‹ Manuel du tourneurChapitre 40 sur 44 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

De VÉcaiîîe , de la Corne , de l'Ivoire , et des Os.

- . SECTION PREMIÈRE

De t Écaille. -

Lj'^aills est rarmoTC d'une espèce de tortub aippdée cmret, que l'on' '-^-^

trouve en Afrique et aux. Indes , et priucipatement aux AntUleB. L'écaillé ^* de cette tortue est composée de quinze feuilles^ tWt grandes que petites. La dépouille ordinaire da caret pèse trois ou quatre livres; maison en rencontre quelquefois qui ont l'écaUle si épaisse , ^ Ie« feuilles si loi^gues et si larges, qu'elles pèsmt tontes ensemble environ.six ou huit livres. , -' On Élit avec l'écaïUe des boîtes ou tabatières, des peignes* des manches de rasoirs et de lancettes, des toilettes, et plusieurs autres in^trumen* Ibrt agréables.

- ' Pour débiter l'écaillé, on fixera sur un établi, et dans une poûtitm paralièle à la surface, unétlu fig. i , PI- 4t ST. //; on y saisira fortement la feuille d'écailte qn'tm veut débiter .cm bandes; et avec une bonne scie à dé| couper, on cotlpera autant de puallélogramraes qu'on en aura besoini L'écaillé ne peut être autremeht fixée sur un établie Un valet ou toute antre presse qui dppuîeroit sur sa convexité , la casserait en morceaux irrér guli«re , ce qui- oqoafiionoeroit beaucoup de perte.

. On prendra te'diamètre d«s> .cercles dont on a besoin', et.Qn formera les parallélogramme^ d'tiœ longueur composée de trois fois ce diamètre, et d'environ six ou huit lignes depluâ-pour la soudure; ce qui suffît, attendu que l'écaille a la £»Qulté de s'étendre pour agrandir le cercle, s'il est . un peu juste. OQ'donnera.à ces parfdlélogrammes une largeur sufGsantc pour y troyver tous les cercles; d'une mtiiqe graiid«i)r dont on a besoin pour Une boite, et qudqua cjitose de plus. pour la pcirte que les coupures emportent nécesèairainent. : ,

s^^^ Lorsqu'on aura détaché le parallélogramme , od formera à chacune de Pl. 37. ces extrémités un biseau de 6 ou 8 lignes de long , l'un en dessus, l'autre en dessous , et l'on prendra pour cela une bonne lime neure et rude. On plongera cette bande dans de l'eau - chaude bieti propre , et en peu de temps elle s'amollira. On lui donnera la forme d'un ovale bien aplati , et c'est sur le bout du grand, axe que Ton rassemble l'un sur l'ïuitre les deux biseaux. On les maintient dans cette position avec llndex et le pouce, et on plonge le tout dans de l'eau froide et claire, pour que l'écaillé se redurcisse et conserve la forme qu'on lot- a donnée.

On fera chauffer pendant cette opération des pinces à souder. Cet instrument, ^j'- i4> P^ ^7i ^^ une espèce de pincette à feu, dont les branches se terminent par une partie carrée , épaisse d'un pouce ou environ , et large d'autant, sur trois pouces de long ou environ. Ces deux parties sont dressées à la lime , tant pour qu'eUes soient égales l'une à l'autre en tous sens , qile pour qu'elles posent bien juste l'iiae anr l'autlBi On conçoit que quand on (djandonne oette pinoe à elle-même, son prc^re ressort &it écartR les brancbes , et c'est ce qu'il faut

On en fikit aussi pour souder les gorges d'étni, dont une bnocbe est " r<HKle , et l'autre carrée ou légèrement concave.

On prendra un mrx^xm de toile neuve et bien propre ; on 1« pliera en quatre , les deux bords rabattus vers lemUiea , àpeu prèscomue un portefeuille. Cette toile ainsi pliée présente une bande de 3 à 4 pouces de long sur i5 à 18 lignes de large, et ayant quatre épaisseurs. On pliera cet» bande en deux sur la longueur, et l'on placera les biseaux réunis dans le Mi : mais comme les préparations qa'on vient de fiune à l'écaillé peuvent en avoir un peu graissé ou sali les surfaces qai doivent se souder, et que ia soudure pourroit ne pas prendre comme il faut, oa fera MparavKot passer les deux bouts Tun sur l'antre, <n les formant de côté, <t »oti pas sur la longueur, ce qui mettra les biseanx à «lécouvert, l'un en dedans du cercle et l'autre en dehors : on grattera bien l'un et l'autre pom- les rendn bien vifc , et on n'y toudiera p!«s. On les fera repasser comme ils doivent être , et c'est alors qu'on les mettrA dùns le ^ de fa bande de toile.

On essaiera si le fer ^ «onder -est d'une chaieur convenable , et pour cela, on pressera nn morcean de papiCT Wanc ea dovble : s'ii roussit, le îer est trop chaud î mais s'il ne fait -que marier un peu en jaune, il est bon. On saisira le cerde avec U pinoei envCl^pé comme il l'est dans le linge, que l'on aura soin de mouiller tn^ravant avec de IWuchuide; et l'on serrera modérément la partie du fer qui pince l'-écaïUe, en la pJa»

CHAP. IL Sect. L Dé irScttiOt. 45:5

çant ^aas les ntidiDim d'un ^tau. On sentiia Itécaille s'amollir {Mompte- «hi^bsi nseivt; et pour détemÏDer mteuK la Mttdure, «t }ii^ ai die l'amoliit Pt,. 37assez , on balanoctni te ccicle de côté et d'autre Si l'écaîJle n'étoct pas acMs ftouple ffett une preure^fue le fer n'est pu aaiez ctnwid, «t «« le fera ehanfier de nouveau sans rien déranger à l'écaille. Si la soudure paroit bien prise , il ' fout s'en assurer , de peur qu'elle ne le soit que foibknaeaA , et ^''dle ne se dessoiufa siv le tnbonlet ; et poMr cda on retirera lé cercle d'entre la bande de lin^ , et on {gcagera arec le pouce sur la soudure , de manière à la &iTe titrer dans le cercle : on examinera si les bords tiennent bien; on en feia autant dans l'autre sens, en forçant le cercle de devenir ovale dans le sens opposé. Il est dair qne cette (^ration détermine les bords -ji quitter, s'ils ne «ont pas bien pris. Si par cette épreuve la soudure maoquoit «n totalité ou -seulement en partie, on fera chauffer le fer de nouveau , et l'on pincera le cercle jusqu'à deox ou trois fois s'il le ftaxt , cela ne doit pas rdsutor l'artiste. Il fcul avoir |;rand soin de mouiller le liage chaque fois que l'on fait diatifiier te fet.

Kons allons donner un autre niojen de sonder l'écaillé, qui nous a été communiqué par un Aautenr, et qui nous a parAitemeftt râjasi. On préparent le paraUélogcmune d'écaillé de la .manière que aous venons de décrire, et on le veulera sur an teiboulet («spèoe de mandiia dont nous allons parler toti; à l'heure ) «u mettant les deax bàseaiux l'un sur l'autre. On placera sur le joint une compresse de linge, plîée en six ou Jbuit, que l'on fixera dessus au mbjen d'un Hen composé de plusieurs tours de ficelle. En cet état on plongera le triboulet dans l'eau chaude; oa Je retirera an bout de dix aainittes, et on le laissera i<efraidir. Le tnbonlet et la ficelle, gonflés par l'ean qn'ib ont absorbée, procurent nne pression suffisante pour opérer la soudure.

Quand la soudure sera bien prise, et quelquefois eUe praid si bien que le linge kii-roéme y tient^ ce qin est un bon signe, an plongera le cerde dans de l'eau chaude pour Tamoltir , et on le mettra sur le trihouleL

On nomme Triboultt, un cane tronqué de bois, iùi au Tour en l'air OH à pointes, et dont la dimioutioa est presque insensible. On met le tiiboulet sur le Tonr , et on j &it entrer le oerde sortant de l'eau chaude.

La manière de l'y placer n'est pas incUfTérente : il &ut avoir .attention qu'en bRU«iaat, l'outil ne pniase pas aocrecher la soudure, ni 'heurter contre le bout du biseau, et pour cela il faut mettre le cercle sur k triboulet, de manière que le biseau qui est en dessus Devienne pas à la rencontre

-^^s^de l'outil quand on, le tournera. Cette: attention est d'autant plus essen- ?t- 3?. tielle, que quand une feris on aura placé le cercle sur le triboulet, il ne sera pliç; possible de le changer, k cause de sa forme conique.

On Tcôt s'il tourne fond, et s'il pose également sur le triboulet dans toute sa - circonférence. On. enfoncera un peu le cercle, en glissant un cisean de Tour sur le triboulet , et frappant à petit» coups contre le cercle : puis, pour qu'il -prenne exactement la rondeur du triboulet, l'on aura un peu de braise allumée dans un petit réchaud. Onôterale triboulet .de dessus le Tour, et l'on présentera le cercle sur le feu, eu Êûsant tourner dans les deux mains le triboalet, et soufflant te feu avec la bouche, jusqu'à ce que le cercle soit amolli, l'on frappera sur le côté du cerdeet on l'en* foncera encore un peu, en observant qu'il tourne bien rond sur luimême , par rapport à un léger trait de ciseau ou de crajon qu'on aura ti^cé sur le triboulet avant d'y placer le cercle. Si .l'on négligeoit cette précaution, et que le cercle ne fôt pas bien droit, on swoit tout surpris, en l'ôtant de dessus le triboulet, de. lui trouver une forme ovate. ' Nous avons omis d'observer qu'avant de plonger le cercle soudé dans l'eau chaude, pour l'arrondir au triboulet, il &ut forcer la soudure un peu en dehors pour âter à la lime le bout du biseau, qui peut n'avoir.pas bien pris , quoique le surplus le soit , ou bien faire bourrelet ou bavure. On en fera autant au biseau de dedans, en forint le cctcle en sens contraire.

Il ne s'agit plus que de terminer ces cercles sur le Tour suivant l'usage auquel on les destine.

Nous donnerons dans notre second Volume dififérens procédés poor placer sur des boîtes des cercles d'écaillé , qui , en exerçant l'Amateur, présentent tout ce que le Tour peut offrir de plus agréable..

Il arrive assez souvent que la gorge d'une tabatière d'écaillé est trop petite pour son couvercle, d'où il arrive que la boite s'ouvre trop facilement. Od peut aisément remédier à cet inconvénient en trempant la goi^ seulement dans l'eau bouillante : en un instant elles'élargira , et deviendra très-juste pour son couvercle. Il faut même ne la laisser que fort peu de temps dans l'eau ; autrement elle s'élai^iroit beaucoup trop , et Ton seroit obligé de ta diminuer au Tour; ce qui n'est pas toujours possible, si la gorge n'a pas une certaine épaisseur. Pour plus de sûreté , on peut ajuster un mandrin au diamètre qu'on veut donner à la.goi^e, et la laisser refroi-t dir dessus.

CHAP. IL Sect. II. De la Corne. 457

SECTION II

De la Corne.

L*. eome peut être substituée à t'écaille pour les ourrages moins j»^ oieux, mais sod usage.eat plus étendu. On emploie le plus communément celle de bœuf j et la:meilleure nous vient dlrlande.

Cette substance se IraTailte et se soude à peu près comme l'écaillé ; mais il faut auparavant l'amoUir, et voici la manière de le (aite.

On prendra une belle ccnne' de boeuf, on la sciera de deux à quatre pouces par son extrémité qui est toujours pl^ne , on la fendra suivant sa longueur avec une scie à dossier, puis la présentant long-temps à un feu doux, on la dressera avec des tenailles jusqu'au point d'en former une planche; puis, à l'aide d'un outil nommé graloir,on enlèvera la surface altérée par le feu , et oa achèvera de la parer avec une écouane. En cet état on découpera la planche suivant la forme dont on a besoin , et on la kra bouillir dans un chaudron plein d'eau, jusqu'à ce qu'elle soit suffisamment amollie. On la portera pnMuptnnent dans le moule qu'il sera bon de tenir un peu tiède , afin que le froid du métal ne saisisse pas la CQrne et ue s'oppose pas à son moulage. On la mettra en presse suivant ce qu'on-en veut faire; et si elle ne prenait pas bien la forme du premier coup , on pourroit la plonger de nouveau dans la même eau et répéter l'opération.

C'est encore avec la corne qu'on bit ces lames infiniment minces, égales de couleur, très-transparentes, dont on se sert pour les tanternesde fer-blanc et les fonaux des vaisseaux , et particulièrement pour les rapporteurs ( instrument de mathématiques destiné à rapporter ou k mesurer les angles sur le papier).

Les Anglais nous foumissoîent autrefois ces lames, et feisoientun roys- ,tère de leur ^bncation. Mais ce secret est aujourd'hui connu en France , et il s'en ^brique une quantité considérable dans les environs de Meru près Beauvais. Leur transparence égale , et même surpasse celle de^ lames anglaises, et c'est une hranche d'industrie assez importante dont la France s'est enrichie.

Recettes pour jasper la corne de manière qu'elle imite V écaille.

On fera dissoudre dans une pinte d'eau bouillante environ trois once» de bonne potasse. On versera ce mélange après l'avoir laissé bouillir environ un quart d'heure dans un vase d'une capacité double, où on aura mis auparavant, environ une demMivre de chaux vive, on remuera le tout fortement ; et quand la chaux sera bien éteinte et tiède, on y ajoutera environ trois onces de minium, et uoe-ooce de cinnabre, ou vermillon;. On agitera de nouveau ce mélange jusqu'à oe que toutes les snbstanees qui le composent soient parfaitemoit unies. En cet étdit il doit avoir la consistance d'une bouillie épaisse, et une conlear rouge tendre.

La manière d'employer cette composition est très-simpla On en prend, au bout d'une spatule de bois , de petites mouches qu'on aj^lîque sur les parties de la conte qu'on veut colorer, en épargnant les en^oits qui doivent rester transparens , afin d'imiter le plus qu'il est pos^ble les jeux que la nature présente sur l'écaille. La corne doit rester oouvwte de f:ette pâte jusqu'à ce qu'elle soit tout-à-Ëtit sèche: alors mi nettoie la pièce avec une éponge humide, et on trouve la corne en partie colorée, et en partie tran^rente , de sorte qu'on peut la prendre aisément pour de l'écaille. Plus les mcmches de pite seront épaisses, plus la couleur sera foncée ; il est donc facile de varier les teintes , ce qui augmente encore la ressemblance de la corne avec l'écaille.

SECTION III

Différentee Recette» concernant l'Ivoire et le» Os.

amollir l'Ivoire et les Os.

Oh trouve dans plusieurs livres de secrets , concernant les arts , diverses recettes, que les ans assurent avoir éprouvées, et que les autres soutiennent ne valoir rien. Lorsque nous en rapporterons quelques-unes , nous nous ferons un devoir de prévenir nos lecteurs de celles dont nous aurons eu occasion de faire l'épreuve.

Prenez trois onces d'acide nitrique , qu'on appelle communément Eauforte j et 1 5 onces de v)n blanc ^ de vinaigre, ou même d'eau commune.

,GoogIe

CHAP. IL SiOT. III. Rectttes concernant l'Ivoire et lea Os. 0^ Mettezrj ti«mper le ^qrceau d'ivoire, jusqu'à ce qu'il ait acquis assez de mollesse pour prendre la forme qu'on veut lui donner, au moule ou autrement.

On assure qu'on obtient le même résultat en Élisant tremper l'ivoire dansune décoction de mandragore, coupée en petits morceaux, et bouillie fortement

Autre moyen pour amollir l'Ivoire.

Oif prendra une livre de soude d'Alicante noire , et trois quarterons de chaux vive. On mettra le tout dans deux pintes d'eau bouillante , et on le laissera reposer pendant trois jours. Si l'eau est assez rouge , elle est bonne ; sinon on y remettra un peu de soude ou de chaux. On décantera cette eau , c'est-à-dire , on la tirera à clair par inclinaison. On y fera tremper l'ivoire et les os pendant quinze jours. Ils s'amolliront suffisamment

Redurcir l'ivoire amolli-

Oit enveloppera de papier blanc la pièce d'ivoire amollie, après lui avoir donné la forme qu'on désiroît, puis on l'enterrera dans du sel blanc décrépité lentement au feu , et qui n'ait pas repria d'humidité.

Atdre moyen de Redurcir VIvoire et le» Os.

Oh fera dissoudre dans quantité suffisante d'eau un once d'alun ; on mettra dans l'eau autant.pesant d'os de sèche en poudre qu'on a mis d'alun; on fera bouillir cette eau jusqu'à ce qu'il se forme une pellicule à la surface, et l'on y fera tremper la pièce d'ivoire ou d'os pendant une heure ou environ, et on la mettra sécher À la cave lentonent pendant quelques jours.

Nous avons rapporté ces méthodes d'amollir et de redurcir de nouveau l'ivoire et les os, pour satisfaire la curiosité seulement: On trouve partout unegrande quantité de ces prétendus secrets qui ne réussissent à personne, et cependant sont reproduits partout. Nous croirions abuser de la patience de nos Lecteurs en leur en donnant davantage, nous nous pomettrons seulement quelques réflexions nir cet objet

I^ nature a , dans ses opérations, des moyene de construction, qu'il est bien au pouvoir des hommes d'anéantûr ; ainsi la contexture du bois , la

46o MANUEL DU TOURNEUR,

liqueur qui sert de gluten k ses fibres; celle qui , combinée arec la terreprincipe, coustitue son essence, tout cela peut baos doute être détruit par le feu ou autrement ; mais le bois, une fois désorganisé, est-il au pouvoir de t'bomme de l'oi^aniser de nouveau?' Comment donc se persuader que de l'ivoire, des os, qui ne sont autre cbose qu'une terre-principe, liée par un gluten dont la nature a seule le secret , dont les molécules sont disposées d'une manière propre à chacun, puissent être anéantis, modifiés, dérangés, puis recréés, organisés, et remis dans leur ordre, lorsqu'on laisse toutes leurs parties dans le plus grand désordre? Qu'on teigne une infinité de substances, cela se conçoit, parce qu'alors ce sont une infinité de molécules coloriées qui s'introduisent dans les pores de la matière, et qui, attendu leur nombre, présentent à nos yeux une surface uniforme- Nous croyons donc devoir laisser aux auteurs qui en ont parlé, tous ces prétendus secrets qui étonnent, excitent le désir de les mettre en pratique, mais que l'expérieDce dément presque toujours.

Préparation pour teindre l'Ivoire-

On fera bouillir les pièces qu'on veut teindre dans un bain d'eau claire , où l'on aura mis de la couperose et du nître ou du salpêtre. L'acidité de leurs sels pénètre l'ivoire , et le dispose à recevoir les parties colorantes de la teinture. C'est au sortir de ce bain encore cbaud , qu'on plongera les pièces dans la teinture où on les laissera autant de temps qu'il sera nécessaire pour que la teinture soit solide et belle.

Teindre VIvoire.

On fera dissoudre dans de l'esprit de vin les couleurs qui y sont solubles. Si c'est du rouge dont on a besoin , on se servira de bois de Brésil , râpé en copeaux fins. Lorsque la couleur aura acquis assez d'intensité, on y plMigera la pièce d'ivoire qui se pénétrera de couleur, de l'épaisseur d'un écu, en assez peu de temps.

Pour teindre l'Ivoire et les Os.

Mettez infuser, pendant huit jours ou environ , de la limaille de cuivre, de l'alun de roche , et du vitriol romain dans d'excellent vinaigre. Décantez-la pour, quand 1« dissolution sera Saise, la mettre dans un autre vaia-

CHAP. II. Ssct. III. Recettes càncèmant Tlifoire tt Us Os. 46i .seau, et plongez^ l'iToirc et le^ oc; àj4utez-y.l« couleur que wup vcmlee leur donner. Pour le rouge, vèOs l'bus-isçrvirez de brésit râpé très-fin', ou de cocheoille; pour te jaune de la^graine d'Avignon^ et pour le bleu, de l'iudigo.. Faite» bouillir W tout^ jusqu'il ce: que les os ou Tivoire aient pris une belle teinture.

Teindre en rouge le» Os et l'Ivoire.

On trouve dans les manufactures de draps , de la tonte d'écarlate^ Faitesen bouillir dans de l'eau oommune. Quand elle corameocera à bouillir, jetez-y des cendres gravelées , pour dégager ; la, couleur de la laine , ce qui rougira , fortement la ;liqueur. Mettez-y- un. peu d'alun de roche, et passez le tout parun lingç , pdur en. séparer la laine. Trempez votre ivoire et vos os dai>s de l'eau forte , étendue avec de l'eau ou eau seconde, pendant un instant seulement,, de. peur que leur surface ne s'altère, puis les jetez dans la teinture. Si vous voulez que vos. pièces d'ivoire ou d'os soient marbrées de blanc, il faut les couvrir de cire avant cette opération , et laisser à découvert les parties qu'on veut colorier : on peut même feire, par ce moyen , des dessins ou des marbrures à volonté.

Noircir l'Ivoire. , , r

FArras tremper la pièce d'ivoire, pendant 5 ou 6 heures, dans une infusion de noix de Galles, de cendres gravelées et d'arsenic Quand les pores auront été ouverts, on lui donnera quelques couches d'une composition que nous donnerons plus bas pour teindre les bois en couleur ébène.

AiUre recette

Pbefxz quatre onces de noix de Galles; pilez-les , joignez-y quatre onces d'écorce de noik vertes, c'est-à-dire de brou; mettez le tout dans une pinte d'excellent vinaigre, et ^tes réduire à moitié. Faites bouillir, votre ivoire, après l'avoir fait tremper quelque temps dans l'eau d'alun.

Teindre VIvoire en vert.

On fera une bonne lessive de cendres (k sarment. On en prendra une. pinte et demie, mesure dePa^is^ mett^y une once et .demie de beau

j6a MANUEL OC TOUJINEXIR.

Tert-de-gr» en pondre, uh p«p id'ptim de^scc-, et use ftoignée dt> sfd mario. Faites bouillir le tout.ja9(pi'à réduction de Aïoitié; plongeB>y l'ivoire sortant de la préparttion indiquée an conimenceinent de cette section ; ^ez leTdse de deuusle feu, et laissèz*y l'èroire jusqu'à ce qu'il soit assez coloré.

ITeiadre l'f poire en blea^ ■ ;

FAiTis'la même lessive que ci-dessus, et en même quantité. Faites dissoudre de l'indigo avec de la potasse dans an peu d'eau ; jetez ce bleu dans la lessive, et pltongez-y les piéc«Ë à teindre, de la même manière et' avec les mêmes précautions qwe pour' le vert Chi peut dissoudre également Tindièti a:vec de f builig de vitriol , ou acide suifiiriquei mats comme cet acide est très-violent , prenea garde d'y toucher et d'en laisser tomber sur les habits, ^r les meubles on autres objets, qui seroieot Iwrùlés sar-le-chanlp. '

Autre manière de teindre en hlêu.

pRfHEz quatre pintes de graine de sureau bien mûre. Mettez-les dans un pot de terre vernissé, et joignez-y une derai-once d'alun en poudre. Versez par dessus une chopine ou trois demi-setiers de fort vinaigre , ou égale quantité d'iirîne claire. Plongez-y l'ivoire, &rtes-le bouillir, et remuez souvent.

La première manière donne à Tivoire un plus beau bleu que la seconde. On petit, au lieXi d'indigo, se servir de bois dinde.

Blanchir l'Ivoire jauni.

Faites dissoudre, dans une quantité suffisante d'eau, autant d'alun qu'il en fout pour que l'eau soit blanche. F^tcs>lui faire un bouillon; jetez-y les pièces d'ivoire,, et biaBes^las ttemper pendant environ une heure, en les frottant de (Empa en temjnavec de petites brosses. Quand elles seront devenues blanches, n)ettez-les sécher lentement, enveloppées de linge ou de sciure de bois, poor empidier qu'elles ne se fendent

On peut aussi frotter la pièce de savon noir, qu'on étendra bien également, l'approcher du fis» pont chaulfcr'(oul« le surfece au ra^e degré; et lorsque le savon aura un-peu bouillonné, essuyer la pièce,

CHAP. II. Sect. ÏIl Recettes concernant l'Ivoire et les Os. 463 la rousseur sera emportée Si la pièce n'étoit pas enduite de savon partout , on chaoiifêe inégalement, elle deviendioit jaspée.'

Autre manière de blanchir riaûire.

La manière que nous donnons ici ne peut conTenir qu'aux pièces iàites au Tour, et qu'on peut y remettre. On fera éteindre de la chaux dans nne' quantité suffîsaute d'eau. On laissera reposer. On décantera. On y plongera les pièces , et on fera jeter quelques bouillons. L'ivoire blanchira très - promptement. On remiettra la pièce au Tour , et on la polira de noureau comm« si l'on venoit de la tourner. On terminera , avec un peu de Manc d'Espagne très>fin , i Peau d'abord, puis à sec. Mais, ainsi que nous l'avons déji dit ailleurs , il ne feut pas se servir du blaoc dans l'état oii on le vend en pains , attendu qu'il contient beaucoup de graviers , qui gâteroient le poli : il faut le délayer dans une assez grande quantité d'eau ^ le mettre en mouvement, et laisser tomber au fond les parties les plus lourdes , et au bout de cinq ou six minutes , verser l'eau dans un autre vase : laisser reposer cette eau pendant vingt-quatre heures, ayant soin de la couvrir et décant»' le lendemain. Qua:nd la pâte sera parfaitement séchèe, elledonnera une poudre sufOsamment fine, et débarrassée de tous les corps étrangers.

Blanchir et Dégraisser le» Os.

Les os , même ceux qu'on trouve dans les pieds de bœuf, quoique ronds , peuvent rarement être mis au Tour , attendu qu'ils ont trop peu d'épaisseur pour qu'on puisse les mettre au rond intérieurement et extérieurement De plus, comme ils ne présentent que des tubes, et n'ont point de plein , si l'on en veut faire des boîtes , on est obligé de rapporter le fond ; c'est pour cela que les Tourneurs en font rarement usage.: néanmoins on s'en sert pour di£férens objets , comme fichée , jetons , et pour le placage.

Mais leur grain est absolument différent de celui de l'ivoire ; leur Uancheur n'est pas la même ; et il n'y a que les p^tonnes peu exercées qui puissent, comme nous en avons vu, confondre l'os avec l'ivoire. Nous avons donc cru , par cette raison , devoir donner le moyen de les dégraisser et de les blanchir. Quelques Amateurs nous ont assurés que, pour leur procurer l'une el TàutR qualité , il suflBsoit dé lés e^ser au grand air , à la pluie, et au soleil, pendant très-loof^temps, comme cinq ou six mois

464 MANUEL DU TOUttNEUR.

sur un toit, ou autre part. Mais ce mo^ren, s'il est bon, comme U y a lieu de le croire , est long, et on est quelquefois dans l'impossibiliJié d'atteudre. Voici donc de quelle manière on doit s'y prendre.

Mettez de la chaux daas un pot neuf, avec suffisante quantité d'eau. Faites bouillir les os dans cette lessive, et ils se dégraisseront en peu de temps. Nous en avons fait l'expérience; mais il nous a semblé qu« cette méthode décompose un peu ta nature des os, s'ils bouillent king-temps, ou qu'il revient des taches de graisse, si l'ébuUition n'est pas ass«& prolongée.

Lorsqu'on fait cette opération, on voit, au bout de quelques minutes, la graisse et une écume noirâtre surnager. Si l'on continue Tébullition dans cette eau , ce seroit les maintenir dans la graisse. Nous pensons donc qu'il vaut infiniment mieux faire deux lessives consécutives , et que la seconde emportera, sans beaucoup altérer la substance des os, le peu de graisse qui y peut rester encore.

Cette seconde lessive se fait en jetant dans de l'eau bouillante, de l'alun de roche et une poignée de son. Cette manière dégraisiie parfaitement les os, sans les altérer, , *

■ Pour Teindre les Oa en rouge.

Faites bouillir , dans une quantité suffisante d'eau , et dans un pot ver* nissé neuf, douze livres de chaux , et une livre d'alun calciné. L'eau -étant diminuée d'un tiers, vous y ajouterez deux livres de même chaux vive, puis vous ferez bouillir le tout, jusqu'à ce que la liqueur soutienne un œuf sans qu'il enfonce. Laissez reposer la liqueur , et la passez au filtre. Prenez douze livres de cette eau , ce qui fait- environ six pintes de Paris; mettez-y une demi-livre de bois de Brésil , et quatre onces de tonte d'écarlate. Faites bouillir le tout un demi-quart d'heure à feu lent Décantez la partie la plus claire. Mettez sur le marc un tiers moins d'eau que la pre* mière fcns. Faites bouillir de même : tirez de même à claire et mêlez les deux parties ensemble. Continuez ainsi jusqu'à ce que l'eau ne prenne plus de couleur. Mettez vos pièces bouillir légèrement dans cette liqueur , qui les teindra d'un beau rouge.

Teindre ht Os en noir.

Faites bouillir, dans de Teau commune, six onces dç lithai^ et autant de chaux vive, mettez en même temps les os à teindre. Remuez sans cesse.

CHAP. IL Sect. III R»c0ttê eowemant l'Ivoire et Ui Os. 46S jusqu'à ce que la liqueur commence à bouillir : ôtez-la en cet instant du feu, et continuez de remuer jnsqu*à ce qu'elle soit refroidie. Betirez les oi qui seront teints.

Teindre les Os en vert.

On prMidra du vértMle-gris pulvérisé. On le raetra dans un vaisseau de terre , avec du vinaigre , puis on f plongera les os. On fermera le vaisseau , et on collera du papier sur les joints du couvercle. Mettez-le dans du fumier, pendant quinze jours, au bout desquels les os seront parfaitement teints en vert. Si l'on n'avoit pas la commodité de se procurer du fumier, on pourroit tenir le vaisseau sur un four , dans une étuve , ou sur des cendres chaudes. Il est une infinité d'autres recettes pour teindre les os en vert \ mais , comme nous n'avons pas en vue de &ire un traité de teinture , nous nous bornerons à celles-ci.

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