ACIDE CARBONIQUE
yiir méphytique , Air fixe , Acide crayeux.
On a désijiué sous toutes ces dénominations la combinaison du carbone avec l'oxigène dans la proportion de 2i'j,6'j de carbone et de 72,33 d'oxigène. Cette combinaison, qui se trouve en grande quantité dans la nature, s'obtient de la manière suivante. "•'
On prend un carbonate quelconque , mais plus particulièrement le carbonate de chaux saccharoïde (le marbre blanc) ; on le concasse, on l'introduit dans un flacon à deux tubulures ; à l'une de ces tubulures on adapte un tube en S , surmonté d'un entonnoir, que l'on peut fermer à volonté ; à la seconde on place un tube recourbé , qui va plonger dans un flacon contenant une très petite quantité d'eau destinée à laver le gaz. De ce flacon part un second tube, qui, selon qu'il est destiné à plonger dans l'eau ou à recueillir le gaz , est courbé d'une manière diff'érente. Quand l'appareil est ainsi disposé, et qu'on a luté les jointures, on verse de l'acide hydro-chlorique à 10° parle tube eu S. L'acide hydro-chlorique en s'u— nissant à la chaux du carbonate , met à nu l'acide carbonique qui se volatilise , traverse l'eau de lavage , puis se déjjage. Si l'on veut l'obtenir à l'état de gaz , on le recueille dans une cloche ; si on le veut liquide , on fait plonger le tube dans l'eau , où l'acide se dissout. La dissolution de cet acide s'y fait mieux , si l'eau est à une basse température et si la pression est plus forte; à 20° centigrades, à la pression de 76 , l'eau dissout un volume d'acide carbonique égal au sien.
On conserve le gaz carbonique ou sa solution dans l'eau, dans des flacons bouchés avec le liège ou dans des flacons fermés à l'émeri ; ces solutions doivent être placées dans un endroit frais.
L'acide carbonique étant recommandé lorsqu'il est dissous en assez grande quantité dans l'eau, on l'y introduit par pression au moyen de pompes foulantes. M. Planche, pharmacien de Paris, a donné la description d'un appareil employé à saturer l'eau d'acide carbonique. (^. l'art. JSmix minérales.) AVéiat de gaz, l'acide carbonique est incolore ; sa saveur est piquante, aigrelette ; il picote les narines, il rougit faiblement la teinture de tournesol , éteint les corps en combustion , asphyxie les animaux que l'on y plonge. Sa pesanteur spécifique est de 1,6245, l'air étant 1000. Plus pesant que l'air, il peut, comme un liquide, être transvasé d'un vase dans un autre. Si dans une cloche renversée contenant de l'air atmosphérique on a placé une bougie allumée et que l'on renverse sur ce vase une autre cloche pleine d'acide carbonique , celui-ci déplace l'air, en même temps il éteint la bougie. Dissous dans l'eau , il communique à ce liquide une saveur aigrelette , la propriété de rougir la teinture de tournesol et de précipiter l'eau de chaux, de mousser. Ce dernier effet est dû au dégagement de l'acide qui tend à passer à l'état gazeux.
L'acide carbonique est souvent ordonné par les médecins. C'est dans le but de faire prendre cet acide que les praticiens ordonnent l'eau de Seltz et les eaux acidulés, qui sont des solutions d'acide carbonique dans lesquelles il y a quelques sels.
L'acide carbonique peut quelquefois produire des accidens lorsqu'il est en trop grande quantité dans les lieux où il se produit, les puits, les celliers oîile vin fermente, les foudres oîi l'on recueille la lie des vins, les caves mal aérées (i), et dans tous les lieux où l'air ne se renouvelle pas facilement; on doit alors saturer ce gaz pour ne pas être asphyxié. Pour cela, on verse dans le lieu où ce gaz est répandu de l'hydrate de
(i) Un marchand Ae vin de Paris, en 1828 , avait une cave mal ae'rce et dans laquelle il se de'veloppait un courant d'acide carbonique : ce marchand attribuait ce phcnomènc h un son jeté sur lui. ( Historique. )
DU PHARMACIEN. 5c)J
potasse OU do soude, de l'eau de cliaux, de rainmoniaque liquide en petite quantité. Ces alcalis absorbent l'acide carbonique , et préviennent les dangers qui peuvent résulter de sa respiration ; on peut encore cbasser ce gaz par une ventilation exercée par le feu ou à l'aide de divers instrumens. Si l'on éprouvait des accidens provenant de la respiration de l'acide carbonique produit par la combustion du cbarbon ou de la braise , il serait utile de s'exposer promptement au grand air, et de respirer une petite quantité d'alcali volatil. Cette médication a été employée avec succès dans quelques cas d'asphyxie par ce gaz. L'acide carbonique se développe quelquefois chez les animaux et donne lieu au gonflement, à la méiéorisation- on fait boire à ces animaux de l'eau alcalisce par l'ammoniaque. Ce remède a le plus grand succès.
ACIDE CHROMIQUE.
Cet acide fut découvert en 1 79-^ , par Vauquelin ; il fut ensuite étudié par MM. Miissin Puscbin, Godon et Gay-Lussac. 11 existe, combiné aux oxides, dans le plomb l'ouge de Sibérie , dans le rubis spinelle , dans le chromate de fer. On l'obtient de la manière suivante : on expose à une forte chaleur , et pendant deux heures , dans un creuset de Hesse fermé avec un couvercle luté , un mélange de deux parties de chromate de fer et d'une partie de nitrate de potasse ; au bout de ce temps, on laisse tomber le feu , on retire le creuset , on le laisse refroidir, on verse sur la masse une très petite quantité d'eau bonillante, de manière à l'humecter seulement. Au bout de deux heures, on jette le tout dans un mortier de verre ou de marbre ; on triture avec un pilon ; on lave avec de l'eau bouillante ; on continue le lavage jusqu'à ce que la liqueur mise sur le résidu soit incolore. On sature l'excès d'alcali qui existe dans le liquide , par de l'acide acétique ; on fait évaporer la liqueur qui contient le chromate et l'acétate de potasse. Quand la liqueur est assez concentrée , on l'abandoune à elle-même: le chromate de pelasse cristallise; on
recueille ce sel, on le place sur un entonnoir et on le laisse égoutter ; on le lave ensuite avec une petite quantité d'eau ; lorsqu'il est lavé et égoutté , on le fait redissoudre de nou- Teau; on ajoute à la solution de l'hydro-chlorate de baryte , jusqu'à ce que l'addition de ce sel ne donne plus lieu à un précipité. Cette addition détermine une double décomposition : la baryte s'unit à l'acide chromique, forme du chroinate de baryte qui se précipite , et de l'hydro-chlorate de potasse reste en dissolution. On jetle le chromate de baryte sur un filtre ; on le lave à grande eau , et lorsqu'il est ainsi lavé , on le fait dissoudre dans une quantité suffisante d'acide nitrique étendu d'eau , puis , par une addition d'acide sulfurique , on sépare la baryte de la solution On a soin de ne pas ajouter un excès d'acide sulfurlque , en ajoutant cependant assez de cet acide pour que tout le chromate soit décomposé ; on laisse en repos , on décante ou bien on filtre. La partie liquide qui passe à travers est un mélange d'acide nitrique et d'acide chromique ; on fait évaporer dans une capsule de porcelaine. Sur la fin de l'évaporation , on ménage la chaleur , afin de ne pas décomposer l'acide chromique , qui reste dans la capsule sous forme d'une matière rougeàtre.
L'acide chromique est formé de 100 parties de chrome et de 89,65 d'oxigène ( Berzelius) ; il est soluble dans l'eau ; sa solution, évaporée convenablement, cristallise par refroidissement sous forme de prismes d'une belle couleur rouge, semblable à celle du rubis ; sa saveur est acre , styptique ; cette stypticité est très persistante. Cet acide rougit la teinture de tournesol , sature les bases ; soumis à une forte chaleur , il se décompose , et donne naissance à de l'oxide de chrome en même temps qu'il y a dégagement d'oxigène. L'acide chromique tient peu à son oxigène ; il est décomposé par la plupart des corps combustibles simples, même sans l'aide de la chaleur. L'acide sulfureux mis en contact avec l'acide chromique, le décompose.
L'acide chromique s'unit aux ba.ses saliûables, et donne naissance à des sels colorés nommés chromâtes. Cette pro-
DU PHAllIVlACIEN. SqQ
priété de former des sels colore's lui a fait donner le nom d'acïde chromique .
L'action de l'acide chromique sur l'économie animale n'a pas encore été' étudiée ; cette action ne serait pourtant pas sans intérêt , si l'on considère ses propriétés.
Parmi les réactifs qui peuvent facilement faire reconnaître l'acide chromique , on compte, i°. la solution de nitrate d'argent, avec laquelle il donne un précipité de couleur carmin; mais cette couleur passe au pourpre par rex[)osition à la lumière; a°. les solutions de plomb, qui déterminent un précipité d'une belle couleur jaune plus ou moins foncée; 3°. les solutions de mercure, qui, avec cet acide, donnent lieu à un précipité d'une belle couleur brune foncée. Ce précipité, chauffé dans un creuset de platine ou de grès, laisse après la calcination une belle poudre verte qui est l'oxide de chrome.
L'acide chromique , fondu au chalumeau avec le borax ou avecle phosphate d'ammoniaque, donne un verre coloré en veït émeraude.