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d'eau où l'on aura fait bouillir des tiges rampantes de se-koua (c'est une espèce de courge longue, délie'e et velue, qu'on mange). Au défaut de ces tiges de se-koua , on peut faire bouillir des fleurs de kin-inhoa.
«Quand on donne ce remède , il faut interdire l'usage de toute nourriture dont le goût ou l'odeur seraient trop piquants. Dix ou douze jours après avoir donné ce remède , on sèmera la petite vérole , et pour cela on choisira , dans la bonne saison, un jeune enfant fort et robuste, qui ait une'petite vérole bien conditionnée et clairsemée. On ramassera les écailles de ses pustules les plus épaisses , et on les fermera bien dans un vase , en sorte que les esprits ne puissent point s'évaporer; avec cette précaution, elles pourront servir pendant un an , et elles conserveront leur vertu.
« Quand on voudra semer la petite vérole , on prendra cinq ou six de ces écailles ; si l'enfant est un peu âgé , on y joindra le poids de 2 grains de biung-hoand , et on pilera le tout ensemble, qu'on enveloppera dans du colon ; ensuite on
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l'insinuera dans le nez de l'enfant, et on l'y laissera deux ou trois jours ; après quoi la petite vérole poussera. Si l'enfant est fort jeune , deux ou trois écailles suffisent, et on retranchera à proportion de la quantité du musc et du hiuughoang. Le second jour après qu'on aura semé la petite vérole , on lui en fera prendre par la bouche. La dose sera de deux ou trois écailles pulvérisées qu'on mettra dans du bouillon de chinma : on l'appelle ainsi , parce que le chin-ma y domine, mais il n'y entre pas seul. On fait encore bouillir ensemble du kotem , du cho-yo et de la réglisse ; cette potion , qui sera d'une bonne tasse , étant presque au point de sa cuisson , on y jettera la poudre des deux ou trois écailles dout j'ai parlé. Après avoir pris ces mesures , il faut attendre l'effet du remède. Si , après le troisième jour, on voit paraître les marques de la petite vérole, c'est un indice heureux.
«Si la petite vérole paraît dès le second jour, il y a du danger ; et communément de dix enfants à qui on l'aura procurée, il n'y en aura que six ou sept qui eu échapperont.
c Le danger sera bien plus grand , si elle sort dès le premier jour; de dix, à peiue en sauvera-t-on un ou deux. Voilà ce qui se dit ; mais on doit se rassurer, parce qu'en ob servant la méthode que j'ai prescrite, et en prenant le remède qui dissipe la malignité de la petite vérole , on ne sera pas sujet aux symptômes et aux accidents fâcheux dont je viens de parler. Il faut alors avoir recours aux remèdes qui sont marqués dans nos livres pour la petite vérole naturelle , lorsqu'elle devient dangereuse.
«Enfin l'on avertit que si, d'après ces remèdes , la petite vérole ne paraît point ni au quatrième ni au cinquième jour, il faut ôterles poudres insérées dans le nez de l'enfant , et recourir de nouveau au remède que j'ai donné pour dissiper la malignité du venin. En prenant celte précaution , on garantit que dans la suite il sera exempt de la petite vérole. Il faudra seulement , à la quatrième et cinquième lune , de même qu'à la huitième et neuvième , se gêner à prendre quelques jours de suite le même remède. C'est
une sujétion dont l'enfant sera délivré quand il aura dix ans accomplis.» Le P. d'Entrecolles.
11 me semble que, d'après ces citations, il n'est pas difficile de prouver que les Chinois connaissaient l'inoculation avant les Circassiens et autres, ne serait-ce que par les traités qu'ils en ont faits, et les instructions qu'ils ont données sur les précautions à prendre dans la pratique de cette méthode.
Il est à remarquer que l'empirisme , qui a régné de tout temps et en tous lieux , est très en faveur au sein des populations civilisées , et, le dirai-je ? c'est souvent la partie la plus éclairée de la société qui soutient l'empirisme et l'empirique lui-même.
Avant d'aller plus loin , je vais , pour n'y plus revenir, vous donner un de ces secrets qu'auraient envié le petit et le grand Albert.
C'est toujours le Père d'Entrecolles qui parle, ou du moins ce sont les manuscrits chinois qu'il a consultés et ceux qui lui ont été communiqués ; ces derniers moyens m'ont paru si singuliers, que
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je les transcris sans y rien changer, ne serait-ce que pour servir à l'histoire de la civilisation chinoise , il y a environ deux ou trois siècles :
«Prenez , disent-ils , sept œufs d'une poule qui est prête à couver: tirez-en un des sept, percezle pour en faire entièrement sortir le blanc et le jaune; puis remplissez-le de quatre mas et de neuf condorins de tchu-cha bien pur (c'est une espèce de cinabre) ; collez du papier sur le trou el bouchez-le exactement. Vous mettrez cet œuf sous la poule , pour être couvé avec les six autres. Quand ceux-ci seront éclos , vous retirerez l'œuf médicinal , d'où vous ramasserez le tchucha , que vous exposerez à un beau soleil et au clair de la lune durant sept jours et sept nuits. De plus vous prendrez la première courge qui naît de celte plante , que vous laisserez bien mûrir et que vous ferez sécher. Quand vous l'aurez brûlée , sans cependant permettre qu'elle se calcine, vous la réduirez en poudre. Pour chaque prise , vous mettrez le poids de 5 condorins de tchu-cha, et autant de la poudre de courge , que
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vous mêlerez dans une quantité suffisante de miel bien pur. Vous ferez prendre ce remède trois fois de suite : c'est un préservatif excellent.
« Je finis ces recettes par un secret aussi agréable qu'il est propre, à ce qu'on assure, à modérer et même à détourner la petite vérole: c'est l'usage fréquent des raisins de corinthe , nommés en Chinois soso-poulao. C'est ce que j'ai lu dans un traité d'agriculture, composé par l'illustre Paul Siu, autrement Siu-Quang-Hi , ce grand ministre d'État , qui vivait sur la fin de la dynastie des lUing , et qui , par son illustre exemple et son zèle, a si fort contribué à l'établissement et au progrès de la religion dans ce vaste empire. »
Ces moyens n'étaient point connus des Circassiens , à l'exception du premier, qui est d'introduire purement et simplement la poudre de croûtes varioliques dans les narines de ceux ou celles que l'on veut inoculer. LesCircassiens, les Grecs, et même les Égyptiens, avaient aussi leur mofhts faciendi; ils passaient dans la chair, et en forme de selon , un fil imbibé de pus variolique,
pour pratiquer l'inoculation ; quelquefois ils faisaient respirer cette poudre desséchée, et même la faisaient avaler.
Tous ces procédés ont été l'objet de critiques plus ou moins sévères ; mais, il faut le dire , le dernier et le meilleur des procédés connus pour l'inoculation de la petite vérole est sans contredit l'insertion par le moyen de la lancette.
Vers le commencement du 18 e siècle, deux femmes venant de la Grèce introduisirent l'inoculation à Constantinople. Les docteurs Pylarini et Timone , de l'Université de Padoue, étonnés des succès de ces femmes, suivirent leur pratique, et c'est à eux à qui l'on doit l'extension de cette méthode en Europe. En 1717, lady Wortley Montagne, femme de l'ambassadeur anglais à Constantinople , fit inoculer son fils et sa fille; l'inoculation eut un plein succès.
De nouvelles expériences furent tentées en Angleterre sur des criminels; ces expériences, suivies de succès, déterminèrent le succès de cette pratique. LadyTMontague, de retour en Angleterre , remit au D r Woodwood l'ouvrage de
Timone sur l'inoculation ; le prince de Galles fut alors inoculé , et cette inoculation fut comme un signal électrique donné à toute l'Angleterre.
De Londres pour venir à Paris il ne fallut qu'un instant ; le premier qui se fit inoculer fut le chevalier Chatelus, et le second le duc de Chartres, inoculés tous deux par Tenon, de l'Institut.
La petite vérole avait été meurtrière, tant que l'inoculation ne fut pas mise en usage ; mais, du moment où elle fut répandue, la mortalité devint encore plus grande.
Dans une période de soixante ans avant l'inoculation à Londres, sur 1,387,109 morts, on en comptait 88,515 de petite vérole; tandis que soixante ans après, de 1721 à 1771, c'est-à-dire depuis l'introduction de l'inoculation , sur 1,446,973, il y eut 124,943 varioles.
Ce qui réduit à dire qu'avant l'inoculation il mourait de la petite vérole 1 sur 15 , et qu'après la méthode mise en pratique il en mourait 1 sur 11 ; dans le premier cas , un peu moins de 7 sur 100. Où est l'avantage de pratiquer une méthode qui tendait à détruire dans des proportions plus
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effrayantes la population 'î Ces remarques furent
failes peu de temps après l'introduction de l'inoculation.
D'un antre côté , la mortalité' de la petite vérole a beaucoup augmenté à Londres depuis qu'on inocule; c'est un fait prouvé de la manière la plus authentique par les registres mortuaires de cette ville. On a remarqué , dans des villages aux environs de Paris , que la petite vérole avait l'ait beaucoup de ravages depuis qu'on y avait établi des maisons d'inoculation. Il est donc manifeste qu'on a fait, en inoculant, plus de mal (pie de bien , et qu'à ne considérer la chose que relativement à l'intérêt général , il fallait proscrire cette pratique , ou , tout au moins , l'écarter soigneusement des lieux très-habités.
On pourrait citer des faits à l'infini; mais je dois m'arrêter ici, pour m'étendre plus longuement sur les effets de l'inoculation.
La petite vérole a fait des ravages partout où elle s'est montrée , l'inoculation n'a jamais pu la combattre avec avantage.
Avaut l'inoculation , la mortalité était de V\a
à ' u , et depuis la mortalité' n'a pas diminué; car, si l'inoculation sauvait le plus grand nombre de ceux qui avaient profilé de ses bienfaits , il faut dire qu'elle engendrait souvent la contagion et des épidémies meurtrières.
On en a constaté un grand nombre d'exemples , et souvent aussi on a vu mourir, dans les épidémies produites par la variole inoculée, un grand nombre d'inoculés eux-mêmes ; enfin des villes entières ont été infectées par la variole, et c'est à l'inoculation , le plus souvent , qu'on devait le germe des épidémies. On peut citer la ville de Boston, dans la Nouvelle-Angleterre, où l'inoculation a produit une épidémie telle, qu'en très-peu de jours plus de 700 personnes périrent victimes du fléau ; les magistrats proscrivirent cette méthode. Il en fut de même pour la ville d'Herti'ord.
D'ailleurs , au point de vue de certains inoculateurs , l'inoculation ne pouvait servir que bien peu pour préserver de la variole , et quoiqu'on ait dit que la variole n'attaquait qu'une seule fois le même sujet, il est prouvé, et bien prouvé, que
dans les foyers d'e'pidémie , les inocule's , les varioles , et quelquefois , mais en petit nombre , les vaccine's , sont atteints de nouveau par la variole.
Je devance ici mon sujet. J'ai dit que les vaccine's prenaient, au milieu des foyers contagieux , la petite ve'role ; je le prouverai plus tard, et j'espère prouver pourquoi ils en sont quelquefois atteints.
Il fut un temps où l'on inoculait la variole par le nez, mais, à l'époque où elle fut introduite à Constantinople , on inoculait avec la lancette et on ne faisait qu'une ou deux piqûres. Si l'opération ne donnait qu'un bouton par piqûre , l'individu était considéré comme mal inoculé ou du moins était rangé dans les non préservés; si, au contraire , elle procurait une éruption de quarante, cinquante ou soixante boutons, elle était considérée comme bonne et préservatrice à jamais.
Il n'y avait pas d'âges pour inoculer, ou du moins la méthode grecque n'en connaissait pas. L'opération réussissait à tout âge , à tout sexe, et à tout tempérament, pendant les mauvais temps,
et eufia pendant les e'pidéniies même les plus meurtrières.
Une seule incision était pratiquée, ditPylarini, et il n'était pas d'usage de se préparer à recevoir l'inoculation, comme on l'a l'ait plus tard, et beaucoup d'autres n'ont jamais vu survenir aucun accident de cette méthode.
Quelques médecins inoculateurs , au contraire, affirment qu'ils ont vu beaucoup d'accidents, sans compter le germe de contagion que l'inoculation a pu répandre.
Et quoiqu'ils conviennent que la petite vérole artificielle produise plus difficilement la contagion , ils ne disent pas qu'elle ait souvent produit des épidémies meurtrières.
Pour en finir avec l'inoculation, nous dirons que le parlement de Paris consulta la Faculté de médecine, pour savoir si on devait continuer cette méthode.
Après plusieurs années d'un travail assidu ^ les commissaires répondirent en ces termes :
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21 novembre 17G3.
D. «1° La petite ve'role est-elle contagieuse i'
/». «La petite vérole est une maladie contagieuse.
D. «2° Tout le monde a-t-il nécessairement la petite vérole?
7?. « Non, mais l'on ne compte que 2 sur 20 qui n'en sont pas atteints.
D. «3° Y a-t-il des personnes qui aient la petite vérole deux ou trois fois?
Ii. «Oui , mais c'est l'exception.
D. «4° La petite vérole inoculée garantit-elle de la petite vérole naturelle?
Ii. «L'inoculation sert, le plus souvent, à garantir, mais pas toujours, pas plus que la petite vérole naturelle.
D. « 5° La petite vérole inoculée cxpose-t-elle la vie des citoyens?
Ii. «Un , deux , trois sur cent.
«La petite vérole naturelle, presque toujours un tiers , et quelquefois plus.
D. « 6° La petite vérole inoculée gâte -t- elle le
visage quelquefois autant que la petite vérole naturelle?
R. «Très-rarement.
D. «7° En inoculant la petite vérole, y a-t-il danger d'inoculer d'autres maladies?»
Les commissaires disent très-rarement.
Moi, je dis jamais.
D. «8° La petite vérole inoculée laisse-t-elle des reliquats fâcheux , plus nombreux, et souvent plus difficiles à guérir, que ceux de la petite vérole naturelle?
/?. «Oui, il y a plus d'inconvénient à inoculer. »
C'est assez parler de la variole et de l'inoculation ; en raisonner plus longuement me semble spécieux, et je vais immédiatement vous entretenir de la vaccine et des bienfaits qu'elle a répandus partout où elle a été portée depuis sa découverte.