PRÉPARATION DES EAUX MINÉRALES ARTIFICIELLES
La préparation des eaux minérales consiste à dissoudre dans l’eau des sels ou des gaz , en se conformant pour les proportions h l’ordonnance du médecin ou à l’analyse la plus exacte de Feau naturelle qu’on veut imiter.
Eau acidulé simple.
La préparation de cette eau présente trois époques ;
1® /e dégagement du gaz , 2° sa solution dans reau^
5® l^ introduction de l'eau saturée dans les bouteilles. C’est à M. Planche que nous allons emprunter tout ce que nous allons dire, à ce sujet. (Pharmacopée générale. )
Dégagement de l'acide carbo7iique. Le carbonate calcaire à employer est le marbre blanc , car la craie donne toujours au gaz une odeur étrangère provenant de la petite quantité de matières organiques qu’elle renferme. On peut se servir d’acide hydrochlorique ou d’acide sulfurique ; c’est ce dernier que M. Planche emploie. Pour éviter que le sulfate formé n’enveloppe le carbonate calcaire , et ne s’oppose à son entière disso-^ lution , le célèbre pharmacien que nous venons de ci- • ter a modifié l’appareil ordinaire. Celui qu’il nous a fait connaître ( planche 5 , fig. 1 ) se compose de deux flacons ; l’un A , dans lequel le gaz se dégage , l’autre H dans lequel il se lave. Le premier est à trois tubulures ; l’une R, par laquelle on verse le carbonate, l’eau et l’acide; l’autre L, qui porte la branche la plus courte du tube de communication M ; la troisième O , plus large que les autres, par laquelle on introduit un agitateur en bols P. Le second flacon H reçoit le gaz , il est à deux tubulures ; la première R. laisse passer la branche la plus longue du tube de communication, qui plonge très-profondément dans un solutum de potasse
destiné à enlever au gaz tout l’acide sulfurique qu’il pourrait entraîner ; la seconde tubulure S porte un tube de verre D , dont l’extrémité inférieure plonge d’environ deux centimètres dans ce vase. La portion excédente, depuis la surface du bouchon E jusqu’en F , est revêtue d’un fourreau de cuivre terminé en pas de vis, sur lequel vient s’ajuster le robinet de la ves^e G, qu’il faut fermer promptement dès qu’elle est pleine de gaz pour la remplacer par une autre.
On rend l’agitateur mobile au moyen d’une chevillette qui traverse son manche B ( fîg. 2 ) , et repose sur les bords de la tubulure : celle-ci doit être assez large pour que l’instrument puisse se mouvoir en tout sens. On empêche que le gaz ne s’échappe par cette ouverture en enveloppant avec une vessie C , ouverte par j[ps
deux bouts , le col du flacon et une portion du manche
de l’agitateur.
On réduit le marbre en poudre grossière , on le délaie avec une suffisante quantité d’eau, on l’introduit dans le flacon , et l’on y verse l’acide sulfurique étendu de 12 parties d’eau. M. Planche a remarqué que nonseulement le sulfate de chaux de nouvelle formation se
solidifie et se précipite moins promptement de cette manière , mais encore que le gaz , ayant à traverser une colonne d’eau plus légère, s’en dégage avec plus de facilité.
Les avantages que procure l’emploi de l’agitateur sont tels , qu’on peut obtenir en deux heures plus de cent litres de gaz carbonique, ce qu’on n’obtenait pas en vingt-quatre heures par les moyens ordinaires ,* on a , de
plus, la certitude d’en dégager jusqu’à la dernière bulle. Lorsqu’au lieu d’acide sulfurique on emploie l’acide hydrochlorique , il faut avoir soin qu’il ne contienne pas du gaz sulfureux, qui donnerait à l’eau une odeur insupportable. On doit se contenter de concasser le marbre : si on le pulvérisait , i’eil’ervescence serait trop granfie. Il faut étendre l’acide do moitié son poids d’eaii , et se servir de l’agitateur , car l’acidé hydrochlorique surnagerait, et la ilissolufion ne serait pas complète. Cet acide est le plus souvent employé.
Solutto77. du gaz dans Ceaa (fig. o). A est un vase cylindrique en cuivre poli , très-fort , étamé intérieurement en étain fin , et portant à sa base un robinet simple à vis B (fig. 4)* Ce cylindre est fixé sur nn socie de bois de quatre centimètres d’épaisseur, au moyen de quatre pattes à vis X X X X. On a soudé dans l’intérieur de ce vase , à un centimètre environ au-dessus du robinet, une espèce de diaphragme ou double fond C (fig. fi) , également étamé et percé de plusieurs petits trous très- rapprochés à la manière d’un crible. Un autre troti plus large D , pratiqué ati centre de ce double fond , donne passage à un canal de verre , d’argent, on d’étain fin E (fig. 5) , ouvert par le^ deux bouts, et traversant le vase perpeudicnlairemen!; jusqu’à une ligne du premier fond. A l’ime des extrémités de ce canal , on a fixé un robinet qui s’ajuste à vis d’une pàrt en F , à la partie supérieure et centrale du cylindre; de l’autre part en G, avec la pompe H L à double soupape , de manière à établir la communication de la pompe lavée le reste de l’apparei.
Sur ia voûte du cvUudre , à trois cenliinères du ro- Linet F G, on a vissé im ajustage à robinet K, dont l’usage sera bientôt indiqué. *
Lorsqu’on veut charger l’eau d’acide carbonique , il
faut avant tout évacuer l’air atmosphérique du cylindre. On remplit en conséquence ce vaisseau avec de l’eau pure , et l’on y visse le robinet F G. Pour faciliter le jeu de ia pompe et la condensation du gaz , et afin de permettre à l’opérateur de brasser l’eau à mesure qu’elle se sature ^ on fait écouler environ un huitième de ce liquide. Mais comme l’écoulement ne peut avoir lieu sans une pression quelconque, on remplace ici l’air extérieur par du gaz acide carboniqne. On pourrait se contenter de visser au robinet F G la pompe foulante H , et au tuyau latéral de cette pompe, oii se trouve la soupape 1, une vessie remplie de gaz, qu’on obligerait à traverser l’eau en faisant agir le piston ; mais on conçoit que par cette manœuvre la pKis grande partie du gaz se trouverait entraînée avec l’eau en pure perte. C’est ce qui a déterminé M. Planche à* faire ajouter le robinet K , auquel il adapte une vessie pleine d’acide carbonique. Il ne s’agît plus pour faire écouler l’eau que d’ouvrir les deux robinets du cylindre R et B , et celui de la vessie. Dès qu’on a retird la quantité d’eau nécessaire , ou ferme les robinets , et l’on ôte la vessie. Alors on visse au robinet F G la pompe H , et au tuyau latéral de cette pompe en I une vessie contenant de l’acide carbonique, de laquelle on aura préalablement reconnu la capacité.
Le robinet F G et celui de la vessie étant ouverts ,
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on élève le piston ; ce premier mouvement détermine l’ouverture de dehors en dedans de la valvule I et le passage du gaz de la vessie dans le corps de pompe, d’où il est ensuite refoulé dans le canal E par l’abaissement du piston.
Arrivé à l’extrémité inférieure de ce canal, l’acide carbonique, qui , à raison de sa légèreté spécifique , tend ? à gagner la surface de l’eau, y est doublement sollicité par la forte compression qu’il éprouve ; mais étant obligé de se tamiser en quelque sorte à travers les trous du diaphragme C , il présente h l’eau un grand nombre de surfaces , et s’y dissout d’autant plus facilement.
La première vessie étant vidée , on la remplace, après un peu d’intervalle, par une seconde , une troisième , et ainsi successivement jusqu’à ce qu’on ait chargé l’eau de la quantité de gaz nécessaire pour telle ou telle ^ autre espèce d’eau minérale.
L’expérience a appris que la condensation de l’acide carbonique d'ans l’eau est d’autant plu<i rapide que la température du liquide et celle de l’air ambiant sont^ moins élevées. On doit donc, autant qu’on le peut, opérer dans un lieu frais , et suspendre de temps en temps le jeu de la pompe , attendu que la chaleur produite par le frottement du piston augmente sensiblement l’expansion du gaz , et ralentit l’opération.
On profite de ces intervalles pour brasser l’eau au moyen de deux anses O O, et lui faire absorber l’acide carbonique qui a échappé à la condensation.
Introduction de l’eau saturée dans les bouteilles. C’est encore à M. Planche que nous sommes redevables
du procédé le plus avantageux pour introduire l’eau dans les bouteilles.
On se sert à cet effet d’u9 robinet recourbé à angle droit (fig. 7).
Ce robinet peut d’une seule pièce ou de deux pièces. Il se monte à baïonnette , ce qui donne la facilité de déplacer la machine à volonté. Le tube de ce robinet , depuis sa courbure L jusqu’à six centimètres de son embouchure , est inséré dans un double canal de forme conique , crénelé à sa base. Dans chacun des angles rentrans des crénelures on a ménagé une petite ouverture qui correspond avec la soupape M , placée à la partie supérieure. On fixe au bas de ce robinet un bouchon percé dans le sens de sa longueur , et terminé un peu en cône , afin qu’il puisse s’ajuster à des goulots de
bouteilles de différons diamètres. On a l’avantage avec
ce robinet de pouvoir introduire l’eau minérale dans les bouteilles, sans qu’il y ait déperdition sensible de gaz. A mesure que le liquide gazeux y arrive , falr commun en est chassé avec force par la soupape M. 11 faut boucher immédiatement les bouteilles avec du liège bien choisi , les ficeler, les sceller de suite , et les tenir couchées dans un lieu frais et non humide.
Eaux salines.
Lorsque les sels qui entrent dans la composition de ces eaux sont solubles par eux-mêmes, il suffit d’en prendre une quantité convenable , de les agiter dans de l’eau distillée.
Lorsque les sels ne sont solubles qu’à l’aide d’un excès
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d’acide carbonique, tels que les sous -carbonates de chaux , de magnésie et de fer, on les prend récemment précipités par le sous-carllonate de potasse ; on les introduit dans les bouteilles, qu’on remplit d’une eau fortement acidulée. fe
Eaux sulfureuses.
On sature l’eau d’acide hydrosulfurique (Voyez acide hjdrosulftirique) dans l’appareil de Woulf On introduit dans les bouteilles les sels et l’eau ordinaire , on y
mêle ensuite la quantité prescrite d’eau saturée de gaz hydrogène sulfuré. On bouche avec soin.
Eau de goudron.
On met le goudron et l’eau ordinaire dans un vase de grès , on agite de temps en temps. Au bout d’un mois on filtre.
L’odeur de cette eau rappelle celle du goudron. Sa couleur est brunâtre ; sa saveur est âcre , amère , légèrement acide. Le goudron est un mélange de résine à moitié brûlée , d’huile essentielle , d’acide pyroligneux* C’est à une très -petite quantité d’acide et d’huile en solution que cette eau doit ses propriétés physiques et médicinales.
Eau de chaux.
Cette eau est un solutum de chaux dans l’eau. Une partie de chaux exige pour se dissoudre 45o parties d’eau environ.
DU PHARMÀCIEN.
On met la chaux dans une terrine ; on l’arrose d’une petite quantité d'’eau, <^ui est promptement absorbée sans ^ que. la chaux paraisse mouiif^e. Bientôt le mélange s’échauffe jusqu’à 5oo® cent. , laisse dégager des vapeurs aqueuses , qui dëvien^nt de plus en plus épaisses , et paraît rouge si l’on opère dans un lieu obscur. La chaux se fendille , acquiert ' un volume considérable , blanchit, et se réduit en poudre : alors on la dii délitée ou
éteinte. C’est un hydrate de’ chaux , c’est-à-dire un composé de ido de chaux et d3 5i,o5 d’eau. Sa saveur est moins âcre et moins brûlante que celle de la chaux privée d’humidité. On la^lélaie dans une grande quantité d’eau , et l’on filtre rapidement.
Les caractères de cette eau sont d’être incolore , ino- . dore, d’offrir une saveur ‘semblable à celle de la chaux,
dê Verdîrlesirop de violettes, de rougir îè papier de curcuma. Elle ne précipite pas par l’acide sulfurique, se trouble à l’air, donne avec l’acide carbonique un précipité qu’un excès du même acide redissQut. Enfin elle forme avec l’oxalate d’ammoniaque, ou simplement l’acide oxalique , un précipité , sup^leqtieJ un excès du même acide
n’a aucune action „ mais qui se dissout avec la plus grandeffacilité dans facide nitriquef ' '
On demande souvient dansdes phafmaèlès de l’eau dé châux'premtére et de l’eau de chaux seeonde. ‘ ÇagWq- ci , qu’on obtient en ver sant de la nouvelle eau sur le résidu de la première opéra iiô n ; est un simple sdliitum
chaux dans’ l’eau. L’autre contient outre la chaux une petite quantité de potasse. Il résulte, en effet, des Ira^vaux de M. Descroisilles, que la chaux vive renlérme
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6 à 7 pour 100 de potasse provenant du combustible qui a servi à sa calcination. Cet alcali, beaucoup plus soluble que la chaux , se troi^e dans l’eau de chaux pre-mière en assez grande quantité pour en augmenter l’énergie. M. Planche propose de^mmer l’eau de chaux première eau de chaux potassée.
Pour déliter la chaux , il est plus commode delà mettre dans un panier qu’on plonge dans l’eau , et qu’on retire rapidement. On jette la chaux dans une terrine ; comme elle est mouillée plus uniformément , elle se pulvérise plus vite.
Pour conserver de l’eau de ch, aux en bon état et toujours bien saturée, on met de la chaux éteinte dans une bouteille qu’on remplit d’eau pure. Toutes les fois qu’on a besoin d’eau de chaux, on décante la liqueur , on la fdtre , et on la remplace par une nouvelle quantité d’eau. ,