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CHAPITRE IL

Manière de. Tourner.

SECTION PREMIÈRE

Tourner un Cylirtdre.

^ I U H cylindre bien tourné est la plus simple et en même temps la pliu

Pl. i5. difficile de toutes les pièces qu'on Êiit sur le Tour: c'est le principe d« tout ce qu'on peut y faire, parce que c'est la seule ptice où l'on soit obligé de diriger parfaitement le ciseau ; de conserver la grosseur donnée» et de juger assez bien du dégrossissement, pour l'atteindre parfaitement k la gouge, de façon qu'il ne reste plus qu'à aplanir avec le ciseau. C'est donc par \k que nous avons dû commencer : c'est-Ià ce que nous ne oçsserons de proposer aux commençans. . .

Un homme fortuné achète un Tour complet, on y joint l'ovale, l'excentrique ; quelquefois aussi un Tour à guillocber : il croit pouvoir &ire une tabatière, la guillocber, etc., parce qu'il t'a vu faire. Le réduire à tourner entre deux pointes un simple tylindre , à répéter plusieurs fois cette opéra- :tion , c'est sans doute le condamner à l'ennui le plus grand; mais l'art ne s'achète pas, il s'acquiert; et nous ne craignons pas d'assurer que ceux de nos lecteurs qui voudront dévorer cet ennui et qui ne passeront à d'autres ouvrages qu'après avoir réusai dans ce premier, auront la satisfaction de réussir dans tout ce qu'ils entreprendront par ta suite.

Pour mettre le morceau ébauché sur le Tour, on fixera d'abord U poupée à gauche, très-solidement, en passant dans t'œil de la vis à la romaine, la tige d'une clef qu'on doit avoir toujours près de soi, et qui sert k avancer et reculer la pointe à vis dont on va parler. ( On sait que toute vis se serre en tournant de gauche à droite, et se desserre en sens contraire. ) Nous ne dirons rien ici de la métha«le qu'on avoit autrefois ~ de fixer les poupées sur l'établi , au moyen de cle& de bois qui entrent dans une mortaise pratiquée à la queue des poupées , et dont les Tourneurs

CHAP. n. -«SCT. I: Tourner un Cylindre. ii3

en ouvrages communs ont conservé l'usage. Cette méthode occasionne un

bruit considérable, et un ébranlement qui se communique dans toute une ^'- '*' maison. De plus, lorsque l'établi est fort large, il est très-difficile de desserrer le coin, puisqu'il faut se baisser, et , avec un maillet ou une masse de fer, frapper sur son petit bout, qui est vers la partie postérieure de .l'établi ; au lieu que les Tourneurs ordinaires, n'ayant pour établis que de simples jumelles, formées de deux membrures, montées sur un pied en patted'oie, ce qui ne donne guères plusdeioàia pouces de large, peuvent aisément chasser les coins , tant par devant' que par derrière sans se baisser , en les faisant déborder de l'un et de l'autre c6té.

Lors donc que la poupée à gauche est ainsi fixée solidement, on approche la poupée à droite, k peu près à la distance que donne la longueur du cylindre qu'on veut tourner, et on la fixe à cette place aussi solidement que l'autre : puis , passant la pointe de la clef dans un des yeux a , ^. I , PI. 1 5 , qui sont sur la tête de la pointe à vis b de la poupée à droite, oa met le morceau de bois sur te Tour, en faisant entrer les pointes dans le trou qu'a laissé le compas , lorsqu'on a tracé le cercle à chaque bout ; et l'on fait avancer la vis à pointe, de manière que toutes deux entrent dans )e bois d'environ deux lignes chacune : on fait ensuite faire à la corde,sur le cylindre , deux tours de gauche à droite , de manière que la corde montante et descendante soit vb-à-vis de l'ouvrier : par ce moyeu , lorsqu'on met le pied sur la marche ou pédale , le bois tourne et vient trouver l'outil. On met i cbaque pointe qne goutte d'buite pour rendre le frottement plus doux.

Il faut avoir toujours près de soi, quand on tourne, une burette à l'huile,^. Il, PI. i5, pourpouvoirmettre une goutte d'huile à chaque pointe. Cette burette doit être de forme conique à très-grande base de peur qu'elle ne renverse. Elle doit avoir un couvercle à charnière , afin que les copeaux que la gouge fait sauter de tous côtés n'entrent pas dans i*buUe.

Il faut non-seulement pour le Tour, mais encore pour toute espèce d'opération et d'outils qui en exigent, employer la meilleure huile d'olive; toute autre s'épaissit dans la burette , aux collets de l'arbre , aux axes des roues, et surtout sèche sur la pierre à l'huile, et ei^>éche qu'on n'affâte très-vifs les ciseaux et autres outils.

. li est rare que la corde se trouve d'une longueur convenable pour que ta pièce fasse assez de tours, depuis l'élévation à laquelle la marche est poifée par le ressort de fa perche, jusqu'à œ qu'elle touche à terre. Un peu d'usage apprendra bientàt à quel poiBt il faut la fixer.

iï4 MANUEL DU TOpHNEUR.

s On peut remplacer la perche par nn^ arc j^acé de la manière survante. Aux deux extrémités de l'étal^i , s'élèrent deux colonnes ou deux pilastres que l'on peut foire canneler pour plus d'agrément.

Deux potences placées au haut de chacune de ces colonnes portent nne traverse dans laquelle passe une boite de bois ou de cuivre qui reçoit le milieu de l'arc.

Ces arcs se font de plusieurs manières ; les uns sont en acier et d'un seul. morceau , dont les deux extrémités sont réunies par quatre cordes qui traversent un baiillet de bois. Ceux-là ont l'inconvénient d'être trop mous lorsqu'ils sont en repos , et trop durs lorsqu'ils sont tendus ; aussi l'usage en est'il presque abandonné aujourd'hui , et on le remplace par un arc composé de trois ou quatre lames de sapin mises sur le plat, au-dessous desquelles sont de petits rouleaux de cuiyre pour que le mouvement aoit plus untfonâe et ptuB doux, et au bout desquelles est fixée une corde tendue poui- former un ressort équivalent à celui de la perche. Sur cette corde est une petite poulie en bois «yant au bus un crochet dans lequel entre la bouclede la oorde du Tour. Lorsque , par l'abaissement de la marche, la corde baisse, ta ponlie va nécessairement au point le plus bas, et est toujours perpendiculaire à l'arbre du Tour et à la marche, soit qu'cm tourne au Tour en l'air, ou au Tour k pointes : et , oomrae il est souvent nécessaire de porter la corde vers la droite ou vers la gauche , ce qui se &it en poussant la perche sur la barre , on obtient le même effet en conduisant la boite à droite ou à gauche; par ce moyen la corde est toujours perpendiculaire à l'établi.

On fait encore ceS Umes en ader trempé très-doux et très-minces, semblables à celles dont «ont composés les ressorts de voitures en C, et dont on connoît l'élasticité; mais les arcs en lames de sapin sont préférables, leur ressort est aussi doux que celui de la perche , et cependant assez ferme.

Enfin on peut encore se servir d'une perche composée également de j^usieurslamnde sapin trèB-mioceB,etalIant en croissant de longueur, la plus courte en dessous.

Si l'on se sert d'un arc d'acier avec barillet , le premier tour du barillet est trop doux : il faut donc que la marche , k son plus haut degré d'élévation , éprouve un peu de résistance de là part du fessort ; et pour l'augmenter, on tiendta la corde assez courte pour que la marche soit appelée un peu plus haut quand elle est abandonnée k elle-même, et pour cela il faut quele barillet fasse à peu près un tour quand la manche est âevée.

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Par ce moyen , en tournant , on sentira une résiatance égale dims tout = l'abaissement de la marche. Mais, si on rendoit le commencement du développement du barillet un peu trop rude, il He serait infiniment trop quand la marche arriveroit près de terre , et outre la &tigue que le tourneur éprouveroit , l'ouvrage s'en sentiroit aussi. 11 &ut que le mouvement soit doux sans être ni foible ni fort

Ordinairement la marche fonne une espèce de X ou / grecque , terminée par une barre : le tout assemblé solidement à tenons et mortaises. Elle est fixée aux pieds de l'établi, au moyen de charuières. On enveloppe une partie de la baire, qui se meut parallèlement à la rainure du-Tour, d'une aaaes grande quantité de corde dont nous allons parler, pour n'être pas obligé de la renouveler souvent: et pour allonger ou raccourcir la corde comme il convient , il suffit de faire un tour de plus ou de moins.

Quelquefois aussi, et cette méthode est plus ingénieuse et plu» commode, la barre porte dans une partie de sa longueur une rainure c, de 6 à 8 lignes de large. On fiiit passer dans cette rainure un boulon carré qui la remplit it peu près, et dont la tête un peu tai|;e est par dessous. Le surplus du boulon est taraudé , et on bit entrer dans cette partie une pièce de quelque Imhs fenne» tel que noyer, alisier, bêtre ou autre d, de 4^6 pouces de long, de la largeur de la marche , et de g à lo ligott d'épaisseur , qui y est retenue par uta écrou à oreilles , qu'on serre et desserre à volonté. L'autre bout de cette pièce est fendu sur sa longueur d'enrircm a ponces, pour recevoir la corde, qui par ce moyen ne peut échapper ni changer de la place où on veut qu'elle soit : e t , si l'on est obligé de porter la corde sur une partie plus à droite de la pièce qu'on tourne, on desserre l'écrou «, et on fiait couler sur la marche la pièce mobile, pour que la corde se trouve à plomb de l'endroit où on veut qu'elle soit sur l'ouvrage: sans cela, on sent que cette corde amenée toujours par le bout de .ta marche vers la gauche, ne resterait pas sur la partie plus k draite de l'ouvrage où on aurait besoin qu'elle fût

On. voit par lifig^ i , que la marche ou pédale n'est pas une ligne draite , mais qti'elle est un peu coudée vers son extrémité où est la rainure. On en use aipsi, afin que la corde passe dans la rainure en sortant d« dessus la pièce qu'on tourne sans qu'elle frotte contre les jumelles, puisque cette partie c répond peipendiculairement k la rainure. , .

Cette méthode est encore utile, lorsque, sans ôter de dessus l'établi le Tour en l'air qui y est, on veut tourner entre deux pointes, ce. qui force 4e pbaer les poupées vers la droite : mais alon il est bon que l'arc puisse

it« MANUEL DU TOURNEUR.

^ couler dé droite à gaudie , sur une barre portée par deux consoles de bois ou de fer, telles qu« nous venons d« tes décrire plus haut.

Quelques personnes, au lieu d'une pédale fixée à l'établi, dont la longueur déterminée ne sauroit être fort giande, se servent d'une barre de sapin bien de fil, et de 5 pieds de long ou environ , large de 4 pouces, et épaisse de lo lignes, qu'on place à volonté, et qu'on passe du pied droit ail pied gauche, selon le besoin. Par ce moyen, on peut tourner dans toutes les parties de la longueur du Tour , sans avoir besoin de changer ta corde si ce n'est sur l'ouvrage. Cette barre est fendue par un bout pour laisser passer la corde , et même cet usage est trèsKMïmmode pour l'allonger' ou la raccourcir selon le besoin , en retournant la barre d'un ou d'autre cdté.

Pour diminuer le bruit que cette marche ccunmuuique dans ta pièce inférieure , on taitte l'autre bout en deux biseaux arrondis , et on y attache avec des clous d'épingle une double bande de feutre.

Les Tourneurs en ouvrages communs ont une pédale en forme d'./rf, fig. a , PI; 1 5 , dont un des jambages est prolongé par te haut , et au bout duquel ils enveloppent la corde ; mais comme cet A n'a guères plus de 1 8 pouces à a pieds de longueur , il est rayon d'un trop petit cercle , et n'est pas fort commode pour que la pièce qu'on tourne puisse faire plusieurs révolutions.

Rien n'est aussi simple que la construction de œt .^ : chacune des trois' barres qui le composent , est assemblée aux autres à mi-bois , et fixée avec des clous rivés par dessous.

La corde propre au Tour dwt être suffisamment torse sans être trop dure. Elle se vend dans toutes les grandes villes, sous le nom AiFilagor«: c'est une corde à trois torons, ou simplement en trois. Quant à sa gros-" seur , il ne faut pas qu'elle soit trop petite ni trop forte. Trop forte , elle a' beaucoup de roideur; et comme elle fait deux tours sur l'ouvrage, s'il est' d'un moyen ou d'un petit diamètre , elle se fatigue ou s'éfiloche bientôt ;■ si elle est trop menue, elle ne dure rien : en un mot, elle doit avoir .environ deux lignes de diamètre. Il y a des personnes qui se servent de petit ' cordeau cablé ou de septain ou de setain , espèce de corde en sept ou neuf brins, extrêmement torse et dure; mais sa dureté m«ne est ce qui doit la faire rejeter, attendu que , lorsqu'on l'applique sur une partie lisse et terminée , elle imprime les marques de ses torOns sur l'^idroit où elle a été appliquée.

La corde à boyau est la meilleure de toutes ; maie , comme elle est (ort

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chère , et. que, lorsqu'on tourne enb« deux pointes, on est souvent obligé == de dégrossir un morceau ^ao<dié grossièrement à la hache, qui laisse des ^'" ' angles très-vifs; cette cordé seroit bientôt usée, et entrahieroit une dépense très-considérable. On la réserve pour le Tour en l'air, et pour les autres , où l'on se sert d'une oorde sans fin.

liien ne s'use aussi vite que la corde d'un Tour.' Pour en retarder un peu la- destruction, il est à propos, quand elle commence à blanchir, de la frotter avec une éponge mouillée légèrement. On tient l'éponge , qui enveloppe la corde au-dessous de l'ouvrage , et l'on fait aller la marche ; mais il ne &ut pas choisir l'instant où la corde est sur une partie tisse et terminée , de peur qu'elle n'imprime sa marque.

On a représentée^, i , un morceau de bois /grossièrement ébauché, et placé entre deux pointes ; et l'on suppose que l'ouvrier est en fece du lecteur , de manière qu'on puisse le voir travailler : ^ est la barre qui supporte l'outit.

L'ouvrier , porté sur la jambe gauche , met lé pied droit sur la marche ; et , pour pouvoir ^re faire le plus de tours possible à l'ouvrage, sans élever considérablonent le pied , on pourra le placer plutôt vers h que vers c , surtout si la pièce n'est pas forte, et ne présente pas beaucoup de résistance à l'ébauchage. Bien n'est aussi facile que de se servir de ta gouge : cependant il y a encore quelques difficultés k bien couper le bois. Nous n'avons pas cru pouvoir rendre sensible la position des différents outils , en représentant l'ouvrier les tenant de ses deux mains et tournant, nous avons préféré de représenter l'outil et l'ouvrage de profil.

La fig. 3 représente la position qu'on doit donner k la gouge, et en généralà toute espèce d'outils tranctians, pour conper le bois comme il faut. Beaucoup de personnes présentent l'outil perpendiculairement à l'axe du bois , sans réfléchir qu'ils ne font que gratter et écorcher. 11 faut au contraire que le tranchant fasse presque tangente avec la cb'conference , et que l'excédent du bois semble venir sur l'outil pour être emporté. Nous disons presque tangente; caria tangente, étant une ligne droite pérpoi-' diculaire à l'extrémité du diamètre, ne fait que toucher la circonférence, et par conséquent l'outil qui suivrait cette ligne n'eutameroit pas te bois. Pour s'exprimer exactement , il faut donc dire que l'outil doit former la> plus petite des cordes possibles; car si on puéseotoit l'outil suivant une ligne approchant du diamètre , c'est comme si on forçait le bout du tranchant d'entrer un peu dans la matière , et que par la force du pied on parvint, à amw^^er ce qui résiste i l'outiL Oa.oooçoit qu'on ne peut pro-

ii8 MANUEL »n TOURNEUR.

I. duire ainsi qu'une suite d'écorcfaurei , et c'est à l'inspection d'une pièce Fl. i5. tJe bois ébauchée à la gouge qu'on peut juger si l'outil a coupé ou raclé. A est le morceau de bois qu'on tourne : a £ est la gouge portée par le support c. On tient communément le manche £ de la main droite ; et la main gauche empoigne, les quatre doigts en dessus , et le pouoe en dessous , le haut de la gouge ,- précisément au devant et to«t contre le support cy de manière que la main gauche aj^Miyée contre le support, sert d'arrêt à l'outil , pour qu'il ne prenne de bois que ce qu'on Tcut Nous disons que c'est ainsi qu'on tient communément l'outil , néanmoins il est bon de s'accoutumer à changer de main : il est une infinité de cas où cela est beaucoup plus commode.

Il ne &ut ce{>eDdant pas que la main gauche tienne l'outil si ferme , et qu'elle soit appuyée contre le support si fortement que le tranfdiant puisse ■ atteindre le bois , en allant et revenant : il &ut au contraire tenir de la main gauche l'outil assez légèrement , pour qu'il se prête à un certain mourement presqu'insensible qsi le porte Ters le bois , quand la marche descend, et le retire, quand elle monte. On sentira combien peu il &ut retirer l'outil à sot , si l'on réfléchit que lorsqu'on a emporté tout le bois que présentoit la dernière révolution de la pièce , pour peu qu'on retire l'ontil de l'épaisseur d'un cheven , il ne touchera plus au bois.

l^fig- 4 représente la manière de tenir l'outil : ^esl la main gauche qui , conmse on le voit , empoigne l'outil , les doigt» en dessns et le pouce en dessous. ^ est la main droite qui tient le manche C j la main gauche ne fait que soutenir la direction de l'outil, et la droite soutient Tefiort contre Le copeau qu'on enlève. Au reste, il ne faut pas croire, par la manière dont la main gauche empoigne l'outil , qu'il faille te tenir fortement : un peu d'habitude donnera bientôt plus d'usage que nous ne pourrions iaire par de longues définitions.

La Eorme de la gouge indique asses qu'à chaque coup on fait sur le bois une. rainure circulaire : on en fait de semblables sur foute la longueur du cylindre , à égale distance les unes des autres , et , autant qu'on le peut , k une égale prt^ndeur , afin que le fond de chaque cannelure soit d'un égal diamètre; et, pour s'en assurer, on prend un compas courbe i , fig. i , ou nn 8 de cfaifîre / , même figure ; et on mesure de distance en distance : Baai» il faut avoiF soin de prendre une ouverture de compas d'une ligne, au moins , plus grande que le diamètre qu'on vent donner au cylindre, et de le Mettre à cette grosseur. Quand ce cylindre est ainsi ébauché k ht gong<( dans toute sa longueur , on Me à plus petits coups totrtes les eôles qui

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séparent chaque eann^ure , et on l'amène à être presqu'uni , ne laissant — que de petites côtes inévitables , k cause de la forme de l'outil ; et c'est ^^' alors qu'il &ut se servir du ciseau , l'outil le plus difficile à manier. ' Beaucoup de Tourneurs se servent de ciseaux aûutés carrément, et tel qu'est celui ,fig. 5 : mais , comme en tournant on ne peut prendre le bois de îa.<x , c'est-à-dire , parallèlement à sa longueur , et qu'on est obligé de présenter le ciseau obliquement à l'axe de la pièce qu'on tourne , fig. 6 , ce qui oblige de porter le corps à droite ou à gauche hors de son à-plomb, selon qu'on rinclined'un ou d'autre côté, beaucoup de personnes pré< fèrent , et c'est la meilleure médiode , se servir de ciseaux afiutés obliquement , comme celui fig. 7 ; et alors il suffît de le présmter perpendiculairement au bois , pour que le biseau se trouve oblique , tel qu'on le voit

Il j a plusieurs raisons pour prendre ainsi le bois t^liquement à son fil ; et non pasàfaceou parallèlement au 61. La première estque le bois ainsi coupé présente moins de résistance; et que les pores coupés de cette manière sont couchés sur le bois même: en second lieu^ c'est qu'au moyen de ce qu'on ne doit jamais employer pour couper le bois que le milieu dq tranchant , et qu'on suppose que le bois est déjà ébaudié bien rond , la partie du ciseau qui ne coupe paà, appuie sur un cercle parfait, etnepermet pas à l'outil de couper autrement que suivant la direction qui lui est imprimée par la partie sur laquelle pose le dseBu.

Il faut encore poser cet outil presque dans la direction d'une tangente «u cylindre : moins on veut empc«-ter de bois, plus on doit approcher de la tangente. Si l'on veut en emporter un peu j^us, <hi le placera dans la direction d'une corde du cercle; et la manière de juger si l'outil est bien placé, et si Von coupe bien le bois, est de voir si les copeaux qui sortent sont lai^s, frisés, et d'égale épaisseur.

Il faut prendre garde , en exécutant ce que nous prescrivons par rap» port 4 l'inclinaison de l'outil sur le bois , de tomber dans l'excès : les commençans sont sujets à s'y tromper ; ils s'apperçoivent que plus ils inclineot l'outil, plus ils coupent net, et plus le copeau est frisé : mais comme alors la trop grande obliquité de l'outil le fait approcher de la perpendiculaire à l'axe du cylindre, il n'y a gueres alors phis de deuxJignes de la largeur du biseau qui coupe le bois, -et au lieu de planir le cylindre,, £omme ou doit le foire , sa surface ne présente qu'une suite de sillons composées de portions de cercles d'un très-grand diamètre , et on u^ peut effacer entièrement les côtes insensUtles que ce déûtut laisse après lui.

iio MANUEL DU TOURNEUR.

= Il faut donc , quand on ptanit un cylindre , que le ciseau glisse parallè- ■ lement le long de la pièce, et ce mouvement doit être le plus égal possible sans re|>os ni secousse , sans cela on compte sur le cylindre chaque reprise ou coup d'outil; cette opération est très-difficile, et c'est pour cela que nous recommandons de la répéter le plus souvent possible poury acquérir la justesse de main. ■

Nous l'avons dit t une des qualités que doit avoir le copeau , est d'être large et net Or, pour en obtenir de pareils, il faut que l'obliquité de l'outil soit la moindre possible, et cependant suffisante pour couper net, c'est-à-dire qu'il doit former un angle de vingt degrés environ avec l'axe du' cylindre. On ne doit , dans cette opération , rien craindre de l'angle inférieur de Toutil : mais il n'en est pas de même de l'angle supérieur, qui , comme on l'j» déjà dit, doit toujours être élevé audessus du bois, et ne l'entamer jamais. Lorsqu'on veut présenter le ciseau trop à face pour tourner plus plan et plus également , il est assez ordinaire que l'angle supérieur accroche le bois, le pénètre profondément; et comme cela arrive à l'instant où l'on .s'y attend le moins, la circonférence entière du cylindre est entamée, et il est rare que ta surface ne soit gâtée sans remède à cet endroit, (cet accident se nomme Coup-de-Mattre ).

C'est surtout en se servant du ciseau qu'il est difficile de tourner bien rond. On peut même assurer que cela est physiquement itnpossible. Pour s'en convaincre , il suffit' de tourner partie à gauche et partie à droite , et l'on verra que jamais les surfaces ne se rencontrent parfaitement C'est pour cela que, quand on veut tourner une pièce qui s'accorde avec une autre, on prend le parti de la gratter de la manière que nous dirons en son lieu.

' Nous avons vu quelques personnes, et surtout des Allemands, tenir le àseau d'une manière assez singulière , et propre à couper le bois assez net Elle consiste à passer la main gauche par derrière la corde, à saisir le cylindre avec les quatre doigts, et à mettre le pouce sur le biseau. Par cette méthode on fixe l'outil d'une manière plus sûre, sur la partie déjà tournée et ronde , et la variation de la main se faix beaucoup moins sentir sur l'ouvrage. Nous avons vu employer cette méthode très-utilement par un faiseur d'instrumens à vent qui tonrnoit très-bien, et surtout très-net, des corps de flûtes en buis, et de bassons en érable. Cette double expérience sur un bois dur et sur un autre très-tendre , prouve que cette métfaode peut être appliquée dans bien des cas ; mais principalement quand la pièce se Trouve faible et très-mince, pu rapport à sa longueur, car alors

CHA.P. II. Sect. I. Tourner un Cylindre. lai

Telfet de l'oHtiL combiné avec celui da pied , tend k U feire plier , et ipn ss conséquent on ne peat tourner rond , pau-oe que te boii n'eat entamé qu« par secousse , et non uniformément.

Quand on est parvenu à tourner un cylindre un peu paasablomoitt il &ut passer la main , eu l'empoignant , d'un bout À. l'antre , et l'on seotint des ondes que l'œil ne peut découvrir. C'est ainsi «pi'on peut juger 4» la perfection de l'ouvrage.

Quelque habileté qti'on ait acquise, ud (^liodre n'est jamais par&itfS ment rond , plusieurs causes s'y opposent : l'inégalité de densité , surtoiA dans les bois de quartier, et l'inhabileté du tourneur. Pour s'en assurer, il faut prendre un graiu-d'orge bien affûté et le présenter k la sur&ce du 4^Iindre en toumaat, de manière à l'effleurera peine. On verra la pointe du grain-d'orge entamer le bois sur toutes les parties saillantes , 'et ne paa l'atteindre dans les autres; preuve incontestable de ce qiw nous avançoqs. Quand on se sera assuré de c^te imperfection , il £iut avoir le courage ^ Teeommencer.

A moins d'avoir la main bien exercée et bien sûre, U est impossible ai corriger au ciseau l'imperfoction qu'on a remarquée; Le plus sûr est de reprendre la gouge, et de ne couper que ce qui exoède d« bois pour la par&ite rondeur, en laissant le surplus sans y toucher à peine. Puis on reprendra le ciseau , et on s'étudiera à &ire mieux que les- foi» précédentes, et de cette mani^ on atteindra ea-quelqnea séances à la per£ection.

On sent bien fpi'en procédant ainsi , on diminue toujours le diamètre du bois, et que si l'on s'étoit donné un diamètre peur le cylindre, oa l'auroit déjà passé. C'est pour cela qu'on ne dcùt rien entreprendre d« précieux qu'<»i ae soit sûr de sa main,

1 Outre la difficulté de tourna- parfoitement rond et de bien pknir la pièce, il en est une autre très*considérable, celle de lui conserver le même diamètre d'un bout k l'autre. Et, quoiqu'on, ait la ressource du «ompas d'épaisseur, s'il s'agit.d'une perfection mathématique , comme dan# le^ collet» d'une machine, qui doivent être parfaitement cylindriques , ou dans la gorge d'un étui , il est possible qu'on se trompe assez sensiblement, selon que le conq>as aura plus ou moins' serré l'cndiioit où on l'aura appliqué. Il y a mérae^ k cet éf^urd, une circonstance où Ton tombe dans l'erreur sans s'en apercevoir , Ëàutc d'en connottre la cause.

Su^KMCms qu'on veuille tourner uo cylindre parfùt; on U -Jaugera (, c'est le .terme dont oo se sertpour exprimer l'action de prendre, l'épais- T. 1. i6

laa MANUEL DU TOURNEUR.

■ ■ I. ■ Ktmr «Il compas) arec quelque soin, en un endroit de sa kxi^eur, par PL. 1 5. exemple , à un des bouts. On veut Toir si i six lignes plus loin il a la même grosseur : il se trouve en cet endroit imperceptiblement plus gros. Le compas y passe, mais un peu plus juste : et cependant on s'en fxintente. On essaie eneore six lignes plus loin : il y passe encore un peu plus juste : on s'en contente encore; et après avoir ainsi mesuré de distance en distance , le compas passant toujours, quoiqu^un peu juste , on croit que le collet est parfaitement cylindrique, et cependant ïl n'en est rien : car, si l'on présente une seconde fois le compas au bout , par lequel on a commencé, on est surpris de trouver une demi-ligne, plus ou moins de d^érence.

I^a cause de cette singularité est £icile à saisir. A chaque fois qu'on mesure, le compas s'ouvre insensiblement, et toutes ces ouvertures réunies, donnent à la an une différence très-sensible. Il faut donc examiner à chaque fois si le compas entre avec la même ûcilité ; et, pour en juger mieux , il * ne &ut pas le forcer à passer, mais le suspendre sur la pièce en le tenant légèrement , et l'abandonner à son propre poids. S'il passe avec la même facilité , on -peut être assuré de l'épreuve; encore sera-t-il boa de revenir à Vendrait où .on l'a commencée.

Tous oea détails paroîtront plus que minutieux k la plupart de nos lecteurs, qui, impAtiens de tourner, a^imaginent qu'il suffit de- couper pasadblement le bois : -ceux-là seuls ea sentiront la nécessité et l'importance^ qui ont acquis une certaine habileté : mais comme notre but unique est de consàovr les préceptes qui conduisent à la perfection , et que nous n'avons pour but que d'insUiiire l'homme le moins exercé, nous avons dû ftoivre la route que nous nous sommes tracée. Combien de personnes, pour avoir négligé ces commenceraens , tournent une infinité de pièces , même compliquées , où l'on trouve des dé&uts essentiels , sentent bien ce qui leur manque , et n'ont pas le courage de revenir sur leurs pas I

L'opération qui reste à &ire au cylindre^ ne peut être &ite que lore- • qu'on aura acquis assez d'usage du Ciseau pour le m^triser : c'est de couper les deux bouts i an^es droits. Pour cela on se servira de l'angle supérieur du ciseau , ou de l'un des deux d'un ciseau carré : mais dans cette opération on rencontre uA double écueil : oU de creuser ce bout , si le ciseau tenu dç champ sur le support incline trop en dehors. , ou de le. rendre bombé si on l'incline trop vers le cylindre.

Mais dans ce dernier cas l'inconvénient dont on vient' de parler n'est pas ce qu'il y a de plifS è craindre. On risque , en ontre, que 1« ciseau, M^

CHAP.'IL AicT. II. Tourwr âea Manehêt. tsS

prenant la circonféronce du Cardé, n'éprouve une résistance con^dëndde, ■ et ne trace sur ie cylindre un trait assez profond en forme de vis ; ce qui peut arriver , mâme aux pliis bahiles , À l'instant où on s'y attend le moins. La raLion de cet accident est aisée à sentir. Un ciaeau de Tour i deux biseaux, dont le bout-eatdans une ligne supposée dans Tépftisaeur' du oisea^d. Ainsi, quoique le biseau qui impute contre le bout du cylinibe, soit dans le plan du cercle qu'fHi décrit, il n'en est pas moins vrai que le tranchant du ciseau est dirigé cJ>liqu«inent au cylindre , et qu'ainsi * pour peu que le bord du cercle accroche ce tranchaftt, la résistance repousse l'outil vers celui qni le tient , et t'efiort continué , malgré la surprise * fait qu'on continue d'entamer le bois qui ne peut l'être qu'obliquement par l'angle, qui, k cause de cette obliquité, trace sur le cylindre même une ligne en forme de vis , qui est déji fort loin , avant qu'on ait eu le temps de retenir routil.

-Pour éviter cet incoDvénieot, il fiàut préalaUemoM fermer un chanfrein sur l'angle du cylindre avec le ciseau , et avec une gouge moyenne enlever l'obliquité iormée par le trait de scie ; il &ut avoir soin , dans cette opération , connue dans la précédente, d'élever la main qui tient le manche de l'outil , pour qu'il se trouve toujours jusqu'au centre de la pièce dans la direction du rayon.

' Cette difficulté rebute beaucoup d'ouvriers , qui, ne pouvant se servir du ciseau , prennent an grain-d'orge vmais cet outil ne coupe pas le bois, et ne fiait que te gratter ; au lieu que le càseau , bien conduit , coupe vif et net , et polit presque le bois en couchant les pores.

SECTION II

Tourner des Manches.

Comme il est très-utile aux commençans qui veulent apprendre k bien tourner, de s'exercer beaucoup à bien couper le bois, nous croyons qu'»- -près avoir quelque temps tourné des cylindres , ils feront bien de s'amuser k tourner eux-mêmes tes manches de leurs outils, dussent-ils ne pas s'en servir, lorsqu'ils seroqt devenus un peu plus habiles. Mais comme (m risque de gâter du bois, il est bon de ne travailler que des bois de Pmnce tels que du frêne, de l*alisier, du cormier ou autres. Et même si Ton vou- -loit s'exercer sur du bouleau, du tilleul ou du saule, ce n'en seroit que beaucoup mieux, attendu que ri«n n'est aussi difficile k tourner que les

^i4 ■ MlNUBi. DU TOURNEUR.

ï;bdis tendres. Voici de quelle maziièce il &ut s'y prendre pour que ces manches soient' tous uniformes.

On fera'iaire , OD sil'bo est suffisamment outillé, oa fera avec de la tôle, de demi-ligne d'épai&seur, un calibre de la forme représentée , Jïy. 9^ dont les deux pointes détenninent la longueur du manche. On y percena titi'troa pour le placer contre un mur quand on ne s'en' sert plus. Cette détermination de longueur n'est pas nécessaire, mais elle est agréable À Yxjai , lorsque tous les outils sont rangés sur les râteliers. La longueur la ■fius courante est de 3 pouces et demi j conapri» la virole. On coupera à méuie une bûche, plusieurs tronçons ou morceiftix de 4 ponces et demi ou environ. On les fendra au coutre, de manière qu'on ait la plus forte .grosseur du manche. On les â)auchera tous à la hache : puis on les mettra sur le Tour à pointes (car jusqn'À présent nous supposons qu'on n'en a pas d'autres, ou qu'on ne s'en sert pas); et si l'on a déjà acquis assez ^'hàlùtude pour ne pastracer de-cetcle à chacun- des bouts^ on les mettra entre les pointes, le pins au centre qn'on pourra, et à la simple vue d'œil. On serrera d'abord peu la pointe à vis ; et on fera tourner en baissant la marche. Il sera aisé de voir si les pointes sont bien au centre ; et si l'on n'en peut pas juger à l'œil, on approchera un peu de crayon rouge pour voir s'il marque également sur tous les points de la circonférence. Si le moroeau étoit plus d'un ç6té que de l'autre , on donneroit sur la partie cpii jiTance trop, un léger coup de maillet, de marteau, ou du champ du ciseau , et par ce moyen on reculeroit le centre. On essaiera de nouveau , et on procédera ainsi jusqu'à ce qu'il soit bien. On commencera par Ëiire, avec la gouge, une espèce de poulie/, à un des bouts, de 6 à 10 lignes de large, en réservant deux bords relevés, poar y placer la corde. On cïuÀsira toujours, pour cela, le bout le moins beau et le moins bon. Puis on placera cette poulie et la corde près de la pointe à gauche, pour plus de commodité. On ébauchera ensuite le manche à la gouge dans toute sa longueur. On coupera à angle droit le bout qui doit recevoir la virole, et de ce point on tracera avec le calibre , dont les pointes doivent être vives , un -c««le sur le manche près de la bobine, et par ce moyen on aura une longueur égale et constante. On aura soin que le cylindre soit de la grosseur convenable et égale pour tous les manches , surtout vers la poulie qu'on a réservée.

On doit se procurer une certaine quantité de viroles en cuivre. On en ciioisÎTa une, on abattra en cAon^m avec une lime demi-ronde l'angle intérieur d'un des bouts de cette virole; et prenant avec un compas à

CHAP.il Sect. Il Tourner de» Manche». laS

jambes. en dehors , ^. 1 5 PI. i , 'connu sous le nom de SUailrt'à-danser, ^^b=s le diamètre très-juste de l'intérieur de la virole, on aura, par l'autre "'■* '^' bout du compas la grosseur qu'il laut donner au tenon qui doit y entrer. Oi tracera avec l'angle du ciseau, sur le cylindre, la longueur de la virole ; puis, avec une gouge de médiocre grosseur , on ôt«a à peu près œ qu'il faut de bois pour le réduire à la grosseur requise. On coupera à angle droit, et même un peu en rendant, la partie contre laquelle doit appuyer ta virole, et enfin avec le ciseau on mettra le tenon à la grosseur convenable, c'est-à-dire, un peu plus gros que le compas ne l'Indique,-afin qu'il entre à force. Sans cette précaution, Itn^ue les chaleurs de l'été auront séché les bois, il est assez ordinaire de trouver les viroles sur les établis ou sur les râteliers , et quittant . très-aisément les manches. Cest pourquoi on ne doit employer à cet usage que les bois les plus secs.

Pour tourner ce tenon au ciseau, il iaut avoir acquis une grande habitude de cet outil : car si la main varie un peu , ou qu'on ne soit pas assuré ■de tourner pai^Ëùtement rond , la virole en souffiira , comme on va le voir dans un moment. Les oommençans fieront bien de terminer ce tenon avecun ciseau à un biseaujjj^. 3, PI. la, c'est-à-dire, de ceux avec l«ftquels on gratte les bois durs, et l'écaillé; ce ciseau doit être parËûte» inent a£Ëùté: on le présente au tenon à peu près vers le diamètre, un peu au-dessus , et l'on prend le moins de bois possible.

Si cependant on toumoit du bois très-tendre, tel que du tilleul ou autre , on ne pouiroit jamais se servir de ce dernier ciseau ; ces bois devant ab$<^nment être coupés.

On posera la virole debout, la partie qu'on a ébUelée en dessus , sur an tas , bigorné, ou autre corps très-dur et droit. On y présentera le manche qu'on suppose de grosseur convenable. On le fera entrer en frappant sur le bout opposé ; et on continuera jusqu'à ce que la virole touche également sur les bords de l'arrasement qu'on y a fait

On le remettra sur le Tour, et si l'on a bien opéré, la virole doit tourner rond, ou à peu de chose près. Si cette virole a été polie et ornée de filets, et que l'emploi qu'on en a fait ne l'ait pas gâtée, on pourra la laisser telle qu'elle est : il faut cependant voir si la partie qui a posé sur le ta» ou bigorne n'a pas été froissée; et dans ce cas, on peut, donner à cet endroit, sur le Tour, un léger coup de grain-d'çrge pour en redresser le bout; puis. on donnera un léger coup du même outil sur V^'i^s'c pour -en ôter le vif.

OHnme dans cette opération oq doit. avoir eu soin de conserver les

lafi MANUEL DU TOURNEUR,

s centres , «n ne donnant point de coups de marteau dessus , on remettra le manche sur le Tour; et si l'efîbrt qu'on lui avoit fait subir, l'avoit un peu dérangé du rond , ce dont on s'apercevra en j présentant l^èrement une petite gouge, on frappera aved un maillet, vers le bout dérangé, sur la partie qui avance trop. Puis on terminera le manche au Tour.

Nous ne pouvons déterminer ici la forme k donner aux manches d'un laboratoire : cela dépend absolument du goût. I^es uns les veulent tout unis ; d'autres leur donnent difîférens |H^fiIs. Il nous semble que la fonne que présente la Jig. lo est assez agréable. D'ailleurs le renflement qu'on y 'voit contribue à ce qu'on le tienne plus commodément dans la main , et les doigts saisissent la partie diminuée.

Supposons donc qu'on adopte cette forme , et qu'à l'époque où nous en sommes , le morceau de bois garni de sa virole soit un cylindre , de la grosseur déterminée, il ne s'agit plus que de lui donner la forme adoptée. On Àtera avec une gouge tout le bois qui est de trop : on jaugera de temps en temps , avec un ccmipa]} , à des distances convenues de la virole ,' pour que les dégagemens et. les I^enflemens se trouvent uniformes : et petit k petit on amènera, avec la gouge, le morceau k avoir k peu près la forme désirée.

En cet inalant , on vérifiera de nouveau avec le calibre la longueur que doit avoir le manche , en appuyant une de ses pointes ccoitre la virole , et l'autre près de ta bobine , et on achèvera de lui donner la forme désirée. . On peut, si l'on veut, avant le renflement qui est près de la virole, et tout contre elle , former une petite baguette qui la détadie avec grâce ; ce 4|ui se fait avec le ciseau en finissant.

Quand le manche est ébauché tout près de son profil avec la gouge , on le termine au ciseau. C'est dans .la partie diminuée, et au renflement près île la virole , qu'il faut surtout savoir se servir du ciseau à droite et -k gauche. Toutes les fois qu'on forme une partie arrondie, c'est de la partie la plus prochaine de l'angle inférieur du ciseau qu'on doit se servir , et il •ne faut pas former une révolution entière à chaque coup de ciseau , mais le tourner pendant celte révolution, de sorte qu'à chaque coup de pied ou de pédale le ciseau tourne sur la partie ronde. Si l'on s'y prenoit autrement, on verroit sur une partie sphérique ou sphéroïde, autant de côtes qu'on auroit donné de coups de ciseau.

On coupera donc d'abord le bois de <z en 5 , fig. lo , parce que les fils descendent, puis de c en 6 par la même raison; et, à moins d'une trèsl<»igae habitude , on n'accordera pas les deux coupes de bois au fond de la

CHAP. II. Sect. II. Tourner deë Màncheê. 137

gorge b : rien n'est aussi difficile. On retournât ensuite le- cisean pour =as=^ arrondir de c en d ^ et avec l'angle inférieur du ciseau oa formera le fond ^'" ' ^ du dégagement de la petite baguette, qui ne doit pas avoir plus de deu^ lignes de diamètre ; et ce dégagement n'est rien autre chose qu'un angle très-aigu , que forment deux cercles qui se touchent

Ia baguette, étant d'un très-petit diamètre , doit être de même coupée de l'angle inférieur du ciseau , c'est-à-dire , qu'il ne doit pas y avoir plus d'une demi-ligne de l'e&trémité du biseau qi|ig|oupe le bois ,.et toujours on doit tourner le ciseau quand la marche descend. Nous ne poqvons trop le répéter, rien n'est aussi difScile que de bien arrondir, et surtout . les parties très-petites. Quelque ouvrage de sa façon que vous présente un homme qui se dit Tourneur j s'il plane bien un cylindre et arrondit bien une baguette ou une doucine , il a tout prouvé en sa faveur : il coupe bien le bois ; mais il faut le voir travailler : car souvent on répare k la prêle on autrement les déËtuts que le manque d'habileté a laissés sur l'ouvrage.

Lorsque le ciseau descend dans une gorge , il est souvent trop large ; mais dans ce cas on le biaise ua peu plus , et par cet artifice on pourroit parvenir à faire avec un ciseau, même iat^, une ligne très-courbe; c'est même une des preuves qu'on puisse donner, qu'on manie bien le ciseau; et même pour ùiire rencontrer les deux coupes au fond de la gorge , c'est de cette manière qu'on doit s'y prendre.

Il Êiut prendre garde à ne pas couper le bois en remontant : ainsi , on le coupera de c en d en allant vers la virole ; puis de c en 6 , ensuite de a en bf et enfin de a en 9 .- par ce moyen, les fils se trouveront coupés net ; et les pores seront couchés.

Si l'on coupe le bois bien net, que les coups d'outil se rencontrent bien, et qu'on ait tourné parfaitement rond, pour peu que le bois soit dur, comme le pommier ou l'alisier, il doit être presque poli, et prêt à être employé: on prendra sur l'établi, à pleine main, un peu des copeaux minces faits au ciseau , et empoignant le manche , on le fera tourner environné de ces copeaux : ce qui achèvera de lui donner du lustre.

On peut remarquer sur Isififf- 10, par le profil du manche, qu'on suppose qu'il est terminé : mais on remarque aussi que la poulie ou bobine y, est réservée. Comme il y a encore quelque opération à fiiire à ce manche , nous ne parlerons pas pour le moment de la manière de couper cette bobine; nous avons encore quelques réflexions à présenter, et il sufiit

laS MANUEL DU XOUftMEttR.

^— -^^de dire que cette bobioe doit tenir au manche par une continuité dei'L. I S. ifQis de six lignes au moins de diamètre.

Si ce manche étoit de quelque bois précieux, tel que du bois de rose, violet, de palissandre, d'ébène ou autre, on pourroit couper les morceaux à peu près à la longueur que le manche doit avoir. Au lieu de la partK de la bobine qui devient perdue , on réserveroit ta partie « a , cylindrique , pour y placer la corde pendant qu'on termineroit toute la partie du mancht de a en c. Puis, mettant L^ corde dans la gorge t, on termineroit le bout « en poire, en aboutissant jusque contre la pointe, dont on laisseroit le trou le moins profond possible ; mais toujours y auroit-il une marque de ce trou, ce qui n'est pas propre, et qui n'a pas lieu avec la méthode . que nous avons précédemment décrite. D'ailleurs, c'est une dépense d'assez peu de conséquence pour qu'on doive y regarder. Lorsque nous parr ' lerons du Tour en l'air, nous donnerons un moyen simple de tourner ce manche , et beaucoup d'autres pièces sans qu'il y ait de marque d^ pointe. Voici la manière de terminer ce manche sans Tour en l'air.

Le trou qui doit recevoir la soie de l'outil (on nomme ainsi la queue de tout outil, même celle d'un couteau à gaine), doit être au centre du manche. Tout autre moyen que de le percer au Tour n'est pas sûr; nou^ sommes donc conduits à parler du Tour à lunette.

On nomme lunette une pièce de fer, de cuivre ou de bois, à laquelle on a pratiqué un ou plusieurs trous coniques, pour contenir le bout d'un cylindre, ou de toute autre pièce, et au moyen de laquelle on conserve la Ëtculté de travailler au bout, sans être gêné par la pointe. , A,fig' 1 1 Pi- 1 6 , est une poupée à lunette : .S est |a lunette. C'est ordinai-

Pt. !<). rement un plateau rond, de cuivre, percé au centre d'un trou circulaire, dans lequel entre un boulon de fer à tête et tourné parfaitement rond et juste au trou, d'une longueur un peu moindre que l'épaisseur du pla< teau. A la suite de cette partie ronde, est un quarré un peu moins long que l'épaisseur de la poupée. Enfin le surplus est taraudé de la à i5 lignes de long, et reçoit un écrou, qui, appuyant contre la poupée, et serré contr'elle, serre la lunette contre la poupée. On peut voir la forme de ce boulon dans la^^. a, son écrou à part, J^. 3, et la clef pour le

On voit que cette roue tourne par son centre sur le collet a du boulon , fy. a, et comme sur une même ligne circulaire, .sont une douzaine de trou» coniques de différens diamètres, on présente au centre de la pointe cdui qui fonvient le mieux au ■monxau déjà tond par ud boiit

CHAP. n. Sbct. II. Tourner des Mancheg. 119

On fait encore d'excellentes Innettes en fer. La dépense est infiniment 3 plus considératHé , mais les pièces qu'on y tourne y ont un mouToment beaucoup plus doux; et d'ailleurs , comme aux unes et aux autres, rni.est obligé de mettre un peu d'httite , si Ton y tourne de l'ivoire , ou iki bois de couleur un peu claire, cette hnile forme sur le cuivre dans lequel la pièce tourne une boue brune qui s'incorpore, et trace prctfondément -un cercle brun que rien ne peut enlever, à moins qu'on n'ôte une d«niligne de matière.

Enfin il est une dernière manière très-économique de faire des lunettes: on les construit en bois , en mettant sur le Tour de petites planches parallélogrammes , de 6 à 7 lignes d'épaisseur, de 6 à 7 pouces de long sur 4 de largeur. On pratique au bas une entaille , Jîg. 6 , au moyen de laquelle on. la fait entrer dans le collet du boulon, et on la fixe à la hauteur' convenable.

Pour percer ces lunettes , voici comment on s'y prend , lorsqu'on n'a pas ■de Tour en l'air : l'opération est beaucoup plus difficile , mais comme nous nous sommes engagés à détailler toutes tes opérations, celle-ci trouvera bien sa place.

On tourne entre deux pointes un mandrin, ^^. 5, sur lequel on réserve une poulie ou bobine. On lui donne une forme conique très^allongée ; et, • à l'aide d'un vilebrequin, on perce un trou cylindrique à l'endroit de la planchette où l'on veut avoir le irou conique : ce trou doit être plus petit que la pièce qu'on veut mettre à la lunette, et on y fait entrer le mandrin conique un peu de force, afin que la planchette tienne solidement sur le Tour. On mettra le mandrin entre deux pointes, et on verra si la planche tourne dans Un même plan , c'est-à-dire si elle ne va pas, d'un côté et d'un autre : ce qui arrive presque toujours. On la redressera avec un maillet jusqu'à ce qu'elle tourne bien droit; puis, avec un denii-graind'oi^ coudé à l'équerre, ^/îg-. 7 , on évasera le trou de la planche , et on le rendra conique; quand le bois sera entièrement ôté, la planche quittera d'elle-même; mais il faut, avec le maître à danser , mesurer si le. cône aura la grandeur suffisante pour la pièce à laquelle on le destine.

On choisit, pour faire ces espèces de lunettes, du bois uu'peu dur«t compact, tel que du cormier , de l'alisier ou du sauvageon. Et lorsqu'on tourne dans cette lunette , elle doit auparavant avoir élé frottée de savon : car , pour le dire en passant , les bois qui éprouvent des frottemens l'un contre l'autre, ne doivent être frottés que de savon, et jamais d'huile , qui, pénétrant dans les pores, les fait gonfler, roidit les tenons, et rend Jes frottemens durs et difficiles.

i3o MANUEL DU TOURNEUR.

^— e— ^ Quelle que soit l'espèce de lunette dont on se servo (U dernière est, Pl. 1 6. gans contredit , la moins bonne ) , on approchera la poupée , gxmie de celle qui convient à la grosseur du t^lindre qu'on Teut y placer, et lorsquele trou sera parfaitement concentrique à la pointe, on serren l'écrou snf' fisaroment pour que la lunette ne puisse pas varier. On mettra le manchesur la pointe à gauche, puis on le prendra par la -nrole dans la lunette,, et on essaiera , en disant aller la marche , si le frottement est trop fort ou trop foible : dans l'un on l'autre cas, on approchera ou on éloignera la poupée à lunette , qui n'est pas encore très-serrée sur l'établi , jusqu'à ce qu'on juge que la pièce tourne assez aisément On fera entrer la cote dans> la rainure en queue d'aronde qu'on voit au haut de la poupée ; et comme eette cale est plus large par un bont que par l'autre, on la poussera jusqu'à ce que le dessus arrive à peu près au centre de la pièce qui tourne,, mais un peu plus bas, de toute l'épaisseur de l'outil dont on va se servir. On prendra un grain-d'orge un peu aigu, et on le placera au centre de la pièce pour ouvrir le trou à la largeur de la mèche dont on se servira ; puis, avec la mèche, fig. 8 , on l'approfondit en retirant la mèche de temps en temps pour vider le copeau , et la pTongeant dans de la graisse ou la passant à une <^andelle; et, quand on jugera te trou assez profond , on cessera de creuser. On prendra ensuite une mèche un peu • plus grosse : on la présentera d'une manière bien fixe vis-à-vis le trou i puis, empoignant la poupée, on appuiera le pouce gauche sur la mèche , afin de la maîtriser et de £xer le trou parfaitement au centre. Quand on se sera assuré qu'il y est bien , on enfoncera la mèche petit à petit, -vidant Souvent le copeau , jusqu'à ce qu'on soit arrivé au fond.

Gomme on doit être assorti de mèches de toutes grosseurs, on croîtra le trou au degré convenable, pour que la soie de l'outil qu'on veut y emmancher y entre assez juste , et même avec un peu de force : mais, comme toutes les soies des outils vont en diminuant par le bas, et que, si le trou étoit égal dans toute sa profondeur, l'outil, quoiqu'entrant à force à l'entrée , seroit trop à l'aise au fond , et ballotteroit dans la main , il &ut avoir attention de n'enfonc%r chaque mèche , qu'autant qu'il le Ëtut pour que le trou soit un peu conique. Par ce moyen , la soie sera également serrée dans toute sa longueur , et l'outil très-solidement emmanché. La manière la plus simple, pour parvenir à ce résultat , est de se servir, en achevant le trou, d'une louche, j!^. i5,P/. la.

U est assez difficile , dans les commenceraens , de percer un trou par&itement droit dans toute sa longueur. La règle que nous pouvons donner à

CHAP. II. Sect. II. Tourner dea Manche*. i3i

«et égard , est de tenir la main dtxiite à une hauteur , telle que la mèche ^ 8oît dans le prolongement de l'axe de la pièce qui tourne: mais, en y appoi^ tant'un peu d'attention, la seconde mèche doit emporter ce que la première a laissé d'inrég:alier, surtout si eJle coupe bien, du bout particulièrement, Mous avons parlé ailleurs de la manière de donner aux mèches le vif de tranchant dont elles ont besoin.

Lorsque le roandie est percé, on peut s'assurer si te trou est au centré, en remettant la pièce sur le Tour, entre deux pointes. Si elle toum&ausai rond que quand on l'a terminée, c'est une preuve qu'on a bien oi^vé : mais la justesse exacte n'est pas très-nécessaire dans le cas dont nous parlons ; pour peu que l'outil soit à peu près an centre , il est toujours assez bien : nous b'avons eu en vue que la perfection de l'art , et l'instnictton des commençans.

Il ne reste plus qu'à terminer le manche par le bout o{^K>sé k la virole^ On suppose qu'il est remis entre deux pointes. On achève avec le Aseau d'approfondir la séparation de la bobine ou poulie, et on emporte le bois en donnant à la poire une forme agréable , en évitant qu'il y ait aucunes c6t«s ou inégalités. Et lorsqu'on approche de couper entièremmt le bois qui retient la bobine au manche,- il faut alla- à petits coups de marche, ' parce que oet endroit, devenu infiniment foïble, ne snpp<MlEroit pas un effort un peu grand ; le bois romproit À cet endroit, te manche sauteroil dans les vitres ou à la figure du Tourneur; le bout seroit dtôguré par le* aspérités que laisse la rupture , et on ne pourroit le réparer , qu'en altérant la forme qu'on a voulu donner an manche.

Lor& donc qu'en laissant tenir la bobine an manche, on aura donné à ce dernier tout k fini qu'on désire ; on le polira avec un peu de copeaux , comme nous l'avons enseigné , et on le retirera du Tour. Puis , le saisissant dans un étau , on séparera le tout avec une scie , non pas à l'endroit même préparé au ciseau , mais en prenant un peu sur la bobine. On réparera le bout avec une râpe d'abord, puis avec une lime bâtarde jusqu'à ce qu'on ait terminé le profil comme il doit l'être.

Ce détail des opérations nécessaires pour tourner un manche, a moins pour but le manche lui-même , que de donner les moyens de tourner toute autre pièce : ainsi , les détails dans lesquds nous venons d'entrer nous dispenseront de les répéter.

i3a MANUEL DU TOURNEUR.

'p- SECTION ÏII.

Faire des yiroîes en cuivra et en for.

Ataitt 4g terminer ce chapitre, les amateurs seront peut-être curieux de savoir comment on peut faire des- viroles de cuivre ou de fer : le voici.

On ooupe^ avec des cisailles ,.^> 19, FI. 16, un parallélogramme de cuivre de longueiu* , telle qu'on y trouve quatre -, cinq ou six viroles sur leur longueur , et de trois fois le diamètre du tenm» qu'on leur destine en largeur. Ce cuivre doit avoir environ une ligne d'é^isseur. Oa le planit passablement sur un tas , sans trop le forger , ce qui est inutile. Ob dresse à la lime chaque rive sur sa longueur ; on 6te , avec une lime bâtçrd^, les rebords ou bavures que la lime a laissées, et quand, en posant sur chaque rive une bonne rè^le , on voit qu'elles posent bien partout , et qu'elles sont bien. droites, on dcAine des coups légers de h. même iime bâtarde , en travers , c'est-à-dire , perpendiculairement à la ItHigueur : on en sentira dans un moment la raison. Puis, sur une bigorne à tuyau, fig. 18, PL 16, si l'on en a une, ou sur un cylindre de bois dur, comme du buis , on arrondira le parallélogramme , en amenant les rives l'une contre l'autre, de Êiçon qu'elles s'approchent également, et le plus près possible. L'élasticité naturelle à la matière ne permet jamais qu'elles se touchent , ce qui est cependant nécessaire. Pour suppléer à cette difficulté ; on met de dbtance en distance, sur la longueur, des liens faits d'un tour de fil de fer bien recuit , dont le nœud qu'on serrera avec une pince plate , sera à la partie opposée à la suture. Par ce moyen on parviendra à faire toucher les deux bords dans toute leur longueur. Ou ferafondre, dansde l'eau très-claire et très>pure , du borax préparé comme nous allons l'indiquer, et on mettra dans cette «au de la soudure, dont nous dou'^ nerons ailleurs la composition.

Il &ut avoir soin, après-que les bords du parallélogramme ont été limés,, comme nous l'avons dit,. de n'y plus poser les doigts. La seule transpiration de la main, et plus souvent encore. la malpropreté qui s'attache auï doigts de toute personne qui travaille et qui lime, sufûroitpour empêcher k soudure de bien prendre. Il en est de même de la soudure qu'on tient, dans de l'eau de borax pour qu'elle ne se graisse pas.

Avant de passer à l'opération de souder , il est nécessaire d'indiquer les.

CHAP. II. Seot. lïl. Paire4t*f^iroUtenaatvreetenfer. i33 Hioyeiis de préparer le borax : comme cette «6pèce 4e sel bouiUonae facile- :— t mement à une forte chaleur , et qu'en s'élevant il déplace les petits grains ^'- ' de soudure, on met sur une plaque mince, de tôle oa de cuivre uoe plus ou moins grande quantité de ce sel en poudre , on met la plaque honzoatalemeot sur des charbons bien allumés , et à l'instant on verra le borax s'élever considérablement, et ensuite s'abaisser. C'est aloro qu'on ôter* la plaque de dessus le £eu , et quand le tout sera refroidi , on grattera avec ure couteau la poudre blanche qui restera , et on l'enfermera dans une petite' boîte de cuivre qu'on nomme Rochoir,fig. 16, PI 16.

On . arrangera , avec soin, tout le long du joint de petits grains de soudure , à une ligne de. distance les uns des autres , plus ou moins selon leur grosseur ; mais on aura eu soin auparavant d'imbiber d'eau de botax l'intérieur du joint dans tonte sa longueur. Puis on mettra avec le rochoir, du borax calciné sur toute la longueur de la sutore, de manière que la soudure. en soit couverte. On mettra ensuite ce tuyau sur des charbons ardens, placés dans une poêle , en le tenant avec de longues pinces qu'on nomme Mouetache»,Jig. i-] , PI 16: mais comme l'humidité qu'on a mis« dans la suture, en se dissipant, occasionne uoe petite ébullition qutpourroit bien renverser la soudure , surtout sur une partie ronde, il ne faut l'abandonner sur les charbons qu'aprèsque l'ébullition est passée. Alorsou arrange des chaibons tout autour du tuyau, et quelque temps après on.voit le borax s'enfler un peu, pui* se rasseoir et couvrir toute la soudure d'une couche de matière vitrifiée : en cet instaot on- soufflera d'un peu loin avec un moyen soufflet ou en agitant l'air avec un écran, afin que le feu ne darde pas en un seul endroit, mais qu'il donne partout un égaldegré de chaleur. Le point qu'il s'agit maintenant d'atteindre est très-difficile à saisir. La manière dont la soudure est composée, la. rend un peu plus aisée à fondre que le cuivre; mais comme la^lifférence n'est pas grande, pour peu qu'on perde l'opération de vue,, ou qu'on donne un. coup ^e soufflet de trop, il n'est pas rare, quand on n'est pas exercé, de voir la pièce fondre, et n'être plus bonne à rien ; et cette difficulté augmente encore par la position de la soudure qu'on ne voit qu'avec peine si on n'a pas eu soin de laisser quelque distance entre les charbons , et sur laquelle il faut toujours avoir les yeux. Avant que la soudure coule. , on voit le borax se vitrifier entièrement, produire uoe légère lumée grisâtre, et sur-le-champ la soudure fondre, devenir du brillîint le plus vif, et s'étendre. En ce moment, si elle coule partout également, on écartera le feu pour en arrêter l'action , et prenant le tuyau avec les moustaches',

i34 MANUEL DU TOURNEUR.

^gs^^ on le retirera bien douoement, et on le posera à terre poqr le laUsef Pl. i6. relroidir.

Nous disons qu'il feut prendre la pièce avec les moustaches, avec beaucoup de précaution ; en voici la raison. Le cuivre jaune n'est autre chose que du cuivre rouge, auquel on a mêlé par la fusion une partie de calamine ou pierre calaminaire. Par ce mélange il perd son homogénéité. Chr , l'une des deux matières se refroidissant plus promptement que l'autre, si l'on pince la pièce, qu'on la heurte ou qu'on la frappe, avant que les deux matières aient pris un certain degré de refroidissement, Tune cède tandis que l'autre a déjà acquis de la solidité , et de là la solution de continuité des parties.

Quand la soudure ne coule pas également d'un mérae coup , c'est une preuve que le feu n'est pas égal partout. Alors on prend le tuyau avec les moustaches , et on le promène avec précaution dans l'endroit où le feu est le plus fort, en faisant couler la soudure, de proche en proche, jusqu'à ses extrémités : mais cette opération est trM>di£&cile ; il est rare qu'on y réussisse du premier coup : l'usage est le grand maître.

Nons conseillons aux personnes qui , ne soudant pas souvent , n'ont pas occasion d'y acquérir beaucoup d'habitude, de bire leurs viroles l'une après l'autre, en employant les procédés que nous venons d'indiquer. Si l'on a une forge, on les y soudera avec un feu de charbon de bois : Topération est plus prompte ; mais il &at y apporter beaucoup d'attention à cause de la vivacité du feu. On les tiendra , pendant cette opération , avec les moustaches , et on verra bientôt la soudure couler. On peut encore , si les pièces sont très-menues, souder sur un charbon , à l'aide du chalumeau et de la lampe, jS^. 33, Pl. lo.

Lorsqu'on en aura ainsi soudé la quantité nécessaire , d'une ou d'autre manière , on âtera les liens , qui quelquefois y sont soudés , si la souduro a bien coulé , mais qui ne peuvent tenir assez pour n'être pas emporté» facilement avec des pinces. Puis on1es jettera dans une terrine , remplie à*eau-8econde , pour les faire dérocher.

L'eau'seconde est de l'eau commune , dans laquelle on jette quelqueis

gouttes d'huile de vitriol (acide sulfurique) : on juge de sa force en

trempant le doigt, et en le portant ensuite sur la langue; elle ne doit

• exciter qu'un léger picotement. Cette eau a la propriété de détacher le

borax et l'exfoHation produite par le feu ; ce qu'on appelle dérocher.

Nous avons dit que le borax se vitrifie , et facilite la fiïsion de la soudure. Peiit-étre sera-t-on curieux de connoître la raison physique de la

CHAP. II. Sect. ÏII. Ftiit» des Fîfotkién buivre , enfer: i35 AïsiOB de la soudure par le noyen du borax. Ce borax li'est iiuUem«it scso^ un intermédiaire qui détermine la fusiort ; maûss ea se Tifrifianiti, jl couvre ^* '*• laBOudntv d'une croûte qui concentre la cfaalctir, Taugni^tet ^t^Cc^ 1ère la fasion. De pins il décape le& pturoib «ur lesquels \Si $oudut% doit couler, et empêche le feu de les oxider.

Les coupa de lime qne nous avons recmumandé de doilhér en traftrs des deux bords , serrent à détermiher la soudMre à s'insinuer plus aisément dans le joint. Si on les donnoit en long, il est clair que l'entrée n'en seroit pas aussi facile. C'est une attention qu'il faut avoir dans tous les cas où l'on soude : et nous aurons occasion d'y revenir plus d'une fois.

Il est possible qu'on veuille mettre aux manches des viroles en fer. Il est plusieurs moyens de s'en procurer : d'abord en prenant des bouts ou rognures de canons de &si!s ou de pistolets. Mais , comme le diamètre n'en est pas ordinairement de plus de i o à i a lignes , et qu'il en coùteroit pour en Élire forger de plus grandes , voici un moyen assez simple d'en faire de . toutes grandeurs.

On prendra de l'espèce de tôle qu'on nomme à Scie .■ c'est celle dont on se sert pour scier de la pierre. £lle a communément environ une ligne d'épaisseur, et est de fer bien doux. On en coupera des bandes de la largeur qu'on veut donner pour longueur aux viroles. On les coupera ensuite de la longueur de trois fois le diamètre du tenon , et de plus de 6 à 7 lignes. On les dressera bien sur le tas \ puis on les saisira avec une tenaille à chanfrein ,/S^. i5 , qu'on placera dans un étau. On limera un des bouts en biseau, de 6 à 7 lignes de long, bien droit et bien aigu. Quand cette première opération sera faite, on les retournera sens dessus dessous, et Ton fera un pareil biseau à l'autre bout. On les roulera ensuite sur la bigorne; et par ce moyen les deux biseaux se rencoutrerout l'un sur l'autre. On les enduira de borax , et on aura soin qu'ils se touchent par- Ëiitement. Pour y réussir on les maintiendra avec un ou deux liens de fil de fer , comme les viroles de cuivre; enfin on les soudera, non pas avec de la soudure forte, mais avec un petit morceau de laiton, qui fondra à un feu animé par un soufflet Cette opération s'appelle Braaer , et s'emploie dans une infinité de circonstances ; par exemple , pour fixer les filets d'une botte d'étau. Lorsque les pièces qu'on veut braser, ont uncertain volume, on remplace le borax, dont le prix est toujours trèsélevé , par le verre pilé. On dressera à la lime le bout des viroles qui doit poser contre le manche, et on les tournera ensuite en place; mais:

i36 MANUEL DU TOURNEUR.

B comme ce seroit amticiper sur ce que nous nous proposons de cNk , par U ' suite, de la manière de toamer le fer et le cutvre, qui exigent des ôubls et des procédés tout différens de ceux propres aux bois , nous n'«n dirons Tten ici : ce que nous avons dit suivra pour l'instant à ceux qui savent tourner.

Il est dif&cile, après avoir tourné une douzaine ou deux de manches, qu'on ne sache passablement couper le bois, et par conséquent qu'on ne jsoit en' état de tourner d'autres pièces.

CHAP. III. Sbct. ï.' Matière de fair^iin ZlAfîdoird chevilles, lij

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