CHAPITRE HUITIÈME
PULPATION.
Opération qui consiste à réduire en pâte les substances végétales pour séparer la pulpe de la fibre qui Tenveloppe , ou pour en extraire la fécule.
Pulpes, ^
On appelle pulpe la partie parenchymateuse retirée des substances végétales à l’aide du tamis et du pulpoir. Les parties des végétaux dont on retire le plus ordinairement la pulpe sont les racines , les feuilles et les fruits. Comme ces^substances n’ont pas une semblable texture, le mode d’extraction varie. En général , les pulpes peuvent s’obtenir de deux manières différentes : i° sans intermède, 2“ avec intermède. Sans intermède , lorsque la substance est molle et charnue ; avec intermède, lorsque la substance est sèche ou peu succulente. Dans le premier cas , on se contente du tamis ou de la râpe ; dans le deuxième, il faut y joindre l’eau froide, l’eau chaude , le vin , et quelquefois la coclion.
Les règles à observer dans la préparation des pulpes sont les suivantes :
1” Si la substance est succulente, il suffit de la broyer dans un mortier.
2® Si ce sont des racines ou des fruits charnus , il faut les râper , et les pulper ensuite. y
3° Si la substance est peu succulente , on ramollit
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son tissu par la coction , à la vapeur, au four , ou sous la cendre.
4® Varier le liquide selon la nature et l’état de la substance; c’est-à-dire se servir du vin blanc pour le cynorrhodon, de l’eau chaude pour le tamarin , de l’eau froide pour la casse.
5® Lorsque la pulpe est obtenue , si elle est trop molle, taire évaporer au bain-marie l’humidité superflue.
Exemples,
Pulpe par coction sans eau.
Pulpe descille ( scilla maritima. L.). On enveloppe de papier l’ognon de scille , on l’enterre dans la cendre chaude , et on l’y laisse jusqu’à ce qu’une paille le traverse sans se rompre. A cette époque, la coction est achevée; on enlève le papier, on retranche les squa- Eùes extérieures, qui soüt toujours brûlées; on broie l’ognon dans un mortier , et à l’aide du pulpoir ( spatule de bois n’ayant que d’un côté une large surface ) , on le fait passer à travers les mailles serrées d’un fort tamis de crin.
Pulpe par coction avec Ceau.
Pulpe dé pruneaux ( prunus domestica. L. ). On fait cuire les pruneaux dans une très- petite quantité d’eau , ou mieux encore à la vapeur. Lorsqu’ils sont bien ramollis , on les met sur le tamis sans les broyer , et on les divise à l’aide du pulpoir. Lorsqu’on les fait cuire avec l’eau , il reste toujours un peu de decoctum; il faut
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rajouter h la pulpe , qu’on ramène eîisuite à la consistance requise, par évaporation au bain-marie.
Pulpes sans coction.
Pulpe de tamarins (tamarmdus indica, L. ). Pour séparer du tamarin les filamens et les noyaux qui s’y trouvent mêlés, on le place dans une bassine d’argent avec une petite quantité d’eau chaude; on agite pour bien délayer la pulpe, qu’on passe ensuite au tamis. ( Voyez purification du tamarin, page i4. )
Pulpe de casse ( cathatliocarpus fistula. Pers. ). On détache les deux valves dont sont formés les légumes de la casse , en frappant sur les sutures longitudinales qui les réunissent. On ratisse leur intérieur pour en tirer les cloisons transversales , qui sont recouvertes d’une pulpe noire et sucrée, au milieu de laquelle est logée une semence rouge , polie , aplatie , et fort dure ; on les met dans un poêlon avec un peu d’eau froide , qui délaie la pulpe et rend plus facile son passage à traversées mailles du tamis.
F écules. ®
On désignait autrefois sous le nom de fécules tous les dépôts qui se formaient dans les sucs des plantes ou dans leur decoctum; et pour les distinguer, on se contentait d’ajouter à leur nom générique une épithète qui rappelât leur origine ou celle de leurs propriétés la plus caractérisée. De là les noms de fécule amilacée , fécule verte des plantes, fécule colorante. Aujourd’hui que
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l’analyse chimique a fait connaître la nature de ces corps , on ne regarde comme fécule que l’amidon ou les substances qui ont avec lui la plus grande analogie , car il est à présumer que toutes les fécules ne sont pas identiques.
Le caractère distinctif delà vraie fécule est de prendre, par son contact avec l’iode , une couleur bleue. Ses propriétés physiques sont d’offrir, à îa loupe, des molécules cristallines , mais de forme variable , suivant la substance dont elle provient ; de craquer sous la pression du doigt , d’être inodore et insipide. Quant à sa couleur, elle n’est pas constamment blanche , comme l’affirment la plupart des ouvrages de chimie. M. Robert a prouvé qu’on pouvait tirer par une même opération et de la même racine une fécule de deux , quelquefois même de trois couleurs : telle est la racine de pivoine^ qui en donne une blanche, une rose, une chocolat.
La fécule est inajtérable à l’air , se décompose au feu , comme toutes les substances végétales. Par une trèslégère torréfaction elle se convertit en grande partie en une substance mucilagineuse , semblable en apparence à la gomme , dont elle diffère en ce qu’elle précipite en bleu par l’iode , et que l’acide nitrique la convertit en acide oxalique et non pas mucique. Insoluble dans l’eau froide, la fécule forme avec l’eau chaude un hydrate connu sous le nom à^empols, soluble dans l’eau froide et très-facilement altérable. L’acide nitrique la convertit en acides malique et oxalique. Le sulfurique la transforme en sucre. La potasse la dissout. Elle se combine avec le tannin, et donne naissance à un composé presque
insolüble dans l’eau froide , très-facilement soluble dans l’eau chaude.
Les parties des végétaux qui renferment le plus ordinairement la fécule sont les racines et les semences.
La racine de salsepareille en renferme beaucoup , celle de squine en fournit 3 vj par once. Quelque part qu’elle existe , sa présence peut être facilement démontrée par l’iode. On coupe la substance qu’on soupçonne féculente , et on la louche avec une goutte de solutum d’iode dans l’alcool. Le point touché devient bleu à l’instant.
Quoique la fécule soit presque la même dans tous les végétaux où elle se rencontre, cependant, comme elle se trouve unie à un principe volatil dans le raifort, âcre dans la bryone , sucré dans la betterave , au gluten dans les céréales , il en résulte qu’en se précipitant du suc exprimé de ces végétaux ^ eTtte entraîne un peu du principe qui l’accompagnait, et acquiert des propriétés étrangères , dont O? parvient à la priver à l’aide de lotions réitérées ; telles sont les fécules médicinales , qui , lorsqu’elles ne sont pas lavées , ne doivent pas être pour nous semblables à celles que fournissent la pomme de terre ou les céréales.
Considérées sous le rapport de leur emploi , les fécules se divisent en alimentaires et médicinales. Gomme leur mode d’extraction n’est pas le même , noûs citerons pour exem pie des premières la fécule de pommes de terre , et pour exemple des deuxièmes la fécule de racine de bryone.
Fécule depommes de terre {solanum tuberoswn» L.) ,
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Le procédé employé en grand pour retirer cette fécule présente quatre époques : le râpage , la séparation de la fécule , l’égouttage et la dessiccation.
Le râpage a pour but de déchirer le tissu végétal , dont les cellules renferment la fécule. Plus il est parfait , plus grande est la quantité de fécule qu’on obtient. On s’est d’abord servi de râpes à cylindres d’une grande dimension , dans lesquelles on avait remplacé le fer-blanc par la tôle; mais les bavures faites au métal percé par un poinçon étaient trop vite usées. On emploie généra râlement aujourd’hui la machine de Burette. Deux hommes qui la font mouvoir peuvent en 12 heures de travail réduire en pulpe 2,5oo kilogr. de pommes de terre. C’est un cylindre de bois garni dans sa circonférence de lames de scie.
Pour séparer la fécule, on met la pulpe dans un vaste tamis de crin disposé au-dessus d’un cuvier sur deux traverses de bois. Pendant qu’un ouvrier la malaxe avec les mains , un filet d’eau continuel vient la délayer , et entraîne la fécule : on continue jusqu’à ce que l’eau sorte limpide. Lorsque la fécule est déposée , on ouvre des trous pratiqués à la partie latérale de la cuve jusqu’à ce qu’on soit arrivé à celui qui se trouve de niveau à la surface du dépôt. On l’ouvre encore pour laisser sortir toute l’eau.
Pour égoutter la fécule, on la met dans une caisse dè bois garnie intérieurement d’une forte toile , et percée de toutes parts de petits trous : on la place au-dessus d’un baquet. Le poids de la fécule chasse l’eau , qui s’ér coule. Au bout de 24 heures on jette la fécule sur une
table ^ on la brise à la main en morceaux de moyenne grandeur , qu’on laisse quelque temps à l’air libre , • et qu’on dessèche ensuite à une douce chaleur de l’étuve.
Lorsqu’on lave la pulpe , la partie la plus divisée passe mêlée avec la fécule. Si l’on veut avoir celle-ci pure et très-line , il faut agiter le dépôt et le faire passer à travers un tamis de soie ou de crin à mailles serrées.
Fécules médicinales. L’emploi des fécules médicinales a été abandonné avec raison , parce qu’il est impossible de connaître la quantité de principe actif que prend le malade. La seule qu’on prépare quelquefois encore est celle de bryone.
Fécule de bryone [bryonia alba. L.). On prend cette racine fraîche. On la monde de ses petites radicules et de son collet , puis on la râpe. On en exprime le suc , qu’on laisse déposer dans un bocal à large ouverture. La fécule se précipite ; on décante le suc qui la surnage , on la fait égoutter sur une toile , on la place ensuite dans une capsule qu’on porte à l’étuve pour achever sa dessiccation. Si on lavait cette racine, on lui enlèverait toute
sa propriété purgative.