CHAPITRE PREMIER
Préparation de» Boi» pour Tourner.
i un ntorecau de bois sur le Tour, il hat, vùvv^ ca qu'on Teat en laire , prendre aascz bien «es mesures pour qu'étant tourné , il puisse remplir l'objet qu'on se propose, ht» eommençftns se trompent assex souvent sur ce point : ils jugent que tel morceau wm aasez ^os; et , étant arrondi , il se trouve trop menu : la crainte fait ensuite torabw dans un excès opposé ; et si l'on tourne du bois précieux , on perd en copeaux , du bois, qui, mieux ménagé, eût pu servir à autre chose ou être mieux employé.
Il £uit donc, pour s'assurer si le morceau qu'on se dispose 4 tourner pourra remplir r<^jet qu'on se propose , prendre un point sur chacune de ses extrémités , et vénfier si de ce point , connue centre , On peut dé- ■erire un cerde d'un diamètre égal k celui du <^iindre qu'on veut obtenir. Ce moyen suffira quand la pièce sera droite, ou aura été précédemment dressée k la hache ou i ht varlope ; ma^is si le morceau n'étoit pas parfaite^ ment droit, on sent que, pns.entw ks.dftWE; pointes, la partie qui fait le ventre tombera en copeaux, et qu'on n'atteindra la partie creuse qu'en diminuant beaucoup la partie Tenfiée. Oans ee cas , on oentrera la partie où
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as on a besoin de tout le diamètre , en excentrant celle des extrémités , qm '- doit être plus menue.
On ne peut, pour dégrofisir un morceau de bois avec la bâche, se dispenser de l'appuyer sur un billot k bois debout, fig. 54 , Pi- 9, plus ou moins haut , selon qu'on veut travailler assis ou debout ; on prend ordinairement pour cet usage un morceau -d'orme tortillard, et rarement de fil : la hache, tombant sur un billot de cette espèce, n'est pas sujette à s'ébrécher ; et mème^on tranchant e&t in6niment plus ménagé, que si c'étoit une pièce de bois à iois de travers : ce billot' doit être aussi lourd et d'un aussi grand diamètre qu'on le peut , sans nuire par sa pesanteur au plancher qui le porte; plus il sera lourd, moins 1^ coups se feront-entendre des pièces voisines du laboratoire , et la raison physique de ce Ëiit est facile à sentir : il en est de même de tous tes ustensiles destinés à recevoir des coups ibrtfi et multipliés , tek que billot» d'enclume , -et d'étau^ à foirer ou plaaîr , des établis de menuiserie, des établis de Tour, qui, comme on le verra par la suite , doivent avoir une certaine épaisseur : voici cette raison.
Un coup , frappé sur un corps quelconque , tend à le déplacer. C'est par cette raison qu'un clou entre s<ms Je coup de marteau : mais si l'on veut enfoncer ce clou avec un marteau trop foible, il n'entrera pas; et sa résistance étant plus forte que la puissance, le coup se fera entendre, au loin : mais si le marteau est beaucoup plus fort , le clou entrera, et le bruit sera ' ntOHïs grand , attendu qu'une partie de la- masse, à peu-près égale à la force du coup, étant déplacée, une grande partie de cette masse perd presque toute sa réaction. Si donc le billot est foible, presque toute sa masse étant délacée , elle communiquera son impulsion au plancher, et le bruit de chaque coup sera sensible dans les pièces voisines : si au contraire le billot est très-lourd , comme il '&ut un grand efibrt pour le déplacer , un coup , quelque violent qu'il soit , sera amorti dans la masse , et le bruit sera près-: que nul pour les voisins.
C'est par une suite de ce principe,- que quand cm vent enfoncer un clou dans une cloison de bois , on place quelqu'un derrière pour cotare-terùr^ sans quoi, la cloison étant forcée par le coup de rentrer, l'efTort du marteau sur le clou est en partie perdu. C'est par lemémeprincipe qu'un coup tiré à balle perpendiculairement à la girouette la plus mobile, la perce sans qu'elle ait le temps d'être déplacée, parce que le mouvement étant txèaaccâéré , et l'air la contre-tenant , le trou est plus t6t fait qu'elle n'est déplacée.
Il y a encore un autre moyen assez ingénieux pour empêcher que le
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bruit d'une enclume ou d'un tas sur lequel on forge ne se fiasse entendre „
<Uuii> les pièces voisines : c'est de flicer le billot dans un baril assez grand fi" '^■ pour le contenir très au large : on remplit de terre , ou mieux encore de s&ble un , tout le vide que laisse le billot , et on a soin qu'il y en ait dessous 3 à 4 pouces au moins. Il est clair par ce qu'on vieot de dire , que les coups se trouvent ainsi amortis, et que le corps mou , interposé, n'est pas propre à transmettre le mouvement , et par suite le son.
Lorsque pour, tourder un morceau de bois, on veut le prendre dans une bûche ou dans toute autre pièce engriune, il faut d'abord examiner 9vec attention de quel sens il est plus à propos de le prendre, pour éviter un nœud , une fente, de l'aubier ou autre dé&ut. Lorsqu'on se sera déterminé, on coupera le morceau sur sa longueur; puis, examinant s'il est de fil, si quelque nœud ne dérange pas ce fil, on essaiera de le fendre avec un coutre ou des coins : mais on. ne peut jamais apporter assez d'attention pour fendre un morceau de bois : à moins d'avoir un long usage, il est rare qu'un commençant ne .réduise pas & être trop petit , un morceau qui étoit de beaucoup trop gros; à l'instant qu'on s'y attend le moins, le fil se dérange» et la fente va tout de travers : d'ailleurs, il est assez peu de bois qu'on doive se hasarder à fendre. Le plus sûr est de les débiter à la scie. On en use ainsi pour tous les bois des îles dont nous avons parlé ailleurs.
. De tous les bois, le frêne est celui qui se fend le plus, droit, parce que ses couches annuelles étant très-marquées et d'une densité beaucoup plus grande que celle de la substance médullaire, la fente ne sauroit passer d'une couche à l'autre. Et, sans nommer ici toutes les autres espèces de bois , il suffit , pour juger de leur disposition à être fendus , de connoître leur coDtexture , la manière dont ils se gouvernent sur pied , et les accidens qui peuvent leur survenir. Ainsi l'orme tortillard ne sauroit jamais être fendu, parce que, hérissé, dans sa longueur, d'une infinité de branchages qu'on coupe à mesure , et qui formenl autant d'excroissances ou loupes, par l'extravasation des sucs nourriciers, sa contexture est interrompue par une infinité de nœuds qui entortillent les fibres, et n'en font qu'un amas de filamens entrelacés les uns dans les autres. C'est pour cela qu'il est très-bon pour faire de gros moyeux de voiture, et qu'U reçoit et retient \enrayage le plus fort et le plus solide
Le pommier sauvageon ne sauroit se fendre par une autre raison. Quiconque a vu en Normandie les routes bordées de pommiers , a dû remarquer que leur position et kur venue doivent disposer leurs filamens , de
• manière à n'être jamaU droits. Ces fibres , si l'on y fiiit attention , sont , pour l'ordinaire , disposées en forme de torse : aussi , si l'on s'obstine h fendre un morceau de sauvageon , il n'est pas rare que la fente tourne sur elle-même, et arrive à l'autre bout, à l'équerre de la ligne d'où l'on ett parti. Les ouvriers appellent les bois de cette espèce , des Bois roulés. ■ On conçoit bien que les précautions que nous venons d'indiquer pour le débit des bois propres au Tour , doivent être appliquées à leur ébauchage à la bâche ; qu'il ne suffit pas d'avoir refendu un morceau , si , en voulant l'ébaucber, on prend trop de bois à contre-fii.
Supposons qu'on veuille tourner un cylindre d'un pouce de diamètre ,■ et qu'on doive le prendre dans une bûche ou dans une planche ; dan» l'un et l'autre cas, voici comment on doit s'y prendre. Il faut d'abord examiner si l'un des bouts peut servir , attendu que, dans les bûches , le bout est toujours fendu en une infinité de rayons , qui s'augmentent lorsque l'ouvrage est fini : et même lorsqu'on n'aperçoit pas ces fentes , elles n'en n'existent pas nmîns , et quand l'ouvrage est terminé, les moulures tombent d'elles-mêmes. Rien ne peut rendre cette assertion aussi sensible , que le cas où l'on tourne des pieds de caisses à jardins : si la pomme qui est à chaque pied est prise dans du bois fendu , on voit au bout de quelque temps une partie de la sphère se détacher , et elle cesse d'être ce qu'elle étoit
Il faut donc retrancher, avec une scie , le bout de tout morceau de bois pris dans une bûche ou autre pièce de bois qui a été long-temps exposée à l'air. Il faut ensuite prendre plus de longueur qu'on n'en a besoin , si l'on vent que les trous des pointes ne paroissent pas. Enfin, comme il est rare qu'on scie le bois parfaitement droit, il faut, dans tous les cas, prendre plus de bois que la longueur de la pièce ne l'exige.
Si l'on craint de gâter un morceau précieux , ou que le manque d'usage ne rende pas assez maître de la hache ^ on prendra avec un compas à bonnes pointes d'acier et asses fort pour n'être pas flexible , environ deux lignes de plus que la moitié du diamètre 'de la mesure qu'on veut suivre ne l'exige. Cette ouverture donnera le rayon du cercle à tracer. On posera la pointe sur un des bouts de la pièce qu'on veut tourner, et tournant le compas , on. verra si le cercle est inscrit dans la surface du bois. S'il se trouvoit du vide d'un ou d'autre côté, on reculeroit la pointe en sens contraire , jusqu'à ce que la pointe décrive un cercle sur le bout de la pièce, et ou le tracera d'une manière assez sensible. On répétera cette <^ration à l'autre bout : puis, posant le morceau de bois siir l'établi de menuj-
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série , on enlèvera , avec la demi-varlope ou riffiard , tous les angles , eu ■
approchant du cercle à chaque bout , et sans prendre sur le trait de com- ^'" '^* pas : on en fera autant à tous les angles qui excèdent le cercle , et la pièce sera disposée à être tournée.
Si l'on n'a pas d'établi de menuiserie, on sera contraint de se servir de la hache. Mais comme nous supposons qu'on n'en a pas encore l'usage, et que si l'on veut aller k grands coups , on risque de se blesser , voici les principales précautions propres à prévenir le danger. On posera la pièce sur le billot, en la tenant par l'autre extrémité; on hachera légèrement et à petits coups comme si l'on vouloit rendre la pièce un peu conique par le bas. Par ce moyen , on sera sûr de n'ôter de bois que ce qu'il en &ut pour atteindre le cercle On retournera la pièce bout pour bout, et on en fera autant : après quoi, on pourra juger à l'œil, en hachant d'un œrcle k l'autre, si le trait est droit, et où -il y a du bois à ôter. Nous répéterODs ici, en faveur des aHumençans , qu'il ne fout pas frapper avec la hache sur le bois fort incliné, de peur de prendre trop de bois, de fiure des hachures trop profenides , qui ne puissent s'e&cer au Tour; et ce qui est plus important, de peur que le coup, fiappé un peu fort, ne fesse tomber la pièce de la main qui la tient, et que la hache glissant ensuite n'aille les blesser , surtout lorsque l'attention se dirige principalement sur la pièce, et que l'envie d'ébaucher promptement, et d'emporter de gros oopeaux, la distrait encore. Ceci n'est pas aussi inutile qu'on peut le croire ; nous l'avons vu arriver plusieurs fois : à moins d'être parfaitement in lait, il vaut mieux, au risque d'être plus long-temps , donner des coups de hache presque parallèlement au bo« ; on prendra peu de matière; la hache tombera souvent sur le billot , mais aussi on ne court aucun risque , et on ne gite point la pièce.
' Quand le bois est ainsi préparé le plus rond poesiUe, on peut le prendre dans un fort étau de bois on de fer, puis avec une ripe platte, 6ter les angles que la hache a nécessairement laissés; mais, pour peu qu'on ait déjà manié la googe , cela est absolument inutile.
MANUEL D0 TOURNEDR.