‹ Manuel du prêtre en retraiteChapitre 19 sur 37 · LE SIXIÈME JOUR · texte numérisé non relu

LE SIXIÈME JOUR

Comme à la page 80

LECTURES. s

l'i'.ii n F s . (

l'iau de mémorial de retraite , p. *0 l'veiuce pour la préparation a la moi I, p. 01.

TREilICR EXERCICE.

Jésus avec ses A poires.

Dans l'ordre spirituel, il leur donne : 1° L'instruetion. C'est à eux seuls , du moins în partie , qu'il adresse le discours sur la mon .agne; les paraboles dont il se sert pour le peuple , il les leur explique en particulier ; il leur dicte une formule de prière ; et , afin de les

prémunir contre le scandale , il leur prédit jusqu'aux moindres détails sa passion et les persécutions qui les attendent. Comme il se met à leur portée , répond à leurs questions souvent indiscrètes, et leur redit cent fois des choses qu'ils n'entendent guère mieux la dernière que la première ! Quelle condescendance pour Thomas incrédule !

2° La correction. Demandent-ils la première place dans son royaume, et disputent-ils entre eux à qui est le plus grand ; racontent-ils avec trop de complaisance leurs œuvres, et jalousent-ils certains disciples qui comme eux chassent les démons; veulent-ils faire tomber In foudre sur une ville de Samarie, ou bien , rebutent-ils les petits enfants, et blâment- ils Magdcleinc de l'effusion de ses parfums : iljoin* ;ui reproche qui humilie la leçon qui éclaire, et tempère la fermeté par la douceur. Pierre est sans doute repris plus souvent et plus sévèrement que les autres: c'est nue, d'une part, il est plus présomptueux, et que, de l'autre, il est appelé à de plus hautes destinées.

ô° L'édification. Démarches, paroles, silence, gestes, regards, tout en lui offre à leurs yeux l'exemple et porte dans leur cœur l'amour df

- 209 la vertu. Purent-ils jamais oublier ce dévou. ment à la gloire de son Père, cette patience dans les contradictions, cette humilité qui le fit descendre à leurs pieds, cette oraison à laquelle il consacrait des nuits entières, celte ineffable modestie , celte sainteté qui prenait des accroissements toujours nouveaux? Avec quel soin il leur fournit l'occasion de lui prouver leur foi ellcur amour : Numquid cl vot vullis abire? Vos autan quevi me esse dicitis? La prière qui termine le discours après la cène donne une idée de toutes celles qu'il dut faire pour eux.

Dans l'ordre temporel , il veille :

1° A leur entretien. C'est moins pour subvenir à ses besoins qu'aux leurs qu'il permet aux saintes femmes de le suivre. Il leur fait trouvep miraculeusement la drachme nécessaire pour le tribut ; il les mène dîner avec lui chez ses amis ; il calme les tempêtes qui les menacent ; il bénit leur pêche et prépare lui-même de ses divines mains le repas sur le rivage. Au rapport de saint Clément, qui Pavait appris de saint Pierre, il se tenait près de leur lit avec la tendresse attentive d'une mère. Après leurs travaux : Venite seorsinn... et rtquicsdtc pusii-

lùm. Quand on se saisit de lui : Sinitc hos abire. Il va jusqu'à assurer la récompense de l'Apôtre à quiconque nourrira ou désaltérera l'Apôtre.

2° A leur réputation. Les accuse-t-on de ne pas jeûner , de manger avec des mains impures , de briser des épis le jour du sabbat , ou J'accuse-t-on lui-même devant eux de manger avec les pécheurs , il répond à leur place. Fautil les avertir, il les tire à l'écart. Outre le pouvoir actuel d'opérer des prodiges et la promesse d'en opérer de plus grands que les siens, il leur confère une part d'autorité et des emplois qui les honorent : ils introduisent auprès de sa personne, ils distribuent les pains multipliés, ils sont admis à donner leur avis, il les traite presque d'égal à égal. Peut-on trop admirer ses égards pour Judas , et la délicatesse avec laquelle il fait réparer à Pierre sa faute par une triple protestation d'amour?

3° A leur contentement. Il les envoie deux à deux, afin qu'ils puissent se soutenir et s'édifier, leur recommandant avant tout de s'aimer les uns les autres, et bannissant de leur cœur tout germe de division : Pax vobis. S'ils doivent être persécutés, qu'ils sachent que pas on eheteu ne tombera de leur (ètc sans sa \\cv>

mission, que son Espni répondra pour eux aux tyrans. Il leur promet le centuj)lc , (a vie éternelle, le divin Paraclet, son propre trône., \un ïtliiiqiiam vos orphunos... Itcrùm modicùm, et videbitis me. A peine ressuscité , il leur envoie Magdeleine avec de suaves paroles ; bientôt il apparaît à Pierre, puis aux onze réunis; et au moment de son Ascension, plus occupé pour ainsi dire de ses apôtres que de lui-même , dès qu'il a disparu aux regards, il ^c hâte de faire partir des anges pour les consoler. Quel maître ! quel père! quel ami! Mais quel modèle proposa aux su pé rieurs 1

DEUXIEME EXERCICE

Jésus amateur uV la clmstcté.

Autour du Verbe incarné, tout est viciée : sa Mère est vierge avant, pendant et après son divin enfantement; son père nourricier est vierge; son précurseur est vierge; le< Innocents, prémices des martyrs, sont vierges;

son disciple bien-aimé est vierge , et c'est en récompense de sa virginité conservée que les deux plus singulières faveurs lui furent accordées : la première , de reposer à la dernière cène sur la poitrine sacrée de l'Epoux des vierges ; la seconde , d'être chargé par Jésus mourant du soin de la Vierge mère. C'est un ange qui annonça à Marie le consolint mystère ; ce sont des anges qui saluent de leurs chants mélodieux le Sauveur au berceau ; des anges qui le servent au désert ; des anges qui le fortifient dans son agonie ; des anges qui défendent son tombeau ; des anges qui lui font cortège dans son ascension-, des anges qui ie précéderont , lorsqu'il reviendra juger le monde.

Que tous les démons l'assaillent tour-à-tour ; celui de l'impureté , jamais. Qu'il y ait parmi ses apôtres un voleur , un renégat , des ambitieux , on n'y trouvera aucun impudique. Chose remarquable ! Le maître et les disciples , éternel objet de mille calomnies, sont restés jusqu'ici , de ce côté, à l'abri de l'ombre , de la possibilité même du soupçon.

Dès son premier discours, il montre l'adultère jusque dans un regard de convoitise, et crie à tous : Coupez le pied , arrachez l'œil ,

- 3l~ plutôt que de temporiser dans l'occasion. Plm lard il promettra le centuple à In chasteté et déclarera qu'il e>t plus expédient de l'embrasser que d'affronter les dangers cl les tribulations du mariage.

Jésus marchait les yeux baisses. On compte, on signale chacun de ses ségards comme un événement : Ekvalis oeulis in diseijntlos... Cùm niblevâssct ergà oculos... Jésus autem élevait s sursùm oeulis. « Le> yeux de Jésus étaient si « purs et leur pureté resplendissait si ineffa- « blement sur son visage, que nul ne le regarda a jamais en l'ace , sans se sentir consolé : les « justes éprouvaient au dedans d'eux-mêmes « une joie spirituelle, les pécheurs étaient « soulagés des tristesses du siècle, il n'y avait

* pas jusqu'à ses ennemis qui ne se délectasi sept à le contempler. Celait au point que les « alfligés avaient coutume de dire: Allons,

• allons voir le Fils de Marie , afin que son rc- « gard suspende nos douleurs au moins aussi « longtemps que nos yeux seront attachés sur (( les siens. » Paroles de la sainte Viei tainte Brigitte.)

In jour il lut trouvé seul avec une femme, |a Samaritaine : exception telle , que les apù-

fre^ en furent dans la surprise. Encore l'entre» tien , d'ailleurs si grave et tenu dans un lieu public, ne dura-t-il qu'un instant; El continua venerunl discipuli ejus. Nul cependant ne lui fit cette question que tant d'autres autoriseraient à leur faire : Quid quœris , ont quid loliieris cum eâ? (S. Joan. c. 4.)

Deux fois, pour les guérir, Jésus toucha des femmes de sa main divine : l'une était la belle-mère de saint Pierre, travaillée de la fièvre ; l'autre, la fille de Jaïrc , ou plutôt s»n cadavre.

Loin de caresser la vanité ou d'exciter la sensibilité des femmes, il leur parle quelquefois avec une sorte de rudesse ; témoin la Cananéenne, la merc des fils de Zébédce, sa propre mère aux noces de Cana. Quel laconisme dans les consolations qu'il adresse à la veine de Naïm et aux filles de Jérusalem éplorées! Jamais de dénominations tendres ; le Filioli est réservé aux Apôtres; à la femme : Millier.

Nulle part on ne le voit mêlé aux saintes femmes qui, selon l'usage de ce temps, l'accompagnaient dans ses courses apostoliques; elles précédaient ou suivaient.

Comme elles eussent désiré pouvoir embnu-

- ai» —

mer son Corps sacré, le porter de leurs mains, satisfaire à loisir leur piété ! Jésus ne le voulut pas; ce furent deux hommes qui le descendirent de la croix, l'enveloppèrent du linceul, le déposèrent dans le sépulcre.

On peut juger de ses relations les plus intimes par ces paroles si nobles et si franches de Marthe et de Marie : Eccc quem amas infirmalur... Domine, si fuisses hic, fraler meus non /nisset morluus... Domine, non est tibi eurœ quod soror inea reliquil me solam minislrare? Die errjù UU ut meacljuvet.

C'est à ses pieds que Marie s'instruit à Bcthanic , en présence de Lazare , des apôtres et d'un nombreux domestique. Ce sont ses piedt que la pécheresse, chez le pharisien, avait baisés , arrosés de ses larmes , essuyés avec se* cheveux , devant une foule de témoins caustiques et méchants; et la position qu'on prenait alors à table ne permettait pas d'échanger d'autres regards que ceux du cœur.

Jamais il ne permet à celles qu'il guérit ou qu'il absout de se répandre en complimenta et en actions de grâces ; d'un mol il les congédie, et ce mot invariablement adopte par le Sauveur résume tout son cérémonial avec le sexe : Yude.

La femme, en effet , ne sait ni finir ni se renier ; il faut que le prêtre prenne sur lui de lever la séance et de dire en montrant la porte : Yade.

Quelqu'un s'étonnant de voir Nïcoslralc, peintre fameux, s'extasier devant un tableau de Zeuxis : Ali ! répondit-il, si vous aviez mes yeux ! ! Et moi aussi , pour saisir el reproduire jusqu'aux moindres traits de Jésus, mon divin modèle , je contemple et j'admire sa douce et noble figure; et plus je la contemple, plus je l'admire, et mes yeux ne peuvent se rassassier de la contempler et de l'admirer.

CONHDLKATION.

Miséricorde divine.

I6 Ses soins empressés pour me retenir dans h devoir, au moment de la tentation. Comme une mère dont le petit enfant s'emporte et la frappe, au lieu de l'écraser contre terre, redouble sesearesscs et le presse plus affectueusement ^r sou

lœur pour l'apaiser : ainsi la miséricorde, pour calmer mes passions, employait tour à tour 1cj promesses, les suaves reproches , le souvenir des grâces accordées , celui des mérites déjà Acquis , tout ce qu'elle avait de plus tendre et de plus irrésistible : Ad ubera portabimini , et imper genua LUmdienlur vobis. Quotnodà si cui nialer bUindialur , ilà ego consolabor vus. ( Is. c. 00.) Usque ad seneetam ego ipse , et asqne ad canot ego porlabo : ego feti , cl ego feram : ego porlubo , et salvabo (Ibid. c. 46. )

Oui, à miséricorde, vous m'avez aimé malgré moi , vous m'avez accordé; des grâces auxquelles je m'opposais de toutes mes forces. Re- Icncz-moi , en me caressant et me portant jusqu'à ma vieillesse et toujours.

2° Sa lutte contre ta terrible justice , après le péché. Au milieu de la conspiration générait; «le toutes les perfections divines qui déposaient à la fois contre moi , de toutes les créatures qui demandaient à venger leur Auteur outragé , la miséricorde seule répondait pour moi, me marquait de son sceau comme autrefois Caîn , pour détourner le coup mortel , me recueillait dans son sein comme dans une citadelle de refuge inviolable. 0 justice, attendez, patience;

graee, grâce; ne frappez pas encore ce pi coupable. N'est-ce pas le sens caché de ces paroles : Dimille me , ut irascalur fur or meus contra eos. (Exotl. c. 3*2. j Xec vult Deusperirc animam , sed rétractât cogilans , ne penitùs pcveat qui objectas est (2 Rcg. c. 44); Misereris omnium, quia omnia potes , et dissimulas peccata hominum propter po:ni(entiam (Sap.c.U); Dedisti meluentibus te significationem : ut fugiant à facie arcùs? (Psal. 59).

Il est donc vrai, Seigneur, que vous ne punissez qu'à regret , en vous faisant violence, en contrariant pour ainsi parler votre inclination naturelle !

5° Ses invitations insinuantes pour me rappeler de mes égarements. C'est la miséricorde qui dit par la bouche de Jérémie : Ego autem loculus sum ad vos, de manè consnrgens et loquens , et non obedistis miJti. Misique ad vos omnes servos jneos prophetas , consurgens dilu* culà , mitlensque et dicens : Convertimini unusquisque à via sud pessimà, et bona facile sludia ' . (C. 3 i : et par la bouche, de saint Jean :

Ecce sto ad oslium , et pulso (Ap. c. ô.) Ces lumières vives sur la brièveté de la vie , ces terreurs de vos jugements, ces dénonciations,

c< :s avertissements , la mort d'un confrère, ecl accident, cette maladie: c'étaient autant c|ç coups que vous portiez à mon cœur, ô mon Dieu ! J'ai multiplié mes iniquitéset mes refus; votre miséricorde ne s'est pas rebutée. Qui sait si ce prêtre ne se laissera pas enfin fléchir? — En attendant, clic se tenait debout, prête à entrer , à la porte de mon cœur, frappant et ne s'arrêtant quelques instants que pour frapper ensuite plus fort.

Un Dieu me prier, me conjurer d'accepter mon pardon! Ne pourrait-il donc pas se passer de moi? Pour mon âme perdue, n'en suscite, rait-il pas des milliers d'autres plus saintes et plus dévouées?

4° Son accueil paternel, lorsque je me suit jeté dans ses bras. Elle est venue au-devant de moi , elle a formé dans mon cœur les sentiments de componction , elle m'a rendu en un instant tous mes droits à la gloire , elle s'est réjouie de mon retour comme d'un triomphe. Et voilà sa vengeance, de me réduire à l'impossibilité de l'aimer assez, de la bénir assez, de pleurer assez. Qu'elle se compare justement à une colombe : son glaive à un glaive de colombe . .1 (acte tjludii culumbœ (Jcr. ç. 46)$ sa colère à

une colère île colombe , .1 fade iiœ columbts (Ibid. 25) ! Combien le Psalmiste a raison de s'éciier : Aumquid in œleruùm projicict Deus? Âut obliviscelw miserai Deus? Aut conlinebit in ira suâ viiscricordias suas? Moi je dis que je ne puis contenir ma colère, et Dieu dit qu'il ne peut contenir ses miséricordes! C'est un fleuve qui déborde, rompt ses digues, veut tout submerger.

Je crois, Seigneur, parce que vous a\ci parlé ; mais je dois adorer en silence, le langage humain est impuissant à célébrer un si prpdigieui amour.

b° Ses industries ineffables pour me sanctifier ft me captiver sous son empire , lorsque je siii> redevenu sa conquête. Que de ménagements ! Que de saiiiles adresses! Comme elle presse I semble craindre de trop presser! Comme elle s'étudie tantôt à écnrtcr les objets de séduction, tantôt à amener sous ma main ce qui peut m'édîner! Qui dirait les ravissements d'une mère, lorsque l'enfant de ses douleurs lui sourit pour la première fois, comme elle se plait à bégayer avec lui , de quels yeux elle le voit croître, se fortifier , retracer tous les jours d'une manière plu- sensible bcs l rails et î-oi» image! Et moi

aussi je suis l'enfant de In miséricorde : Prœ-

venict me... Subsequetnr me... Civcumdabit... Suavis est... Benigna... Speciosa... Sub timbra alarum tuarum protège me... Custodi me ut pupillam oculi... (Psal.)

0 Miséricorde, soyez toujours ma mère, et donnez-moi toujours pour vous les sentimenis d'un (ils. Misericordias Domini inœternùm cou* tabo. Deus meus, misericordia mca ! (ll)id.)

THOIS1LME EXEHCICÊ,

cioi.

1° Bonheur personnel; il consiste dans la instauration et le renouvellement de l'être tout entier.

L eorps du prêtre se dévoua sans réserve m la gloire de Dieu : ses veux en lisant les saintes lettres, ses lèvres en prêchant l'Evangile, ses oreilles en recevant les aveux des pécheurs, ses pieds en cherchant la brebis égarée , ses mains en régénérant . absolvant, con*

sacrant et bénissant. A lui donc des spectacles pins magnifiques , tics concerts d'une plus ineffable mélodie , une grâce et une majesté plus ravissantes. Une lumière plus pure et plus douce l'environne comme une pourpre, le couronne comme un diadème, jette autour de lui comme une sphère radieuse qui illumine tout l'Empyrée.

Son cœur partant de sacrifices pénibles, de vertus austères , de larmes qui coulèrent incomprises , inconsolées , insultées, fut un continuel holocauste uni sur l'autel à celui de l'Agneau sans tache. Pour lui désormais une mesure de joie pleine et surpleine, pressée et entassée; une capacité d'aimer, de jouir, incessamment élargie, incessamment dilatée, et aussitôt comblée , rassasiée , pour s'épuiser et se combler encore ; une perpétuelle ivresse, un assouvissement de tous les désirs , des ravissements extatiques , un élancement non interrompu vers la plus chaste union; et ce cœur sera éternellement abreuvé à la source de la vie , perdu et abîmé dans un fleuve de consolations , submergé de délices immenses , inénarrables.

2° Bonheur de Société ; il consiste dans la communication mutuelle de la gloire et de (d

félicité entre lows les membres «lu corps mystique de Jésus-Christ.

La gloire du Ciel entier, à laquelle le prêtre a si puissament contribué en chaulant les exploits de l'Eglise triomphante, en édifiant l'Eglise militante , en appliquant ses suffrages! l'Eglise souffrante , jettera sur lui ses reflets, ses rejaillissements , ses radiations , ses indescriptibles splendeurs. Il ne verra Dieu pour ainsi dire qu'à travers tous les anges , qu'à tra vers tous les saints , astres radieux et éclatants soleils; et ces millions d'anges et de saints jetant sur lui un rayon de leur gloire , en même temps qu'il l'ait monter vers eux un rayon de la sienne , il étincelle de toutes les parures, de toutes les beautés, de toute? les lumières, de toutes les auréoles variées à l'infini dont étincelle Jésus Christ et le vaste corps de son Eglise. Telle la voûte du firmament, avec ses innombrables perles, se peint sur la surface azurée d'une mer calme et transparente. Tels les vallons , avec leurs contours pittoresques et leurs paysages enchantés . se réfléchissent sur le cristal d'un miroir limpide.

C'est peu : La /V-licité des bienheureux lui devenant présente et sensible en proportion de

re qu'ils doivent à son zèle , il la recevra

par autant de cœurs qu'il y a d'élus , ou plutôt paruncœur répandu dans une infinité decœurs, et mieux encore , par un cœur aussi vaste, aussi incommensurable , que tous ces cœurs réunis et consommés ensemble.

0 Dieu! que ressentirai-jc , lorsque la joie de tous les angeset de tous les saints descendra, fondra sur mon cœur! Et lorsque les flots infiniment redoublés des torrents de volupté qui traversent et inondent le cœur de Marie, s'épancheront, se déborderont dans mon cœur! Et lorsque la béatitude souveraine, incompréhensible , mille fois excessive et surabondante de l'humanité de Jésus-Christ viendra assaillir et engloutir mon cœur ! Pauvre cœur , où prendras-tu assez de capacité pour recevoir, assez ]c force pour soutenir ce flux et reflux éternel d'une félicité immense , d'une félicité sans mesure?

ô° Bonheur de déification; il consiste dans la vision intuitive et l'amour béatilique.

Por la vision intuitive, l'intelligence du pré- Ire miraculeusement dilatée, fortifiée, agrandie, pour prix de son application à méditer et à faire connniire les vérités éternelles, verra

tout en Dieu , verra Dieu en tout , ferra Dieu en lui-même.

Quelle extase , lorsque, d'un simple regard sur Dieu , il découvrira les opérations de la grâce dans les âmes, les fruits qu'a produits son ministère, les victoires de l'Kglisesurle schisme et l'hérésie , la marche et l'économie de la Pro- \idencc , la beauté et les fonctions des Esprits célestes , l'incomparable splendeur et les sublimes prérogatives de Marie ; lorsque la divinité s'étalant de toutes parts dans l'ordre de la nature et dans l'ordre de la grâce , il apercevra partout les traits de la gloire de Dieu , les vestiges de sa puissance , les caractères de sa sagesse, les écoulements de sa magnificence; lorsqu'avançant de clarté en clarté, (l'illumina tion en illumination, prenant un essor toujours plus rapide , montant , montant toujours, il contemplera l'adorable Trinité , non pas de loin , à travers un voile obscur, dans des images imparfaites, en énigme, mais de près, mais à découvert, mais face à face et telle qu'elle est, Facie ad faciem , sicuti est!

Par l'amour béatipque, son cœur dont l'unique soin fut d'aimer et de faire aimer Dieu , l'aimera enfin sans effort , sans lassitude , MM

dégoût , sans retour sur lui-même , sans craindre de l'aimer jamais moins et d'en être jamais moins aime. Il l'aimera, parce que toutes ses volontés seront réunies, toutes ses passions absorbées , toutes ses joies complètes dansla joie, dans la passion , dans la volonté d'aimer Dieu. 11 l'aimera , parce qu'uni à Jésus-Christ comme le membre au chef, il verra Dieu par les yeux de Jésus-Christ . , bénira Dieu par la bouche de Jésus Christ , embrassera Dieu par le cœur de Jésus-Christ , et par Jésus-Christ , comme par un canal mystérieux , recevra à pleins bords 1.*$ effusions intarissables et surabondantes de "la divinité. Il l'aimera , parce qu'il sera plein Ûé Dieu , heureux du bonheur de Dieu, nom i de l'essence et de la vie de Dieu ; parce que l'esprit de Dieu se communiquant à son esprit, son cœur s'écoulant dans son cœur, il SêHi transformé en Dieu , identifié avec Dieu, tendu semblable à Dieu : Similes ei eritnus! ! t

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