‹ Manuel du sommelier, ou instruction pratique sur la manière de soigner les vinsChapitre 24 sur 32 · CHAPITRE XXI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXI

De la Cannelle aérijere , et des Instrumens accessoires pour transvaser les Vins en bouteilles , etc.

Les divers instrumens que j’ai inventés pour transvaser les liquides ont été l’objet de trois Rapports faits à la Société d’encouragement par MM. Collet-Descostils, Molard et Gay-Lussae. Les deux premiers , des 7 décembre 1808 et 18 janvier 1809 , sont insérés dans le cinquante-sixième bulletin de cette société; le troisième, du 22 janvier 1812, fait partie du quatre-vingt-onzième bulletin. Depuis cette époque , de nombreuses expériences m’ont mis à portée de perfectionner mes instrumens ; je les ai surtout simplifiés, et j’en ai rendu Kemploi aussi prompt que facile. Je me suis assuré la propriété de cette découverte en prenant un brevet d’invention. La construction de ces instrumens exigeant des soins qu’on obtient rarement des ouvriers,

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je visite et essaye moi -même tous ceux que je livre au consommateur. Ils sont garnis d’un écusson portant eu relief : Par brevet d invention , A. Jullien , rue Saint-Sauveur , n° x8 , à Paris. Par ce moyen , ils ne seront pas confondus avec les contrefaçons qui pourraient en être faites.

§ I. Description de la Cannelle aérijere.

La cannelle aérifère D (fîg. 5) de la planche est composée de deux pièces , dont l’une est une cannelle i n o destinée à l’écoulement, du liquide , et l’autre un tube recourbé l h , garni d’un robinet m , par lequel l’air qui doit remplacer la liqueur , s’introduit dans la bouteille. Ces deux pièces , soudées ensemble et réunies par une grille en fer-blanc o , traversent un bouchon conique ^ (i) , propre à boucher l’orifice des bouteilles de tous calibres. Il est évident que, si on place celte cannelle dans le col d’une bouteille A (fîg. 2 ) ,

(i) Ce bouchon est prépare de manière à ne pa s’imprégner de liquide ; il n’est pas eipc^é à se cor rompre 5 je l’ai. revêtu d’une toile qui en garantit la.so-r hdilé.

tandis que le vin coulera par la cannelle , l’air s’introduira librement par le tube aerifcre , et remplira le vide qui se fera dans la bouteille sous le point d : alors le dépôt ne sera pas dérangé et ne pourra pas se mêler avec la liqueur.

§ II. Maniéré de se servir de la Cannelle aeri”

fere pour transvaser les Vins en bouteille.

L’opération la plus difficile est de déboucher la bouteille sans lui donner de secousses. Pour y parvenir facilement , fixez sur une table ou une planche solide (pi . n, hg- i)> un petit tasseau b long de quatre à cinq pouces, et épais d’un à deux (t) -, placez debout, sur la même table, la bouteille que vous voulez remplir et la cannelle aérifere (fig- 5), en ayant soin de bien fermer le robinet m du

(i) A défaut de planche , sur laquelle il convienne de fixer le tasseau dont je viens de parler , on peut employer la planchette ( pl. n , fig. i4 ) . quel’on place sur une planche ou sur un tonneau couché , de maniéré que les crochets x x l’empêchent de couler , et qui , au moyen du tasseau , y présente un point d’appui suf-^

fisant.

tube aérifère , et de laisser ouvert celui n de’ la cannelle. Si on négligeait de fermer le premier , il s’introduirait dans le tube une portion de vin qui gênerait l’entrée de l’air : il estt inutile de fermer le second , attendu que l<s; liquide ne coulera que lorsqu’ayant ouvert le; premier l’air entrera dans la bouteille. On neî doit fermer le robinet n de la cannelle que; quand le vase qu’on remplit , étant d’une. moindre contenance que celui qu’on vide , ili convient de suspendre l’écoulement pour verser le surplus dans un autre vase. Tout étantt ainsi disposé ,

1*. Prenez sur le tas la bouteille que voust voulez li’ansvaser , sans la retourner ni la re-> lever 5 posez-la sur le bord de la table , eni appuyant le fond contre le tasseau b ( fig. i , , pl. Il) 5 tenez de la main gauche le col de lai bouteille en a; relevez assez cette bouteille t

pour que la bulle d’air vienne au bouchon , , comme vous voyez celle A , la main étant. | appuyée contre votre corps. Posez le lire-* bouchon c de la main droite , et débouchez . Sans secousse j ce qui se fait en appuyant le ! pouce sur la bague e de la bouteille , et eu

tirant le tire-bouchon avec les quatre autres doigts (i). '

2t°. Insinuez la cannelle aérifère (fig. appuyez assez pour que le bouchon conique g ferme bien l’oritîcc de la bouteille , et que rexiréinité h du tube aérifère touche à la partie supérieure du ventre , au point cl.

S®. Prenez , de la main gauche , par le fond y', la bouteille A garnie de la cannelle 5 élevez-la à la hauteur de celle B (fig. 2 ) , que vous voulez remplir; mettez le bec i de la cannelle dans l’orifice p de cette bouteille , et ouvrez le robinet m du tube aéiûfère ;.le vin coulera sans commotion par la cannelle , et l’air entrera par le tube pour le remplacer.

(i) On peut’ aussi se servir du tire-bouchon me'camque,dit a l’anglaise , à l’aide duquel le bouchon le plus serre s’enlève sans effort. Cet instrument est très-commode , surtout pour les vins de Bordeaux , dont le louf* bouchon pre'sente plus de résistance 5 mais pour les vins bouches avec de petits bouchons , les ouvriers ne se servent que du foret O ( fig. lo), qui est beaucoup plus expéditif et fatigue moins le bouchon.

Pour les vins de Champagne , on emploie un crochet P (fig II), au moyen duquel on casse facilement le fil de fer et la ficelle. Le bouchon , qui ne tient jamais beaucoup, s’enlève de même avec ce crochet.

4®. Inclinez la bouteille A à mesure qu’elle ae vide, en ayant soin de suivre le mouvement du dépôt qui est en r, ce qui se fait en tenant une lumière sous la bouteille et regardant en dessus , de d en r. Il est évident que le dépôt faisant nuage entre l’oeil et la lumière , il ne s’en détachera pas une parcelle sans qu’on s’en aperçoive. Faites écouler tout le liquide clair •, et , lorsque le dépôt sera prêt à le suivre , releve? la bouteille A et bouchez celle B que vous avez remplie.

En opérant de cette manière , on peut transvaser , reboucher et ranger dix-huit à . vingt bouteilles par heure. Mais , pour de grandes opérations , il est bon de se pour- / voir d’un porte-bouteille C , représenté dans deux positions difîerentes (fig. 3 et 4) , et d’un petit entoimoir (fig. 6). Ils tiennent lieu d un second ouvrier , comme on va le voir.

S III. Maniéré d'opérer avec la cannelle aérifere et le porte-bouteille.

Le porte-houteille (pl. 2 , fig. 3 et 4) est un support horizontal composé de trois plan-

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chettes mobiles sur charnières. Celle inféférieure porte une bride de fer garnie d’une vis à patte r* servant à fixer l’instrument sur une table ou sur lyie planche N. La planchette supérieure est surmontée d’une presse que fait agir une vis de pression q (i) ; cet instrument dispense de tenir la bouteille A qu’on vide; celle B qu’on remplit se place sur une chaise ou un tabouret M (fig. 4), qui doit être plus bas de treize pouces que la table ou planche à laquelle on fixe le portebouteille.

• Le petit entonnoir E ( fig. 6) est en forme de boîte cylindrique, dont la partie supérieure t reçoit le bec i de la cannelle , et s’y accroche à l’aide d’un anneau en fil de fer u et de la petite corne s soudée sur le bec de la cannelle. L’extrémité de la douille est recourbée , afin de verser le vin contre la paroi de la bouteille.

Ap rès avoir fixé le porte-bouteille sur une table ou une planche bien assurée, et accroché le petit entonnoir à la cannelle ,

(i) La presse et la planchette sont garnies de peau,

1°. Placez la bouteille que vous voulez vider sur le porte -bouteille , et assurez -la avec la vis de pression q : relevez la bouteille de la main gauche, toujours appuyée contre le corps ; posez le tire-bouchon c comme vous le voyez ( fig. 3) , et débou- .chez sans secousse , comme je l’ai dit cidessus.

2°. Introduisez la cannelle aérifère toute garnie du petit entonnoir.

3°. Rebaissez la bouteille A et faites entrer le bout du petit entonnoir dans le goulot de la bouteille 2?, comme on le voit (fig. 4)- Ouvrez le robinet m du tube aérifère , et inclinez un peu la bouteille en mettant un bouchon x entre les deux planchettes. Ce bouchon se place plus près ou plus loin du centre de mouvement , suivant la forme de la bouteille (i) et suivant que le dépôt est plus ou moins léger et volumineux.

(i) Je dis suivant la forme de la bouteille, c’est à-dire suivant que la jonction du col au ventre de ce vase forme un augle plus ou moins ouvert : par exemple , la bouteille normande se re'trucit promptement , et le depot arrêté dans une cavité profonde vers le col. On peut,

4*. Pendant que le vin coule, rebouchez et rangez la bouteille que vous avez remplie auparavant J ensuite inclinez de nouveau celle qui se vide , soit à la main , soit en avançant le bouchon , et suivez le mouvement du dépôt, comme je l’ai dit ci-dessus : une enlaille faite dans la planchette en y met à jour la partie inférieure de la bouteille où il se trouve. L’opération achevée , retirez les bouteilles et mettez-en d’autres en place. En suivant cette méthode, un ouvrier peut transvaser, boucher et ranger vingt-cinq à trente bouteilles par heure.

Il est des vins dont le dépôt s’attache en partie à la paroi de la bouteille , et l’obscurcit entièrement , de manière qu’on ne peut pas suivre de l’oeil les mouvemens de la portion restée mobile; alors , pour obtenir la liqueur parfaitement claire , il faut, à la première bouteille, fermer le robinet n, pour suspendre l’écoulement , lorsque la bouteille estù peu près aux trois quarts vide. On ôte la

par conséquent, incliner davantage les bouteilles de cette forme que celles de Champagne , qui présentent une pente douce, que le dépôt franclât aisément.

bouteille , qu’on remplit sans déranger celle qu’on vide , et l’on continue de faire couler ce qui reste , dans un verre , en inclinant très - doucement ; aussitôt que la liqueur se trouble , on arrête. Observant alors le degré d’inclinaison qu’on a donné à la bouteile vidée , on est sûr qu’en inclinant un peu moins la suivante, la totalité du dépôt restera dans la bouteille. Si on en a beaucoup à transvaser, on fait attention aux cinq ou six premières , et ensuite l’opération est aussi facile que lorsque les bouteilles ne sont pas obscurcies. Il faut opérer de la même manière quand on transvase des liquides contenus dans des vases non-transpareus

§ IV. Des dames-jeamies.

Quelques personnes mettent leur vin dans de grosses bouteilles nommées dames-jeannes^ qui contiennent de 3o à 60 bouteilles de Paris. Le vin se conserve très-bien et acquiert de la qualité dans ces vases lorsqu’ils sont bien bouchés 5 mais quand on veut les transvaser dans de petites bouteilles, le dépôt se mêle promptement avee la liqueur. -La cannelle aér if ère D (fig. 5) évite cet ineonvé-

nient et rend l’opératioa plus facile; celle que j’emploie pour les bouteilles ordinaires peut également servir’pour \qs, dames-jeannes mais comme l’extrémité H du tube aérifère ne peut atteindre la partie supérieure du ventre de ces vases , l’air traverse une portion du liquide et lui imprime une légère commotion, qu’il vaut mieux éviter. Pour cet effet , je prolonge le tube aéiifère en raison du diamètre qui m’est indiqué.

Pour vider commodément une damejeanne , il convient de la placer couebée sur une chaise ou sur une planche entre deux cales, qui la maintiennent dans cette position. On la relève un peu pour la déboucher, et on insinue la cannelle aérifère comme je l’aî dit ci-dessus pour les bouteilles ordinaires. On la rebaisse ensuite ; on ouvre le robinet du tube , et le vin coule parfaitement clair : lorsqu’il cesse de couler , on incline la damejeanne en avant ; on la fixe , dans cette position , au moyen d’une calé placée sous la partie postérieure , et l’on continuc^de l’incliner jusqu’à ce que tout le vin clair soit écoulé. Par ce moyen , le dépôt n’est pas déplacé et reste seul dans le vase qu’on vide.

On conçoit aisément que , pour ne pas être obligé de tenir la bouteille qu’on remplit , il est utile de se procurer le petit entonnoir E (fîg. 6 de la planche) : alors cette bouteille sera placée sur un tabouret , comme on voit celle B ( fig. 4 ) 5 Gt pendant qu’elle se remplira , on pourra boucher et ranger celle qu’on aura remplie auparavant.

§ V. Paniers pour transporter les bouteilles cou^ chées sans déranger le dépôt.

Il arrive que des vins en bouteilles sont placés dans de petits caveaux bas et étroits où l’on ne pourrait pas les transvaser commodément. Les transporter à la main est un ouvrage long et pénible. J’ai fait faire des paniers plats à compartimens , avec lesquels on peut transporter six ou douze bouteilles couchées , sans déranger le dépôt. Il suffit de les placer dans les cases de ce panier comme elles le sont sur la pile. Les personnes qui sont dans l’usage de faire monter leur vin dans l’appartient pour ne le transvaser qu’au moment de le boire , trouveront ces paniers très-commodes ; ils ne sont pas de mon in-

Tcnllon , mais, étant peu connus, j’ai cru devoir les indiquer ici.

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