MA NUEE
On reconnaît la pureté d’une eau distillée en ce qu’elle ne précipite ni par l’oxalate d’ammoniaque, ni par le nitrate d’argent, ni par un sel Larytique soluble,* qu’elle ne rougit ni le papier de tournesol , ni celui de curcuma. Elle ne doit pas non plus*blanchir parle sousacétate de plomb. Cependant, lorsque l’eau est un peu ancienne , et qu’elle n’a pas été renfermée dans des vases exacttoent bouchés , elle se trouble un peu parle sous - acétalPde plomb. Cet effet alors est dû h un peu d’acide carbonique de l’air qu’elle a absorbé.
1 1. Eaux distillées de plantes»
On donne en pharmacie le nomd’mu distillée de plantes à l’eau commune, distillée sur une plante entière , ou sur une de ses parties. On soumet à la distillation les racines, les écorces, les feuilles, les fleurs, les fruits et les semences. Encissolvanl une portion de leurs principes volatils, l’eau acqyiertdespropriétésnouvelles; et l’adhérence qui se forme entre elle et ces principes de la substance végétale est si intime, qu’on ne saurait la rompre par les moyens ordinaires. Car tandis que l’évaporation suffît pour séparer la résine d’une teinture alcoolique , l’extractif d’un vin ou d’un decoctum, pour séparer d’une eau distillée le principe qui lui donne son odeur, il faut avoir recours à un corps étranger qui dissolve l’huile essentielle sans se dissoudre dans l’eau : ce corps est l’huile fixe. Si l’on fait un mélange à parties égales d’eau de menthe poivrée et d’huile de ricin , on observe que l’odeur et la saveur de l’eau diminuent graduellement , au point de disparaître entièrement dans l’espace d’un jour ou deux. L«
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même effet a lieu avec l’huile d’olives et les autres eaux aromatiques. Ce phénomène s’explique par la propriété qu’ont les huiles volatiles de se dissoudre dans les huiles fixes plus facilement que dans l’eau.
On a cru long-temps que les plantes inodores ne communiquaient à l’eau par la distillation aucune vertu médicinale. Cette opinion provenait de ce que les caractères physiques de l’eau ne paraissaient nullement changés. MM. Deyeux et Clarion ont prouvé que c’était du mode de distillalion , et non de l’odeur vive d’une plante , que dépendaient les vertus de son eau distillée ; que l’eau de laitue plusieurs fois cohobée finissait par acquérir une propriété calmante , et l’eau de bleuet une odeur prononcée. Au reste , ce ne sont pas toujours les substances les plus odorantes qui fournissent à l’eau le plus de propriétés médicinales. L’eau distillée sur l’opium brut en prend l’odeur sans prendre une vertu somnifère , d’après les expériences faites par le docteur Anlestein à l’hospice de la Salpêtrière. La rhubarbe , d’après M. Henry, donne à l’eau une propriété laxative. C’est que le sel de morphine est fixe , tandis que la matière active de la rhubarbe est volatile.
La conduite du feu dans la distillation des plantes influe beaucoup sur les qualités du produit qu’on obtient; c’est ce que nous développerons en parlant de la préparation de l’eau de fleurs d’oranger. En général , le mauvais goût , l’odeur d’empyreume sont surtout remarquables si l’on opère sur de trop grandes masses , si la distillation languit , si l’on néglige de changer l’eau du serpentin. La conservation de l’eau est impossible, si
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pendant la distillation une partie du decoctum de la cucurbite a passé dans le récipient. Enfin , si les substances sont trop tassées dans le fond de la cucurbite , elles éprouvent une température qui les décompose , et l’opération est entièrement perdue ; elle l’est encore , si i’eau de la cucurbite vient à manquer.
On donnait autrefois le nom à'eaux distillées essen-
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lielles aux produits de la distillation au buain-marie des plantes fraîches et succulentes , dont l’eau de végétation était assez abondante pour entraîner les principes volatils. Ces eaux ne s’emploient plus aujourd’hui , et arec raiso'ïi. fl fallait beaucoup de temps et de combustible pour en retirer une petite quantité ; et le contact trop prolongé du feu , loin d’ajouter à leurs propriétés , les al- ' ' térait, et rendait leur conservation impossible. Toutes les eaux distillées encore d’usage en médecine proviennent de l’action dissolvante de l’eau réduite en vapeurs sur une substance végétale. La substance offre une odeur plus ou moins prononcée , ou en paraît totalement privée. De là la division des eaux distillées en eaux inodores ou peu odorantes et eaux aromatiques. Suivant qu’on veut préparer les unes ou les autres , les règles à suivre doivent varier.
Règles à observer dans la préparation des eaux
distillées.
1® SI la substance a une texture serrée, ou si elle renferme peu d’eau de végétation , il convient de la concasser , delà râper ou de la diviser en menus morceaux , et de la laisser quelque temps en contact avec l’eau pour
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qu’elle pénètre la fibre végétale et facilite la sortie des principes volatils.
2° Si la plante est peu odorante , il faut cohober souvent , c’est-à-dire redistiller à plusieurs reprises le produit de la première distillation sur une quantité de plantes nouvelles.
5° Si la plante est odorante, en mettre de suite dans l’alambic une quantité suffisante pour la saturation de l’eau.
4° Avoir soin qu’il y ait dans l’alambic assez d’eau pour que les plantes en soient baignées jusqu’à la fin de la distillation. Plus elfes sont succulentes , moins il
faut d’eau. ,
5® Eviter que rien ne passe de la cucurbite dans le récipiènt.
6® Si l’on craint que par leur coction les plantes se ramollissent au point de former une pâte au fond de la cucurbite , les soutenir à l’aide d’un panier d’osier ou d’un diaphragme métallique.
7® Porter rapidement l’eau à l’ébullition, et l’y maintenir jusqu’à la fin.
8® Rafraîchir le serpentin le plus souvent possible.
9® Employer les plantes fraîches de préférence aux plantes sèches , excepté la mélisse , qui , par la dessiccation , acquiert plus d’odeur.
10® Filtrer les eaux aromatiques après leur distiîlatiop , pour en séparer quelques gouttes d’huile volatile qui peuvent y être ensuspension,et qui les rendraient âcres, sou-
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vent même dangereuses. Telle est surtout l’eau de lauriercerise et toutes celles des plantes crucifères.
Conservation des eaux distillées.
Les eaux immédiatement après leur distillation n’ont pas une odeur très-suave. Presque toutes ont un goût d’empyreume qui passe avec le temps , et qu’on parvient à leur faire perdre de suite en les exposant dans un bain déglacé. M. Chevallier a ^ de plus, observé qu’à la même époque toutes contiennent de l’acétate d’ammoniaque. Qu’on prenne, en effet, deux onces d’eau distillée récente , qu’on verse dans l’une de l’acide hydrochlorique, et dans l’autre de la potasse ; par évaporation on renrera de la première de l’bydrochlorate d’ammoniaque, et de la seconde de l’acétate de potasse. L’eau de fleurs d’oranger , au moment où elle vient d’être faite , est acide ; celle de bourrache , lorsqu’elle est récente , rougit le tournesol , et au bout de quelque temps change de nature, devient ammoniacale, et verdit le sirop de violettes. L’eau de pariétaire offre le même genre d’altération. Presque toutes, au bout de quelques jours, présentent des flocons mucilaglneux qui restent en suspension ou se précipitent , et leur font acquérir un goût et une odeur désagréables. Il en résulte i® qu’on doit renouveler souvent les eaux distillées; 2® qu’on ne doit pas les
conserver dans des vases de cuivre , mais dans ceux de verre ou de faïence; 5° qu’il faut les filtrer souvent; 4° qu’il faut se contenter de boucher d’un simple papier les flacons d’eau distillée , car l’expérience prouve
que, si on les bouche avec du liège , elles prennent bientôt un goût de moisi.
On peut conserver un an et plus de l’eau de fleurs d’oranger dans une bouteille fortement bouchée , sans qu’elle contracte aucune qualité désagréable ; mais sitôt qu’on l’entame il faut rejeter le liège et se servir du papier.
Exemples,
Eau peu odorante.
Eau de laitue [lactuca satlva. L.). On met dans la cucurbite la laitue mondée avec soin , et une quantité d’eau suflisante. On distille de manière à retirer la moitié de l’eau employée. On vide la cucurbite , on y met de la laitue fraîche , sur laquelle on verse le produit de la première distillation , avec une quantité d’eau nouvelle pour empêcher la plante de brûler. On distille , on cohobeune troisième fois, et l’on conserve le dernier produit. En prenant Jo tb de plantes à chaque distillation,
’ on retire lo pintes ou 20 ife d’eau distillée.
Eaux aromatiques.
Eau de fleurs d'oranger. Eau de napfie [citrus au- ^ rantium. L.).M. Boullay, dans un mémoire publié dans / le Bulletin de pharmacie de 1809, a prouvé que les ' qualités de l’eau de fleurs d’oranger dépendent : 1® de la saison dans laquelle la fleur est récoltée ; 2® de la manière dont la distillation est conduite; 5® des proportions de fleurs employées et d’eau obtenue.
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Si îa saison a été chaude et sèche, les fleurs sont plus aromatiques, plus riches en principes volatils ; si elle a été pluvieuse et froide , les fleurs sont moins odorantes , moins riches en huile volatile , et l’eau qu’on en relire est trouble et plus altérable.
Si l’on met dans la cucurbite la fleur et l’eau froide, qu’on amène graduellement au degré de l’ébullition, l’odeur est moins suave, le goût d’empyreume plus persistant, l’eau distillée plus acide , et souvent trouble et laiteuse.
Si l’on metdans l’alambic une livre de fleurs etsixlivres d’eau, on en retire i°une livre d’une eau très-aromatique, sans action sur le tournesol lorsqu’on sépare l’huile qui la surnage ; 2° une livre d’une eau moins odorante , moins agréable, sans apparence d’huile volatile, rougissant le tournesol ; 5® une livre d’eau d’une odeur désagréable et d’une saveur acide. M. Boullay a, déplus, observé que les pétales de la fleur distillés seuls donnent une eau plus suave que le calice et les organes de la fructification , et que la fleur d’oranger , entre autres principes , contient de l’acide acétique libre. Son mémoire donne les conclusions suivantes : i®ilfautlaisser le moins de temps possible la fleurencontactavecle feu, qui altère son produit; 2®il ne faut opérer que sur de petites mhsses à la fois ; 3® on ne doit pas retirer plus de deux livres d’eau par livre de fleurs ; 4® si l’on veut saturer l’acide que l’eau de fleurs d’oranger contient toujours , on peut se servir avec avantage de la magnésie : il convient d’en mettre dans la cucurbite deux gros par livre de fleurs.
Si l’on veut disliller 10 tb de fleurs , on met dans îa
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caçurLîte 4DtD d’eau. Lorsqu’elle est en ébullition, on y jette la fleur , ou l’enfonce avec la spatule, on adapte le chapiteau, et l’on distille à gros filet jusqu’à ce qu’on ait obtenu 20 tb d’eau distillée.
N. Le conseil de salubrité de Paris a trouvé quelquefois dans les eaux de fleurs d’oranger qui arrivent de la Provence par la voie du commerce, de l’acétate de cuivre et de l’acétale de plomb. Le premier est dû aux esta-gnons de cuivre mal é lamés dans lesquels on renferme ces eaux ; et le second à la litharge employée pour corriger l’acidité qui s’y développe. Cette observation a pour but de prouver aux pharmaciens combien il leur împorte de préparer eux-mêmes l’eau de fleurs d’oranger et de la conserver dans des vases de verre.
Eau de cannelle [laurus cinnamomum. L.). L’eau de cannelle orgée, car c’est ainsi qu’on l’appelle souvent , ne se prépare plus avec le decoctum d’orge , qui ne lui ajoutait aucune propriété. Ou concasse la cannelle, on la fait macérer deux ou trois jours avec une quantité d’eau suffisante, et l’on retire quatre livres d’eau par livre d’écorce. Cette eau doit être laiteuse. Avant de l’employer , il est nécessaire de la laisser reposer quelques jours pour donner aux petites gouttelettes d’huile essentielle qui y sont suspendues le temps de se réunir et de se précipiter au fond des flacons ; sans cela elle serait d’une âcreté insupportable.