‹ Manuel du pharmacien; ou, Précis élémentaire de pharmacieChapitre 143 sur 254 · CARMINE · texte numérisé non relu

CARMINE

Matière colorante de la Cochenille .

MM. Pelletier et Caventou ont donné le nom de carminé à la matière colorante pure de la cochenille, matière qui fait la base du carmin. Ces chimistes ont obtenu ce produit en agissant de la manière suivante.

On fait macérer la cochenille dans l'éther, afin d'enlever une matière grasse qu'elle contient ; lorsque la matière grasse est enlevée, on traite la cochenille par l'alcool bouillant, à diverses reprises: à chaque décoction, il se forme ua dépôt grenu d'une belle couleur rouge. Si l'on abandonne à une évaporation spontanée, la liqueur qui surnage, le dépôt continue de se former; il prend alors un aspect cristallin. Cette matière ainsi obtenue est la carminé , presqu'ù l'état de pureté. Cependant elle retient encore un peu de matière grasse : pour la séparer de cette substance, les auteurs de cette de'couverte prescrivent de la faire redissoudre dans l'alcool à 4t>°, d'ajouter ensuite partie égale d'étliersulfurique. Ce mélange se trouble d'abord , s'éclaircit ensuite ; au bout de quelques

lOOO MANUEL

jours, on trouve les parois du vase couvertes d'une matière colorante magnifique : cette substance est la carminé pure.

La carminé a une couleur éclatante qui est pourpre ; elle a un aspect cristallin ; elle est inaltérable à l'air. Exposée à l'action de la chaleur , elle est facilement décomposée sans donner lieu à aucun produit azoté. Elle est insoluble dans l'éther, soluble dans l'alcool , très soluble dans l'alcool bouillant. Le travail de MM. Pelletier et Caventou est consigné dans le t. IV du Journal de Pharmacie.

CASTORhVE.

On a nommé castorine une substance extraite du castoréura par un chimiste italien, M. Bizio. Cette substance a une odeur semblable à celle du castoréum , une saveur particulière , analogue àcelle d'une dissolution de cuivre. Approchée d'uncorpB en ignition, elle brûle vivement en laissant un résidu charbonneux assez considérable. Elle n'est ni acide ni alcaline, peu soluble dans l'alcool à froid; l'alcool chaud en dissout davantage : cependant la quantité dissoute n'est pas d'un centième. L'eau en dissout très peu, même à chaud. Par le refroidissement, une partie de la castorine cristallise en prismes entrelacés, qui, par le plus léger mouvement donné au liquide , s'élèvent du fond, et nagent dans la liqueur. La dissolution alcoolique, évaporée spontanément, donne des cristaux diaphanes, aiguillés, de plusieurs lignes de long, ayant la forme de prismes entrelacés en faisceaux.

La solution de castorine dans l'éther sulfurique est incolore lorsqu'on la regarde par réfraction , et d'un beau violet par réflexion.

Soumise à l'action des acides , on remarque les phénomènes suivans. Avec l'acide acétique , il y a dissolution de la castorine ; au bout d'une vingtaine de jours , il se forme de beaux cristaux légers , réunis au nombre de cinq ou six formant des étoiles.

L'acide nitrique à froid dissout ditticilement la castorine ;

DU PHARMACIEN. lOOI

à chaud , il y a dissolution sans dégagement de deutoxide d'azote.

L'acide sulfurique concentré dissout la castorine , même à froid; la liqueur, vue par réflexion, est d'un beau vert , et jaune-vert par réfraction. Si l'on élève la température , il y a carbonisation de la castorine et dégagement de gaz acide sulfureux. En étendant de quatre parties d'eau la liqueur acide, la castorine se précipite. Le précipité est en flocons noirs.

L'ammoniaque, la potasse, la soude, n'attaquent pas la castorine ; mais ils la séparent de la matière résineuse , si elle en contient. Le même efifet a lieu par la magnésie.

On obtient la castorine en traitant le castoréum divisé en petits fragmens par six fois son poids d'alcool bouillant, filtrant la liqueur alcoolique bouillante ; après quelques instans d'ébuHition , la castorine se dépose peu à peu sous forme de petits globules blancs, qui doivent être purifiés avec de l'alcool froid. .

Quand la castorine n'est pas parfaitement blanche , on peut faire usage du charbon animal.

Quelques personnes pensent que la castorine pourrait bien être le principe actif du castoréum ; mais il faudrait tenter des expériences pour confirmer ou infirmer cette idée.

On n'a pas encore employé la castorine comme médicament.

PICROMEL.

Le picromel , qui tire son nom de sa saveur , est un produit propre à la bile. Sa découverte est due à M. Thénard , qui signala sa présence dans la bile des animaux. Plus tard , l'un de nous reconnut ce principe dans la bile humaine; et cette découverte paraît être positive , car M. Berzélius a signalé la présence du picromel dans son analyse de la bile humaine, consignée dans le Diur Kemien , t. II, p. 48, analyse qui a été rapportée dans le tome IV, p. 674 , de la cinquième édition de Thompson ( Traduction de RiJfault).On obtient le pi-

I002 MAKUEL

ciomel en traitant la bile de bœuf de la manière suivante : on prend de cette bile, on la déïale dans un peu d'eau; on ajoute ensuite à ce mélange de l'ace'tate de plomb liquide qui pre'cipite la matière résineuse , la matière jaune et les acides phospliorique et sulfurique qui étaient unis à la soude. On continue l'addition d'acétate jusqu'à ce qu'il n'y ait plus de précipité ; on filtre alors la liqueur, et dans le liquide filtré et clair, on ajoute du sous-acétate de plomb : à l'instant le picromel s'empare^de l'excès d'oxide de ce sel et s'y combine. La combinaison qui en résulte se dépose sous forme de flocons d'un blanc jaunâtre ; on lave ces flocons par décantation et à grande eau ; puis on les recueille sur un filtre ; on les sépare ; ensuite on les fait dissoudre dans de l'acide acétique ; on fait passer dans la solution un courant de gaz hydrogène sulfuré, qui précipite l'oxide de plomb à l'état de sulfure , et qui met le picromel à nu ; on filtre pour séparer le sulfure formé ; on fait ensuite évaporer la liqueur filtrée, qui laisse le picromel pour résidu. Pur, il est presque incolore, de la consistance de la térébenthine, d'une odeur désagréable, d'une saveur acre, amère et sucrée , d'un poids spécifique plus considérable que l'eau. Soumis à l'action de la chaleur, le picromel perd de sa viscosité , il se boursoufle , se décompose en fournissant des produits analogues à ceux que l'on obtient de la décomposition des matières végétales , en donnant cependant des traces de sous-carbonate d'ammoniaque.

Le picromel attire un peu l'humidité de l'air ; il est soluble dans l'eau et dans l'alcool ; traité par les acides hydro-chlorique, nitrique et sulfurique affaiblis et à l'aide d'une douce chaleur, il se forme un composé visqueux sur lequel l'eau a très peu d'action. Sa solution n'est point précipitée par les alcalis et par un assez grand nombre de sels ; il en est de même de la solution aqueuse de noix de galle ; au contraire elle est précipitée par l'acétate de plomb avec excès d'oxide, et par les sels de fer et de mercure. M. Thénard a fait voir que lorsqu'on dissout deux parties et demie de picromel et une partie de résine dans l'alcool, et que l'on fait évaporer la dissolution

DU PHAJIMACIEX. ÏOo5

àsiccité, on obtient un composé soluble dans l'eau. Si alors on ajoute du sel marin à la dissolution, elle devient plus stable ; si Ton fait e'vaporer à siccite' et que l'on calcine le résidu, il en résulte un charbon alcalin qui contient du souscarbonate de soude. Ce professeur a conclu de ces faits , i°. (jue la résine de la bile est soluble dans le picromel ; i° . que la résine , le picromel et la soude sont capables de former un composé très intime ; 3°. que le picromel et la résine peuvent décomposer le sel marin. Ces faits tendent à expliquer comment la résine est tenue en dissolution dans la bile.

Page 1