‹ Manuel du prêtre en retraiteChapitre 3 sur 37 · LE SECOND JOUR · texte numérisé non relu

LE SECOND JOUR

1° Continuer l'examen commencé la veille, faisant j lus atjir le cœur que la mémoire.

2° Rechercher : \" le \ice dominant, 2" l'illusion secrète par laquelle on a pu se lais- • ' \ ser sé.luirc, 5" l'occasion de pèche qui e»l ou peut devenir prochaine.

5° Dana la confession, être simple, court t net et précis.

I Aù-xal. c. 1. 2. 3.

| imit. L\b. m. c. 51.55.

i Le Mimorare scloa la première méthode à* huèlES: l prier.

I Le Miserere selon la deuxième méthode.

Régie* pour découvrir 1»* \i*'e dominant.

\c Analyses votre tempérament , lequel , nu dite des ascétiques et des médecins, exerce

sur riiommc une immense influence. Le tan* (juin Cst sensuel, vain, dissipé, inconstant,

enclin aux affections humaines. J.c bilieux est ambitieux, emporté, fier, jaloux, dissimulé. Le nerveux est susceptible à l'excès, inégal, soupçonneux , toujours avide d'émotions. Le lymphatique est sans courage, ami de ses aises, insouciant, d'un commerce fade et insipide. Le mélancolique est rêveur, méfiant, entête, vindicatif, chimérique et exalté dans ses idées.

2° Rappelés les exemples que la première éducation mit sous vos yeux et les inclinations naissantes qu'elle développa. S'il est vrai que nous suçons le venin avec le lait , il ne Tesl pas moins que nous le suçons avec l'éducation , et nous retrouvons plus tard en nous la plupart des vices de nos parents et de nos maîtres.

5° Examinez vos pensées les plus ordinaires , celle qui seprésente tout naturellement à votre esprit quand il est calme , dès le réveil, à votre coucher, pendant vos exercices pieux et les soins du ministère , en songe même : Ubi enitn est thvsaurua luus , ibi est et cor luum. (Matth. c. 12.)

4" Remontez à la source de voire plus grnndu

joie cl de MJtre excessive tristesse, à l'occasion de v«;>s dépits et de vos fausses démarches, à l'objet de vos craintes les plus vives et de vos désirs les plus violents. C'est le vice dominant qui . satisfait ou contrarié, fait dans l'àmc la paix ou le trouble, le calme ou la tempête.

5' Saisissez au passage certains mots qui vous échappent à votre insu , certains proverbes jetés au hasard qui trahissent l'homme tout entier , dans ces moments où le cœur se livre sans défiance , à table, au jeu, dans une conversation amicale cl prolongée: Ex abmn- (Jaitlià enim cordis os loquilw (Malth. c. 12).

G° Groupez dans votre esprit les invectives cl les paroles piquantes de ceux qui vous ont bai ou jalousé, les bruits et les soupçons que le public fait circuler sur votre compte, les an'scl les reproches qui vous furent adressés autrefois , ceux que vos supérieurs et vos confrères vous adressent encore aujourd'hui.

7° Recherchez le principe secret qui vous fait agir et parler, vous disant à vous-même : Quel est mon motif déterminant , mon intention intime, le ressort qui me pousse? Le vice dominant , par des voies couvertes et imperceptibles , se racle à loul , décide de tout , pi<

quelquefois à notre piété , règle nos exercices , se fait lame et l'arbitre de tout.

8° Comptez et pesez les fautes que vous commettez chaque jour, chaque semaine, chaque année, assures que le vice dominant revendique pour ses fruits propres les plus grièves et 1rs plus nombreuses. C'est l'arbre dont le terrain de noire cœur favorise le plus le développement et la culture.

0° Surprenez l'Esprit-Saint parlant à votre :œuv à l'oraison, à la messe, devant le Saint- Sacrement. Ce qu'il s'efforce surtout de combattre, c'est le vice qui, par la continuitc; de ses attaques, l'accroissement de ses forces, s'oppose le plus à ses desseins , rend inefficaces les grâces et vous fait courir les plus grands risques.

10° Observez le point ou îc démon dirige le plus souvent et le plus vivement ses assaut-. Dans sa tactique habile, il s'applique d'abord à découvrir le côté par où nous sommes plus accessibles, le parti qu'il pourri tirer de notre caractère et de nos habitudes. Puisqu'il IHMIS connaît â fond , profitons de son élude et de ses cxpêricnci

11° Démêlez en vous mètiic l'objet des mit*

Icrie* du monde. II tout prendre chacun pu son faible, dit-on . les passions humaines feulent être apprivoisées. Comment le monde se sort il de tous contre tous ? Quelle arme cmprunlc-t-il à votre cœur? Quel penchant carcssc-l-il de préférence par ses louanges ou ses promesses?

12° Adressez-vous celle question: Quel est le vice que je cherche à justifier par plus de prétextes, que je défends avec le plus de chaleur dès qu'on y veut toucher? C'est le vice dominant, c'est mon idole. Vouloir me l'enlever, m'écorcher tout vif, c'est me déchirer jusque dans la moelle des os/*

E*«S,Tcs du discernement des esprits.

L'âme est mue par divers esprits: Dieu et ■rs anges, qui ne peuvent nous porter qu'au bien ; les démons qui nous portent toujours au mal; ses propres pensées qui nous portent tantôt au bien , tantôt au mal. Si rien n'est plus

nécessaire au prêtre que de discerner en loimême cl dans les autres ces esprits et leurs mouvements, pour acquiescer ans bons et rc»

sislcr aux mauvais, rien aussi n'est plus difficile, surtout a l'homme charnel. Comment, en efl'et, sans la sagesse d'en haut et le secours d'une grâce spéciale , démêler les voies mystérieuses de Dieu, les innombrables embûches de Satan , les plis et les secrets du cœur humain ?

Saint Ignace nous a laissé sur cette matière quelques règles dont les unes conviennent surtout aux commençants et les autres aux plus avancés. Plus il y aura dans le prêlrc pureté de cœur, silence des passions; simplicité; humilité , recours à Dieu, élude et expérience des choses spirituelles, plus l'application de ces règles sera sûre et aisée. Quant à la certitude absolue, dans les cas particuliers, elles ne sauraient la donner, à moins d'une révélal; 00 expresse de Dieu.

;<vi'cnncnl surtout tuât : encan is.

\ A ceux qui tombent facilement dans le

j'L-chc mortel et qui vont de chute en chute, l'ennemi a coutume de représent r les charmes de la volupté et les amorces des sens , afin de les retenir plus fortement et de les engager plus avant dans le désordre ; tandis que le bon it, pour les en retirer, les harcèle s M relâche en aiguisant la pointe du remords et en leur prodiguant de vives et inquiétantes lumières.

2° A ceux qui travaillent de toutes leurs forces à se purifier de leurs péchés cl à faire des progrès toujours nouveaux dans le service de Dieu , l'esprit malin envoie des scrupules, des ennuis . des anxiétés, pour les dégoûter, les arrêter, les embarrasser; tandis que l'esprit bon les encourage, les fortifie, les con- . les al tend rit jusqu'aux larmes , éclaire entendement, répand la paix dans leur . lève V - obstacles, rend loul facile , afin • aillent de vertu en vertu.

5 La consolation spirituelle se reconnaît aux Irai ta suivant! : une ccriainc impulsion intérieure enflamme l'âme d'amour pour son Créateur et Seigneur, et ne lui permet plus J'ai mer aucune eréalurc que pour lui ; quelquefois île douces larmes attisent cet amour, larmes que l'ait couler le repentir, la passion du Sauveur, ou toute autre cause qui ait rapport au culte ou à l'honneur de Dieu; enfin tout accroissement de foi, d'espérance, de charité, ce qui dilate et réjouit l'âme au dedans d'elle-même, ce qui l'attire et l'affectionne aux choses célestes et à son propre salut , ce qui la porte à trouver son repos et sa paix en Dieu , cela s'appelle consolation.

4° La désolation spirituelle est ce qui obscurcit l'àmc, la trouble, l'incline ters les objets inférieurs et terrestres; ce qui est pour elle un sujet d'inquiétude , d'agitation* de tentation; ce qui lui enlève l'espérance et l'amour, la jette dans la délia nec de son salut , la rend triste, tiède, languissante, et semble déjà la séparer de son Créateur et Seigneur. Comme la désolation est opp< lée à la consolation , ainsi les pensées qui proviennent de l'une et de l'atitresonl diamétralement opposées.

jj Pendant la désolation , bien se garder i!c mettre en délibération et d'innover quoi que ce soit qui ait trait à nos résolutions ou à nos déterminations; car, comme dans la consola- Lion c'est surtout le bon esprit qui nous inspire et nous dirige, ainsi, dans la désolation, nous sommes plutôt sous l'action et l'influence du mauvais esprit qui ne dicta jamais une décision sage et utile.

C° Quoiqu'il ne Taille rien changer à la conduite et aux desseins , il est néanmoins très avantageux de se raidir contre la désolation , en la combattant par des oraisons prolongées , des examens sévères, des pénitences proportionnées à l'état et à la complexion.

7° Sous le poids de la désolation, on doit se eoulenir par ces réflexions: La grâce divine, bien qu'elle cesse d'être aussi gronde et sensible qu'autrefois, me reste. Encore que les premières ferveurs de ma charité m'aient été soustraites, j'ai tout ce qu'il faut pour opérer mon salut. Qu'a donc voulu le Seigneur? voir si, muni des secours ordinaires de la nature et de la grâce, je résisterai aux assauts de la tentation. Oh ! sans doute, je le puis.

fr L'esprit qui nous vexe durant la désola-

lion ayant pour adversaire direct la patience,

ne négligeons rien pour garder la nôtre invincible , et pourvu que nous fassions usage des moyens indiqués dans la règle sixième , comptons que la consolation ne lardera pas à revenir.

9° La désolation provient le plus souvent de l'une de ces trois causes: Ou Dieu nous punit de notre tiédeur et de notre paresse dans les exercices spirituels, et alors la soustraction de la consolation nous est imputable; ou il a le dessein d'éprouver ce que nous pourrons et ferons à son service et pour sa gloire , sans la solde de ses consolations et de ses grâces singulières; ou il veut nous apprendre et nous convaincre par expérience qu'acquérir ou conserver la ferveur de la dévotion, l'ardeur de l'amour, l'abondance des larmes , ou toute autre consolation intérieure, cela dépasse nos forces, est un don gratuit du Seigneur notre Dieu , et ne saurait être revendique en aucune façon comme notre propriété et noire ouvrage , sans insolence, criminel orgueil et vanité ridicule.

40e Pendant la consolation, prévoir la conduite à tenir à l'heure de la désolation et faire d'avance provision d'armes cl de courage.

— 50 ~ \ l» Il faut encore s'exercer, autant que possible . dans l'humilité et le mépris de soi-même, se représentant combien on fera triste figure quand à la consolation présente succédera la désolation. C'est le contraire dans la désolation, songer alors qu'avec le secours divin qui ne fait jamais défaut , et pourvu qu'on compte sur son Créateur et Seigneur , on triomphera aisément de tous ses ennemis.

12" Satan, dont la faiblesse égale la rage dès qu'on lui résiste, peut bien se comparer à une femme qui se querelle avec un homme; car comme la femme perd contenance et prend la fuite, si l'homme lui tient tète et s'avance avec assurance ; mais que si l'homme s'intimide et recule , rien ne peut peindre la colère, la vengeance et la férocité de la femme : ainsi notre ennemi sent tomber sa forée et son audace, lorsque l'athlète spirituel le combat de front, faisant précisément l'opposé de ses sugions; mais s'il voit qu'on tremble et qu'on cède du terrain, c'est de toutes les bêtes la plus furieuse, la plus cruelle, la plus aeh;onee.

'Z~J On peut le comparer encore à un séducteur qui, dressant des piégesà la fille d'un père

- si —

vigilant on m l'épouse d'un honnête homme ,

recommande avant tout le secret sur ses conversations, ses projets, ses flatteries, de peur que son manège, venant par la fille à la connaissance du père ou par l'épouse à celle du mari, n'échoue aussitôt. De même le plus vif désir et le premier soin du démon, c'est que l'àmc garde le silence sur ce qui se passe entre elle et lui ; car si elle en parle à un confesseur ou à un directeur éclairé , ses ruses et ses manœuvres, par cela seul qu'elles seront découvertes , ne pourront aboutir.

14° Enfin il imite un général d'armée qui. se proposant d'assiéger et de saccager une citadelle , étudie d'abord les lieux et l'état des fortifications, afin d'opérer sur le point le plus faible. Dans ce but , notre adversaire, rôdant autour d'un àinc, examine quelles vertus théologales , cardinales et morales elle a ou n a pas. et du côte qu'il voit le plus ruineux et le moins défendu , il porte toutes ses batteries et dit : C'est par là que je tenterai l'assaut.

A ces règles de saint Ignace , joignons comme développement plutôt que comme complément, celles du cardinal Bona qui , dans son ouvrage

— 53 -~ Oc Discrelione tpiriluum . n'a fait que reproduire, en l'amplifiant, l'opuscule du P. Achille Gagliardi , jésuilc, qui a pour tilrc : S. P. Ignalii de Loyola de Discrelione spiriluum Rtguiœ cxplanalœ.

!• Ce qui vient de nous se commence , s'interrompt, se continue et s'achève avec une pleine liberté. Ce qui vient d'un principe extérieur, bon ou mauvais, arrive souvent inopinément, sans raison certaine, sans règle connue, et n'est arrêté ou renvoyé qu'avec difficulté.

2" Les mouvements qui surpassent les forées naturelle- , ceux qui s'annoncent avec impétuosité et violence , ceux qui ne se rattachent à aucune occasion antérieure et déterminante, doivent être attribués plus ordinairement à un n^ent étranger. Les mouvements, au contraire, qui sont doux , proportionnés aux dispositions et aux forces de la nature . sont censés procéder du dedans.

o° Les mauvaises pensées qui commencent dans l'imagination par la représentation d'objets propres à les produire, et qui réagissent sur les sens , ont le ^lus souvent le démon pour

auteur; cl les moincments de la convoitise qui précèdent les mauvaises pensées, paraissent plutôt l'ouvrage de h nature.

4° La nature abandonnée à elle-même étant toujours portée au mal , il est hors de doute que notre ennemi en fait jaillir comme des étincelles pour allumer ses tentations; cependant on attribue facilement à l'esprit malin des effets mauvais qui sont la production de la nature corrompue. On met aussi sur le compte de PEsprit- Saint plusieurs effets spécieux que la nature peut réclamer comme siens.

5° Pour faire en ce point un juste discernement, il est nécessaire de connaître les principes qui suivent: 1° Certaines larmes, des soupirs , de rudes austérités , des pensées élevées, d'apparentes extases peuvent venir de l'ardeur du tempérament , d'une imagination exaltée , d'une émotion subite. Celle ferveur toute naturelle languit bientôt et s'éteint en présence dc^ difficultés, au lieu que la ferveur surnaturelle se termine à quelque chose d'utile et ne fait que s'accroître au milieu des contrariétés. 2»On commence quelquefois pour Dieu, et l'on linit pour soi. C'est ce qui se découvre bientôt ; car s'il survient une maladie ou un accident

- Zï — <[uv\ conque qui empêche ou retarde le sueeè» , on tombe aussitôt dons le trouble et l'inquiétude. 3° Nous exerçons trop souvent par un motif humain , d'orgueil , de crainte servilc , d'amour-propre, des actes de zèle, d'humilité . de mortification , etc. 4° Un homme rempli de grandes lumières peut les attribuer à la grâce, et elles lui viennent de son talent naturel . de l'étude, de la réflexion. o° La nature portecommunément les hommes doctes à s'avancer dans la science, par vanité ou pure curiosité. G0 Quand on s'étonne de ses fautes et que l'affliction n'est pas accompagnée d'espérance, c'est un effet de l'amour-propre. 7° C'est encore une marque de l'esprit humain de s'attacher tellement à ses exercices et à ses fonctions , qu'on -c laisse aller auxmurmures si l'on en est retiré pour être appliqué à d'autres , et qu'on s'imagine ne pouvoir désormais se sanctifier dans son état; de tels sentiments supposent, non un vrai désir de la perfection, mais la recherche de sa propre satisfaction. t:° Tout ce qui parait venir de la nature, quoique bon en soi , doit «'•ti v suspect. Quand donc nous sommes portés à quelque bien, si la partie inférieure le délire . nous ilcvofls aussitôt reprimer l'impétuosité du

désir et épurer l'intention. 9' Toute impulsion qui porte à entreprendre le gouvernement te* âmes est douteuse et incertaine , et ne doit cire admise qu'avec crainte, par obéissance aux supérieurs ou déférence aux conseils d'un homme saint et prudent.

0° L'esprit de la chair trompe souvent les hommes les plus exercés et les plus spirituels , en leur inspirant un amour charnel , sous prétexte de piété et de zèle. On le reconnaît à cci traits: parler peu des choses de Dieu, mais beaucoup de soi et de l'amitié qu'on a l'un pour l'autre; se louer, se flatter, s'excuser réciproquement; dans l'absence de la personne, éprouver de l'inquiétude et de la tristesse, s'informer avec grand soin où elle est , ce qu'elle fait, quand clic sera de retour, si elle n'a point d'affection pour un autre; avoir des entretiens secrets, prolongés et tendres; se donner d'au. 1res témoignages d'attachement*

7° La prudence de la chair en relient une multitude dans la médiocrité de la vertu : ceuxci sous prétexte de santé, ceux-là par l'appréhension de l'humiliation cl de la souffrance, d'autres parce qu'ils mesurent toutes choses sur leur faiblesse, ne tenant nul compte de la

grâce, d'autres parce qu'ils se surchargent de

mille occupations temporelles ou même spirituelles qui les oppriment.

8° Combien qui , appuyés sur une vaine confiance en la miséricorde divine, persévèrent tranquillement clans leurs désordres! N'en voit-on pas quelques-uns outrager la pudeur par les crimes les plus grossiers , et se vanter eu même temps d'être indifférents à tout ou de rapporter tout à Dieu?

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