parfaitement couverts et placés en lieux très-secs : on les doit visiter souvent. S’ils se liquéfient, il faut placer le pot qui les contient daiîs un bain-marie , et chaulFer pour dissiper l’excès d’humidité; s’ils se durcissent, il faut également les ramollir de la même manière, et y incorporer une petite quantité d’eau distillée. Un extrait bien fait doit avoir une surface lisse et brillante , se
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dissoudre dans l’eau sans la troubler, ni donner aucun résidu ; il faut aussi que le doigt s’y enfonce sans y adhérer.
Classification des extraits.
Lorsqu’on eut apprécié les avantages que les extraits pouvaient offrir à la médecine , leur nombre s’accrut considérablement, et l’on sentit le besoin d’une classification. Rouelle proposa de les diviser en trois ordres , en muqueux , en savonneux et en résineux. Baumé et ^ Yauquelin firent quelques additions à la classification de Rouelle. Parmentier, Carbonell et Deyeux la suivirent avec quelques modifications. Enfin la puissance des théories chimiques la fit complètement disparaître.
Une classification moderne fut proposée par M. Braconnot ; mais elle ne fut point admise, parce que, pour qu’elle fût constante, il faudrait^ commel’observe M.Chereau ^ que tous les extraits eussent été analysés chimi' quement , ce qui n’est pas, et que d’ailleurs la pharmacie a besoin d’avoir une langue et des méthodes qui lui appartiennent.
Le vide que présentait cette partie de la pharmacologie a été rempli par M. Reciuz. Ce jeune chimiste a senti que s’il était impossible de fonder une classification sur la composition toujours variable des extraits , on pouvait au moins la baser sur leur principe le plus actif, sur celui dont les effets sont le plus sensibles dans l’application.
Il divise les extraits en six sections : i® alcalidés , ‘2.'^ résinidés , amaridéSj, l\^ sacckaridés , osmazâmés , 6° poljdioiés.
il range dans la première les exiraits dont les propriétés les plus caractéristiques sont dues à un alcali organique appellé alcaloïde par Brande, tels senties extraits de cinchonés, papavéracés, solanés, strichnées, etc.
Dans la seconde il renferme les extraits qui doivent leur vertu à la résine , tels sont ceux de jalap , de gayac , de valériane , etc.
Dans la troisième , sous le nom amaridès , il comprend les extraits qui doivent leurs propriétés à Vamarin ou à un principe analogue, tels que le ^enùanin , la eaphopicrite ou matière colorante de la rhubarbe , la cathartiney Vélatme ^ le tannin, II subdivise cette section en trois ordres, savoir : amaîddés toniques , amaridés cathartinés ^ amaridés tanninés.
La quatrième section se compose des exiraits saccbaridés , c’est-à-dire de ceux qui doivent leurs propriétés au sucre ou à un principe analogue , et qui ont une saveur douce et sucrée , l’extrait de réglisse , de casse , de genièvre , de polypode, etc.
La cinquième ne renferme qu’un seul extrait , celui de viandes ou tablettes de bouillon , dont les vertus sont dues à l’osmazôme et à la gélatine.
Dans la sixième section , sous le nom de poljdiotés (i) , M. Reciuz renferme tous les extraits qu’on ne peut ranger dans les sections précédentes faute de bien connaître quel est le principe auquel ils doivent leurs propriétés médicinales , tels sont ceux de bourrache , d’ellébore noir , de salsepareille , etc.
(i) Nom formé de tioXo ^ ieaucoxif ^ plusieurs, et ihoryjÇ ^ propriété , nature particulière.
DU rilARMAGIEN.
- On ne peut disconvenir que celle dernière section n’est pas heureuse ; cepen dan t nous ne sommes point de l’avis de ceux qui la regardent comme inadmissible. Il nous semble que , dans l’état actuel des connaissances chimiques , il était raisonnable de garder une place aux extraits dont la nature est encore incertaine. Si l’on parvient à découvrirdans les substances qui les fournissent un principe particulier , alors on pourra les reporter dans UAC des sections précédentes , ou changer le nom insignifiant de polyckotés contre un nom nouveau conforme au principe sur lequel la classification est fondée. Nous considérons cette dernière section comme un dépôt dans lequel les extraits doivent rester en attendant que leur constitution soit mieux connue,
EXEBÎPLES.
î. Extraits aqueux.
Extrait de ciguë, [conium riiaculatum. L.). Cet \ extrait, comme celui de toutes les plantes vireuses , peut se préparer de deux manières : sans la eliloropkylle, et avec la chlorophylle.
1 ° Extrait de ciguë sans chlorophylle. On prend la ciguë avant sa floraison ; car on a observé que plus tard elle perdait beaucoup de ses propriétés. On la monde avec soin , on la coupe , on la réduit en pâte dans un mortier de marbre , et on la soumet à la presse. Lorsque le suc s est écoulé, on broie le résidu avec un oeu d’eau , et on exprime une seconde fois. On place le suc au bainmarie , l’albumioe se coagule avec la chlorophylle ; on
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passe à la chausse , et on évapore au bain-marie ou à la vapeur en consistance pilulaîre.
2® Extrait de ciguë avec lacklorophylle. Le suc obtenu, on le passe à travers un linge ou un tamis à mailles serrées ; on le distribue ensuite sur des filtres ; il s’écoule en laissant la chlorophylle pour résidu ; on la met à part. Le suc filtré lient en solution Falbumine végétale , dont la présence détermine la détérioration des extraits. Pour la séparer, on chauffe le suc ; elle se coagule ,* on passe à travers la chausse ; on rejette l’albumine, et l’on évapore le suc en consistance de miel épais ; alors on y incorpore la chlorophylle , et on continue l’évaporation jusqu’à consistance pilulaire.
Par ce procédé, les extraits de plantes fraîches peuvent se conserver long-temps sans altération.
Extrait de ciguë par mx nouveau procédé. On expose la ciguë sèche sur le diaphragme d’une marmite à l’action d’un courant de vapeur rendue acétique par un peu de vinaigre. Pendant cette opération, l’odeur particulière à la ciguë s’exalte d’une manière insupportable. Lorsqu’on juge que la ciguë a perdu toute son odeur vireuse, et qu’elle a repris toute l’humidité qu’avait dissipée la dessiccation , on la retire de dessus le diaphragme, on la pile avec un peu d’eau tiède, on l’exprime , on passe le suc , et on l’évapore au bainmarie en consistance d’extrait. ( M.Caventou.)
Extraits de sucs de fruits.
Autrefois on donnait le nom de rob au suc d’un fruit
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non fermenté épaissi en consistance de miel. Le suc de raisin prenait le nom de sapa , s’il ne perdait qu’un tiers de son humidité ; s’il en perdait les deux tiers , il recevait celui de defriitum. Ces dénominations sont tombées en désuétude^ aujourd’hui qu’on ne prépare dans les pharmacies ni sapa ni defrutum. Le nom de rob sous lequel on désigne quelquefois les extraits de nerprun et de sureau est fort impropre , puisque avant d’être évaporés ^ ces sucs doivent toujours subir la fermentation.
Extrait de nerprun. (Voyez suc de nerprun, page 90.) On prend les baies du rhamnus catharticus on les écrase à la main , et 011 les abandonne à elles-mêmes jusqu’à ce que la fermentation soit achevée. Alors on exprime légèrSnent , on chaulFe le suc au bain-marie , et on le passe à la chausse pour séparer une portion de l’albumine qui s’est coagulée. Lorsqu’il est parfaitement clair , on l’évapore en consistance d’extrait ordinaire.
On prépare de même l’extrait de baies de sureau.
Extraits retirés de substances sèches.
. Tous ces extraits se préparent avec de l’eau distillée froide , ou portée seulement à ^5 ou 5o“ cent.
Extrait de valériane ( valeriana officinaiis. L. ). Quelques auteurs avaient proposé de mettre la valériane dans un alambic de distiller, de passer le résidu de la cucurbite , de l’évaporer , et d’y ajouter à la fin le produit de la distillation. Ce procédé doit être rejeté, parce que la chaleur trop forte et trop long-temps conti-
nuée dissout la fécule de la racine, et altère son extrait. Le procédé que voici est préférable. On prend une livre de va* îériane bien sèche et bien nettoyée , onia concasse, on y verse quatre livres d’eau froide , ou seulement à 20 ou 3o°, température qui n’est pas capable de dissoudre la fécule. On agite de temps en temps la liqueur. Au bout de 24 heures , on la passe , on verse sur le résidu une quantité d eau égale à la première, on réunit les produits des macérations, et on évapore au bain-marie.
Eætrait ctaimée [Inula lielenium. L.). On suit le même procédé que pour l’extrait de valériane , car la racine d’aunée contient de Vinulme, substance qui a beaucoup d’analogie avec î’arnidon , et qui est soluble
dans l’eau cbaude , dont elle se sépare par le refroidisse-
ment.
Extraits de kina [cinchona condaminea. IL B.) . On prépare deux extraits de kina , le mou et le sec. La différence de température employée à leur préparation en établit une dans leur composition , et par suite dans leur vertu fébrifuge. L’extrait sec préparé par le procédé de Lagaraye , c’est-à-dire par macération à froid , est formé de kinate de chaux, de gomme, de matières colorantes , et contient très-peu de sels à base de quinine ou de cinchonine; car bien que ces sels soient par eux-mêmes assez solubles dans l’eau froide , ils sont tellement enveloppés par la matière grasse et par la matière colorante , que l’eaii les attaque à peine. Mais si pour la préparation de l’extrait mou on emploie la décoction , et que le kina reste long-temps soumis à Lac-
lion do Teau bouillanle , les alcalis unis à l’acide kinique se dissolvent , et avec eux la gomme , l’amidon , la matière colorante , le tannin : ces substances entraînent une quantité notable de matière grasse. Le decoctum , clair tant qu’il est bouillant, se trouble par le refroidissement , parce que le tannin s’unissant à l'amidon forme un compose insoluble à froid : une portion des matières grasse et colorante se précipite , entraînant avec elle une grande quantité des alcalis organiques. Il s’ensuit que, pour les extraits de kina , on ne doit employer ni l’eau froide , comme le faisait Lagaraye , ni la décoction, comme le prescrit le Codex. M. Henry, à la Pharmacie centrale, fait préparer ces deux extraits de la même manière.
Extrait mou. Sur le kina, finement concassé ^ on verse une quantité suffisante d’eau à oo'’ ; on agite de temps en temps, et au bout de 24 heures on passe avec une forte expression. On remet sur le kina une nouvelle quantité d’eau égale à la première, et au même degré; on réunit les deux liqueurs , on les fdtre au blanchet, et on les évapore au bain-marie en consistance püul aire. L’extrait mou ainsi préparé est lisse, uni, d’une belle couleur hyacinthe.
Extrait sec. On rapproche les infusiim en consistance de sirop épais. On les étend à l’aide d’un pinceau sur des assiettes , qu’on porte à l’étuve. Au bout de quelques jours , on racle la surface des assiettes avec un couteau mousse, l’extrait se détache en écailles minces, luisantes, translucides, d’une belle couleur rouge. On le porte de nouveau à l’étuve pendant quelques heures, cari!
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attire puissamment rhumidité de l’air; ce qui le rend très-difficile à conserver, et oblige de le distribuer aux malades dans de petites bouteilles bien sèches.
Le kina épuisé par l’eau légèrement chaude ne rend, lorsqu’on le traite de nouveau par décoction , qu’une très-faible quantité d’extrait d’un très-mauvais goût.,Pour évaporer l’extrait sec à siccîté , M. Deyeiui employait la vapeur; il distribuait t'infasuin, rapproché en consistance de sirop épais, sur dos assiettes, qu’il plaçait sur une planche percée de trous assez Larges pour les recevoir. Cette planche recouvrait une bassine d’eau "erL" ébullition.
Extrait cT opium. On a proposé un grand nombre de procédés pour la préparation de cet extrait , tous avaient pour but d’en dissiper l’odeur vireuse , et d’en séparer la résine. Pour y parvenir , on a employé l’eau , le vin , le suc de coings, celui de citrons , la résine, la fermentation , le charbon , etc. Aujourd’hui que l’analyse a fait connaître la composition de l’opium , tous ces moyens ont été abandonnés comme insuffisans. C’est avec raison qu’on s’étonne de retrouver dans le Codex l’extrait au vin. La quantité d’extractif que le vin renferme étant très- variable , il est impossible de connaître exactement la quantité réelle d’opium qu’on emploie. Le procédé par longue digestion a été abandonné avec raison , à cause du temps considérable qu’il exigeait ( six mois d’ébullition constante ). Le procédé de M. Deyenx n’est pas exact. Il est évident que , suivant que la fermentation est plus ou moins parfaite, l’opium éprouve des modifications plus ou moins
grandes : or, ce n’est pas lorsqu’il s’agit d’un médicament aussi actif qu’il doit rester le moindre doute sur sa composition au pharmacien qui le prépare , et de l’incertitude sur son action au médecin qui l’administre. Voici le procédé le plus généralement admis pour la préparation de cet extrait. ^
Extrait aqueux (T opium. On coupe l’opium s’il est mou ; s’il est sec, on le râpe ; on le fait macérer dans l’eau froide jusqu’à ce qu’il soit dissout. On passe les liqueurs , on les évapore à moitié , et on les laisse refroidir. Une portion de la résine se précipite , une autre surnage en forme de pellicule , on les sépare à l’aide du filtre de laine. On évapore le liquide éclairci, on le laisse refroidir, et on le filtre de nouveau. Enfin lorsque l’extrait est en consistance de miel épais , on le délaie dans de l’eau distillée froide; on filtre ,eton évapore en consistance piîulaire. Cet extrait contient du méconate de morphine, de la narcotine en petite quantité , de la matière colorante, un peu de résine , de la gomme , de la fécule. La narcotine , qui n’est soluble que dans l’éther , se trouve ici dissoute à l’aide de la résine ; c’est ce qui explique comment on obtenait un assez bon extrait par le procédé de
M. Limousin-Lamothe, qui purifiait l’opium par la poixrésine.
Extrait gommeux d^opium purifié par l^éther. Pour priver l’extrait gommeux d’opium de sa narcotine, M. Robiquet a rappelé le procédé d’Alphonse Leroy. On délaie l’extrait avec un peu d’eau , on le met dans un fia-
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con avec de î’éther rectifié; on agite fréquemment le mélange. Lorsqu’on croit l’éther assez chargé, on le décante , et on le remplace par du nouvel éther jusqu’à ce qu’il cesse d’agir sur l’extrait, ce qu’on reconnaît lorsque par la vaporisation il ne laisse plus de narcotine. Alors on réunit les différentes teintures, on les distille pour en retirer l’éther, qu’on réserve pour une nouvelle purification ; on évapore ensuite l’extrait en consistance pilulaire.
M. Dubîanc s’étant convaincu que l’éther froid n’enlevait pas toute la narcotine à l’extrait , pour l’en dépouiller entièrement, a fait connaître le procédé suivant. On prend 5oo grammes d’extrait d’opium aqueux préparé à froid, on Je dissout dans i5o grammes d’eau distillée. On introduit ce soiutmn dans une cornue et par-dessus 2,000 grammes d’éther pur. On monte l’appareil de manière à recueillir le produit de la distillation, et l’on chauffe doucement. Lorsqu’on a retiré f5oo grammes environ d’éther , on démonte l’appareil, et on décante l’éther qui surnage l’extrait dans la cornue. On se sert de l’éther de la distillation pour laver l’extrait encore chaud , on le fait rapprociier , on le dissout dans l’eau distillée , on le fdtre , et on le fait évaporer de nouveau en consistance convenable.
Le but qu’on a en redissolvant l’extrait dans l’eau, et le fdtrant ensuite , est d’en séparer un peu de narcotine laissée par l’éther décanté , et qui , à cause de sa cohésion , n’a pas pu être dissoute par l’éther de lavage. Aussi trouve-t-on sur le fdtre de petits cristaux mêlés à une matière extractive pulvérulente.
L’extrait d’opium ainsi obtenu peut être regardé comme purgé entièrement de narcotine et de matières solubles dans l’éther ; il attire puissamment l’humidilé de l’air. Il se dissout facilement dans l’eau, qu’il colore beaucoup moins que l’extrait d’opium ordinaire , sans y déposer aucune matière hétérogène. [Journal de pharmacie de 1824-)