‹ Manuel du prêtre en retraiteChapitre 8 sur 37 · TROISIÈME PARTIE · texte numérisé non relu

TROISIÈME PARTIE

--.c'ioaner tua -

{• Je m'examinerai chaque soir sur les fauta delà journée.

L'examen se compose de cinq actes bien propres à procurer un prompt amendement : 4a remercier Dieu de ses bienfeits , la reconnaissance attire de nouvelles faveurs; 2° supplier Dieu qu'il nous fasse connaître et délester nos péchés, cette prière donne aux regrets une pointe plus pénétrante; 5' rechercher les pensées , les paroles et les actions , celte discussion sévère nous force à rentrer en nous-mêmes ; 4o demander pardon , la contrition peut rcmettre toutes les fautes quant à la coulpcet quant à U peine ; 5° se proposer de se corriger avec le secours de la grâce , le ferme propos communique à la volonté une nouvelle énergie,

Je m'examinerai en particulier sur les fautes que le vice dominant m'aura fait commettre.

2° Je m'approcherai du sacrement de Pénitence au plus tard tous les quinze jours.

En vérité, s'il ne se mêlait quelque défaut à mes confessions , seraient-elles si peu fructueuses? l°Je renvoie peut-être ma confession d'un jour à l'autre, d'une semaine à l'autre, et toujours avec un préjudice sensible pour mon àme;-2°je n'ai peut-être pas de confesseur stable, et ce changement perpétuel laisse le médecin sans aucune prise sur son malade ; 5° je consacre peut-être trop de temps à l'examen et pas assez à la contrition ; 4° au lieu d'une accusation nette , précise , je me noie peut-être comme les femmes dans un flux de paroles inutiles, et je glisse sur l'essentiel ; 5° je m'épuise peutêtre à détailler quinze ou vingt petites fautes dont je n'ai pas le moindre regret , tandis qu'il faudrait abréger rémunération et insister sur la contrition ; 6o j'oublie ou j'omets peut-être volontairement la pénitence sacramentelle, au risque de me rendre, en certain cas, grièvement coupable.

De telles confessions peuvent-elles me rassu-

surer ? Pourtant il y en a une qui sera !a dernière.

5û Je serai fidèle à la pratique de la retraite du mois.

Quoi de plus propre à me faire rentrer dans le sérieux de la vie sacerdotale, que ces méditations et ces considérations sur les grandes vérités et mes principales obligations; à me montrer les points sur lesquels j'ai failli pendant le mois , que la lecture de mon mémorial ; à m'inspircr une crainte salutaire, que la préparation à la mort? Avec quel courage , ainsi retrempe et renouvelé , je me dévouerais au service de ma paroisse !

Toujours je me promets de faire cette re- Iraitc , et jamais je ne la fais. Comme si, dans une journée, dans une semaine, dans un mois, il m'était impossible de trouver une ou deux beures! Comme si c'était perdre le temps que d'apprendre à l'employer utilement pour soi et pour les âmes ! Ah ! c'est que je redoute la vue de mon intérieur, la pensée de l'éternité, les sacrifices à faire pour sortir delà tiédeur ou du péché.

4° Je ferai la retraite annuelle au séminaire, ou dans une communauté , ou eliez moi.

Le prêtre qui fait sa retraite , c'est un pêcheur descendu sur la rive pour nettoyer et raccommoder ses filets : la réparation était urgente, le poisson s'échappait de toute part, on passait des journées et des nuits entières son; rien prendre. C'est un guerrier qui vient à cette tour de David d'où pendent mille boucliers , pour renouveler son armure et s'avancer plus terrible contre un ennemi qui avait cessé de le craindre. C'est un pilote qui , trouvant une île sûre et commode, au milieu d'une longue et périlleuse navigation, s'arrête là quelque temps pour radouber son vaisseau, explorer au loin avec sa lunette les écueils qui le menacent, et marquer sur sa carte , afin de les éviter au retour, lesrescifset les courants dont la rencontre a failli lui être funeste.

Si jamais je néglige la retraite annuelle, plus de retraite du mois , plus de confession réglée, plus d'examen , oubli de mes résolutions, désordre universel dans ma conduite. Hélas! hélas!

Exercice pour la préparation à la mort.

Prosterné devant un crucifix ou devant le Saint-Sacrement :

i" Adressez-vous celte question: Suis-je nrêi à mourir f

Puisqu'il faut nécessairement mourir, une seule lois, bientôt, àl'improvislc, et que de la mort dépend l'éternité, je dois si bien prendre mes mesures , que je ne commette pas dans l'affaire uniquement essentielle une faute irrémédiable. Mais suis-je habituellement prêt , du moins à cette beure, suis-je prêt à mourir? N'ya-t-il rien dans ma conscience qui puisse provoquer la colère de Dieu? N'ai-je ni secrète aversion , ni attache criminelle? Ai je sali-fait pour mes péchés, réparé mes scandales et mes négligences? Trouvera-t-on , après ma mort, un testament digne d'un ecclésiastique, avec l'état exact de ce que je dois , de ce qui m'est dû, de ce que j'ai? Que sert de me tlatter ? CV-t moi , moi-même qui suis en cause. Je puis aujourd'hui, si je le veux, apaiser mon jl

cchapper à l'enfer et au purgatoire; demain peut-être, en le voulant, ne le pourrai -je plus.

2« Adorez la divine justice et acceptez la mort en esprit de pénitence.

Voici, mon Dieu, votre criminel qui vient subir son supplice. Je le reconnais , j'ai mangé le fruit défendu , non seulement une fois en Adam, mais aussi souvent que j'ai préféré ma volonté à la vôtre. Frappa , Seigneur, frappez. J'adore et je proclame votre justice dans l'exécution de la sentence ; car ce n'est pas vous qui avez fait la mort, elle n'est entrée dans le monde qu'en punition du péché. J'adore aussi cette bonté compatissante qui tourne la peine en remède et , par la vue continuelle de la mort et les atteintes de mille maladies, ses avantcoureurs et ses ministres , daigne confondre mon orgueil , éteindre ma sensualité et me détacher des biens terrestres. 0 mort ! Jésus- Christ cruficié t'a donné celte vertu. Il ne fallait pas moins que l'attente inévitable de ce coup qui égale tout, détruit tout, enlève tout, pour mortifier la vie de mes sens et m'ouvrir les yeux sur la vanité. (Bossuei.)

o» L'nissczvous à Jésus agonisant pourvoie* 0 Jésus! mon agonie vous était distinctement présente sur la croix , vous me suiviez de l'œil du cœur dans toutes les phases de ma dernière maladie ; et , voyant d'un côté le redoublement de la fureur de l'enfer , de l'autre mon abattement extrême, vous avez voulu vaincre et désarmer la puissance des ténèbres et sanctifier ma mort par les héroïques dispositions de la vôtre. A ce moment décisif sur lequel Dieu et Lucifer ont les plus grands desseins pour ou contre nous, qu'il m'est doux de penser qu'en acceptant et en offrant à votre Père votre agonie, vous avez accepte et offert la nôtre; que tout ce que vous fîtes alors , vous le fites en notre nom et pour suppléer à notre impuissance! Je vous adore, ù divin chef, luttant et triomphant pour vos membres ! je m'unis à vos sueurs, à votre tristesse , à vos immenses douleurs ; associez-moi à vos prières, à vos mérites, à votre victoire.

4° Accueillez avec transport la pi'omesse de la bienheureuse résurrection.

IVous avions fait un pacte avec la mort et

l'enfer était noire partage. Mais vous, Seigneur, vous vous êtes volontairement livré à la mon, vous êies descendu dans le tombeau, vous êtes ressuscité, non pour vous, mais pour nous, afin que notre traité avec l'enfer fût annulé , effacé dans votre sang, déchiré et cloué à la croix. La mort n'est plus mort , depuis que Jésus Christ l'a soufferte ; elle n'est qu'un passage à l'immurtalité, et , en la portant avec foi et soumission , nous l'évitons à jamais. 11 faut , sans doute , que ce corps de péché soit dissous , renouvelé et rendu digne d'être le domicile d'une âme glorifiée , mais a je sais que mon Rédemp- « teur est vivant , et au dernier jour je res^us- « citerai de la poussière, et je serai de nouveau « environné de ma peau, et je verrai mon Dieu « dans ma chair. Je le verrai moi-même de mes « yeux. Cette espérance repose en mon sein. » {Job.c. 19.)

ei° Votre confession fuite , abandonnez-vous à la plus entière confiance.

« Mon âme, pourquoi es-tu triste, et pourquoi me troubles-tu ! Espère en lui, mon âme. » (Psal. 41. ) Tu n'as plus à craindre tes péchés déjà effacés, tu n'as à craindre que de craindre

trop. Car moi aussi j'ai dit : ConfUebor advcrsùm me injuslitiam mcam Domino : et tu rcviishtl impictatem peccati nui .Tsal. 51.). M. us l'ai-je dit comme David, de manière à être absous l Je n'ai pas besoin de le savoir, je ne veux pas le savoir. Vous, Seigneur, qui savez ce qu'il faut pour le bien dire , donnez-moi ce que vous commandez , et commandez ce qu'il vous plaira. Pardon, bon Père, bon Juge, bon Sauveur ! Pardon. Je désire vous le dire avec tant de foi, tant de contrition , tant d'amour, que la rémission prévienne la confession. Àb ! maudite soit ma mallieurcusc et criminelle inconstance qui m'a si souvent détaché de vous. Et maintenant je ne vous quitterai plus. 0 mort l tu ne seras pas la fin de ma vie, tu seras la fin de mon pèche.

G0 Regardez votre mort comme un vrai sacrifice renfermé dans celui du Calvaire.

« Tout est consommé , » dites-vous , ô divin crucifié ! ma mort est un sacrifiée parfait. «Tout est consommé , » et la mort de mes membres , unie à la mienne, ne sera désormais qu'un même sacrifice. « Tout est consommé , » et les chrétiens , consacrés dans le baptême pour être

des victimes , eu participant aux mérites de ma mort, rendront hommage par la leur à toutes les perfections divines. Je le crois, ô Pontife éternel ! notre mort est devenue dans la vôtre un sacrifice véritable, dont celui du Calvaire n'était que le prélude et comme le pompeux appareil. Jusqu'à la fin des siècles vous renouvellerez et perpétuerez votre sacrifice par la mort des fidèles : De votre oblation et de la nôtre il ne se fait qu'une seule oblation parfaite : Unâ enim oblatione consummavit in se?ïipiternùm sancti fïcatos. (Hcbr. c. 10.) Voilà le terme de la grâce , des sacrements , de toute la religion. Acceptez donc, bénissez, offrez moi sacrifice avec le vôtre.

7° Plein de cette idée , communiez en viatique.

Mon Sauveur , on m'apporte votre corps , ce corps immortel, ce corps spiritualisc ; je le reçois dans le mien. C'est à ce coup que je puis dire : Domine, non sum dignus ut intres bub tectum meum. Vous venez néanmoins chez moi, vous y entrez, vous y êtes; et ce n'est pas encore assez pour votre amour : la maison où vous voulez entrer, c'est mon corps, afin

que de votre eœurdans le mien s'épanchent des

ruisseaux , des torrents, des fleuves entiers de grâce et de miséricorde. Admire celte merveille, 6 mon âme ! Jésus se transporte dans son temple , d'abord pour y offrir le sacrifice de luimême, puisque le sacrement le met en état de mort , ensuite pour prendre possession de la victime et la marquer de son sceau , puisqu'il va se servir de la maladie comme d'un glaive pour l'immoler. 0 mon souverain Sacrificateur! j'adhère à vos desseins, je veux achever mon sacrifice comme je l'ai commence et continue , cum Chrislo , per Clirislum et in Chrislo; je m'écrie avec saint Ignace allant au martyre : Me us amor crucifixus est : et non est in me ignis amans aquam aliquam , sed vivent et loque ns in me , intùs mihi dicit : Veni ad Palrem. ( Ad Rom.)

81 Recevez V Extrême-Onction^ afin de purifier de plus en plus la victime.

Venez, charitable Confrère, venez soutenir mon infirmité de votre huile destinée à purifier, adoucir et fortifier. Voici le temps de la lutte : Eglise , oignez voire athlète. J'entends votre voix qui m'annonce la promesse du Saint-Esprit : « Le Seigneur soulagera le malade , et s'il

est en péché , le péché lui sera remis. » Voix de consolation et d'espérance. Effacez toutes les souillures de mon âme, purifiez chacun de mes sens , afin que le grand Ponlife, trouvant la victime en état d'èlre sacrifiée, puisse la présenter toute belle et sans tache à son Père parl'oblation , avant de l*immoler par la mort. Troupe pieuse , qui environnez mon lit de mort, ou plutôt, l'autel de mon sacrifice, si vous avez quelque souvenir du bien que je vous ai fait , priez , priez pour moi : il faut au Dieu infiniment saint des victimes si pures; et la responsabilité d'un pasteur des âmes est si effrayante !

9° Baise: affectueusement le crucifix.

Je vous adore sur celte croix, ô Jésus ! et m'y tenant à vos pieds, je vous dis avec l'épouse : « Tirez-moi , nous courrons après vous. » L'amour qui vous fait mourir et qui sort par toutes vos plaies est le baume qui s'exhale pour attirer mon cœur. Oui , il fallait que le Christ fut élevé sur la croix comme le serpent dans le désert; il le fallait pour que tous, les mourants surtout, pussent tourner les yeux vers lui. La Suérison de l'univers a été le fruit de cette cruelle et mystérieuse exaltation. Que j'aille

— 9!> — jusqu'à vous, ô mon Sauveur , jusqu'à voira croix : que j'y sois percé de vos clous et inon«It* de voire sang. Je. baise vos blessures , j'y eollc mes lèvres , je m'unis à toutes, je me cache dans votre sacre côte. C'est de ce cœur que découlent tant de grâces que vous me laissez ignorer aujourd'hui , afin que les voyant dans le ciel , j'entre dans une perpétuelle extase. 0 Dieu , je mets la croix de votre Fils entre mon péché et votre justice , son coeur entre moi el l'enfer.

10° Appelez à votre secours votre Ange et toute la cour céleste.

Oh! comme les prières d'un moribond sont faibles et languissantes! Qu'elles ont de la peine à sortir de ce pauvre cœur, oppressé qu'il est par la douleur et absorbé par ses lugubres pensées! Mon bon et cher Ange, prêtez à mes prières vos ailes pour les élever , votre force pour les soutenir, votre ferveur pour les animer. Vous n'aviez pas besoin d'un ange , o Jésus, pour vous consoler dans votre agonie; c'est pour moi qu'il vient à vous. Ange de mon Jésus agonisant , venez me présenter le calice : je le prends à deux mains, je veux le boire jusqu'à la dernière goutte. Mais vous, présen-

— \00 — lez-lui mes larmes, mes sueurs, mes soupirs. Petits enfants que j'ai régénérés , âmes que j'ai assistées à la dernière heure , vous tous qui me devez une partie de votre gloire , intercédez pour moi. Saints et Saintes, Puissances et Dominations , vous surtout, saint Michel , liez le démon qui rode autour de moi, liez-le de votre hras invincible.

1 1° Renouvelez l'acte de foi et d'adoration.

Le temps approche où je sortirai des ombres et des énigmes , où s'achèveront les travaux de la foi. Le temps approche où je chaulerai avec le Psnlmistc : « 0 Seigneur, nous avons vu ce que nous avons ouï.» (47.) 0 Seigneur, tout nous paraît comme il nous avait été prêché. En écoutant et en annonçant votre sainte parole, j'ai tant désiré, ô Jésus, de vous voir et de vous entendre vous-même : l'heure vient où je vous verrai à découvert , face à face , d'une claire vue, en vous-même. Je vous verrai comme juge, il est vrai , mais tous me serez un juge Sauveur, vous me jugerez selon vos miséricordes. En attendant, je crois tout ce que croit l'Eglise, je veux mourir dans la foi de tout ce qu'elle enseigne, prêt ù donner mon sang pour chaque article de son symbole. O gran-

rîcur , ô majesté , ô sainteté , je vous adore , eC, pour le faire plus dignement , je m'unis à tout ce qui vous adore en ce moment au ciel et sur la terre.

•12° Faites un dernier acte d'espérance e d'amour.

Mes sens s'éteignent , ma vie s'évanouit. Bientôt on passera où j'étais : voilà sa chambre, voilà son lit, dira-t-on ; et l'on ne m'y trouver^ plus. Que cela est triste ! Oui , si je n'avais pas l'espérance. Mais si tout tombe autour de moi, je m'en vais où tout est. Dieu puissant, Dieu éternel, Dieu heureux , je me réjouis de votre puissance , de votre éternité, de votre bonheur. Quand vous verrai-je , ù vérité, ô lumière, ô le bien , ô source du bien , ô bien unique , ô tout le bien, ô le tout parfait, 6 le seul parfait, ù vous qui êtes seul , qui êtes tout , en qui je ;crai , qui serez en moi , qui serez tout à tous, avec qui je serai un seul esprit ! Quand vous verrai-je , ô principe qui n'avez point de principe ! quand verrai-je sortir de votre sein votre Fils qui vous est égal? Quand verrai-je voira Saint-Esprit procéder de votre union , terminer votre fécondité? Tais-loi, mon âme, ne parti

plus. Pourquoi bégayer encore, quand la vérité te va parler?

15<> Dites adieu à l'Eglise militante et saluez V Eglise triomphante.

« Je me réjouis d'entendre dire que j'irai dans la maison du Seigneur. Je suis à ta porte, ô Jérusalem ! me voilà debout, mes pieds sont en mouvement» (Ps. 421), tout mon corps s'élance dans tes parvis , j'y cours, j'y vole, j'y suis déjà transporté par la meilleure partie de moi-même. Mes nouveaux concitoyens, mes nouveaux frères, ou plutôt, mes anciens concitoyens, mes anciens frères, salut! Bientôt, bientôt, je vous embrasserai. Adieu , mes frères mortels, adieu, Eglise catholique. Vous m'avez porté dans votre sein , nourri de votre lait, achevez de me purifier par vos sacrifices. Mais, ô Eglise î point d'adieu pour vous. Je vais voir les prophètes et les apôtres vos fondements, les martyrs vos victimes, les vierges votre fleur, les confesseurs votre ornement , les anges et les saints vos intercesseurs. Je me meurs, fermezmoi les yeux, envcloppcz-moi de ce drap, mettez-moi en terre. Jésus , Marie, Joseph, recevez mon âme.

Le jour de In rénovation des promesses clérieales.

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