CHAPITRE VII
De quoi devons-nous parier avec le pauvre?”
Cette question sert de réponse quand on nous dit que nous pasïons bien peu de temps chez le pauvre, avec lequel pourtant une visite de cérémonie ne peut se concevoir. Pour qui serait cette cérémonie ?
Dieu en voit l’imutilité ; le pauvre la sent bien, et nous-mêmes, quelle idée aurionsnous de notre sainte mission, Si nous croyions la remplir par quelques minubes de présence corporelle ? Comment notre conscience ne nous accuserait-elle pas d'abuser de la confiance de ceux qui confienit à notre zèle un emploi que nous remplirions si mal,et d’être dans un poste qu’un autre occuperait .plus dignement ?
La visite au pauvre peut se diviser en quatre sortes. (Celle qu'on nomme visite de passage. Elle se réduit à voir le pauvre, à lui donner le secours matériel saus s'asseoir, peut-être même ans entrer che:
lui, sans monter jusqu'au bout de sn rapide escalier. La visite de compliment dans laquelle le visiteur s’asseoit. cause quelques instants de üa manière ja plus aimable, mais de choses lindifférentes, puis s'en va. <
ee anninmes
Celle d'ami, qui se prolonge, dans la:
quelle on parle deé nécessités de ses fautes, des
Conduite et
Celle de père
que le cas le i -
Œuente que la veut la pécessité, dans la.
quelle on rit Pärfois, et d’autres fois..on ÿ On reprend séy » Mais on
console avec amour; où d’
COUP, maïs en
des douleurs
commande et on prie;
inutilité des deux premières
Pourrions les faire plusieur:
années, toute la vie même, sans inspirer l:
moïndre confiance au Pauvre qui les rece-
vrait, sans le Connaître autrement que de
vue, sans lui faire d'autre bien qu’un pau-
» Si toutefois ce qui est !
nommer un bien, puis-
être à augmenter la pa-
rcsse et l’imtempérance.
Notre visite doit donc être une visite de
père, et si ROUs De pouvons atteindre jus-
que-là, qu’elle soit au moins celle d’un ami. De quoi parler avec le pauvre ? Ah! si.
nous avons du Coeur, nous ne manquerons Le on pas de sujet de conversation ! Le pauvre a tant de choses à nous dire ! C’est pour lui une si douce consolation de se voir écouté ! L’avoir écouté nous donne tant de droit à ce qu’il nous écoute nous-même ! :
Le pauvre a une longue et triste histoire : : au’il raconte longuement : écoutons-le pour
ani rendre grâces à Dieu de ne pas nous avoir 5 OÙ envoyé de si dures épreuves; écoutons-le lon pour apprendre à souffrir, pour que la 7e et résioration, le courage et les mille vertus pen- (secrets entre Dieu et le pauvre que notre rat1- charité surprend), nous servent un jour tet d'exemple; écoutons pour connaître celui nas aue nous visitons, car il se peint en racontant sa vie, et il est presque impo-sible que, res peint par lui-même, le portrait du pauvre UT s ne soit pas ressemblant. r la Il y a dans le pauvre des erreurs à comce- battre, des fautes à Corriger, des bons prode pos à encourager, des doutes à résoudre, vu -
une ignorance à éclairer, des projets à diriser, des craintes à dissiper et l'eépérance à mettre ou à garder dans son coenr, aussi religieusement que la charité dans le nôtre.
Que nous serions peu chrétiens, que nous serions ridicules même, si ndus osions dire
ie Fe :
Le k FEES ÿ SA &E
dédaigneuse supério . Quoi parler avec le pauvre ?” qui confondait les docteurs manquait-il de quoi parler avec le pauvre peunle ignorant at dévié ? Nous, ces pau- -‘vres créatures, aurons-nous à descendre autant que lui pour enseigner quelque chose à ceux aue nous visitons ? Aux yeux de P Sagesse, les leçons que nous don- :
nons valent-elle celles que nous pouvons recevoir ? Ah ! les personnes de haute intelligence, de profonde instruction, quand elles ont la charité, ne manquent pas de sujets à traiter avec le pauvre, qui, à la fin d’une longue visite, leur dit souvent :
Car le pauvre nt ceux qui ne le consolent pas. Il y a des pauvres pervertis, et d’autres surtout d'étroite capacité, qui apprécient principalement le secours matériel que vous leur portez; mais beaucoup apprécient tout autant et plus encore la visite que le secours. Est-ce que le pauvre n’a pas une âme Pour recevoir avec reconnaïissance l’aumône d'affection que nous apportons à son coeur ? .
. Une personne dont le nom est prononcé —8VeC respect par tous ceux qui connais-
manque souvent; les moyens matériels jamais | Je voudrais les voir épuisés quel- quefois pour visiter sans bons l”’ Et comme on lui répliqua : “Mais les pauvres nous recevraïent mal l” Cette personne répondit :
“Ce serait une preuve que nous ne savons pas remplir notre devoir: si les pauvres nous reçoivent mal sans bons, nous ne les visitons pas bien.” Nous citerons encore une Conférence de dames de la charité de’ Saint-Vincent de Paul établie en Catalogne, qui continua pendant un mois ses visites sans donner aucun secours matériel, et dont las associées furent toujours re- Çues avec les mêmes preuves d’affection et de respect que lorsqu'elles portaient des bons. Ceci prouve que, s’il y a des pau-
vres qui ne pensent qu’au secours matériel,
il s’en trouve beaucoup qui voient le coeur,
qui le comprennent, qui sympathisent avec
lui, et sont plus reconnaissants de la visite
que de l’aumône : ceci prouve que dans le
coeur du pauvre, comme sur l’arbre du dé-
sert, 1 y a un fruit dont l’éconce est dure,
mais qui recèle une liqueur suave, rafraf-
chissante, que ne soupçonne jamais l’égoïs-
me, mais que la charité révèle.
Le sujet de conversation ne peut mänouer avec le pauvre qui reçoit notre visite comme une grande consolation, qui nous consulte sur tout ce qu’il doit faire et nous. raconte tout ce qu'il & fait. Le temps, la
Pauvre ne sont pas très ire; Pui
nous me le som- ; Mais la charité fait quelle promptitude ce-
se Comprennent-ils et quelle gone, fusion Ï y @ entre le langage des deux
Une chose digne de remarque, c’est la facilité avec laquelle les personnes distin- ‘Euées s’accommodent au langage du pau-
Le défaut de temps est un des motifs ane nous alléguons pour excuser nos courtes visites. Cetbeexcuse peut être souvent légitime. Si des devoirs plus importants nous appellent ailleurs, il n’est pas juste que nous s0yous dans la maison du pauvre;
pri- mais alors, limitons nos soins, s’il le faut, T8e- D à une seule famille, ou confions notre aument mône à quelqu'un qui puisse l'accompagner vide des conseils et des consolations que nons ne pouvons donner, car, par une visite mal k faite, nous privons le pauvre d’un autre vi- Por- siteur qui lui serait bien plus utile.
né Sans mier qu’il y ait des personnes telledia - ment occuvées qu'elles ne puissent visiter
om- les pauvres, nous remarquerons cependant fait que le temps a une espèce d’élasticité pour ce- ceux qui savent Le bien employer. Les
bons trouvent toujours le temps de faire du bien, et ceux qui ne savent que dire au pauvre ne manquent pas de paroles; ils manquent de charité.