PREMIÈRE PARTIE
Pcn; - ruor, je me dirai quelquefois à moi-même :
Ftre un élu ou un réprouvé , pas de milieu. OU ! combien ma vocation esl sublime ! corn-
bien haute la perfection qu'elle exige ! Mail combien j'en suis éloigne !
On va peu à peu à l'abîme, quel espace me reste-t-il encore à franchir?
Collocavit me Deus inloco vuluptalis , in dumo uberlatis, in paradiso deliciurutn : egoverà miser et miserabilis , inler mensas epulantium famé pereo , juxla fonlem sitio , anle ignem algeo ; et ad neulrummamts exlendere volo , tam piger sum et desidiosus. (S. Bern. De inter. dom. c. 20.)
Est-ce seulement pour porter la soutane et éviter les vices grossiers que je suis prêtre? Le sacerdoce n'est-il qu'une honorable retraite?
0 homo9 veloxes ad mensam, tardas ad eeclesiam; pervigil ad fabulas, sojnnolenlus ad vigilia* , promplus ad iraîn et detractionem , tardas ad orationem ; feslucam respiciens , trabem non considérons ; cœteros reprehendis , teipsum non corripis. (S. 13cm. Scrm. 15 inCanà Dom.)
Serais-jc comme Judas: Forts agnus in publico , intùs lupus in occulto ; foiis discipulu* Christi, intùs discipulus diaboli ? (In oper. S. Bern. Scrm. 5. Oger. Abb.)
La vertu qui me manque r<t si belle, si nc-
82cessaitc, et , avec la grâce , si aisée à acquérir' Ne ferai-je jamais ce que je recommande ? Ne puis-je donc ce qu'ont pu tant d'autres !
0 ingratitude! ô perte irréparable! d'être fervent quelques jours et tiède durant de longs mois !
Trouverai-jeune excuse devant Dieu dans la conduite peu régulière de tels et tels?
Se peut-il qu'un prêtre perde dans des bagatelles un temps si précieux et si court! et fautil vivre tant d'années pour arriver au terme les mains vicies !
Voudrais-je mourir dans l'état où je suis? Aije satisfait pour mes fautes? Ai-je acbevé ma couronne?
Pourquoi dire, plus tard , plus tard ? c'est aujourd'hui, oui , aujourd'hui qu'il faut \ivrc en vrai prêtre.
Les peuples confiés à mes soins se sanctifieront, si je me sanctifie; ils croupiront dans leurs vices, si je croupis dans ma lâcheté.
Quand l'Eglise est attaquée par tant et de si acharnés ennemis, est-ce d'un prêtre purement honnête homme ou d'un prêtre apôtre qu'elle a besoin) Des milliers de péchés mortels se commettent autour de moi, et cela n'est pas
capable d'exciter mon zèle , de m'arracher à mon apathie !
Si la plupart de ceux qui s'honorent du tilrc de lumière du inonde et de sel de la terre me ressemblent, grand Dieu! où en est votre Eglise, et ce qui se passe doit-il étonner?
Eh ! qui suis-jc pour m'opposcr aux desseins de Dieu, en laissant périr des âmes qu'il voulait sauver, en ne me sanctifiant moi-même qu'arec restriction et mesure !
Quasi quoddam monstrum inter filios Dci sto, Jtabilum pasloris , non conversationem habens. Tunquam arbor sterilis terram occupo; et velut jumenlum vile, plus consumo quàm proficio. AUiorem allerius locum leneo , et nullius officium suppleo : sed sum sicut truncus sine frondibus et fructibus. Alii me pascunt de laboribus manuum sunrum , sicut prœbendarium suum.
Fgo autem nec clericum , nec lakumgero. (S, Bern. De inter. doni. c. 20.)
DECX1E1IE PARTIE.
F :• prouver à Dieu 2a tonne volonté , j'ai pris b résolutif suivantes :
1» Sortie de retraite. Je me tiendrai en garde tontre la dissipation, le découragement en face des premières difficultés, la négligence à remplir les prescriptions du Directeur , la présomption et l'oubli du mémorial : autant d'éeucils contre lesquels trop souvent, hélas! je suis venu échouer.
2° Règlement. Un règlement de vie étant tout à la fois une sauvegarde, un sacrifice joui nalier et une source de grâces, j'observerai le mien avec exactitude , en esprit de pénitence et par amour pour Dieu. En cas de chute , je ne tarderais pas à être relevé par le mécanisme même de mon règlement.
5° Oraison. Tout est là : avec l'oraison , je persévérerai et croîtrai en vertu; sans elle , je ne ferai que décheoir et j'aboutirai infailliblement au précipice. Dès le matin , j'y consacrerai une demi-heure : au besoin , je m'y enga-
gérai par vœu , sous peine de péché véniel et pour uu temps détermine.
4° Vice dominant. Tant de fois j'ai fait entendre la menace, et toujours j'ai fait grâce. Je ne balance plus désormais. Tombe, passion perfide, je veux l'immoler sans pitié. 11 faudra redoubler mes coups, je les redoublerai. Tu renaîtras comme l'hydre, je t'abattrai encore.
5° Occasions. Dès (pie, par l'effet d'une triste expérience ou l'instinct d'une prévoyance toujours craintive , quelque danger me sera connu, je fuirai, je me hâterai de fuir. Si , dans les affaires humaines , le succès dépend souvent d'un moment, ici , ne dépend-il pas de moins encore ?
G0 Illusion. Chacun a la sienne . j'ai la mienne : oui , l'interprétation trop bénigne d'une loi, l'application fausse d'un principe, l'art de donner au mal les couleurs du bien et au bien les couleurs du mal, l'ignorance ou l'oubli volontaired'un devoir. Aujourd'hui je vois le piège, la grâce a rompu le bandeau ; ce sera l'objet de ma vigilance continuelle.
7° Péchés de langue. La langue médisante et la langue indécente , deux instruments d'ini-
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quité que je ne saurais trop surveiller. La première ruine la charité et trop souvent la subordination ; la seconde ébranle la chasteté, si toutefois elle est encore debout, et porte la contagion dans les oreilles et le cœur des Confrères.
8° Vertu à acquérir. La vertu qui doit me distinguer sur la terre et dans le ciel, c'est celle qui résulte démon caractère , de mes inclinations , de mes aptitudes. A l'exemple de tous les saints , je n'aurai qu'à changer d'objet, pour enter la vertu sur le vice, la grâce sur la nature. A tout prix je veux acquérir cette vertu.
9° Etude. Convaincu de la nécessité absolue de la science pour le prêtre, je consacrerai à l'étude tout le temps que me laissera le ministère , commençant toujours par ce qui est le plus urgent , écartant toute lecture vainc et ne jetant un rapide coup-d'œil sur un journal ecclésiastique que par manière de délassement. Je mettrai dans mes éludes l'ordre et l'esprit de suite.
iO°Ze/e.Sur plusieurs points j'ai reconnu qu'il y avait eu de ma part absence ou insuffisance de zèle. Pour réparer cette négligence, non content des moyens ordinaires, j'aurai recours.
s'il le faut , aux moyens extraordinaires , je chercherai de nouveaux expédients, sans me laisser jamais ni arrêter, ni altrisler, ni aigrir par les contradictions.