‹ Manuel du sommelier, ou instruction pratique sur la manière de soigner les vinsChapitre 25 sur 32 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

Des Entonnoirs aérifères.

Il n’est personne qui ne saclie que lorsqu’on remplit un vase d’un liquide quelconque , on en perd une portion , soit en versant à côté de son ouverture , soit en continuant de verser après qu’il est rempli. On paie au premier inconvénient en faisant usage d’un entonnoir ordinaire •, mais le second est plus difficile à éviter , lors même que le vase est transparent ; c’est à celui-ci que j’ai obvié en construisant les entonnoirs que je vais décrire. Ils sont de trois formes différentes , mais tous construits d’après le même principe.

§ I. Entonnoir aérifere pour remplir les bouteilles et filtrer les liqueurs sans évaporation.

L’entonnoir F (pl. ii, fig. 7) est composé du corps d’un entonnoir ordinaire , dont la

douille traverse un bouchon conique g , semblable à celui de la cannelle décrite ci-dessus. On conçoit que cet entonnoir placé sur une bouteille , et le bouchon bien appuyé , le liquide ne pourra plus s’épancher par l’orifice du vase récipient 5 mais dans cette supposition , il est évident que l’air contenu dans ce vase pourrait présenter un obstacle à l’introduction du liquide 5 c’est pourquoi j’ai placé dans la douille un tube aérifère , qui prend sa naissance sous le bouchon en a ^ et remonte jusqu’au haut de l’entonnoir en Il est clair qu’alors , tandis que le liquide descendra dans la bouteille , l’air remontera par le tube. Lorsque la bouteille sera pleine , l’écoulement cessera , et le vin qu’on aura versé de trop restera dans l’entonnoir. Fermant alors le robinet c , placé au-dessus du bouchon , on enlève l’entonnoir pour le placer sur le vase qu’on veut remplir ensuite. Ce robinet ferme également le tube aérifère et l’entonnoir , et Ton ne répand pas une goutte de liquide.

Lorsqu’il s’agit de filtrerdes liqueurs, jemets dans cet entonnoir une carcasse enfilde feréta- Xûé G , qui empêche le filtre-papier de se coller

contre la paroi ; ce qui accélère la filtration sans nuire à la limpidité de la liqueur. Je couvre ensuite ce vase avec le couvercle H ; alors la liqueur coule de l’entonnoir dans la bouteille ; et l’air qui remplissait celle-ci monte dans l’entonnoir par le tube aérifère , d’où il résulte un échange de contenu entre les deux vases , sans communication avec l’air extérieur 5 par conséquent , sans évaporation des parties aromatiques. La liqueur , filtrée de cette manière, conserve tout le parfum qu’elle répand dans l’atmosphère lorsqu’on filtre avec les entonnoirs ordinaires. Un autre avantage de cet entonnoir , c’est que n’ayant pas .à craindre l’expansion du trop -plein , on peut remplir son filtre sans s’occuper si le récipient pourra contenir toute la liqueur ; celui-ci rempli , la filtration cesse d’ellemême : lorsqu’on veut la faire recommencer, on ferme le robinet et l’on place l’entonnoir sur un autre vase. Par conséquent , on peut remplir le filtre le soir , pour ne le changer .que le lendemain; ce qui n’est pas praticable avec l’entonnoir ordinaire , à moins que le récipient ne soit aussi grand que l’entonnoir; et , dans ce cas , l’évaporation des parties

aromatiques est d’autant plus considérable, que la liqueur reste plus long -temps exposée au contact de l’air.

La lie qui reste dans les tonneaux , après qu’on a tiré le vin en bouteilles , est souvent perdue. On peut la filtrer dans cet entonnoir ; et , sur cinq bouteilles on en obtiendra quatre et demi de vin parfaitement clair , et peu inférieur à celui qu’on a tiré.

§ II. Grands Entonnoirs aérîfbres pour remplir les tonneaux.

Ces entonnoirs sont les uns en fer-blanc et les autres en bois : les premiers , représentés (pl. Il , fig. 8) , sont plus grands , mais de même forme que les entonnoirs ordinaires. La douille est garnie d’un bouchon conique en cuir g ^ le robinet est placé au bas de la douille , et laisse échapper le liquide par un orifice latéral d , qu’on ferme et ouvre au moyen d’un manche en fer c , qui monte dans l’intérieur et jusqu’au haut de l’entonnoir. Le tube aérifère prend naissance sous le bouchon en a , et se termine au haut de l’entonnoir en b. L’entonnoir en bois , repré-

sente (pl. I , fig. lo), a la forme ordinaire de ces sortes de vases 5 ceux qu< l’on emploie à Paris ont communément 18 pouces de longueur sur 14 de largeur, et 9*à 10 de profondeur : ils ont , comme ceux en fer-blane , une douille garnie d’un bouchon conique un tube aérifère i , qui se termine en n sous la planche o , dans l’intérieur de l’entonnoir, et un manche m qui traverse la planche et sert à ouvrir ou fermer le robinet. La douille de cet entonnoir , étant placée à l’une de ses extrémités , il ne peut être maintenu droit qu’autant que le côté opposé est soutenu. Les entonnoirs ordinaires , dont la douille entre toute entière dans la bonde, sont garnis de pieds en fer fixés aux deux côtés de la partie opposée à la douille 5 mais le bouchon conique de ceux que je décris, étant susceptible d’entrer plus ou moins dans la bonde , suivant la largeur de celle-ci , il est nécessaire que la partie opposée puisse être maintenue à une hauteur proportionnelle. C’est pour remplir ce but que j’ai imaginé les pieds mobiles //, qui s’allongent ou se raccourcissent à volonté au moyen de la vis p , que l’on fait mouvoir à l’aide de la elef/r. Cet ajustage, augmentant

le prix de l’entonnoir ^ j’ai fait faire le support B, qui le remplace. C’est, comme on le voit , un plan incliné que l’on introduit sous l’entonnoir pat^ le côté le plus bas , et que l’on enfonce plus ou moins , suivant la hauteur à laquelle il convient qu’il soit élevé. Les entonnoirs en bois , étant , par leur volume , embarrassans à transporter , mes douilles aérifères sont disposées de manière à pouvoir être posées sur ceux de toute forme et de toute dimension , et même sur ceux qui ont déjà servi : elles se fixent de la même manière que les douilles ordinaires. On en trouve le prix , ainsi que celui des autres insti’umens de mon invention , sur la petite feuille timbrée qui termine cet ouvrage.

L’entonnoir en bois est celui que l’on emr ploie le plus généralement pour remplir les tonneaux, soit lorsqu’on tire le vin de la cuve, soit lorsqu’on soutire , parce que , plus solide , mieux assuré sur le tonneau , et plus grand que celui en fer-blanc , il assujettit l’ouvrier à moins de précautions. On conçoit aisément que, lorsqu’il est muni de la douille aérifère et du bouchon conique qui ferme parfaitement la bonde , l’ouvrier le moins soi-

gneux ne peut pas répandre une goutte de vin-, car, sitôt que le tonneau est plein, la liqueur reste dans l’entonnoir , que l’on ferme pour le transporter plein sur le vase , dans lequel il convient de mettre ce que l’on a versé de trop. Cet entonnoir est surtout commode lorsqu’on place les tonneaux sous le robinet de la cuve pour les remplir , ou que l’on soutire des vins qui sont engerhés (i). On n’est point obligé de suspendre l’écoulement à plusieurs reprises pour s’assurer de la place qui reste à remplir , et éviter la perte d’une partie de la liqueur.

L’entonnoir en fer-blanc (pl. ir, fig. 8) sert , de même que le précédent , pour les • soutirages , mais plus ordinairement pour achever de remplir les tonneaux qui sont presque pleins : il est surtout très-commode pour faire les remplissages de chaque mois dans les magasins , ou lorsqu’on reçoit des parties considérables de liquides, dont chaque pièce est en vidange de quelques pintes. Il procure de l’économie sur la main d’œuvre ; car l’ouvrier , n’ayant pas à craindre de verser

(i) Mis les uns sur les autres. F o/ez page a6.

trop de liqueur , remplit son entonnoir ; et pendant que le vin coule dans une pièce , il bondonne celle qui a été remplie auparavant ^ ensuite il ferme son entonnoir et le porte sur la pièce suivante. On conçoit aisément que cette opération ne présente aucune difficulté , et quelle garantit des pertes qu’occasione très-souvent la négligence ou la maladresse des ouvriers.

Le bouchon conique de mes entonnoirs ordinaires est disposé de manière à boucher’ les bondes , qui ont depuis i5 jusqu’à 25 li-^* gnes de diamètre ; ce qui renferme toutes les i dimensions de celles des feuillettes et pièces ■ de Bourgogne , Maçon, Beaune, Champagne,, Bordeaux , etc. ; mais les pièces à eau-de-vie , , et celles à vin de quelques vignobles , ayantt des bondes plus étroites , j’ai fait faire desi

douilles plus petites ,'dont le bouchon coni**

que s’applique à des bondes depuis 12 jusqu’ài 22 lignes de diamètre. Je puis aussi élargir: les bouchons coniques à la dimension désirée^, sans en augmenter le prix , en tant que la di-mension de l’entonnoir reste la même.

§III. Entonnoir oérijere double pour remplir les Eins de Champagne grand-mousseux.

Il me reste à faire connaître l’entonnoir aérifère double que j’ai inventé pour remplir les vins de Champagne lorsqu’on les a dégagés de leur dépôt par l’opération nommée (ie^ ornement , dont j’ai parlé, page 189.

L’entonnoir K (pl. ii, fig. 9) est destiné à cet usage. Sa partie inférieure de à K est semblable à celle de l’entonnoir F (fig. ^ ) •,

mais sa partie supérieure se rétrécit et forme ^ un cône tronqué terminé par une surface concave, au milieu de laquelle est^ pratiqué un orifice , qui sert à l’introduction du liquide ,' et se ferme à volonté avec un bouchon d. Le tube aérifère monte jusqu’au haut de l’em lonnoir, et se termine intérieurement.

Pour faire usage de cet instrument , il faut d’abord le remplir de vin , et bien fermer sou orifice supérieur avec le bouchon d. On l’adapte ensuite au support R, sur lequel il monte et descend à volonté , de e en /, au moyen de la bride de fer h , soudée à l’entonnoir. On conçoit aisén^nt que le vin mous-

seux , contenu dans ce vase , y est comprimé comme dans une bouteille bien boucbce. Si , ayant placé la bouteille V sous cet entonnoir , et appuyé assez le bouchon g pour qu’il ferme la bouteille , on ouvre le double robinet c , ces vases seront en communication entre eux, et les fluides se mettront en équilibre -, le vin descendra dans la bouteille , et l’air qui remplit le vide de celle-ci^ montera dans l’entonnoir par le tube aérifère : le gaz également comprimé dans les deux vases , ne pouvant pas se dilater , ils feront échange de leur contenu sans communication avec l’air extérieiu'. Lorsque la bouteille est pleine , on ferme le robinet et on le remplace par une autre , qui se remplit de même sans répandre une goutte de vin.

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