‹ Manuel du pharmacienChapitre 37 sur 266 · TISANES · texte numérisé non relu

TISANES

Les tisanes sont les boissons habituelles des malades ; l’eau seule en est l’excipient. Elles ne tiennent en solution (ju’une petite quantité de substances , car elles ne sont destinées qu’à préparer le malade à l’action de médîcamens plus actifs , et alors elles en précèdent l’administration , ou , données dans leurs intervalles , elles en favorisent l’effet. Gomme elles doivent se continuer quelque temps , il faut les rendre le moins désagréables possible^ et pour cela les obtenir claires, peu chargées , et corriger leur insipidité ou leur amertume par le sucre , la réglisse ou le miel. Pour les clarifier, on doit les passer à travers une étamine ou un linge serré , mais sans expression , les laisser reposer dans les vases qui les renferment, et, au moment de les livrer aux malades^ les séparer par décantation du dépôt qu’elles ont formé. La décantation est indispensable dans les hôpitaux; car lorsque la tisane est faite, on la jette sur un tamis de crin , qui ne relient que la partie la plus grossière de la substance épuisée. Les particules les plus ténues passent à travers les mailles du tamis , restent quelque temps suspendues dans la tisane , finissent enfin par former un dépôt considérable, i Chaque fois qu’on plonge une poche de fer -blanc dans le baquet qui contient la tisane pour la distribuer dans de plus petits vases , Pagitalion divise le dépôt ;

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le malade reçoit trouble la boisson qu’on lui porte , et lorsque, pressé par la soif, il a recours à la dernière verrée qui lui reste, il la trouve épaisse et impure. Pour donner aux tisanes une saveur plus agréable , on les édulcore avec du sucre ou des sirops , le miel ou la réglisse. C’est le goût du malade qui détermine la quantité de sucre , c’est le médecin qui fixe celle du sirop et du miel , surtout lorsqu’ils doivent ajouter quelques propriétés à la boisson. Quant à la réglisse , deux gros suffisent pour une pinte de tisane , mais il convient de la priver de l’épiderme gris et âcre qui la recouvre , de l’effiler ou de la concasser ensuite. Dans les grands hôpitaux , il serait trop long de ratisser toute la réglisse qu’on emploie ; mais on doit au moins , après l’avoir ^ concassée , la cribler pour séparer la terre qui remplit ordinairement les rides de sa surface. La réglisse ne doit jamais bouillir , car elle rendrait la boisson âcre et irritante à la gorge ; dans les hifasam , on la met avec les autres substances; dans les decoctum , on ne l’ajoute qu’en retirant le vase du feu.

Le mode de manipulation à employer pour la préparation des tisanes dépend de la texture et de la nature des substances qui les composent, de la saison dans laquelle 011 se trouve et du temps pendant lequel on veut les conserver.

1® On doit faire légèrement bouillir les substances vertes et inodores, telles que la racine de bardane, les feuilles de chicorée, la laitue, etc. Il en est de même pour les substances très-dures , telles que l’orge , le riz , etc.

On doit se contenter de rinfusion pour les fleurs sèclies et pour toutes les substances aromatiques.

0° Si Ton veut que la tisane renferme les principes extractifs et odorans des substances qui la composent , il faut avoir recours à la décoction et à rinfusion réunies.

4° Lorsque les substances sont de nature à céder leurs principes solubles à Teaii froide , comme la rhubarbe J la guimjmve , la gomme arabique, on doit employer la inacéralion.

On observe que les tisanes s’altèrent plus promptement en été qu’en hiver, que celles obtenues par décoction s’altèrent plus facilement que les autres. Aussi, dans les hôpitaux surtout , où l’on emploie une grande quantité de tisane , il conviendrait de les préparer toutes par infusion dans l’hiver , par macération dans l’été. Une condition indispensable pour la conservation de ces médicamens est la propreté des vases dans lesquels on les met. Ils doivent être lavés souvent. Les pots de terre non vernissés ont l’inconvénient de conserver l’odeur de la première tisane qu’ils ont contenue. L’odeur de la valériane , celle même delà feuille d’oranger persiste long-temps. Pour l’eau de veau , celle de poulet , etc. , on ne doit jamais se servir de pots de grès , car une portion de graisse pénètre leurs pores , et lorsqu’on les lave à l’eau chaude , ils acquièrent une rancidité insupportable.

Nous diviserons les tisanes, d’après le mode de préparation employé pour les obtenir, en tisanes par décoc-

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tlon J par infusion , par infusion-décoction , par macération.

Tisanes par décoction^ ou decogtum.

Le decoctum est le produit de la décoction d’une ou de plusieurs substances organiques.

Les règles à observer dans sa préparation sont les suivantes :

1° Pour éviter l’action trop long-temps prolongée du calorique sur la substance, on doit la diviser , afin que le liquide, la pénétrant plus facilement, dissolve plus vite ses principes extractifs.

2° La quantité du liquide à employer et la durée de l’ébullition doivent être d’autant plus grandes que la texture du corps est plus serrée.

5° Si l’on prépare un decoctum composé, oiudoit soumettre à l’ébuliition les substances les unes après les autres , en passant graduellement des plus dures aux plus molles. '

4® Il ne faut employer que le feu nécessaire pour que l’ébullition soit suivie sans être trop rapide.

5® Passer les decoctum à travers un linge, ou un tamis très-serré.

6° Les éclaircir par le repos et la décantation.

Decoctum simple.

Tisane , eau d’orge. Cette tisane est la première employée ; c’était presque la seule que prescrivait Hippocrate. L’orge entre autres principes confient , comme toutes les céréales, beaucoup de fécule amilacée, un peu

de matière sucrée ; son enveloppe renferme de plus un principe âcre et astringent, qu’on ne doit point mêler âla tisane. Pour le séparer , on plonge l’orge entier pendant quelques minutes dans l’eau bouillante. Oo jette ce premier ciecoctum. On verse de l’eau nouvelle sur la semence, qu’on’ fait bouillir jusqu’à ce qu’elle soit gonflée et ramollie. Alors on retire le vase du feu , on y ajoute la réglisse , et au bout d’un quart d’heure d’infusion on passe le decoctum sans expression.

Si l’on continue la décoction jusqu’à ce que tous les grains soient crevés , on dénature le principe sucré, on dissout beaucoup de fécule, et l’on obtient une boisson trouble , indigeste , et qui , dans l’été surtout , se corrompt dusoir au matin. On ne doit jamais faire réduire le decoctum à quelques pintes seulement, et l’étendre ensuite d’une grande quantité d’eau. Ce procédé , contraire à toutes les connaissances pharmaceutiques, donne avec plus de temps et plus de combustible une boisson de fort mauvaise nature.

La tisane Aq chiendent (1) se prépare comme celle d’orge, car cette racine offre aussi dans son épiderme un principe âcre et astringent. Après la première décoction, on contuse la racine , et on la soumet à une ébullition nouvelle.

Decoctum composé.

Tisane de Felz, salsepareille , 5 iij ; colle de poisson , 3 iv 9 ij ; sulfure d’antimoine , § iv ; eau , tb vj , faire réduire à ftüj.

(i) TriticumrefÉns. L.

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On enferme le sulfure dans un nouet de linge, on le fait bouillir pendant une heure environ dans une pinte d’eau, qu’on jette ensuite. On met dans la quantité d’eau prescrite la salsepareille Ja colle, etje nouet de sulfure attaché par une corde à l’une des anses de la bassine. On fait bouillir le tout jusqu’à réduction de trois livres; on passe. La formule que nous donnons ici est indiquée par MM. Gullerier comme la véritable : c’est la seule qu’ils emploient d^ns leur pratique.

Durant notre internat à l’hopital des Vénériens , nous avons observé que chaque fois qu’on changeait le nouet, si l’on n’avait pas soin de jeter le premier decoctum , les malades éprouvaient de violentes coliques. Elles sont dues à la présence d’un peu d’arsenic contenu dans le sulfure, et que l’eau dissout. M. Gullerier a reconnu que toutes les colles de poisson n’étaient pas, également bonnes , que celles qui avaient été blanchies à la vapeur du soufre contenaient un peu d’acide, qui , se combinant au métal , formait un sel d’antimoine qui rendait la tisane légèrement émétique. (Voir sulfure d'antimoine.)

Tisanes par infusio?i, ou infusum.

Les infusum sont des médican)ens liquides produits par l’infusion d’une ou de plusieurs substances.

Leur préparation exige l’observation des règles suivantes ;

1° Les substances fraîches doivent être mondées des parties qui ont peu de propriétés ou qui en ont d’étrangères au médicament qu’on veut obtenir. G’esl ainsi qu’on retranche le calice de la violette , les onglets

DU PHARMACIEN. îgS

des pétales d’œillets , la lige des plantes aromatîqueSj, dont on n’emploie que les feuilles.

2® Si la substance est sèche et dure , on doit la diviser. Si ce sont des fleurs ou des feuilles , il faut les cri- ^ hier.

5® Opérer en vase clos , si la substance est odorante.

4® Prolonger suffisamm^^nt l’infusion pour que le liquide ait le temps d’extraire tout ce que le corps renferme de soluble. Si la substance est sèche , mais d’un tissu peu serré , on en sépare le liquide dès qu’il est froid. Si ce sont des substances fraîches , il faut prolonger l’infusion 1 2 heures . On doit la continuer 24 heures ^ si la substance est sèche et dure,

5® Il ne faut jamais passer Vinfusum avec expression , surtout s’il provient d’une substance fraîche , car on le rendrait mucilagineux , quelquefois âcre , toujours facilement altérable.

Infusum simple.

Eau de tamai^ins. On ne doit pas, comme le recommande le Codex i faire bouillir le tamarin, car la chaleur de l’ébullition décompose la gélatine de cette pulpe. Il est préférable de le délayer dans l’eau bouillante , et de passer ensuite le liquide.

Infusum composé.

Infusum béchique. On crible avec soin les espèces béchiques, car les fleurs composées sont souvent mêlées d’aigrettes ou d’écailles , qui , restant suspendues dans

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l’infusmn, irrileraieal la gorge du malade. On met dans im vase îa quantité d’espèces prescrite , on y verse î’eau bouiîïanle , on couvre , et au bout d’une demi-heure environ on passe à travers un linge serré.

Tisanes par infusion-décoction, ou infuso-decoctum.

Lorsqu’on fait entrer plusieurs substances dans îa composition d’une tisane , toutes n’offrent pas la même texture , ni les mêmes principes. îl en résulte que si l’on employait un mode de manipulation uniforme , le médicament ne remplirait pas le but qu’en attend le médecin ; car par îa décoction seule on dissiperait tous les principes volatils , et l’infusion serait insuffisante pour extraire les principes difficilement solubles. Il faut donc réunir ces deux opérations pour un même produit.

Les règles à observer sont les rn^êmes que pour chacune prise séparément : un exemple servira à les rappeler à l’élève.

Tisane apéritive. Elle se composp des racines de petit houx , d’asperge , de persil , d’ache , de fenouil. On concasse séparément chacune de ces racines , on en prend îa quantité prescrite par le Codex. On soumet la première à la décoction la racine de petit houx , dont la texture est la plus serrée; au bout de 10 minutes on ajoute la racine d’asperge , on la laisse bouillir un quart d’heure , après lequel on verse le decoctum bouillant sur les racines odorantes concassées et placées dans un bain-marie d’étain; on le couvre, et après trois heures d’infusion on passe comme à l’ordinaire.

T isane sudorifique» On y fait entrer la salsepareille , la squine , le gayac , le sassafras et la réglisse. Lorsque la salsepareille et la squine ont subi une décoction d’un quart d’heure environ ^ on leur ajoute le gayac râpé. Au bout de cinq minutes d’ébullition on relire le vase du feu, et on y fait infuser pendant un quart d’heure à peu près le sassafras et la réglisse. Il est facile de coifcevoir pourquoi l’on opère ainsi ; c’est que la salsepareille et la squine ont une texture serrée , que la division extrême du gayac facilite la solution de ses principes extractifs , que le sassafras ne doit fournir que son principe aromatique , enfin que la décoction altère la saveur sucrée de la réglisse.

Le sassafras ne fournit pas seulement son arôme aux médicamens dans lesquels on le fait entrer, il leur communique encore une saveur âcre. Aussi doit-on veiller à ce que la quantité de ce bois soit toujours la même , ainsi que la durée de son infusion ; autrement la boisson offre des différences dans son odeur , et surtout dans sa saveur.

Tisanes par macération , ou maceratum.

Les maceratum sont les produits de l’action dissolvante de l’eau à la température ordinaire sur une ou plusieurs substances.

Les règles à suivre sont à peu près les mêmes que pour les infusum» La macération ne doit jamais s’employer pour les substances fraîches ; il faut la prolonger au moins douze heures.

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A P O Z fe M E S.

Les apozèmes sont des médîcamens liquides , dont î’eau est l’excipient , et qui ne diffèrent des tisanes qu’en ce qu’ils ne servent Jamais de boissons habituelles aux malades. La base des apozèmes est toujours le produit de l’infusion , de la décoction , ou de la macération d’une ou de plusieurs substances organiques ; souvent on y dissout des sels , des extraits ou de la manne , quelquefois même on y délaie des électuaires ou des pulpes. Leurs modes de préparation sont absolument les mêmes que pour les tisanes.

Apozème par décoction.

Apozème de kina. On fait bouillir dix minutes environ le kina concassé , et on passe le dccoctum chaud à travers un linge serré. En refroidissant , l’apozème se trouble; il se forme même à sa surface une pellicule légère ; c’est dans cet état qu’on le livre au malade. Si l’on attendait pour passer le dccoctum qu’il fut refroidi , la peî* licule formée resterait sur le linge , et l’effet du médicament se trouverait par là diminué. Dans quelques formulaires , pour éclaircir ce dccoctum , on prescrit de faire bouillir le kina avec du sous -carbonate de potasse pour dissoudre la résine. Cette addition présente un grave inconvénient; l’excès de potasse s’empare de l’acide kinique , et met à nu les alcalis organiques qui constituent la propriété fébrifuge ^ et qui , étant insolubles dans l’eau , se précipitent. MM. Pelletier et Caventou ont fait, au contraire , remarquer qu’en ajoutant

un acide aux decoctum de kina on dégageait plus facilement la kinine et la cinchonine des matières qui les enveloppent. Ce qu’indique la théorie chimique est encore confirmé par l’expérience. M. le docteur Michel , chargé du service de l’hôpital de Rome pendant les guerres d’Italie , a employé avec avantage les decoctum acides de kina , principalement l’extrait uni au sulfate acide d’alumine. Il faut éviter de faire bouillir le kina dans des vaisseaux de fer : la combinaison du tannin avec le métal donne au liquide une couleur plus foncée que celle qu’il doit naturellement avoir.

Apozèmes par infusion. v

Leur préparation n’offre aucune difficulté , on doit seulement avoir soin de verser sur les substances une quantité d’eau un peu plus considérable que la quantité d’apozème qu’on veut obtenir ; car les substances organiques, surtout lorsqu’elles sont sèches , absorbent beaucoup d’eau, qu’on ne peut leur enlever que par une forte expression , qui rend les apozèmes troubles et épais.

Apozémepar infusion-décoctioii

Apozème antiscorbutique. On fait bouillir les racines de bardane et de patience pendant 10 minutes au plus , et ce n’est qu’en retirant le vase du feu qu’on y ajoute la racine de raifort , et les feuilles vertes lavées et découpées. On prolonge l’infusion jusqu’à ce que l’apr)zème soit refroidi , et on le passe sans expression.

Apozème par macération.

Dans les macérations , comme, en général , dans toutes les opérations pharmaceutiques, lorsque le médicament doit rester long-temps en contact avec le vase dans lequel on le prépare , on ne doit employer ni fer, ni cuivre , surtout lorsqu’il contient des acides ou des sels capables d’attaquer ces métaux. Il est vrai qu’on peut faire bouillir impunément dans le cuivre des acides peu concentrés , tels que le vinaigre , les sucs de fruits ; mais si on les laisse refroidir , le cuivre se dissout. La dissolution du fer par ces liquides a lieu à toutes températut’es.

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