‹ Manuel du tourneurChapitre 24 sur 44 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

J^'aire des Etais,

U V amateur de Tour a souvent occasion de présenter à des dames des -— i

étuis de sa Ëiçon. Cette espèce d'ouTrage est beaucoup plus &cile à exé* ^'" ^'' cuter sur le Tour en l'air ; mais comme on peut très-bien en faire sur le Tour à pointes , nous nous croyons obligés d'enseigner à les faire sur cette espèce de Tour.

On choisira pour cet ouvrage un morceau de bois parfaitement sain ^ et surtout sansaucunes fentes ni gerçures : cela est plus essentiel que dans tout autre cas. On l'ébauchera à la hache. On le mettra au Tour entre deux pointes. On te tourpera d'uo bout à l'autre d'une grosseur. égal& On partagera la longueur en trois parties , et on réduira le tiers qui est à droite au diamètre qu'on veut donner à la gorge de l'étui, qui doit êt^ moindre que le corps de l'épaisseur qu'on veut donner au couvercle. On tournera cette gorge avec les plus grandes précautions, pour qu'elle soit parËûtement cylindrique d'un bout à l'autre; et pour y réussir plus sûrement, quand on l'aura tournée au ciseau ordinaire, on la terminera avec un ciseau à un seul biseau , en emportant très-peu de bois à la fois. On Jaugera avec le compas d'épaisseur, d'un bout à l'autre, avec le plus 'grand soin : on dressera l'épaulement contre lequel doit poser le couvercle, avec un grain-d'orge, suivant un angle un peu rentrant, afin que les bords joignent mieux. On polira ensuite cette gorge avec de la préle humide, en ayant soin de croiser les traits, de peur de trop user dans certaius endroits et pas assez dans d'autres. Lorsqu'on s'apercevra que tous les traits sont bien efËtcés, on cessera de mouiller la préle, et on Continuera de polir jusqu'à ce que la gorge soit sèche. Alors on verra le bois devenir d'une couleur très-sensiblement plus pâle que sa nature ne le comporte : c'est la boue du poli qui s'insinue dans les pores, et produit cet effet II suffira ensuite de mettre sur la goi^e une ou deux gouttes d'huile; on frottera un peu fort, en tournant toujours, avec un chiffon de laine , tel que de drap ou de serge, pour 6ter le plus que l'on pourra T. 1. a?

ato MANUEL DU TOURNEUR-

1^— de cette huile, qui, s'il en reste, fait un vilain poli, qui se ternit à la ï>. main, et la couleur reviendra sur-le-champ.

On conçoit que le frottement qu'on opère en polissant , et surtout quand on cesse de mouiller la prêle, échauffe considérablement le bois, et que si, sans avoir de fentes ou gerçures, il n'avoit que des dispositions à se fendre, il le seroit bient&t par l'écbauffement Nous ne faisons cette réflexion que pour appuyer la précaution que nous avons recommandée . de prendre un morceau de bois parfaitement sain.

Pour polir à la prêle , on en prend 4 , 5 ou 6 brins , qu'on casse dans les nœiida , on en forme on petit £Ù3ceaa, et on s''en sert, en les plongeant sans cesse dans de l'eau claire, mais il Ëmt avoir grand soin que les nooads ne touchent pas la partie qu'on polit; car ce& nauds, étant extrèmionent durs, giteroient au lieu de polir.

On donnera au bout de la gorge un léger coup de grain-d'onge pour ôt«r le vif de l'angle avant de commencer à polir.

Or tournera un autre cylindre du même hois pour feire le couvercle; mais attendu l« peu d'épaissetir à laquelle oit doit te réduire, et l'effort que fÈtit la gorge d« l'étui, il finit encore redoubler d'atlenliod pour qu'il n'ait aucune fente ni gerçure: Quand ce cylindre, que pour phis de commodité on tiendra un peu plus long qu'il ne &at, afin que la corde y soit l^acée plus commodément, sera tourné, oa drûsera por&itement Textrénité où l'on doit oreuso' le couvercle, afin qu'il pose exactament sur l'épaukiaent du corps d« l'étui , et noêaie ce bout doit être coupé k angle un peu renerant.

Quand l'étui sera pbùé sur la lunette, on y mettra tmc goutte d'hoile, Ëmt pour adoucir le frottamcnt, que povr que le boîs ne s'échauffe et ne se noiicisse pas tant. Si L'on se sert de hinette de bois, on y mettra du.saiTOn au lieu d'baije.

Oa creusera d'abord l'étui avec des mèches de dififél^tes groGSeuFs, jvsqu'àoe qu'on approche de celle qu'on veut qu'il ak :'et pour en juger mieuK ,. et voir bien exacberaAot LepaisGcuc As bois qui resté k la gorge, A sera bon de faire au troti de b hiitette sur la gauche, à peu près à la bauteurde l'outil, un cvanou encoche, /^. */t,Pi. i9, uiec via tien--point on liaaa ^ trois carrei , au mojaa duquel on peut juger de f épaisseur qu'on kaiebe à h» gotg». On sa serrira eiisni^ d'une espède d'ootil dont on se «Wt tcçs-oifdlnaÂiewfint au Tour en l'air, et ^'on nomme Outil de tété , Mprtaentéjfj'. a5 , Pk i8. Celte espèce d'outii coupe à gauche et par le bout; ainsi dans k ^. >5 „ hs biseau» sont ca dessous, et ne

CHAR V. Faire des Etuis. an

pcorent être tus. On choisira donc un outil cfe côté qui puiss* entrer a à l'aise dans le troa, et qui coupe paTfsitement; et le tenant svec le ^ pouce gauche sur la clef, qui sert de support, et empoignant la poupée des autres doigts, on creusera l'étui sans varier aucunement l'outil, afin qu'il soit aussi rond en dedans qu'en dehors. On doit, quoique cette Opération soit plutôt racler que couper le bois , «m[>orter des copeaux qiri semblent conpés et fort minces. On retirera de temps en temps l'outil , et on mesurera sur la longueur extérieure de Téloi si l'on est k une distance sofHsante du fond. On donnera au fond 3 à 4 lignes d'épaisseur, et comme l'ontil doit être affûté bien droit dans toute la longueur du biseau, on tâchera que l'étui soit creusé égal d'un bout à Tautrc. On réduira la gorge à une épaisseur proportionnée à la qualité du bois et à la longueur de l'étui, on arrondira intérieiTrement cette éimsseur, de manière qu'elle vienrte finir presqn'à «ngle aiga; mais cet arrondissement sera plus sensible k mesure qu'on approchera du bout. On prêlera un peu à sec l'entrée de l'étui , et en cet état l'intérieur et la gorçc seront terminés. Reste & faire le couvercle , et c'est là le plus difficile.

Kous Tavons dit ailleurs : quand on veut juger si un étui est bien (a.\\ , on tâte avec le pouce et l'index si le couvercle est bien concentrique avec le corps de l'étui , enfin , si , en le tirant brusquement, il sonne bien , et s'il résiste également partout. Si les deux cercles de jointure ne sont pas concentriques, c'est une preuve que la gorge on^'intérieur du couvercle ne sont pas ronds ; et cela peut procéder de l'inhabileté de l'artiste ou de ce que le bois a travaillé depuis qu'il est fait. On juge donc combien il est important d'apporter tous ses soins pour que la gorge et le couvercle soient parfiritement ronds. St en le tirant il ne sonne pa.s , c'est une preuve qu'il est trop licbe , et que l'air s'y introduit insensiblement, ou que le couvercle est fendu , ou bien qu'il est trop lâche de l'entrée.

On creusera donc l'intérieur du couvercle avec la pins grande attention, à la Innette comme l'étui. Et comme il est essentiel qu'il ne soit pas d'un plus grand diamètre an fond qu'au bord , et que la partie intérieure soit bien droite , on aura soin d'affûter l'outil de côté sur une pierre à l'huile bien dressée.

11 est un moyen assez bon pour s'assurer du diamètre intérieur à donner à un couvercle, pour qu'il reçoive Ta gorge d'un étui : c'est de se servir d'un compas qu'on nomme Maitre-à-danser ^ jig. r5. PL i, T. IT. . Cest tm instrument dont le iMut est formé de deox parties cintrées , et le bas semble avoir deux jambes les pieds en dehors. Quand ce compas est bien

2ia MANUEL DU TOURNEUR.

^=s= fait , l'écartement des deux pointes du haut donne le diamètre extërïeur , et "•*'■ la distance d'une pointe à l'autre des deux pieds donne le diamètre intérieur: mais comme la moindre erreur produit un efiet très-sensible, on le mettra pour l'intérieur à un moindre diamètre qu'il ne &ut, et on creusera le couvercle sur cette mesure du bord jusqu'au fond.' Puis, prenant un nouvel outil de c6té qui coupe par&itement , après s'être assuré que la profondeur est plus longue que la gorge, on terminera Jt trèspetits coups, et tenant l'outil ferme et invariable sur le supporL On présentera ensuite la gorge pour voir si elle commence à entrer sans rien forcer , de peur de foire éclater le couvercle. On essaiera ainsi , à plusieurs reprises, jusqu'à ce qu'il entre également et juste jusqu'au fond. Nous le répétons, cette opération est très-difficile.

Quand l'étui sera terminé en dedans, il ne reste plus qu'à le tourner en dehors. On le mettra au Tour à pointes sur ses deux centres , et on le terminera à la gouge, au ciseau ordinaire, et enfin en entamant trèspeu de bois avec un ciseau à un biseau. On sera maître de laisser les bouts carrés, ou de les arrondir, si l'on a laissé aux deux fonds assez d'-épaisseur de bois. Mais dans l'un et l'autre cas , il ne faut pas qu'on voie la marque des pointes , et pour cela on doit avoir réservé aux fonds plus de bois qu'il n'en faut, pour couper au grain-d'orge plus loin que le trou de la pointe; mais on ne coupera entièrement les bouts qu'après avoir poli l'étui en dehors, suivant la manière indiquée pour polir la gorge.

On remettra l'étui sur le Tour à lunette, pour terminer un bout et le polir : on pourra tourner un morceau de bois commun, qui reçoive le couvercle, et on le terminera ensuite à la lunette; mais comme en cet état le corps de l'étui est poli , et que la corde pourroit y imprimer des marques, on l'entourera d'un peu de peau ou de cuir, dont on assurera les bouts avec du fil après en avoir enveloppé l'étui

Si l'on vouloit que l'étui fut orné d'un ou de plusieurs cercles d'ivoire ou d'autre matière , voici de quelle manière il faudroit s'y prendre.

On se pourvoira d'un morceau d'ivoire, d'un diamètre un peu plus fort que l'étui auquel on le destine. On te mastiquera sur lé bout d'un cylindre de bois foit au Tour , de la manière suivante.

On fera fondre dans un poêlon du mastic de Tour, qu'on trouve dans le même magasin : on y trempera le bout du mandrin, et l'ivoire par un bout. On joindra ainsi l'un à l'autre, et on le laissera refroidir. On mettra le tout entre deux pointes, et on tournera l'ivoire à un dia-

CHAP. V. Faire des Étuis. ai3 .

isètrè un peu plus fort que celui de l'étui. Puis le mettant k la luneUe , ou aKEs= fera une eutaille sans- perdre le centre , avec un bec-d'âne , ^. 1 3 , PI. .13, ^'" ^ ' * au diamètre <}a'on jugera convenable pour entrer sur le couTercle , au bout qui joint le corps de l'étui, à moitié de son épaisseur; puis ayant remis cat ivoire sur le Tour. à pointes, .et a}«nt bien. dressé le bord, QT) le coupera à l'épaisseur convenable, avec une espèce de grain-d'orge très-. étroit,^. Il, Pi, 13, un peu épais, et aâïuté de très-long, qui. sert en beaucoup d'occasions. On verra bientôt se détacher un anneau propre à la place qu'on lui destine. On formera au couvercle de l'étui , dont les centres ne sont pas encore perdus , et avec un bec-d'àne et un graiu-d'orge la place de la virole. On aura soin qu'elle entre dans sa place un peu juste, et on l'y collera. Quand la colle sera sèche, on remettra le couvercle garni de sa virole sur l'étui , et on terminera avec un ciseau k un biseau , en effleurant les viroles sans presque les entamer. On polira le tout comme on l'a dit, et avant d'huiler l'étui, on polira l'ivoire avec un peu de blanc d'£spa^e en pâte à l'eau, au moyen d'un linge, et tout sera terminé : mais on prendra garde de ne point mettre d'huile près du joint ; car la colle-forte se décomposant, la virole s'en iroit promptemeot

On peut, si l'étui est carré des bouts, mettre à chacun d'eux une pareille virole ; mais il faut bien prendre garde , en ôtant tes centres , de fatiguer la virole ^ns la lunette. Elle pouiroit se noircir on se détacher,, surtout si on y mettott de l'huile.

En général il est plus prudent de ménager aux deux bouts de l'étut un petit cône de bois pour porter les pointes du Tour, et qu'on détache à, l'aide d'un ciseau quand l'étui est totalement terminé : par ce moyen on évite de noircir les extrémités de l'étui ; ce qui est presque inévitable quand on le termine à la lunette.

On peut aussi, selon la couleur du bois qu'on emploie, y mettre des viroles d'écaillé. Le travail de cette matière, c'est-à-dire les moyens q^i'oii. met en usage pour faire des cercles, des boîtes, des goi^es d'étuis, exige des détails qui trouveront leur place dans un article à part : pour le présent il nous suffit de dire qu'on en trouve de tout &its dans le magawn indiqué ; nous uous bornerons à donner la manière de les employer. On. aura donc des espèces de tuyaux d'écaillé, à peu près du diamètre donton les veut On en, fera entrer un, très-juste, sur un mandrin de bois dur, qui aille un peu en diminuant de grosseur. On coupera, avec l'espèce de grain^l'orge dont nous avons parlé , une .virole à la largeur qu'on désire. On. fera sa place sur l'étui, et on la collera.bien solidement..

»i4 MAHUÏL UV TOURKEUR.

r Daas les cas «W l'-on . veut ooBer des ptèc«s de oouteàr te&drei, tm donf on Tent diminuer IVipparence dcs' joint»', on se servi*» d« colle de poiêiW>« dissoule àaai de l'eaii , où on meUia quelques ^oonies de bon Yinaigp« blanc, et l'on s'en servira en la faisant chauffer. Onpeat aussi dissoudre la colle de poisson dans l'esjint de v'm, et -Remployer sans feu, ee qui' est souvent très-oommede. ' '

La meilleure manière ^'dîssou<)re la coDe-fortr eM'de la concasser eninorceanx assez peties , de la jefer dras l'eau , de manière à ee qu'elle en soit couverte, de l'y laisser pendant la à i8 heures : au bout de ce temps on retrouve la colle très renflée, et se prêtant à toas les moHTements qu'on veut lui imprimer. Alors on jetw toute t'raiu qu'elle n'a pas bue, et on ta met dans un poêlon de cuivre étamé foD<ke au bain-marie. Ia colle, au bout de quelque temps, fend satis être . renraée^ et devient assea liquide pour être employée à toutes sortes d'ouvMges. Il y a des o»vriers qui prétendent que cette méthode alToibtit te Oolle*, ee qu'elle est infiniment meilleure cbauffëe k feu nu. Nou»n^v>ons jamais eu occasion de faire cette épreave, mais nous pouvons assurer que de bonne cdie dissoute au bain-raarie sera loujoursd'BB bon usage.

Les menuisiers la font fondre dans suffisante quantité d'eau , et à feu nu. Les facteurs d'orgues remploient de la même manière ; mais comme H ast une infinité d''oocasfons où l'on a' besoin de se servir de colTe pendant long-temps, et qu'il faut la faire réchauffer sans cesse, on court risque de l'altérer, attendu qu'ont sujette à monter contre les bcH'ds, elle y forme une croûte , qui se brûle et ne sert à rien,

Le» luthiers et ks gftîniers sont, de tons les ouvriers, cenx qui remploient avec le pl«8 d^éeonomie et de propreté. Les surfaces qu'ils rassemblent sont si minces , qu'il faut croire que respérienceleur a appris à préfiérer ta meilleure méthode. Ils ont un pot de pîomb , d'envirott trois lignes d'épaisseur , dans lequel ils Tentretiennent contrmiellement chande , en la tenant sur du poussier dans une poêle de fonte. Yoici comme on fait ce pot à colle.

■ On tourne «n cylindre de bois , de trois poiïces de diamètre on environ, et de cinq pouces de haut On en tourne un antre de six Kgnes de diamètre de plus ; et sur ce dernier on fart nn moule de plâtre , après avoir frotté le cylindre d'un peu dTluile. Quand ce monle est parfaitement sec, on suspend au dessus avec deux broches de fer le petit cylindre , qui laissé tout autour, et en dessous, un vide de trois lignes. On le fixe solidement , et bien parallèlement au moule , de peur que le plomb ne Penlèv^

CHAP. Y. l'aire dès Étuû. ai5

va ne le dérange. On couic du» oe ntoule <fai plomb fondu ; puis cassant ^ fhiif»' le moule , on a un pot Jon senl morceau ; et pour que le aoytra qaitte ^^' '*' aiséimot , on a soin de le toanter un peu plus petit de diamètre par le bu que par le html. On feit au baut un trou de cIiA(7ne côté , W l'otiposite l'un de l'autre, «m y potsse an btwt de fil de fer, comnM l'anae d'un sceau , pour le transporter où l'on en a besoin.

Ce pot k colle est très-comAiode , en ce que le plomb gardant sa chaleur très-long-tei|>ps, la colle y reste toujours bien chaude, Mns se brûler ni se dess^iher. Mais on ne peut l'employer' à feu nu, parce que k pknnb couleroit en fort pea de nempé; d'aillenï* le bain-rt»ari« ési préferable, parce qu'il réunit le double avantage de l'empêcher de s'altérer et de la maintenir chaude.

Il est tellement essentiel d'employer la colle bien chaude, et de faire diau£fer les parties qu'on TCi!El«o)lar, qrie les ébénistes', poar que la colle pénàtre'pluspcolbndânMnt., «nnietiettt:»»r Fendrait tfcf la jfiéce doit être appliquée, et après, qu'ils l'ont assujettie, se servent de fers 'chauds qu'ils passent sur la pièce, jusqu'à tie qu'ils voient la colle bouillonner tout autour ; puis avec un marteau dcmt ta panne est fort largeils appdient en «OUI sens , Aappent sur toute sa surface , pour qoe la colle pénètre dans tous, les pores du bois. Cette nécessité de faire bien cfiffaifer lés prèbes qu'on veut coIIct a cependant ses bornes ; et pour jtig€*'de l'inconvénient auquel on s'exposeroit en la porfatlt ht l'excès , il suffit de présenter au feu un bout de planche , et de le faire <^offer jusqu'à ce qn'on ne puisse pas y tenir la main. Si dans cet état on y met dé la collé avec un pinceau , on verra sur-le-champ la pièce se couvrit- d\ine quantité prodigieuse de bulles d'air provenant de Teau , que la chaleur réduit en- vapeurs , et qui , rete* nues par la partie glutineuse de la colle, ne peuvent s'échapper. Cette couche de colle est, dans moins d'un clin-d'oeil, sèche, et la main passée dessus n'y prend déjà plus.

Puisque nous avons été conduits à parler des précautions à prendre pour bien coller les pièces qu'on veut joindre , nous ne pouvons passer sous silence un expédient sûr pour que la colle prenne bien sur une surface un peu polie. Pour mieux entendre ce que nous allons dire , il sufîQt de quelque^ réflexions sur la manière dont la colle ou les différentes colles dont on se sert dans les arts produisent l'efifet qu'on en attend.

La surface la mieux polie n'est aux yeux d'un observateur exact que celle qui présente le moins d'aspérités. Quelque polie qu'elle soit, la colle

ai6 MANUEL DU TOURNEUR.

Ksss^^ est donc grippée par toutes . ces petites éminences , et se loge en plus ou Fl. ai ■ moios grande quantité dans les intervalles qu'elles laissent entr'elles. Mais si la matière est compacte, telle que du bois de gayac, d'ébène, violet, ou autre pareil, la colle abandonne les aspérités qu'elle avoit saisies, et se détache au bout de peu de temps : elle se lève en feuilles minces et transparentes. On peut se convaincre de cette vérité en passant sur du marbre ou sur une gtace^ne couche de colle : au bout de quelques heures on la lèvera avec beaucoup de facilité. Il en sera de même si l'on applique avec la meilleure colle sur une règle un peu polie une bande de papier qu'on destine à recevoir quelques divisions mathématiques.

Pour prévenir cet inconvénient, on mettra dans la colle qu'on destine à de pareils usages un peu de miel , dont le gluten s'amalgamant avec celui ^ la colle, l'empêche de parvenir à un aussi grand degré de siccité: l'objet collé ne s'en va plus. Nous avons lait une expérience de manière à ne laisser aucun doute. Nous avons teau , pendant un hiver entier , dans une cheminée, une règle de bois dur, polie avec soin, et couverte d'une bande de papier avec de la colle ainsi préparée , tandis que dans le même temps, une autre r^e collée., avec d'excellente colle sans mélange, séchoit à côté de la première. Le papier de l'une s'est décollé tout seul au bout de moins d'une journée., et l'autre est demeuré par&itemeht attaché , même au bout de l'hiver. Il est entendant une mesure dans l'emploi du miel. Trop peu ne {Ht>duiroit aacun effet , et trop rendroit la colle trop molle.

C'est par de pareilles digressions que nous espérons bien mériter de nos lecteurs , en leur donnant, de temps en temps , quand l'occasion s'en présientera , quelques expédiens peu connuâ , et qui cependant peuvent être fort util^ dans bctaucoup d'occa^ops.

CHAP. ,VI. Sect. I. Tabouret simple.

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