DISTILLATION
Opération qui a pour but de séparer les uns des autres , à l’aide du calorique , des liquides de volatilité
difFérente. Elle est fondée i® sur la différence de tem- * pérature qu’exigent les liquides pour se réduire en vapeur; 2® sur la propriété qu’ont les vapeurs de repasser à l’état liquide lorsqu’on leur enlève leur calorique d’interposition.
Dans toute distillation il y a trois conditions h remplir : la première , de chauffer suffisamment et avec économie tout le liquide à la fois ; la seconde , de faciliter l’ascension des vapeurs ; la troisième , d’accélérer leur condensation. C’est la réunion de ces trois conditions qui non -seulement constitue la perfection d’un appareil , mais encore détermine la qualité du produit qu’on obtient.
Suivant le liquide qu’on distille varient la nature et la forme des appareils, le degré de température et la manière de l’appliquer. Nous diviserons en deux parties ce que nous avons à dire sur cette opération considérée sous le point de vue pharmaceutique. Dans la première nous décrirons les divers appareils distillatoires , dans la deuxième les divers modes de distillation.
Appareils distillatoires.
Les appareils distillatoires d’usage en pharmacie sont les cornues et les alambics.
Cornues. Les cornues sont de verre, de grès, de porcelaine, de platine, de plomb , de fonte , etc. Leur grandeur varie à l’infini. Tantôt elles offrent une tubulure pour l’introduction des liquides , tantôt elles en sont privées. Le^plus souvent on les expose nues au contact
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du feu ; mais lorsqu’elles doivent subir une haute température , on les incruste d’un lut qui les garantit de l’action immédiate du calorique , qui pourrait les déformer , les fendre ou les échauffer assez pour que le plus léger contact avec un air froid suffît pour les casser. Ce lut est un nié nge de terre à four et de bourre ou poil de vache , ou bien encore un mélange de terre jaune à poélîers et de crottins de cheval. Oiî en fait une pâte de moyenne consistance avec une suffisante quantité d’eau. On ne donne pas de suite au lut toute l’épaisseur qu’il doit avoir ; on applique une couche mince ; lorsqu’elle est sèche , on la couvre d’une couche nouvelle qui bouche les crevasses de la première ; ce que l’on continue jusqu’à ce que le lut ait une épaisseur convenable et forme une enveloppe bien unie. La cornue communique à l’aide de tubes ou d’allonges à un ou plusieurs récipiens. Pour boucher les ouvertures qu’offre la jonction des diverses pièces de l’appareil , on emploie des luts , qui varient selon la nature des vapeurs. Pour les spiritueuses , on se contente de bandes de papier collées ; pour les ammonicales , on se sert d’une pâte faite avec l’empois et le tourteau d’amandes, ou la farine de graines de lin. Les vapeurs corrosives exigent le lut gras : il se compose d’argile bien desséchée et tamisée, que l’on bat long-temps avec de l’huile de lin siccative : de leur mélange intime résuHe un mastic qui se colle parfaitement au verre. Pour rendre l’adhérence des bits plus forte , on les recouvre de bandes de linge imprégnées de blanc d’œuf et de chaux éteinte. On peut encore employer avec avantage le lut indiqué par M. Boullay. On prend ,
craie Lien sèche et pulvérisée, g j ,* farine de seigle ^ 2 ij; blanc d’œuf, quaniilé suffisante pour former un mélange de consistance presque liquide. On l’étend avec un pinceau sur de petites Landes de toile qu’on pose sur les jointures à luter ; on leur fait éprouver Faction d’un fer rouge de manière à brûler le lut en partie ; on les recouvre ensuite avec de nouvelles bandes également imprégnées , qu’on se contente de dessécher par l’approche du même fer.
Les récipiens qu’on adapte aux cornues ne sont pas toujours les mêmes. Pour les vapeurs qui se condensent facilement , il suffît d’im ballon qui présente une légère ouverture pour le dégagement des vapeurs excédentes et de l’air renfermé dans l’intérieur de la cornue. Pour les vapeurs difficilement cohércibles , il faut un appareil plus compliqué; c’est ordinairement celui de Wouif qu’on emploie. Il consiste en trois ou quatre flacons communiquant entre eux à l’aide de tubes à trois branches. Chaque flacon offre trois tubulures : les deux latérales pour les tubes de communication et celle du milieu pour les tubes de sûreté. Deux tubulures suffisent lorsqu’on emploie les tubes à boule ou à la Welter , qui font à la fois office de tubes de sûreté et de tubes de communication. Lorsqu’on tient à laver le gaz au sortir de la cornue , on le fait passer dans l’eau ; mais alors il faut que la cornue porte un tube en S , ou que son tube de communication soit à la Welter , pour éviter que par le refroidissement le défaut d’équilibre entre les pressions extérieure et intérieure ne produise
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rabsorption, et par suite la perle de l’opération, souvent même la rupture des vases.
Alambics. De tous les appareils distillatoires , l’alambic est le plus anciennement connu. Son invention est arabe , comme le nom qu’il porte. Le premier employé était en verre ; il se composait de deux parties. L’inlérieure, ou cucurbite, renfermait les liquides; la supérieure, ou chapiteau portait un bec pour l’écoulement des vapeurs condensées parle seul contact de l’air atmosphérique. Insensiblement on le modifia ; on le construisit en métal ; on lui donna des dimensions plus grandes ; on remplaça le bec court du chapiteau par un tuyau fort long , qui , offrant à l’air plus de surface , accélérait la condensation de la vapeur. Bientôt l’eau remplaça l’air comme réfrigérant; on entoura le chapiteau d’un cylindre qu’on remplissait d’eau froide; on le supprima ensuite pour faire passer obliquement le tuyau dans une cuve pleine d’eau ; on finit par plonger dans la cuve le tuyau contourné en serpent. Enfin vint l’appareil de Woulf, qui a donné à Édouard Adam l’idée de son alambic , et qu’on peut regarder comme la première cause de la révolution complète dans l’art de la distillation.
Pour les besoins de la pharmacie , il n’était pas nécessaire d’apporter aux appareils distillatoires d’aussi grands changemens que pour la distillation des vins; mais il était indispensable de modifier la forme de leurs diverses parties : c’est ce qu’on a fait. Les premiers alambics employés dans les laboratoires de pharmacie so composaient d’une cucurbite allongée communiquant à