TEINTURES ALCOOLIQUES
On donne en pharmacie le nom de teinture alcoolique à l’alcool chargé par digestion des principes actifs d’une ou de plusieurs substances médicamenteuses.
Ce n’est que par respect pour les dénominations anciennes que nous conservons le mot impropre de teinture ^ qui, sans rien apprendre sur la composition de ces médicamens, présente une idée fausse à l’esprit. Le
MANUEL
mot teinture comporte avec lui l’idée de couleur, et cependant plusieurs de ces préparations sont incolores: telles sont celles de térébenthine , de copahu , etc.
La dénomination infusuni alcoolique serait bien préférable à celle de teinture , en ce qu’elle indiquerait tout à la fois le mode de préparation et la nature du produit.
Comme l’alcool qu’on emploie n’est jamais absolu , qu’il contient toujours une certaine quantité d’eau , il agit de deux manières sur les corps avec lesquels on le met en contact. Par sa portion d’eau, il en dissout les sels , le mucilage , l’extractif; par sa portion d’alcool , il en dissout les résines et les huiles essentielles. îl en résulte donc que , suivant le degré de concentration de l’alcool qu’on emploie , varie la nature des médicamens qu’on obtient ; aussi le premier soin du pharmacien dans la préparation des teintures doit être de déterminer le degré de concentration de l’alcool ; mais pour cela il faut connaître la nature des substances sur lesquelles on opère ; si elles sont résineuses , comme le gayac , le kina, le benjoin, le succin, etc. , l’alcool doit marquer 56"; si l’on ne veut dissoudre que les principes extractifs, comme dans la cannelle (i), le cachou, la valériane, on doit prendre l’alcool à 22"; enfin si les principes actifs de la substance sont gommo - résineux , comme dans le castoréum , l’assa-fœtida , etc., l’alcool doit offrir 52®.
Pour se procurer à volonté ces diiférens degrés, il suffît d’étendre l’alcool à 56® d’une quantité d’eau suf-
(x) C’est par eireur que le Codex prescrit Sa® pour la cannelle, 2 2® pour la cantharide et le kina.
fisante. La température étant n° cent., loo parties d’alcool à 56® exigent 8o parties d’eau pour être réduites à 2 2®, Il parties seulement pour être réduites à 52*®. On ne retrouve plus dans la teinture le degré qu’avait l’alcool dont on s’est servi , parce que les principes qui y sont dissous en augmentent la densité. Après avoir donné à l’alcool un degré convenable , on procède à la préparation de la teinture en se conformant aux règles suivantes :
1® Toutes les substances doivent être bien desséchées, afin que leur humidité n’alfaiblisse pas l’alcool ; si l’on emploie des substances fraîches , il faut compenser l’humidité qu’elles fournissent en augmentant le degré de concentration de l’alcool.
2® Toutes doivent être bien divisées , c’est-à-dire concassées , si elles sont facilement perméables à l’alcool , comme le kina ; pulvérisas , si elles sont dures., comme le succin.
5® L’action de l’alcool doit être facilitée par la digestion ^ c’est-à-dire par une température d’étuve à 55 ou 57® cent.
4® Les matras dans lesquels on les prépare doivent être constamment bouchés et ne présenter qu’une trèspetite ouverture pour le passage de l’air dégagé par la chaleur.
5® Agiter de temps en temps pour renouveler les surfaces , surtout si la substance est en poudre.
6® Prolonger la digestion plus ou moins long-temps , suivant la texture plus ou moins serrée du corps.
MANUEL
Mettre une quantité de substance suffisante pour que î’alcool en soit saturé;
8° Filtrer après avoir passé à travers un linge qui permette l’expression du résidu.
9® Si la teinlureest composée, soumettre séparément , et les premières, h l’action de l’alcool les substances les moins solubles , et finir par cefes dont la solubilité est la plus facile.
Les teintures se divisent en simples et en composées. Les premières na participent que de l’alcool et d’une seule substance, les deuxièmes deFalcoolet de plusieurs substances réunies.
T ein ture simp le.
T einture de noix vomique [stryclmosnuxv 0 mtca.l^.) . On prend la noix vomique râpée", on l’introduit dans un matras aïec l’alcool à 56*^, '^011 place le matras dans une étuve ou au bain-marie, pour que la température i5oit de 57® cent, àu-moins. Au bout de 1 5 jours on passe avec expression , et l’on filtre ensuite. “
Teinture composée.
Baume du commandeur. Cette teinture se compose d’une racine , de fleurs , de résines et de gommes-résines. On concasse la racine , on la met avec les fleurs dans le matras , ôn y Yerse^toule là quantité d^al'cool' prèscrite à 02°; on lâis'se ainsi macérer ' pëndant"’ 1 5 'Jours. Alors on passer au travers d’urfilingè a vec- une très-forte expressiorr. On introduit dans ieuna'tras les résilies et les
gommes-résines concassées, on y verse la première leinlure de plantes , et Ton prolonge la digestion pendant i5 jours ou un mois. Si l’on mettait les plantes en digestion en même temps que les résines , la densité que celles-ci communiqueraient à l’alcool l’empêcherait de pénétrer la fibre végétale et d’en extraire ce qu’elle renferme de soluble.
On voit que d'ans la préparation des teintures composées , comme dans celle des decoctum , on doit consulter l’ordre et le degré de solubilité des substances.