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DE LA. VACCINE

Dans le comté de Glocester et dans différentes parties du Devonshire , du Leicestershire , dans la Hollande, le Meckleinbourg , l'Italie, l'Espagne, l'Amérique et la France, les vaches sont sujettes à une éruption de boutons qui se manifestent aux pis.

D'abord d'un bleu pâle , ces boulons s'entourent d'un disque rouge, et dégénèrent en ulcères plus ou moins difficiles à guérir.

En Angleterre , on lui donne le nom de cow-

pox; en Irlande , celui de shinach ; en France, picole ; en Allemagne , Chicken-pox , etc.

Cette maladie, e'pizootique pour l'espèce ovine, est contagieuse pour l'espèce humaine ; il n'est pas rare de la rencontrer chez des filles de bassecour et chez les gens employés à donner leurs soins aux vaches.

Aussi, parmi eux, il est un dicton populaire qui s'exprime en ces termes: «Je ne crains pas la petite ve'role , puisque j'ai pris celle de la vache. »

Je suis e'tonné que ce bienfait soit resté si longtemps inaperçu et qu'on n'ait pas cherché plus tôt à éclairer cette opinion populaire. Il a fallu qu'un homme dont la postérité ne redira le nom qu'avec un sentiment de respect et de reconnaissance, il a fallu, dis-je, qu'abandonnant ses occupations chirurgicales , Jenner se soit livré à des études physiologiques et d'histoire naturelle, pour que l'humanité lui doive la plus belle des découvertes.

Il abandonna Londres, où il avait fait des études sous le célèbre Hunier, pour se retirer dans le Glocester, son pays natal, afin de se

consacrer tout entier à des recherches de tous genres.

Quoique n'exerçant plus la médecine , Jenner prodiguait ses soins à tous ceux qui venaient les réclamer. Jamais l'infortuné n'a frappé en vain à sa porte ; aussi, et comme pour le récompenser de son amour pour les pauvres, la Providence lui révéla , par la voix de ses clients , l'existence et la vertu du cow-pox.

En effet , il apprit d'eux-mêmes celte tradition qui existait en faveur de la vérole des vaches, comme antidote de la variole. Après un mûr examen , Jenner entreprit en silence une suite d'expériences pour s'assurer de la valeur de cette tradition. Ses premiers essais datent de 1770.

Après avoir vacciné un grand nombre de sujets , il leur inocula la variole et toujours sans succès. En juin 1798, c'est-à-dire après vingthuit années d'expériences , il publia sa découverte. Dès lors elle fut acquise au monde entier. A Londres, en France , dans le Mecklembourg, en Italie, en Prusse, en Bavière, en Saxe ,

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partout on fit des essais , et partout même résultat , même succès.

A Paris , une commission fut nommée , et pour entreprendre une suite d'expériences bien faites, bien coordonnées , le duc de La Rochefoucauld- Liancourt ouvrit une souscription nationale pour subvenir aux frais de ces expériences.

Le prince Lucien Bonaparte , ministre de l'intérieur, autorisa le comité de vaccine à faire des expériences dans les hospices, et dès lors les communications fréquentes établies avec le comité de vaccine de Londres firent abonder à Paris le vaccin.

Le 1 3 prairial an VIII , les premières expériences furent faites à Vaugirard , sur trente enfants , et continuées successivement sur un grand nombre d'autres avec le vaccin fourni par les premiers inoculés.

Mais ce n'est véritablement que lorsque Woodville vint à Paris avec Auber, que la pratique commença à se répandre et qu'elle devint même en faveur. Alors , de toutes parts , et sur tous les points de la France , il s'établit des comités de

vaccine. Ces comités avaient l'appui du gouvernement et du clergé, qui secondaient de tous leurs efforts les travaux de ces comités ; les médecins de l'armée la propagèrent facilement et sur de grandes masses ; le comité de Paris ne tarda pas à établir des relations avec des comités des départements et de l'étranger, soit même avec les médecins et particuliers qui s'occupaient de cette pratique.

Par cette correspondance très-étendue , le comité de Paris a pu voir que partout, sous tous les climats , à toutes les saisons , la vaccine réussissait, sans jamais amener d'accidents, et le comité n'épargna aucun genre d'expérimentations et de contre-épreuves pour s'assurer de ces faits.

Nous ne rappellerons pas toute cette masse imposante de faits , d'expériences , de contre-épreuves ; nous nous bornerons à les énumérer succinctement.

On commença à inoculer la variole à tous les vaccinés , sans jamais donner naissance à la variole.

On fit coucher des varioles avec d'anciens vac-

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cinés, et toujours ces derniers sortirent vainqueurs de ces épreuves.

On a même poussé les contre-épreuves un peu loin ; on a posé des sétons imbibés de virus variolique, et encore sans résultat.

Ces contre-épreuves ont été faites à des dates plus ou moins éloignées de l'époque de la vaccination , et sur un nombre si considérable de sujets , que l'on ne peut contester leur valeur et mettre en doute l'impartialité de l'expérimentateur.

Dans le courant du mois de thermidor an X , il éclata une épidémie de variole à Paris. A cette époque, il n'y avait encore que 10,000 sujets qui eussent profité du bienfait de la vaccination. Eh bien, tous les vaccinés qui furent au centre de l'épidémie, pendant tout le temps qu'elle a duré , furent épargnés par la variole !

Il n'était pas rare , dans les premiers temps de la découverte de Jenner, de voir des mères ou des nourrices atteintes de variole donner le sein à des enfants vaccinés , sans que ces derniers contractassent la variole , et , en retournant la

position , des enfants varioles prendre le sein de leurs mères , sans leur communiquer la variole. Que n'a-t-on pas observe' dans ces premiers temps ? Et ce qui le prouve, c'est que les travaux du comité de vaccine sont très -riches de faits et d'observations, de 1803 à 1812.

On pensa d'abord à reporter la vaccine de l'homme à la vache ; était-ce pour la vivifier, la renouveler, ou simplement pour la perpétuer et la conserver 'i

C'est de 1802 à 1803 que partout on répétait ces expériences , et le comité de Reims eut , le premier, le bonheur de réussir à transmettre à la vache la vaccine qu'elle avait donnée à l'espèce humaine. On poussa plus loin encore ces essais : on inocula des chevaux , des moutons , des cochons , des chiens , des lapins , des singes ; les oiseaux eux-mêmes ne furent pas épargnés. On vaccina des pigeons, des poules, des dindons, etc., et sur tous, on a pu voir la vaccine, comme on avait vu , en d'autres temps , la variole , chez ces animaux , pendant le cours d'épidémies de variole.

On avait d'abord pensé à faire servir ces inoculations à quelque chose : on avait cru pre'venir le catarrhe nasal chez les chiens, la clavelée chez les moutons , etc. etc.

Tous ces essais sont curieux à plus d'un titre , et ils méritent bien une mention ici , car ils sont sans doute oubliés.

L'expérience qui nous semble la plus importante est sans contredit celle qui a eu pour but de rechercher, ou du moins de prouver, l'origine du cow-pox. Jenner pense que le cow-pox vient du javart (the grease) ; cette affection est vulgairement connue en France sous le nom fteaux-auxjambes.

C'est une maladie hideuse et dégoûtante , dit Hurtrel d'Arboval, qui affecte les régions inférieures des membres locomoteurs ; elle se manifeste plus particulièrement chez le cheval, elle se voit rarement chez le mulet et l'âne. Son nom lui vient de l'écoulement qui a lieu à la surface de la peau des parties malades , il est si abondant qu'il se forme sans cesse des gouttelettes de matière semblables à des gouttes d'eau.

Le comité de vaccine entreprit une série d'expériences trop curieuses pour n'en point parler.

Pour vérifier l'opinion de Jenner sur l'origine du cow-pox , on imagina de prendre la matière des eaux-aux-jambes et de l'inoculer aux vaches : les expériences ne réussirent pas entre les mains des principaux vaccinateurs ; d'autres disent avoir réussi , mais cela est si douteux que je n'ose me prononcer à cet égard. J'ai vu répéter ces expériences par M. Bousquet, soit du cheval à la vache , soit directement du cheval à l'homme, et jamais il n'a obtenu de résultat.

J'extrais un passage du rapport du comité de vaccine sur ce genre d'expériences ; le lecteur pourra juger par là de l'impartialité et de la bonne foi que je mets dans la rédaction de cet ouvrage.

« Le comité cherchait depuis longtemps l'occasion de vérifier, par des expériences positives , l'opinion qu'avait émise le D r Jenner sur l'origine première de la vaccine , qu'il assurait provenir d'une maladie particulière aux chevaux , et con-

nue sous le uoni d'eaux-aux-jambes. H croyait que les mêmes hommes chargés de panser les chevaux atteints de cette maladie et de traire ensuite les vaches portaient, sur les pis de ces dernières, la matière des eaux, qui développaient ensuite sur elles la vaccine. Le D r Loy fit, en Angleterre , les tentatives les plus heureuses , et confirma l'opinion de Jenner; il en publia à Londres les résultats , qui furent insérés dans la Bibliothèque britannique. Ensuite les docteurs Lafont, de Salonique, et Sacco, de Milan, répétèrent les expériences de Loy , et obtinrent les mêmes résultats. Tel était l'état des choses , lorsqu'une circonstance imprévue vint fournir aux médecins français les moyens de s'assurer par eux-mêmes de la vérité de l'assertion de Jenner. « Le comité central , ayant été instruit par M. Lemercier, médecin, rue Montmartre, n°161, que le sieur Bodereau, cocher de M. Rillette, ancien banquier, demeurant dans la même rue, n° 162, qui pansait un cheval atteint des eaux-aux-jambes, et qui n'avait pas eu la petite vérole , avait au

poignet des boutons semblables à ceux de la vaccine , s'empressa de prendre sur ce fait toutes les informations convenables. Le même jour, M. Tartra, chirurgien du premier dispensaire, auquel ce domestique avait été adressé, s'étant servi de la matière de ses boutons pour l'inoculer à des enfants , le comité désigna plusieurs de ses membres pour assister à ces expériences. Ils examinèrent avec soin les mains de ce cocher , et reconnurent sur ses boutons tous les caractères de la vaccine ; ils suivirent la marche de l'inoculation pratiquée à deux enfants avec la matière contenue dans ces boutons , et reconnurent également une vaccine régulière. En outre , l'un de ces commissaires , M. Salmade , a inoculé la matière de la croûte d'une des ulcérations de ce cocher à un enfant de quatre ans, et a obtenu une vaccine normale ; enfin il a fait successivement, de huit jours en huit jours , des vaccinations avec la matière provenant de cet enfant , et à la cinquième génération , époque à laquelle il nous communiquait ses intéressantes expériences , ses inoculations

avaient toujours le caractère de la vraie vaccine. »

Cette expe'rience , qui nous paraît concluante , est regardée comme douteuse par les vétérinaires. Hurtrel d'Arboval dit que d'abord les médecins ont confondu le javart avec les eauxaux-jambes, et il conteste la vertu de l'une ou l'autre de ces affections à produire le cpw-pox chez la vache.

On a vu le cow-pox se déclarer sur des vaches , sans pour cela qu'elles aient été en contact avec des chevaux atteints de javart ou des eaux-aux-jambes; pour nous, c'est encore, et nous le répétons, un fait douteux, qui demande à être expérimenté sur une grande échelle , et à être étudié avec les soins les plus minutieux et les plus nécessaires aux expérimentations. Donc, pour ce qui est de l'origine du cow-pox, on n'en sait rien, et on ne peut se prononcer à cet égard.

Et si Godine, Jenner, Lupton, Loy, Lafont, Sacco , et autres , disent avoir réussi , Woodville, Pearson,Coleman,Luciano, Toggia, Griffa, Ber-

tholini, et beaucoup d'autres, présentant des résultats oppose's, nous n'avons pas plus le droit de nous prononcer pour les premiers que pour les derniers; c'est pourquoi, dans une sage réserve, nous devons attendre tout du temps et de nouvelles expériences pour déchirer le voile qui cache le secret de l'origine du cow-pox.

On a cherché à lui donner une autre origine, mais on n'a pas mieux réussi à en démontrer la vérité : ainsi, en Irlande, on attribuait le cowpox à la piqûre d'un insecte dont l'espèce aurait été détruite par un nouvel insecte. Quelques observateurs ont avancé que la variole humaine transmise aux vaches donne le cow-pox, et que cette transmission suffit pour détruire la variole et la métamorphoser en cow-pox.

Jusqu'alors le grand nombre d'expériences qui ont été faites pour s'en assurer n'ont prouvé aucune de ces dernières assertions.

M. Bousquet a répété ses expériences, et jamais, dit-il, il n'a réussi à donner la variole à la vache.

Le seul succès qu'ait obtenu M. Bousquet,

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