SALICINE
La salicine est une substance nouvellement découverte par M. Leroux , pharmacien à Vitry-le-Français , dans l'écorce du saule , le Salix hélix, et qui depuis a e'te' reconnue par M. Braconnot de Nancy, dans les écorces des Salix Jîssa et arnygdalina, enfin dans les e'corces des Populus alba et grteca. JjC proce'dé indique' par M, Leroux est le suivant : on fait bouillir i5oo grammes (3 livres) d'e'corce de saule, se'chée et réduite en poudre , dans 7,600 grammes ( i5 livres ) d'eau , dans laquelle on a fait dissoudre 126 grammes (4 onces) de carbonate de potasse ; après l'ébullition , on passe , on laisse refroidir et l'on ajoute 1000 grammes (2 livres) de sous-acétate de pîdmb liquide ; on filtre et l'on traite par l'acide sulfurique ; on achève de précipiter le plomb par un courant d'acide hydrosulfurique ; on sature l'excès d'acide par le sous-carbonate de chaux; on filtre de nouveau; on concentre la liqueur, on la traite jusqu'à neutralisation , par l'acide sulfurique étendu d'eau ; on décolore par le charbon animal , on filtre bouillant et l'on fait cristalliser à deux reprises et sécher à l'abri de la lumière.
Selon M. Leroux , on obtient de cette opération , 82 gramm. (i once) de salicine ; elle pourrait toujours, selon ce praticien, en donner davantage si l'opération était faite en grand. Ce procédé étant des plus compliqués, nous allons indiquer celui qui a été suivi par M. Braconnot pour extraire la salicine de l'écorce de tremble. On prépare Une décoction de cette écorce; on y verse du sous-acétate de plomb, on sépare le précipité qui se forme, on précipite l'excès du plomb par l'aCide sulfurique, on fait évaporer la liqueur limpide et incolore, qu'on obtient sur la fin de l'opération ; on ajoute un peu de noir animal lavé ; on filtre lai liqueur bouillante qui , par refroidissement, laisse déposer de la salicine qui affecte une forme cristalline.
La salicine pure est en cristaux blancs, très ténus, nacrés; elle est soluble dans l'eau et dans l'alcool , insoluble dans
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l'ether. Sa saveur est des plus amères ; elle rappelle entièrement le 5oût de l'écorce de saule.
La salicine , maintenant répandue dans le commerce, à un prix peu élevé, est un sujet d'expérimentation ; on l'a administrée contre les fièvres intermittentes, et l'on a vu des fièvres coupées du jour au lendemain par trois doses de salicine de 6 grains chacune. De savans praticiens , MM. Husson, Andral et Bally ont vu qu'on pouvait arrêter les accès de fièvre avec 24 à 3o grains de salicine.
La salicine est neutre ; elle ne se combine pas aux acides, qui lui ôtent même la propriété de cristalliser.
SANGOINARINE.
M. Dana , chimiste américain , a donné le nom de sanguinarine à une substance particulière (i) qu'il a découverte dans le Sanguinaria canadensis. Voici le procédé qu'il a mis en usage. On fait digérer pendant quelque temps, dans de l'alcool absolu , la racine réduite en poudre, on verse dans cette teinture qui est d'un très beau rouge, 1". de l'eau qui en précipite une matière brune rougissant le papier de curcuma ; 2°. ou bien , ce qui vaut mieux , selon l'auteur , de l'alcali volatil qui donne naissance à un précipité ; on recueille ce précipité, on le lave avec de l'eau bouillante , ajoutant du charbon, puis on jette sur un filtre. On recueille le mélange resté sur le filtre ; on le traite ensuite par l'alcool qui dissout la sanguinarine ; on filtre et l'on fait évaporer. Par cette évaporation , on obtient le nouveau principe sous la forme d'une matière blanche perlée , d'u,ne saveur acre, présentant les caractères des alcalis végétaux ; cette matière se combine aux acides et donne naissance à des sels diversement colorés. Exposée à l'air , la sanguinarine prend une teinte jaune très prononcée; elle est insoluble dans l'eau, très soluble dans l'alcool et dans l'éther.
(i) M. Oit n a consiflt're cette siibstance rtunrnr- un alcaloùlc.
DU PHARMAC1I:.N. QQ I
La sanguinarine est encore peu connue , on ne l'a pas encore employée en Médecine.
SEMENTINE.
Substance nouvelle découverte dans le semen-contra .
MM. Kahler , pharmacien à Dusseldorf , et M. Auguste Alms, élève en Pharmacie à Peuzlin dans le Mecklenbourg , ont découvert presque en ntéme temps , dans le semen-contra, une nouvelle substance neutre, cristallisable ; cette substance mérite d'être étudiée. Voici le moyen de l'obtenir :
On traite 5oo grammes ( i livre ) de semen-contra par de l'éther, renouvelant le liquide jusqu'à ce qu'il ne se colore plus; lorsque les solutions éthérées sont faites, on les réunit et on en sépare la plus grande partie de l'éther par la distillation ; le résidu encore liquide, abandonné à lui-même, fournit de petits cristaux, qui, isolés et redissous dans de l'alcool, fournissent la matière qui fait le sujet de cet article.
Ce principe est soluble dans l'éther et dans l'alcool ; il se combine avec l'acide hydro-chlorique ; il est soluble dans l'ammoniaque; il est sans odeur et sans saveur bien sensible ; exposé à l'action d'une vive lumière , il se colore en jaune ; à une haute température, il brûle avec flamme.
Ce principe n'est ni acide, ni alcalin ; à peine connu, ou n'a tenté aucun essai sur son action, qui ne peut être bien grande, puisqu'il n'a ni odeur ni saveur.
SCILLITINE.
Scillitin.
On a nommé scilliiine une substance découverte dans l'ognon de scille par M. Vogel de Munich. Cette substance, qu'on a peu examinée , s'obtient en traitant par l'alcool le suc épaissi de l'ognon de scille , évaporant à siccité la liqueur alcoolique fdtrée, reprenant l'extrait qui en provient par
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l'eau, précipitant ensuite la solution aqueuse par l'acétate de plomb , filtrant pour séparer le précipité qui s'est formé dans la liqueur , lavant le filtre ; puis faisant passer dans la liqueur et dans les eaux de lavage de l'acide hydrosulfurique; filtrant encore, faisant évaporer la liqueur. On obtient ainsi une substance friable , incolore , ayant une cassure résineuse , une saveur amère , désagréable. Cette substance est peu connue ; on sait seulement qu'elle provoque le vomissement.
Depuis la publication du travail de M. Vogel, M. Tilloy, pharmacien à Dijon, a fait une analyse de la plante qui fournit la scillitine, et il paraît avoir isolé d'une manière plus complète le principe auquel on donne mal à propos le nom de scillitine. Voici le procédé de M. Tilloy : on traite de la scille par de l'alcool à 33° ; après la macération, on passe avec expression à travers un tissu serré, on fait évaporer, et l'on obtient un extrait brun ; on traite cet extrait par l'alcool à 35°. La solution alcoolique séparée, est évaporée^ traitée parl'éther; la partie non dissoute par l'éther a été reprise par l'eau ; la solution aqueuse filtrée a une saveur ambrée. Elle fournit , par l'évaporalion , une substance analogue à la scillitine de Vogel qui , selon M. Tilloy, n'est qu'un mélange du principe actif combiné à du sucre incristallisable et à de la gomme. Traitée par le charbon animal, la solution aqueuse de scillitine se décolore; dissoute dans l'alcool et additionnée d'éther, le sucre incristallisable estprécipité, le principe actif reste dans l'alcool éthéré. Selon M. Tilloy, on doit répéter ce mode d'agir plusieurs fois de suite.
Nous croyons que , malgré toutes ces recherches , le produit Connu sous le nom de scillitine, n'est pas encore le principe actif dégagé de toutes les substances qui l'accompagnent. Il est à présumer que de nouvelles expériences nous feront mieux connaître le principe actif de l'ognon de scille.
DU PHARMACIEN. QQS