CHAPITRE VIII
Des Molettes,
■.\Jv nomme moiette» de petits cylindres d'acier gravés, à l'aide desqaeb s on lait sur des faagaetfees, filets, gor^, et autres membres de mou- Jures, des omemens de difEiâtess georei, tels que godrons, palmettes, pertes , feuilles,, etc.
n n'y a guère phis de 45 à 5o ans que cet instrnment a été itivehté : mais, ainsi que cela est ordinaire à toutes les inventions, les. commence* mens furent infiniment simples. Ce sont les Anglais qui, les premiers, mirent snr lés têtes de vis sans fin et pommelets des instramens d'optique et d'astronomie, des godrons semblables aux torona d'une corde un peu grosse. Lesieur Canivet, habile ingénieur en instmmens de mathématiques, de l'Académie des sciences, fut frappé de l'utilité de ce genre d'ornement, et diercha long-temps par quel moyeu il pouvoit être produit. U pensa d'abord, qu'il pouvait l'être par une roulette, qui impri" meroit ses cannelures sur la matière : mais, ce qui l'arrêta, c'est qu'il lui -paroissoit indispensable que la roulette o'eùtni plus ni moin» de cannelures que la tête de vis à laquelle on vAuloit les' imprimer, et il fut' prêt à se rebuter en considérant qu'il lui &tidroit: avoir autant de roulettes ou molettes qu'il Êdldit &ire de têtes de vis de difféitos diamètres. U se hasarda cependant à eiî monter une , et à la présenter sur une roue de cuivre, et il s'aperçut que ses craintes étoient mal fondées, et la pratique le seconda parfaitement On fit d'abord un secret de cet instrument ; mais bientôt il se répandit d^is tous les laboratoires des Artistes et des- Ouvriers, et l'on parvint à expliquer ce qui précédemment avoit paru in^tossible. Supposé, se disoit-on, qu'une molette contienne dans sa circonférence 60, 73, 89, plus ou moins de crans, et que la circonférence de la tête Soit telle, qu'elle doive eu contenir un peu plus que la molette, mais cependant moins d'un entier, que deviendra la fraction? et les crans n'ayant plus de rapport, et ne retombant plus sur de pareils crans, tous -les autres devront être gâtés. On vit cependant que l'erreur qui se trouve
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^ssssss entre le premier et le dernier, se répartissant sur tous, disparoit entiè- Pi., 26. rement; et l'expérience apprit que, quel que fût le rapport des diamètres, le godron ëtoit toujours aussi exact et aussi, net. Ça fit des essais dans plusieurs autres gem^ d'ornemens : on fit des perles en creux sur les molettes, et elles vinrent parfaitement en relief sur l'ouvrage : de là la mode de mettre des perles sur Foutes les parties tournées, comme chandeliers , bobèches , et autres. On alla encore plus loin , et petit à petit on est venu à bout de produire des dessin» de toute espèce , qui sembloient ne pouvoir jamais se raccorder. Comme on a dans les ouvrages de Tour une iQfiBité:d'<>cclBioi)G de IeB'eiilplbjer<^noi|S;iivi:giB ccu £iire plaisir.à nos Lecteurs en entrant dans quelques, détaiils.à >Cê.sn^.
Les premières molettes écoient .&ites avec -diei vu rondes de diffénates grosseurs, ce qui ne produisoit pas beaucoup de rampaat. On emiiAoyti ensuite des .vis,'à 3 -et 4 filets ;. et les godroùs imitàmt be«teaup nÂeux la corde à puitç. £n&i , vinrent les perles qni ae font à la i^ise^ à Vmèe d'un instrutnént semblable k cehii dont se «etreiH les horlogers pour fendre les roues, et dont .on &it «sagie aujoud'lnïi pow l«s molettes à CfH-des et à ^odrons. . - . .' .
IjH'Jig. 8 Tepréèente uae corde assez janopaïUe ; il es lest de diËGérentes 'grofôeârs,suivatatrendt^t où 00 vent les placer. £lleb sont très-utiks à la circonférence des téEes -^ vis -rondes tni pdmm'dâts , des éorous> et de queues cordobs. Il enffît, pour les imprimer, d'élbigner le support de ïntinière à pouvoir' placer la uK^eAte entve la cale et la pièce. On jniésente l'outil à face., on appuie un peu fort, et on^&it tourner la pièce avec I>eancoup de. rapidité, soit à l'archet, aoit au Tour en l'air ou à pcàntes. Bientôt on voit se former lacdide, qui d'abord j peu nette, le devient «nsnite parfaitement ;!etce qu'il 7 a de remaïquaUe daos cette opération, c'est qu'où appaie.en altmit et en revenant. Il faut^avoir le soin de mettre 4e' l'huile aus deux côtés de la molette ., et l'incliner 'k xiroite et à gauche, en suivant la formedela'KioidiiTe sur laquelle onvent limprimw.
La .Jtg. 9 repréasftte une rangée de'perlesi, fà«tcaide>la.;méiBe manière; mais comme il 7 a beaucoup de matière à déplacer', il 'faat appuyer asses 4brt f et attendre assez long-temps avant que œs perles soîait nettes. Il 7 en a de toutes grosseurs., -et 'de plus ou moins -saillantes , selon le goût.
Iji-fig- 10 représente une e^ièce d'épi de blé , où les grains semblent attachés, deux à deux à une tige assex menue. On rpeiM «or nne baguette faire deux rangées de pareil ornement, à côté l'une de l'autre, ce qui semblera un épi dans presque toute sa rondeur , présentant quatre gralDs,
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tandis que le surplus semble être «aché par la pièce- à laquelle tient la ba- r guette.
lAfig. 1 1 est une feuille de myrte, montée sur une tige k laquelle on donne souvent la forme d'une cord^
tAjig. la représente un épi pareil à celui ^^ lo, si ce n'est qu'il est enfermé entre deux cordes , dont les cordons sont très-rampana, oequi, dans certains cas, peut produire un eiTet très-agréable.
La Jig. 1 3 représente un tissu d'osier serré. On vàit tous les entrelacemens de cbaque brin autour des baguettes ou montans.
La fig. 1 4 représente une feuille d'acanthe sur lin fond biçetté. Entre cbaque feuille s'élève une tige surmontée detrois grains.
La fig. i5 représente une feuille d'eau ondulée avec des tiges semblables à celle de lajS^. i4 ^ côté des autres, ce qui peut dans certains cas Élire un très-bon effet.
ijA'Jig. 16 représente une feuille d'eau unie, sur un fond bretté, avec un pistil entre chaque feuille.
La fyf. 17. représente un autre tissu d'osier à câtes, .différent de celui dont nous- venons de parler.
La fig. 1 8 représente Une guirlande de feuilles de laurier ,' avec de petit» grains. ' >
La fig. 34 représente une palmette coup^ snr un fond bretté.
La fig. 35 représente une palmette mtière.
J-Afig. 36 est une autre palmette entourée.
La fig. 37 représente une grenade eqtourée de feuilles sur nn fond bretté. : ,
La fig. 38 est une frise portant des coquilles.
Ij&fig- 39 représente un quadrille à baguettes unies, et dont les fonds sont en points.
La fig. 40 est un ornement d'architecture connu sous le nom de raîe'^ de-cœurs.
La fig. 4i représente un entre-las de feuilles de lierre avec le fruit.
La fig, 4^ représente une feuille de chêne mêlée de glands;
La fig. 43 représente une feuille de vigne avec des grappes de raisin.
La fig. 44 ^t une étoile sur un fond bretté.
Ce seroit nous livrer à des détails trop longs et trop minutieux , que d'entreprendre de décrire toutes les espèces de molettes que l'industrie invente chaque jour;. nous nous sommes contentés de rapporter les de»*
s sins les plus coorans et les plus agtéaUes; le âieur HaAelia-Bfel^eron est
Pi-aG. toujours assorti de toutes sortes de molettes, tant montées que non montées ; et pour donner une idée d« la manière dont elles sont &ites et montées, nous donnons dans la^^. 19 la forme d'une toute montée.
On trouvera dans les commencemens quelques difficultés à s'en servir pour Étire venir bien propre l'ornement qu'on aura déterminé. De peur de gâter un ouvrage fini dans toutes ses autres parties , on doit imprimer tous ces omemens avant de terminer les surfacaes unies. On fera bien de s'exercer à làire tous les omemens dont on aura, des molettes pour connoitre la manière prt^re ï chacune. II sera encore à propos de les essayer tCHites sur des rondelles d'étain ou de plomb , que l'on gardera dans le laboratoire, afin de pouvoir donner aux moulures qu'on veut gaudrouner, le relief dont dles ont besoin pour produire l'cDEet qu'on en attend
Les perles , et surtout les grosses, demandent beaucoup de temps et.des efforts continus. Il s'agit, dans ce cas, non pas d'emporter la matière, mais de la déplacer en la forçant à venir se joindre à ses parties voisines, dans une forme que la molette détermine. Pour ne pas prendre tout cet effort sur euxrmémes , c'est-à-dire pour n'être pas obligés de pofisaer sans cesse de toutes Leurs forces .contre la pièce qui tourne , efibrt auquel ils ne pourroient résister, s'il étoit long-temps continué, les Ouvriers , et suT' tout les fondeurs-acheveurs, qui font beaucofip ds ^landeliers, où l'on met beaucoup de perles , ont imaginé pour les molettes une monture qui diminue des trois quarts l'effort qu'ils étoient précédemment obligés de iaire. On voit^. 10^ un talon qui &it corps avec la monture, au bas duquel sont quelques griffes; on appuie ce talon contre le support en de* dans, et pour appuyer plus ou moins contre l'ouvrage, il suf&t d'élever ou d'abaisser'le manche qui fait Tofûoe d'un levier, dont le support est le point d'appui. Ce procédé ne peut s'employer que pour imprimer les molettes sur une surface plate et unie; mais pour les moulures ou baguettes , il fout avoir attention de décrire avec la main qui tient le manche une portion de cercle dont le centre se trouve sur h baguette qu'on ini' prime ; par ce moyen , l'angle de la molette vient prendre tout contre la naissance de la baguette, et la corde, le godron, ou les autres omemens, semblent tourner autour de celte baguette. Si ce. sont des perles , elles paroissent évidées en dessous, et ne tenir au corps de ta~pièoe que par uu point, ce qui leur donne infiniment de grâce.
Pour ne pas être obligé d'avoir une monture pour chaque molette qu'on peut avoir, on 3 imagina une monture universelle dons laquelle ou
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peut pldotf toute» les molettes quels que «oit leiv^aûâ^r e;i,Ieurdia-==s^Bs. mètre. ' ; Pl. 16. '
Cette mootdre est composée de deux jumelliea Oya, dont l'une est fixe et l'autre imobiley utle iis à les rapproche plus ou moius, suivant l'épaisseur deia moleU». Dans le iranflenieat.du manche est ordinairement pratiqué lin ëtui qui sert à setfrer les molettes. ; .
Depais'qn'on est! parvenu !à produire avec les molettes leâ orneraens les plus délicats et les plus .-rariés , les orfèvres et les, fabricaus de bronze s'en servent avantageusement pour enjoliver leurs .ouvitiges; :piâis il' ne faut pas croire cependant que leur usage soit borné aux métaux. On les emploie avec succès sur le bois , particulièrement sur les bordures. Elles servent à produire les divers ornemens qu'on voit sur les vases et autres ouvrages en porcelaine , terre de pipe , faïence , etc.
Les cordonniers emploient aussi une espèce de molette dont la surÊice est plane , pour imprimer quelques ornemens sur le bord des talons et des semelles. Enfin les roulettes de cuivre, avec lesquelles les relieurs impriment sur les couvertures des livres, ks plus jolies dentelles , peuvent aussi être considérées comme une sorte de molettes. Mais celles-ci sont en cuivre, à surface plane, et il faut les faire chauffer pour fixer l'or.
Si l'on vouloit que les pièces des échecs , dont nous avons donné simplement le profil, semblassent gulllochées, comme on les faisoit anciennement, et qu'on n'eût pas de Tour à guillocher, on pourroit leur imprimer différentes molettes : ce qui rempliroit le même but, pourvu qu'on s'appliquât k rendre l'ornement par&itement net. Mais encore une fois, ces pièces sont infiniment plus agréables tout unies, pourvu que les moulures en soient bien faites , les angles vifs , et les contours bien entendus. Kous les avons dessinée.s trop en petit pour avoir pu donner les proportions exactes dans lesquelles elles doivent être ; mais s'il falloit présenter chaque figure dans sa grandeur naturelle , nous aurions plus que doublé le nombre de nos planches , et d'ailleurs , malgré l'envie de ne rien laisser k désirer à nos lecteurs , plus nous avançons dans cet ouvrage, plus no:us devons supposer que l'Amateur est en état d'exécuter un dessin sur une simple idée que nous en présentons, surtout lorsque les proportions en sont arbitraires jusqu'à un certain point. Il n'en est pas ainsi dans des pièces fondées sur les règles de l'architecture; comme colonnes, chapiteaux, bases , balustres , piédestaux, et autres qui exigent une très-grande précision. lHous nous proposons de donner plusieurs exemples de pièces qui demandent beaucoup d'exactitude dans les profils; nous commence- T. I. 48
y-ji MANUEL mj TOURNEUR.
r ■— !■-■ rons par des balustres; ceux que notts aTons donnés poar le dévidoir n'é< Pi. 16. toient pas assujettis aux règles de l'architecture; mais il est à propos, à présent que rAmateur doit avoir acquis le ^nd usage de bien couper le bois , de oonnoltre les principes sur lesquels les omemens et moulures sont fondés. Nous n'avions d'abord pas -oru devoir entrer dans- ces détails , mais des personnes, aux lumières desquelles noUs devons dé£érèr, nous ont persuadés que ces notions élémentaires, feroient plAisir aux Amateurs , et les mettroient en état de dessiner et d'exécuter avec ^ût, toutes eorten de profils et bioulures.
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