II. Tablettes
Dans la préparation des tablettes , le premier soin doit se porter sur la préparation du mucilage : voici le moyen de l’obtenir bien homogène et bien consistant. On met dans un pot de- faïence la gomme adraganthe concassée et de l’eau froide ; on abandonne le mélange à lui-même pendant deux ou trois jours , temps nécessaire pour qu’il se tuméfie. Si l’on se sert d’eau chaude , qu’on porte le vase à l’étuve , le mucilage ne se gonfle pas autant que lorsqu’on emploie l’eau froide et qu’on l’expose à la température ordinaire. Lorsque le mucilage est achevé , on le passe avec expression à travers un linge pour le purifier. Les confiseurs, pour lui donner plus de blancheur , le délaient avec un peu d’eau albumineuse et lui ajoutent du suc de citron pour qu’il se tuméfie davantage. Ces deux additions nous semblent égalementblâmables; la première, parce que le mucilage par sa dessiccation acquiert l’odeur de substance animale en putréfaction ; la deuxième , parce que l’acide communique aux tablettes une saveur étrangère.
Le mucilage fait , on y incorpore la poudre , et l’on pétrit la masse sur un marbre pour lui donner plus de liant. Lorsqu’on la bat dans le mortier, les tablettes
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sont plus dures et moins blanches. Quand la pâte est bien liée , on l’étend sur le marbre , dont on saupoudre la surface , avec un mélange de sucre et d’amidon. Pour que chaque tablette ait la même épaisseur et le même poids , on se sert de règles, sur lesquelles on promène le rouleau jusqu’à ce qu’on n’éprouve plus de résislancê. Alor^ avec un emporte-pièce on découpe les tablettes ; on repélrit les rognures , qu’on étend et qu’on divise de nouveau. On étale les tabletles sur des tamis ou des claies d’osier garnies de papier; on les laisse 12 heures environ à l’air libre , on les porte à l’étuve , et lorsqu’elles sont sonores et cassantes , on les crible et on les enferme.
D’après ce que nous venons de dire , il est facile de concevoir les règles générales à suivre pour la préparation de ces médicamens.
1® Le mucilage doit être pur et bien consistant.
2® Il faut que toutes les poudres soient très-fines.
5® Toutes les substances doivent être Tort exactement mêlées au sucre.
4® Cette règle est la plus importante. La dessiccation doit être très-lente ; si elle esttrôp brusque, les tablettes se fendillent , les surfaces se dessèchent, et ne permettent plus l’évaporation de l’humidité intérieure.
£® Comme tous les composés dans lesquels il entre du sucre attirent beaucoup l’humidité, on conserve les tablettes dans des endroits bien secs.
Bü PHARMACIEN, ÔQl
Tablettes simples.
Tablettes (T ipécacuanha^ Après avoir pulvérisé la racine avec les précaulions qu’elle exige, on en pèse la quantité prescrite, qu’on mêle avec le sucre. On étale sur le marbre la majeure partie de la poudre. Dans le milieu on met un peu de mucilage, qu’on roule en tous sens avec la spatule jusqu’è ce qu’il ait acquis assez de consistance pour ne plus glisser entre les doigts. Alors on prend à pleines mains le muj^ilage et la poudre, qu’on pétrit exactement jusqu’à ce que la masse roule sur le marbre sans y adhérer. On s^poudre la surface de la pierre soit d’amidon , soit d’un peu de poudre restante; à l’aide du rouleau on rédiîit la pâte, en feuilles , qu’on retourne à plusieurs reprises , afin que la même surface ne reste pas trop long-temps au contact de l’air , qui la dessécherait. Lorsque les feuilles on tune épaisseur convenable , on les divise en tablettes égales. On doit avoir la précaution de mettre en réserve une portion de la poudre, afin de pouvoir donner de la consistance au mélange , si par hasard on l’avait commencé avec trop de mucilage.
Il est impossible d’obtenir ces tablettes très-blanches, car l’ipécacuanha est gris. La meilleure manière de les avmr peu colorées est de faire un mucilage très-consistant. La poudre étant moins humectée, on en dissout moins de matière extractive.
Dans les grandes villes on fait un uébit considéra^ ble de ces tablettes. Quelques droguistes frauduleqtf pour les donner à plus bas prix et plus ])lanches , rcm-
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placent Tipécacuanba par l’émétique. On reconnaît celte dangereuse falsification en brûlant quelques tablettes sur les charbons ardens; l’antimoine réduit apparaît en petits points brillans et métalliques. On pourrait encore dissoudre les tablettes dans l’eau , et y verser de l’hydrosulfate de potasse. Au bout de quelque temps d’exposition à l’air , on aurait un léger précipité jaune.
Tablettes de soufre. Il faut toujours laver la fleur de soufre , car le peu d’acMe sulfurique qu’elle contient attire l’humidité de l’aif , dont il est fort avide , et ramollit les tablettes. Poûr les avoir bien unies , il est nécessaire de donner au mucilage une très-forte consistance.
Tablettes composées.
On préparait autrefois des tablettes composées en incorporant des poudres dans le sucre cuit à la plume. La difficulté était de saisir le juste point de cuite du sucre. Lorsqu’on laissant tomber quelques gouttes de sirop dans l’eau froide , eiles se solidifiaient , alors on retirait la bassine du feu , on laissait un peu refroidir le sucre , on y incorporait la poudre, et l’on coulait le mélange sur un marbre légèrement huilé; on le divisait ensuite en lozanges ou en carrés à l’aide d’une règle et d’un couteau à lame mince.
Les seules tablettes composées encore d’usage aujourd’hui sont celles de Kunckel. On les prépare , comme ^ tablettes simples, avec le mucilage. Le sulfure d’antimoine doit être obtenu par porphyrisation et lavage.