ALCOOL
L’alcool est un liquide volatil retiré par la distillation de tous les corps qui ont subi la fermentation vineuse. Tous les corps qui contiennent du sucre peuvent subir cette fermentation , donc tous les corps qui contiennent naturellement du sucre , ou qui , par une modification apportée à leurs principes constituans , peuvent être en partie transformés en sucre, peuvent aussi fournir de l’alcool. On en retire des raisins , des cerises , des pommes,
1 de tous les fruits sucrés , des graines céréales , des châtaignes , des fèves , des haricots , des pommes de terre ^ " de l’érable , des betteraves , des carottes , etc. Suivant le corps qui le produit , l’alcool offre des caractères qui lui assignent un nom et des usages différens. On ne le trouve jamais pur dans le commerce ; sa concentration varie selon les diverses proportions d’eau qu’il renferme; il doit sa saveur à un acide, son odeur à des huiles volatiles. La couleur qu’il offre quelquefois tient au caramel qu’on lui ajoute à dessein, ou bien à l’extractlf des tonneaux dans lesquels on l’enferme. D.ans ce dernier cas il précipite en noir par le proto-sulfate de fer. Celui qui provient des distilleries en grand porte trois noms , qui indiquent chacun un degré de concentration différent. De i8 à 19® , on le nomme preuve de Hollande) il est eau - de- vie de 19 à 2^?®; au-dessus il
cubiques étaient déposés contre les parois du flacon récipient, et 3G grains en cristaux aciculaircs s'ôtaient précipités , mêlés à l’huile.
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prend le nom à' alcool ou esprit. L’alcool à 35® est le plus répandu dans le commerce , on le connaît sous te nom esprit 3/6.
On apprécie les divers degrés de concentration de l’alcool au moyen de V aréomètre. C’est un instrument de verre ou de métal construit de manière à ce que , lorsqu’on le plonge dans l’eau ,*il s’y maintienne perpendiculairement^ et présente au-dessus de sa surface une portion d’une tige cylindrique sur laquelle est graduée une échelle qui, suivant la profondeur à laquelle elle s’enfonce , laisse voir des chiffres qui expriment des pesanteurs différentes. La pesanteur de l’eau pure a servi de point de départ pour la construction des aréomètres. On en a fait deux , l’un pour les liquides plus pesans, l’autre pour les liquides plus légers qu’elle. Le premier a reçu le nom de pèse-sel ou pèse-sirop ; le second , celui de pèse-liqueur ou pèse-alcool. La densité d’un liquide se mesure par le rapport de son poids à son volume. L’eau a plus de densité que l’alcool , parce qu’un volume d’eau pèse plus qu’un volume égal d’aL cool , ou , ce qui revient au même , parce qu’un poids d’eau occupe moins de volume qu’un poids semblable d’alcool. Il s’ensuit que plus l’alcool contiendra d’eau , moins Faréomètre s’y enfoncera ; et comme le point de départ de l’aréomètre est fixé par la profondeur à laquelle il s’enfonce dans l’eau pure, c’est-à-dire à lo®, ce point sera d’autant plus élevé qu’on ajoutera plus d’alcool. Dans l’aréomètre de Baumé , le point de départ est marqué par lo® et le plus élevé par 4o. Tous les mélanges d’eau et d’alcool dans des proportions variées
trouvent une expression numérique entre 10 , et 4o®. Il est évident qu’il faut toujours tenir compte de la température , car tous les liquides se condensent par le refroidissement, et se dilatent par la chaleur, de sorte que leur poids restant le même , leur volume augmente ou diminue. C’est ainsi que de Teau-de-vie à 22°, à une température de 10®, marque h l’aréomètre 24°, si la température augmente de 12®. 11 faut, donc , lorsqu’on veut connaître la concentration d’un alcool^ s’assurei\ên même temps de sa température à l’aide du thermomètre.
L’eau n’est pas 1er seul corps qui altère l’alcool. Le
^gout de marc provienl d’une petite quantité d’huile es- ^ sentielle fournie par la pellicule du raisin , et enlevée dans la'dfstillation. Le goût A' empjreumc ^ de feu ou de brûlé , qui caractérise les eaux-de-vie de grains et celles de pommes de terre , tient à ce qu’une portion de la masse pâteuse sur laquelle on opère a été brûlée au fond de la chaudière distillatoire , et a donné naissance à une huile enîpyreumatîque , quia passé conjointement avec l’alcool et l’eau. Enfin si, dans un alcool du commerce , quel que soit son degré de concentration , on plonge une bandelette de tournesol , elle rougira à l’instant même , preuve que l’alcool contient un acide libre.
C’est la présence de ces corps étrangers qui établit dans les alcools les di^rences de saveur et d’odeur qui constituent leurs qualités. Car si, par une distillation nouvelle, on amène de l’eau-de-jie de Cognac et de l’eau-devie de marc à 4o®,on ne trouvera entre elles aucune diffé-
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rence; de même qu’en étendant de l’alcool à d’une quantité d’eau suffisante pour l’amener au degré de l’eau-de-vie de^ Cognac, on ne îui en donnera pas les qualités. Il en est des eaux-de-yie comme des vins , elles ont un bouquet que l’analyse chimique tâcherait en vain
d’imiter. Il est facile de Concevoir pourquoi la rectification prive l’alcool de sa saveur et de son odeur. Ces qualités^ avons-nous dit, ne sont dues qu’à des huiles ou à un acide , qui sont moins volatils que l’alcool ; il en rérésulte que puisqu’ils n’ont été entraînés dans la première distillation que par l’eau , plus l’alcool en sera
privé , moins leur volatilisation sera facile.
C’est sur k propriété qu’a l’alcool d’être plus voktil que l’eau et que les corps qui l’accompagnent dans les liqueurs fermentées , que sont fondés tous le^ procédés d’extraction. C’est sur la même propriété qu’est fondée sa rectification , opération qui consiste à^le séparer des matières étrangères qu’il peut tenir en solution.
RectificaUon. On distille au hain-marie ou à la vapeur l’alcool du commerce; on l’obtient par là à 56®. Si l’on désire l’avoir plus concentré, il faut avoir recours à un intermède. Cet intermède doit être un corps très-avide d’humidité, tel que le sulfate de soude effieuri, le chlorure de calcium ou l’acétate de potasse. On avait autrefois proposé le sous-carhonale de potasse bien sec, mais ce moyen ne doit jamais s’employer : la potasse , en se^ dissolvant dans l’alcool , de colore en rouge , lui donne une odeur éthérée , qui se fait sentir même après sa distillation ; de plus, il devient sujet à se charbonner par l’acide sulfurique. L’intermède favorable est l’acé-
tate de potasse ; on en met une certaine quantité dans le bain-marie, l’on y verse l’alcool, et on distille avec les précautions ordinaires. On le retire à 58“. Si l’on veut l’avoir à l\0 , il faut le redistiller sur du nouvel acétate , ou sur le meme bien desséché. On l’obtient à 4^® couverts, ce qu’on ne saurait faire par une première rectibcaiion.
Les proportions les plus convenables sont deux parties en poids d’alcool à 56 sur une d’acétate de potasse.
ALCOOLATS.
On donne en pharmacie le nom iV alcoolat à l’aîcool chargé par la distillation du principe odorant d’une ou de plusieurs substances.
Ces produits difterent des teintures par leur mode de préparation et surtout par leur nature. Les teintures , en effet, se préparent en prolongeant le contact de l’alcool avec la substance ; l’alcoolat , en réduisant l’alcool ■ en vapeur sur le corps qui doitlui communiquer son odesi r. Dans la teinture , l’alcool tient en solution des principes très-variés et toujours dépendant de son degré de concentration ; dans l’alcoolat, l’alcool ne renferme que l’arôme. Aussi tandis qu’on peut séparer d’une teinture par évaporation ou stsulement par son mélange avec l’eau la majeure partie des corps qui y sont dissous , on ne saC.ait priver de la même manière l’alcoolat de l’arôme qui lui donne sa saveur et son odeur. Un alcoolat bien préparé ne doit point être troublé par l’eau , à moins
qu’une portion d’huile volatile trop considérable n’ait été entraînée par la vapeur alcoolique.
Les alcoolats ont une odeur bien moins prononcée que les eaux distillées sur les mêmes substances. C’est que l’arôme y est plus concentré , et que sa solution étant plus complète , il a moins de tendance à se dissiper ; mais il suffit de verser de î’eau dans un peu d’alcoolat pour que son odeur s’exalte. Cet efiet tient à ce principe bien connu en physique , que plus une substance est divisée, plus elle a de tendance à se vaporiser, c’est ce qui explique pourquoi une eau double de fleurs d’oranger coupée avec de l’eau commune devient plus odorante.
Les alcoolats se divisent en simples et en composés , suivant que l’alcool a été distillé sur une ou plusieurs substances. Les règles a observer pour la préparation des uns et des autres sont les mômes , il faut :
1“ Ne pas employer un alcool qui ait une odeur de marc ou d’empyreume.
2® Diviser toutes les substances , excepté les graines, ' dont l’odeur ne réside que dans l’enveloppe.
5® Avant la distillation , faire macérer quelques jours l’alcool avec la substance.
4® Rafraîchir le plus souvent possible l’eau du serpentin.
5° Distiller seulement au bain-* marie ou h la vapeur.
^ 6® Se conformer au Codex pour la quantité d’alcool à employer et d’alcool à obtenir , de meme que pour le degré de concentration .
îî est des fleurs , comme celles de Iis , de violette , de jasmin , dont l’odeur est si fugace, qu’il est impossible que l’alcool puisse s’en charger parla seule distillation. Il faut alors recourir aux huiles grasses d’olives ou de ben. Lorsque, par un contact prolongé avec ces fleurs, ces huiles en ont dissous l’arôme on les agite avec de l’alcool , qu’on distille ensuite : l’huile grasse reste au fond du bain-marie, et l’alcool obtenu offre l’arôme de la fleur. M. Gap, pharmacien à Lyon , a fait connaître un procédé nouveau pour dissoudre dans l’éther les principes volatils des fleurs qui ne donnent point ou ne donnent que fort peu d’huile essentielle. On prend les eaux distillées et plusieurs fois cohobées sur ces fleurs , on les agite avec de l’éther dans un flacon garni d’un robinet à sa base ; l’éthet^issout les principes volatils de l’eau , et, comme plus léger qu’elle, il la surnage. On ouvre le robinet, l’eau s’écoule , et l’éther reste empreint de l’arôme dont il l’a dépouillée. Par ce moyen, M. Cap est parvenu à charger l’éther de l’odeur vireuse et pénétrante des feuilles de laurier-cerise. Il propose de donner à ces produits nouveaux le nom à^étkérats.
Alcoolat simple.
Alcoolat de roses. On choisit les roses pâles, épanouies et mondées de leurs calices,* on les introduit dans le bain-marie avec de l’alcool à 5 2® , et de l’eau de fleurs de roses ; on distille ensuite jusqu’à ce qu’on ait obtenu toutl’alcool employé. Les proportions sont une livre d’alcool pour deux livres de pétales , et eau , quantité sufli-
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santé pour que la fleur ne se dessèche pas trop au fond du bain-marie.
A Icoolat composé.
Alcoolat de Fioraventi. On délaie au fond du bainmarie la térébenthine avec de l’alcool à 52°; on y ajoute toutes les autres substances solides concassées ; on les fait macérer pendant quelques jours, au bout desquels on distille de manière à ne pas retirer en produit distillé la totalité de l’alcool.