HUILES VOLATILES
Les hudes volatiles , quelquefois aussi nommées e.<fsences^ huiles essentielles ^ sont des corps dont le carac-
MANUEL
tère distinctif est déformer sur le papier une tache qui le rend transparent , et qui se dissipe par l’action de la chaleur.
Propriétés physiques et chimiques des huiles volatiles, Leurs propriétés sont entièrement opposées à celles que présentent les huiles fixes. Leur pesanteur spécifique est tantôt plus grande, tantôt plus faible que celle de l’eau. Les huiFes de cannelle, de girofle sont dans le premier cas , presque toutes les autres sont dans le second. Elles sont liquides ou susceptibles de le devenir facilement. Elles n’ont presque point de viscosité, leur odeur est toujours très-prononcée, leur couleur trèsvariable , leur saveur âcre et caustique. Elles sont solubles en totalité dans l’alcool , l’éther, les huiles grasses. Elles se dissolvent dans l’eau en quantité suffisante pour lui faire acquérir leur odeur et leur saveur. L’eau légèrement chaude en dissout plus que l’eau froide : toutes sont très-combustibles.
Exposées au contact de l’air, elles en absorbent l’oxigène , changent souvent de couleur , et acquièrent toujours delà viscosité; quelquefois même se solidifient. Pour se convaincre de l’absorption de l’oxigène par les huiles , il suffit de remplir à moitié des fioles d’huile de cannelle ou de menthe, et d’analyser au bout de quelque temps l’air qu’elles renferment. C’est ce qui explique la mort foudroyante de quelques malheureux descendus sans précaution dans des caves où l’on conservait depuis long-temps des tonnes d’huile de térébenthine.
La lumière altère leur couleur , donne une teinte jau-
nâtre à Thuile de térébenthine , naturellement incolore ; blanchit l’huile de menthe , qui est jaune ; jaunit l’huile de camomille , qui est verte.
Exposées au contact du froid , les huiles volatiles se congèlent j mais à des degrés différens. Celles d’anis, de rose , deviennent solides à quelques degrés au-dessus de zéro; celles de bergamotte, de térébenthine surtout, conservent leur liquidité à plusieurs degrés — o. Par un abaissement suffisant de température , les huiles volatiles forment toutes un dépôt dans les vases qui les contiennent. Ces dépôts ne sont pas toujours les mêmes , et leur nature est mal connue. Les huiles de thym , de sauge , de lavande , de romarin, de marjolaine, sont les seules qui donnent du véritable camphre. L’huile de cannelle forme un dépôt qui a quelque analogie avec l’acide benzoïque.
Chauffées à l’air libre , les huiles volatiles s’enflamment par l’approche d’un corps en ignition , et brûlent avec une flamme très-vive et une fumée très-épaisse. Elles n’entrent en ébullition qu’à i5o“ cent. ; mais en vaisseaux clos elles se distillent à une température inférieure parce qu’une petite portion se décompose et se réduit en vapeurs qui facilitent la volatilisation du reste de l’huile ; ce qui le prouve , c’est que dans cette opération elles acquièrent une couleur plus foncée et une odeur moins franche.
Le chlore , l’iode , leur enlèvent de l’hydrogène , et passent à l’état d’hydracides. L’acide sulfurique les brunit, les résinifie , quelquefois même les charbonne, selon son degré de concentration. L’acide nitrique le*
enflammé; mais il faut qu’il soit Irès-concentré, ou mêlé avecracifle sulfurique, qui absorbe une partie de l’eau qu’il renferme. L’acide hydrochlorique est absorbé par toutes les huiles volatiles; il forme avec celle de lérébeoiliine, un composé blanc , cristallin , d’une odeur camphrée , auquel on a donné le nom de camphre artificiel. Il difl’ère du camphre naturel en ce que , par sa sublimation^ comme par sa combustion, il dégage de l’acide hydrochlorique; qu’il ne se dissout point comme lui dans les acides acétique et nitrique ; que , traité par l’acide nitrique , il donne du chlore.
Les alcalis , qui se combinent si facilement avec les huiles grasses, paraissent ne pas pouvoir se combiner avec les huiles volatiles , ou du moins ne s’y combinent que lorsque , par leur exposition au contact de l’air , elles ont été en partie converties en résines. C’est ce qu’on est porté à croire en voyant avec quelle facilité la térébenthine s’unit h la potasse ; tandis que son huile essentielle , pour son union avec le même alcali , exige une longue trituration ,et ne donne qu’un produit , dont
les composans sont sujets à se dissocier. C’est à ces combinaisons imparfaites qu’on donnait autrefois le nom de savonules.
Les luiiles volatiles dissolvent le soufre , le phosphore, les résines , etc. Toutes les huiles volatiles , même récemment préparées , rougissent le tournesol ; ce qui indique qu’elles renferment un acide libre, (acétique ?)
Composition des huiles volatiles. On ne connaît pas encore bien la nature des huiles volatiles. L’analyse chimique n’a même pas déterminé le nombre elles propor-
tioiis de leurs principes constituans. On les range parmi les substances végétales , quoique plusieurs d’entre elles contiennent de l’azote , et que d’autres , comme celles de citron et de térébenthine , ne soient formées que r fl^hydrogène et de carbone. On sait que par dn abaissement de température elles se partagent en deux parties, i’une liquide , l’autre solide cjui se dépose ; mais l’on ignore si ces deux principes sont aux huiles volatiles ce que l’oléine et la stéarine sont aux corps gras.
Etat naturel. Les huiles volatiles sont disséminées dans les différentes parties des végétaux ; mais toutes n’eç fournissent pas une égale quantité. On en retire des racines , des écorces , des bois , des feuilles , des calices , des pétales , des fruits et des semences. Elles y sont renfermées dans des vaisseaux propres , des glandes ou des utricules. Dansles graines, elles occupent constamment la même place, l’enveloppe extérieure : sage prévoyance de la nature, qui a su préserver l’embryon du contact d’un corps dontl’âcreté l’aurait fait périr.
Conservation, Les altérations bien connues que les huiles volatiles éprouvent de la part de l’air et de la lumière nous donnbnt les moyens à prendre pour leur conservation. Il ümt les tenir dans des vases bien pleins ,
hermétiquement bouchés, et enveloppés d’un papier
noir, qui empêche aux rayons lumineux d’arriver jusqu’à elles. A l’aide de ces précautions on les conserve longtemps avec tous les caractères qui leur sont propre!. C’est ainsi que l’huile de menthe, qui récemment distillée est fluide , n’acquiert de la consistance qu’au bout
de trois ou quatre ans; encore ce changement, comme l’observe M. Planche , n’a-t-il lieu que dans les flacons qu’on débouche souvent. Indépendamment des changemens qu’elles éprouvent dans leur couleur et leur consistance , les huiles volatiles en vieillissant deviennent] tellement acides , qu’elles corrodent les bouchons de liège des vases qui les renferment. Par une distillation nouvelle au bain-marie avec un peu d’eau, on peut leur rendre leurs qualités premières.
Sopliistiqueries, La grande quantité de substance qu’il faut employer, et le peu d’huile qu’on en retire , sont des causes suflisantes pour exciter dans le comme^rce la cupidité des marchands à falsifier les huilel essentielles. il importe donc au pharmacien de les préparer lui-même, ou du moins de savoir reconnaître la fraude.
On peut altérer une huile volatile de quatre manières ; par une huile grasse, par Y alcool , par une huile ancienne qui a perdu son arôme , par V huile rectifiée de térébenthine. Dans le premier cas, il suffit d’étendre l’huile sus- • pecte sur un papier, et de le chauffer. Si la tache ne disparaît pas complètement , il y a de l’huile grasse, dont on peut apprécier la quantité par la distillation. Le mélange d’huile volatile et d’alcool se reconnaît à une fluidité plus grande que celle qiæ doit avoir naturellement l’huile, à la teinte laiteuse qu’elle communique à l’eau dans laquelle on l’agite ; enfin à la perte qu’on éprouve lorsqu’on sépare l’huile de l’eau : cependant il est fort dillScile de séparer l’alcool , s’il n’est qu’en petite quantité dans le mélange. Le mélange d’un peu d’huile récente avec une huile qui a perdu son arôme est très-
DL PII ARMA ji 6 1
difficile à reconnaître; il tant un* odorat très - exercé. Enfin , si l’huile volatile est alongée d’huile de térébenthine , en s’en frottant les mains , l’odeur de la térébenthine se fait sentir à l’instant.
Extraction, Les huiles volatiles peuvent s’extraire de trois manières ; par distillation ^ par expression , par soiatio7i dans une huile grasse.
Distillation. La distillation des huiles volatiles nécessite l’intermède de l’eau^ qui, par l’ébullition, se réduit en vapeurs, et sert de véhicule à Fhuile , plus légère et moins volatile qu’elle. Les règles à observer dans cette distillation sont :
i"* Opérer sur de grandes masses, afin de retirer plus de produit, et de l’avoir de meilleure nature.
2® Distiller rapidement.
5® Diviser les substances , afin de faciliter la sortie de l’huile qu’elles renferment.
4® N’employer qu’une quantité d’eau suffisante pour empêcher la plante de brûler.
5® Pour les substances indigènes , cohober à plusieurs reprises la première eau distillée, sur une quantité nouvelle de substance.
fi® Pour les substances exotiques , dont l’huile est plus pesante que l’eau , saturer celle de la cucurbite de sel marin , qui , augmentant sa densité , l’oblige de prendre pour son ébullition une plus haute température ; tandis , en effet , que l’eau ordinaire bout h. loo®, cent, l’eau salée exige io4“-
MANUEL
7° Employer pour commencer îa distillation , deEeau déjà distillée sur la même substance , et par conséquent saturée de son huile essentielle.
8° Se servir du récipient florentin pour les huiles qui surnagent l’eau.
9® Pour les huiles naturellement fluides , rafraîchir souvent Peau du serpentin ; mais la tenir à 3o ou 4o® pour les huiles qui se concrètent facilement^ comme celles de roses , d’anis , etc. En général , pour la distillation des huiles volatiles , il est préférable de se servir d’alambics à conduit court et à chapiteau garni d’un réfrigérant ; on peut en graduer la température à volonté, et il est bien plus facile de purger un conduit droit , qu’un conduit contourné, de l’huile qui y adhère et lui ^ communique son odeur.
Expression. On ne peut retirer par expression les huiles volatiles que des substances qui en contiennent en grande quantité et presqu’à leur surface, comme les écorces des fruits des hespéridées, les semences d’anis , etc. Si ce sont des écorces de fruits , on râpe leur épicarpe vésiculeux, on l’enferme dans un petit sac de coutil, et on le s,oumet à la presse entre deux fortes glaces. Si ce sont des semences , il faut d’abord les concasser, et avant l’expression, les ramollir par la vapeur. Ce procédé ne donne pas des huiles volatiles pures; elles sont toujours mélangées d’huile grasse et de beaucoup de mucilage ; leur odeur est très-suave , mais elles sont très-facilement altérables. L’huile de citron par expression est jaune, très-odorante, s’é-
lOo
paissit promptement, contracte, avec le temps, une
odeur désagréable , graisse les étoffes , n’est pas entièrement soluble dans l’alcool; tandis que celle par distillation est plus fluide , d’une odeur moins agréable , plus soluble dans l’alcool, et se conserve plus longtemps. L’buile d’anis par disiillation est incolore ou d’une légère teinte verdâîre; celle par expression est toujours verdâtre et soluble en partie seulement dans l’alcool. 11 en est de même de celle de noix muscade, qui se compose d’une bulle fixe et d’une liidle volatile.
Solution dans les huiles grasses. Les plantes dont i’odeur est très-fugace, comme les jasmloées, les lilia' cées, ne fournissent point d’huile volatile par la distillation. Pour en extraire l’arome , on les met en contact, couche par couche , avec du coton imbibé d’huile d’olives ou de ben , et l’on comprime légèrement. L’huile grasse dissout l’huile volatile. Au bout de quelque temps ^ on exprime le coton, et'on sépare l’huile volatile par le moyeu de l’alcool , qui la dissout, sans presque toucher à l’huile grasse.
Exemples»
Huile de menthe poivrée [meJitha piper ita, L.). On met dans la cncurbite les ffuilles et les sommités de menthe fraîche. Sur 12 îb de plante on verse environ 3o tfe d’eau ^ qu’on porte rapidement à l’ébullition; on maintient l’eau du serpentin constamment froide , et lorsqu’on a obtenu 12 tfe d’eau distillée, on remplace la menthe de la cucurbite par une quantité semblable de nouvelle menthe , sur laquelle on verse la première eau
distillée, dont on a séparé l’huile. On se sert du récipient florentin.
La menthe poivrée , comme toutes les plantes aromatiques indigènes , ne donne pas chaque année une égale quantité d’huile , ni une huile de même qualité. Ces variations tiennent à la saison ; plus elle a été chaude , plus l’huile est abondante : on observe aussi que sa légèreté est plus grande , son odeur plus suave , sa couleur plus foncée , son âcrelé plus forte.
Huile de cannelle [laurus cinnamomum.lj.) , Le& deux principales espèces d’écorces de cannelle qu’on trouve dans le commerce sont celle de Chine et celle de Ceylan.La est généralement préférée pour l’extraction de l’huilo, parce qu’elle en fournit davantage; mais celle qu’on retire de la cannelle de Ceylan est moins colorée et plus suave ; cette huile est plus pesante que l’eau.
On concasse la cannelle , on la fait macérer un jour environ dans la cucurbite avec l’éau qu’on veut distiller. On y ajoute le sel marin , et l’on distille à grand feu jusqu’à ce que l’eau qui s’écoule cesse d’être laiteuse ; alors on décante la première eau obtenue pour séparer l’huile , qui , plus pesante qu’elle , occupe le fond du matras qui sert de récipient ; on reverse l’eau dans la cucurbite , et on la redistille trois ou quatre fois de suite sur la même écorce , qui parla se trouve entièrement épuisée de toute l’huile qu’elle pouvait contenir (i).
(i) M. Recluz nous charge d’annoncer le fait suivant. Ayant mis dans une cucurbite i6 tivies d’eau et i livre de cannelle de Chine de première qualité, il retira par distillation l\ livres d’eau laiteuse très-odorante , et 73 grains d’acide benzoïque.^36 grains en cristaux
DU PH AK MAGIE N. î 65
On prépare de même toutes les huiles plus pesantes que Teau.