IL ÉLECTUAIRES MOUS COMPOSÉS
Electuaires , confections , optais,
Les électuaires sont des médicaniens officinaux, de consistance molle , formés de poudres, de pulpes , d’extraits , de produits immédiats végétaux , de substances minérales , etc. , incorporés dans le miel , le sucre , quelquefois aussi le vin.
Ils diffèrent des conserves par leur composition , toujours très-variée. Les mots électuaire , confection viennent des verbes latins elicere , choisir; confîcere , perfectionner. Il estfacile de sentir combien sont impropres ces dénominations, qui pourraient égalentent s’appliquer à tous les médicamens , puisque dans chacun d’eux le pharmacien ne fait entrer que des substances choisies , et qu’il doit mettre tous ses soins à les bjen préparer. Le mot opiat est employé par le Codeæ comme adjectif d’électuaire pour désigner ceux de ces composés dont l’opium constitue plus particulièrement la propriété ac-
L’origine des électuaires remonte è la plus haute antiquité , et le nom d’un grand roi , que porte encore l’un d’eux , nous fait assez connaître l’estime que leur accordaient les anciens. « De tous les trésors que possédait
Mithridate , dit M. Trusson,iaucun ne parut plus pré- « deux à Pompée, son vainqueur, que l’antidote qu’il « trouva dans sa cj|§|iette , et qui fut appelé mithridate^ « du nom de ce prince. Pompée le confia à son méde- « cin Damocrate , qui , par l’examen et l’usage qu’il en
« fit , s’acquit une gloire immortelle. C’est ainsi que îs « connaissance (les électuaircs passa de l’Orient dans- « rOccidenl. » 4,
Aujourd’hui que la chimi' 4clair‘e de son flambeau toutes les opéralions de la pharmacie, et, qu’appuyée sur le raisonnement et l’observaîion , la médecine ne marche plus d’un pas incertain , on n’ernploie que leseYectualres , dont l’expérience à constaté la vertu , ,et l’on a rejeté tous ces orviétans k'Xiom ces antidotes inventés par l’ignorance , accrédités par le préjugé, et dont les noms étaient aussi ridicules que leur composition était monstrueuse.
De tous les médicamens , les électuaires sont ceux dont la préparation exige le plus de connaissances et d’habitude. Les corps qui les composent étant très-nombreux et très-variés, il faut pour les choisir de bonne nature en connaître tous les caractères physiques, et, pour les soumettre à un mode de manipulation convenable , n’ignorer aucune de leurs propriétés chimiques. Après avoir exposé les règles générales à suivre pour la préparation des électuairesj^ ot^ùs citerons quelques exemples pour en faire l’application, ^
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Règles générales à suivre pour préparer les électuaires.
1® Chaque substance doit être pulvérisée séparément et toutes les poudres doivent être très-fines : plus les poudres sont ténues , plus l’électuaire est lisse et uni.
9® Si dans l’électuaire il entre des substances qu’il
est impossible de pulvériser, même avec les poudres sèches, commes les aQiandes,les écorces confites de fruits, iî faut les broyer avec une portion du sucre sur une pierre à chocolat, ou les réduire en masse bien homogène dans un mortier de marbre.
5® Les gommes , les résines et les gommes-résines doivent se choisir en larmes Jrès-pures , et se pulvériser. Si on les prenait en masse, on serait obligé de les purifier , et dès-lors on serait incertain des proportions dans lesquelles on les aurait incorporées dans l’élec- ^ tuaire , proportions indispensables à connaître , surtout pour les résines et les gommes-résines , qui ont une action médicinale très-énergique.
4° Si les extraits sont trop mous pour être pulvérisés, on les dissout dans un peu d’eau ou dans un peu de vin , s’il en entre dans le médicament.
5° Les pulpes doivent être très-fines et consistantes , afin que leur humidité ne décuise pas lé sirop.
6" On fond le miel dans très-peu d’eau , et on le passe à travers un linge à madL ' 't ' ^
7" Les résines liqu.aes s’incorporent dans les pulpes et les extraits.
8° Le sirop doit être fait de préférence avec la cassonade de l’Inde, qui cristallise difficilement; il n’a pas besoin d’une clarification parfaite , mais il veut toujours être cuit à la grande plume. Lorsqu’on se sert de la cassonade de l’Inde , comme elle contient beaucoup de mucoso-sucré, on est dispensé de porterie sirop à l’étuve
MA.NUEL
pour laisser déposer, comme le recommande M. Deyeux , la portion la plus cristallisabîe.
9® Le mélange doit être bien exact, et ne présenter aucun grumeau. Pour l’obtenir tel , il faut avoir soin de laisser un peu refroidir le sirop, qui, s’il était trop chaud, ramollirait les résines et les agglomérerait. On réunit toutes les pulpes , on y délaie les extraits et les résines liquides, on y verse une portion de sirop, on agite, on incorpore ensuite alternativement une portion de poudre et une de sirop , jusqu’à ce que la tolalité de l’une et de l’autre soit épuisée.
10® L’électuaire doit avoir une consistance convenable. La consistance dépend de deux conditions, du degré de cuite du sirop et de sa quantité. La cuite ne doit pas varier, c’est toujours la grande plume; pour la quantité, il est impossible delà fixer d’une manière rigoureuse. Elle est proportionnée moins à la masse des poudres qu’à leur nature. Les bois, les racines , les écorces , les feuilles pulvérisées exigent, pour être converties en électuaires , trois fois leur poids de sirop. Les gommes-résines n’exigent qu’un poids égal au leur , les résines en prennent un peu moins, les substances minérales la moitié de leur poids , les sels très-solubles la dixième ipartie du leur.
Il® Il faut attendre pour enfermer l’électuaire que î ’absorption du sirop ait eu lieu. Au moment où l’on .achève le mélange , il offre une consistance qu’il ne garde pas long-temps ; le changement est plus ou moins
DU PHAÏÏMAGÏEN. 5l5
tardif selon que la poudre est plus ou moins avide d’humidilé.
12® L’électuaire au Losii de quelques mois de préparation se tuméfie , se boursoulïle , et, si on l’agite , dégage de l’acide carlionique. Sa consistance change ainsi que sa couleur, son odc?ir et sa saveur. Ceux qui contiennent des préparations de fer noircissent et se durcissent plus que les autres par suite de la combinaison qui s’opère entre l’eau , le métal et le tannin ; c’est alors qu’il faut les retravailler ^ c’est-à-dire les battre dans un mortier pour écraser les cristaux de sucre qui ont pu se former. Si leur consistance est trop grande , il faut leur ajouter un peu de sirop. On observe qu’après cette manipulation secondaire , ces médicamens se gardent très-long-temps sans offrir aucun changement.
La conservation des électuaires demande les memes précautions que celles des conserves simples , c’est-àdire qu’on doit les renfermer dans des vases bien couverts , à l’abri de la chaleur, qui les ferait fermenter ; de l’air, qui les dessécherait , et de l’humidité, qui les ferait moisir.
. Exemples.
Confection di hyacinthes. ~ Electuaire de safran
composé du Codex.
Cet électuaire se compose de :
terre sigillée, pierres d’éc révisses.
. cannelle.
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feuilles de dictanie.
santal citrin.
santal rouffe.
myrrhe.
safran.
miel de Narbonne, sucre.
sirop de capillaire,
( „ huile essentielle de citron.
On traite ^ar lavage la terre sigillée et les yeux d^écrevisses , on les sèche. On pulvérise séparément et à la méthode ordinaire toutes les autres substances. On fait deux poudres : la première, avec les terres absorbantes , la cannelle , le dictame , le santal citrin et la myrrhe ; la seconde , avec le safran et le santal rouge. On fond le miel et le sucre dans le sirop de capillairce Lorsque le mélange est refroidi , on y délaie le safran et le santal rouge pulvérisés. Au bout de 24 heures , 011 y incorpore la première poudre à l’aide d’un bistortier. On termine l’électuaire en y ajoutant l’huile essentielle de citron , dont on a fait un oléo - saccharum avec une petite portion du sucre.
Catholicon double. — Electuaire de rhubarbe composé du Codex.
Cet électuaire se compose de poudres, d’un extrait mou , d’une pulpe , de semences émulsives incorporés dans un sirop fait avec plusieurs substances inodores et une semence aromatique.
Après avoir dispensé toutes les substances en mettant à part celles destinées au sirop , on opère de la manière suivante : on pulvérise tous les corps solides séparément, on les réunit pour en former une poudre composée. On prépare la pulpe. Lorsqu’elle est achevée, on broie au mortier les semences émulsives avec, une portion du sucre réservé au sirop. Lorsque la pâte est très-fine, on la mêle h la pulpe et h l’extrait. On procède à la confection du sirop. Pour cela , on fait le decoctum en se coiiformaot aux règles que nous avons si souvent indiquées; c’est - à - dire qu’on fait bouillir successivement les racines , puis les feuilles sèches , et qu’on l'ait seulement infuser la seriience aronaatique concassée. L’infusion achevée , on passe , on ajoute le sucre , et on clarifie. Lorsque le sirop est cuit à la grande plume, on le retire du feu. On incorpore les poudres dans la masse de pulpe d’extrait et de semences broyées, et on ajoute peu à peu le sirop, en triturant, pour opérer un mélange très-homogène. Cet électuaire , lorsqu’il est bien fait, colore fortement l’eau en jaune, a une odeur de rhubarbe très - prononcée et une consistance semblable à celle de la pâte molle ; c’est-à-dire qu’il peut s’étirer sans se rompre.
Diascordium, — Electuaire opiacé astringent
du Codex.
Cet électuaire diffère des autres par son condiment , qui est un melliie , celui de roses. Sa couleur est due au bol d’Arménie. Toutes les substances qui le compo-
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senl doivent se pulvériser, excepté l’extrait d’opium, cju’on dissout dans le vin.
Thériacfac, — Electuaire opiacé polypharmaque
du Codex.
Le Codex prescrit de dissoudre dans le vin l’opium , les gommes-résines et les sucs. A la Pharmacie centrale , un réduit toutes les substances en poudre , excepté ia térébenthine ^et le baume de copahu , qu’on délaie dans le miel ; on y incorpore ensuiie les poudres et le vin , et on bat fortement le mélange. La coloration de la thériaque résulte de l’action du tannin des substances végétales sur le colcothar (oxide de fer rouge).