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déterminent notre choix , que de la force enivrante des boissons les plus spiritueuses. Les hommes du Nord que la guerre à amenés en France estimaient moins nos meilleurs vins que nos eaux-de-vie , et l’on en a vu qui buvaient avec délice l’esprit-de-vin le plus fort. Les habitans de la Tartarie chinoise tirent de la chair du monton, fermentée avec du lait de jument, une espèce d’eau-devie dont ils sont très-friands , malgré sa saveur fétide. Les lois , la religion et l’amour de l’existence ne peuvent ni prévenir , ni détruire la passion de certains peuples pour l’ivresse. Les poisons même sont employés par plusieurs pour se procurer cette Jouissance qui fait leur bonheur. Los habitans de la Nubie et de l’Abyssinie préparent une boisson enivrante avec V opium.
C’est souvent à l’aide des recettes consignées dans les ouvrages des voyageurs, que nos économistes grossissent leurs volumes. Les uns les présentent comme le résultat de leurs expériences , et les autres comme des procédés mis en usage par les marchands pour imiter les vins naturels de tous les pays.
Je ne doute pas que la cupidité ait pu porter
quelques individus à chercher les moyens de fabriquer à peu de frais une boisson dont lai veute journalière et prompte leur ouvrirait! une route facile à la fortune ; mais ce dont je suis sûr, c’est que , jusqu’à ce jour, aucune composition n’a présenté l imitation , même: imparfaite , d’un vin pur, toutes les fois qu’om Ti’y a pas introduit une certaine quantité de. ce liquide.
11 n’en est pas du vin comme de toutes substances que l’on peut décomposer et recomposer avec les memes parties , et qui ,, par cette raison, sont parfaitement connues. Beaucoup de personnes , des savans même’ * ont parlé de cette liqueur et des sophisticationsque le commerce lui fait subir , sans s’être; donné la peine de faire la moindre etpe-rience , ni d’apprendre à la connaître. Quelques-uns même en ont supposé l’entière composition à l’aide de matières étrangères au fruit de la vigne 5 et , fort embarrassés de prouver leur assertion, ils ont regardé la pratique de cette maltote comme un secret de famille
appartenant exclusivement aux marchands de vin. Je crois être fondé à avancer que cessup
positions , répandues dans un grand nombre d’ouvrages , ont excité plus de sophistications que n’en auraient pu imaginer les personnes accusées de les pratiquer. En eflet, l’appàt du gain peut disposer à faire le mal 5 mais il ne donne pas’ les connaissances nécessaires pour J composer et perfectionner la fabrication d’un ^ liquide, que les plus habiles chimistes n’ont pas pu imiter parfaitement. Si quelques-uns des savans qui ont considéré la fabrication des vins artificiels comme une chose aisée, avaient fait des expériences par suite desquelles ils eussent été à portée de démontrer l’impossibilité de réussir : au lieu d’encourager les fal- ^ sifîcateurs , ils auraient empêché beaucoup ■ d’ignorans de chercher cette pierre philosof phale. ' 'i
Parmentier et plusieurs autres savans ont !- pensé que les vins de liqueur étrangers étaient 1- plus faciles à imiter que les vins non liquo- ;i reux des meilleurs vignobles de France.
. J’avoue que je ne partage pas cet avis , et , que l’expérience m’a jironvé que les premiers ont , comme les derniers , des carac-
tères perticuîicrs epii les distinguent entre eux J et que l’on reconnaît facilement en les
comparant. Cependant , moins connus du consommateur , et toujours vendus très-cher , ils ont été le sujet de beaucoup d’expériences dont les résultats ont prouvé que leur imitatalion pai’faite est impossible , et qu’on ne peut vendre , sous leur nom , que des vins naturels ou mélangés ayant avec eux quelque analogie. En effet , les vins cuits de Provence ont un peu du goût et de l’arome de ceux de Malaga^ et, si l’on ajoute à cette ressemblance , en y mêlant un quart ou un cinquième de ceux-ci , on obtient un vin fort agréable que beaucoup de personnes boivent comme étant de Malaga. Les meilleurs vins rouges du Roussillon ont quelques rapports avec ceux d’Alicante et de Rota , et sont employés pour les imiter. J’en ai rencontré de deux espèces dans le commerce : l’une était un mélange d’excellent vin rouge de Collioure , ou de Bagnols , département des Pyrénées- Orientales , avec du vin blanc de Pommerolsy même département , connu sous le nom de picardan ,• la seconde était du vin rouge de& mêmes pays, dans lequel on avait rais du caramel. Ces préparations avaient la couleur d’mi vin très -vieux et qui dore le fond du
verre ; leur goût était agréable , mais elles n’avaient pas le coq^s , le spiritueux, et surtout le parfum aromatique des vins d’Alicante.
Les vins artificiels dont je viens de parler ne sont , comme on le voit , que le résultat de mélanges fort simples et dans lesquels il n’entre aucun ingrédient insalubre. La difficulté de SC procurer des vins d’Espagne naturels , pendant les dernières guerres , et le haut prix auquel ils étaient montés , ont pu favoriser la vente de ces compositions , que l’on offrait à 3 , 4 ^ francs la bouteille ,
tandis que les vins naturels valaient 12 à i5 francs. Le' bénéfice que présentent ces. fraudes est considérable pour les fabticans; car les vins de Malaga , et surtout ceux d’Alicante , fabriqués comme je viens de le dire, ne reviennent pas à 2 francs la bouteille. C’est pour éviter aux consommateurs d’être victimes de ces abus que , dans la première édition de cet ouvrage , j’ai conseillé aux personnes qui ne pouvaient pas mettre aux vins d’Espagne le prix nécessaire pour les obtenir purs , de les remplacer par nos excellens vins muscats de Rivcsaltcs , de Frontignau et de
Luiiel , ou par des vins de Roussillon trèsvieux , qui coûtent encore moins cher, et produisent le même effet lorsqu’on en boit une dose un peu plus forte.
Les journaux du mois d’octobre 1816 ont annoncé la saisie faite , chez plusieurs partiel^ liers de Paris, d’environ 600 hectolitres de matières mises en fermentation pour faire du vin. Je me suis empressé de prendre des informations sur la nature de ces matières , et j’ai appris qu’elles se réduisaient à du sirop de raisin , ou à des raisins secs , qui , détrempés dans une certaine quantité d’eau , et placés dans un local dont la température était élevée à un degré de chaleur suffisant, se trou, ’vaient alors dans le cas de subir la fermentation vineuse.
Depuis long-temps , des savans ont regardé comme avantageux , et ont signalé aux propriétaires et aux négocians l’avantage qui résulterait de la concentration du moût de raisin qui, réduit de volume et de pesanteur , pourrait être transporté facilement et à peu de frais dans les pays du nord , où , en le détrempant dans une quantité d’eau semblable à celle qui eu aurait été extraite , il «erait
possible de le nieüre en fermentation, et d’en obtenirun vin peu différent de celui qu’il aurait produit avant d’étre concentré. C’est ce problème que les fabricans saisis ont résolu , mais il est probable qu’ils ne vendaient ce vin qu’après l’avoir mêlé avec d’autres , pour lui donner la couleur convenable , et un goût qui , masquant son origine , le fit approcher de la saveut des vins communs qui se vendent en détail.
Les voyageurs nous apprennent que j dans plusieurs des pays soumis à la religion mahomélane , les Juifs et les Arméniens , craignant de s’exposer à des persécutions s’ils conservaient chez eux une certaine quantité de vin , font sécher leurs raisins et les mettent fermenter dans de l’eau , quand ils en ont besoin pour faire du vin ou de l’eau-de-vie. On assure même que le produit de cette fermentation fournit presque autant d’alcohol qu’on en aurait pu tirer du vin , si on l’eût fait avec les raisins frais.