CHAPITRE VII
De la correction du pauvre irréligieux. |
Nous ne répéterons jamais assez que Je secours matériel n’est pas le bien principal que nous puissions faire au Pauvre, et que nous devons le regarder, non comme la fin, mais Comme le moyen d'y parvenir.
Notre fin, notre grande fin, c’est d’ins.
pirer au pauvre des sentiments religieux, de le moraliser, de le diriger, de l’encoura. rer et Le soutenir, de chercher du soulage.
ment à ses maux et de le consoler dans Ceux qui sont irrémédiables.
Nous trouverons bien des pauvres qui ne rs devoirs de chrétiens;
raient quelque peu dis ir, Car, nous leur d la vérité
as la pr ‘allons + ion que | font en le
Entendons té, ses blas d’abord ce croit; écou
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itudes, à des passions enfin, ils peuvent aire pencher la balanee ‘du côté de l’i iété et de l'erreur. Cette circonspection st d'autant plus rañsonnable, que chez le auvre, l’irréligion est pratique et non th£sique ; le matérialisme n’est pas systématise, mais brutal. S'il ne va pas à la messe, est parce que son père n’y allait pas, ou que sa mère ne l’y conduisait pas; s’il ne e confesse pas, c’est parce qu’il est pénile de dire ses fautes; s’il ne se corrige pas, c'est qu’il est plus facile de suivre
s mstincts, que de les enchaîner. Il se poque des choses saintes par stupidité,
abitude, fanfaronnade; peut-être pour étouffer la voix de sa conscience, comme on chanite dans l’obseurité quand on a pen r. Il donne de mauvais exemples, mais il n’a
as la prétention de faire des prosélytes ;
‘allons pas lui faire la terrible révé!a-
ion que le mal qu’il fait, lui, d’autres le font en le raïisonnant bien ou mal; n’élerons pas à la hauteur d’un système des fautes qu’il regarde simplement comme des faits.
Armons-nous de tout notre zèle, de toute notre douceur et circonspection, de toute notre charité enfin pour écouter l’impie.
Entendons avec une apparente impassibilité, ses blasphèmes, ses obscénités ; sachons d’abord ce qu’il fait, ce qu’il pense, ce qu’il croit; écoutons ses malédictions sans nous
extravagances d’un insensé, Après que, Par notre calme et notre » NOUS AUTONS pu sonder cet abîme
: de :
ment trop grand à le faire (1). Il est bien dur de voir un
qui pourrait Compter les heures par les péchés qu'il commet contre Dieu, qui ruine à chaque instant son reste de fortu. |
ne, sa débile santé, et devant ce spectacle, d'attendre : i Ï
raiculk de l’â cette se fai
ê porte arrache a compassion n’entn Oui, c’est dur et il faut péche Pourtant paraître tranquille devant cette |
rien 1 scène déchirante ; oui, c’est dur, c’est cruel, ce mais c’est absolument nécessaire : celui qui ne sait attendre, ne peut corriger. =
Avant tout il nous faut attirer le coeur __.
de cet être disgracié ; s’il ne nous considère Le: pas comme des amis, nos exhortations
= | tits seront toujours inutiles ; Comprenons-le AE bien : si nous ne savons conquérir son af- = .
‘ 1: ‘‘Les oeuvres de Dieu, dit saint Vincent de Amo aul, se font pes à peu, par commencement et par t Progrès insensibles’’, re mc
ection, nous ne Sauverons pas son âme.
Mais y a-t-il des affections dans ce coeur dépravé qui ne sait que maudire Dieu et es hommes ? Y a-t-il quelque tendresse dans Ce Coeur, caverne de rancunes et de ureurs ? Ah oui ? Jésus mourut pour lui; et de même qu’à travers les vertus du Juste s'aperçoit la trace de la faute originelle, de même la lumière de la rédemption trouve une issue jusqu’au coeur de ce malheureux impie. Mais par quels moyens conquérir
, qui un tel coeur ? Par l'amour. Voilà le grand, Drtu- l'unique moyen : la charité est la verge miæcle, raculeuse qui fait jaillir l’eau du repentir 1, de de l’âpre rocher du coeur coupable. $&i npa- cette charité qui ne s’irnite point, qui ne hor- se fatigue point, qui espère tout, qui supmê- porte tout, si cetite charité nous manque, sion n'entreprenons pas la régénération de ce faut pécheur; mais si elle est en nous, courage ! ette rien ne lui est impossible.
Nous trouverons dans notre intelligence, dans notre coeur, dans notre caractère des moyens que nous n’y soupçonnons pas, et
& si en voulant nous élever un peu au-dessus
is de la nature humaine, nous nous voyons si
5R petits, quand nous descendrons dans ces
of abîimes du erime pour sauver notre frère, nous nous sentirons bien grands.
de
Amour, amour, toujours amour; voilà notre moyen, notre arme presque irrésistible
(1). L'homme pervers, méprise l’hun et la douceur du faible, parce qu’il les ,coi fond avec la crainte et la bassesse; ina il ne peut avoir une telle pensée en voyant en mous. Il sait que nous pouvs et que nous valons plus que lui, que n« n’avons aucun besoin de lui, que nous »’ vons rien à craindre ni à espérer de lui il est donc difficile que notre abnégatie humble, désintéressée, persévérante, no patience qui souffre tout, n’émeuvent enfi ce pauvre dévié «et ne l’amènent à se de mander si réellement il existe plus haut qué la terre un mobile et une récompense pou de tels sacrifices.
Commençons à traiter ce pauvre dépravé comme faisant abstraction de ses fautes de ses erreurs, et même de ses icrimes, com me si nous ne pensions nullement à sr âme. Cherehons à améliorer sa situatio matérielle, parlons-lui longuement des moyens d'y parvenir, Le péché étant w obstacle au bonheur, pour cette vie comme pour l’autre, tous nos plans, tous nos projets seront maiturellement détruits par 8 mauvaise conduite ; tâchons qu’il le voie clairement; que le médecin, par exempk, dise sévèrement qu’il ne peut guérir un!
homme qui se laisse aller à une telle intem-
1. ‘‘Le paradis de la terre, dit saint Vincent, est comme celui du ciel, tout dans la charité. Le pars: dis n’est autre chose qu'amour, union et charité."
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pérance ; que le maître de maïson, en appaence imexoraible, motive une telle dureté sur l’mconduite du locataire; que le chef d'atelier lui refuse de l’ouvragé à cause de son peu d’exactitude «et de soin; que celui qui pourraït lui procurer un emploi lucratif, dise qu’il ne le fait pas à cause de ses mauvais antécédents ; enfin que celui qui lui refuse une aumône, le fasse en disant sévèrement : “Il y en a de plus dignes.” Faisons tout notre possible pour qu'à chaque contradiction, il voie sa faute clainement écrite; mais que ce soit lui qui le voie et non nas nous qui ie lui montrions; notre science. doit consister, non à lui faire des réflexions, mais à l’amener lui-même à les faire. L’éloquence de tous les orateurs sacrés et profanes n’a pas autant de forcequ'un simple remords qui s'élève silencieux dans l’âme. Mettons donc notre pauvre dans "une telle situation que ce remords s'éveille comme de lui-même; ce ne sera pas d’abord le regret d’avoir commis une faute, mais seulement une erreur qui lui est préjudiciable. Il se dira : “Je serais plus heureux si ma conduite était meilleure.” C'est à cela que doivent tendre nos premers efforts; et notez bien que les fautes du pauvre entraînent presque toujours le châtiment immédiatement à leur suite.
Au milieu de ce monde qui, comme une orageuse mer, lance les vagues de son im-
placable sévérité contre quiconque le pro.
voque, montrons-nous comme un phare bienfaisant devant les yeux du pauvre.
Qu'il nous trouve toujours bons, affectueux, prêts à le relever, sans rechercher sévère.
ment jusqu’à quel point il fut coupable; qu’il voie nôtre bonne volonté persévérante, et que, selon la pensée de saint Vincent de Paul, notre main soit autant que possible d'accord avec notre coeur.
Aux yeux de quelques personnes notre conduite paraîtra absurde; on dira que ñous fomentons le vice en secourant le vicieux; que nous encourageons l’impiété en protégeant l’impie. Affrontons cette accusation et disons encore avec saint Vincent:
“Nul ne se perd dans l'exercice de la charité.” Ces murmures sont une épreuve que nous devons supporter, parce qu’il m'est | pas possible de corriger un homme mpervers sans s'être d’abord fait aimer de lui et qu’on ne peut s’en faire aimer sans les bienfaïts matériels, les seuls qu’il comprenne et dont il puisse être reconnaissant, Quand on veut opposer une digue aux vagues de la mer, on commence par lui jeter comme au hasard des masses énormes ; | chaque jour les bateaux arrivent par centaines, et lancent leur chargement à la mer qui les dévore. Ne croirait-on pas voir à l'oeuvre tout un peuple de fous ? Mais à :
force de temps et de constance, l’abîme se
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comble, une montagne artificielle s’élève, et l’homme bâtit au-dessus un édifice solide. Ainsi nos bienfaits jetés sans mesure dans le coeur de cet homme vont, un à un, remplissant cet antre obsour; et viendra un jour où nous verrons !la gratitude s'élever au-dessus du niveau des passions, et dans ce jour béni cent fois, nous placerons la première pierre de la régénération.
Pour corriger le pauvre, 4 faut être simple de coeur et de volonté; il ne faut point de duplicité dans motre conduite, mais il y faut de la circonspection et de l'adresse; les circonstances ne se présentent pas toujours favorables à nos bons désirs, il faut les modifier et, autant qu’il est possible, en préparer les résultats de la manière qui peut impressionner davantage celui que nous voulons réformer; si parfois il faut être sévères et presque durs, soyons au moins suaves dans Ja forme; n’oublions pas que l’amour est notre arme unique; ne nous lassons pas de répéter cette phrase sublime : “La colère de l’homme n’accomplit pas la volonté de Dieu.” ‘Quand nous montrons aux pauvres les tristes conséquences de ses fautes, qu’il voie bien que son châtiment est dant la fonce des choses, non dans notre volonté.
Comme ïl est rare que nous appréciions les biens que nous possédons à leur juste valeur, et qu’au contraire nous sentons vi-
ce qu’il nous doit, deviner ce que nous sommes pour Jui, Mais il faut faire cela sans
» NOUS pouvons commencer oeuvre de sa régénération.
Si l’impiété a ravagé son âme, il faut-rareligieux, non par de mais par des exemples, des Tect parlent aux sens Nous l'avons
il est mn être
i parler raison, mais
Souvernaïl du vais-
Seau qui dirige, mais sans imprimer le mou- *ement. Dans l'oeuvre de régénération, l’intelligence doit montrer le chemin, mai:
l'impulsion de Ja force ! ah ! c'est de Die:
Seul qu’elles. viendront jusqu'à son coeur.
Adressons-nous à Dieu, et puis au coeur du pauvre, cherchant dans le nôtre les motifs de persuasion que la logique ne nous donnerait pas, mais que nous donnera certainement Celui de qui descend tout don parfait.
L'auteur des Lectures et Conseils cite un fait remarquable : “Nous avons connu un homme, dit-il, qui depuis plusieurs années vivait en union illicite avec une femme dont il avait plusieurs enfants; ferme toujours dans la froide croyance que ni lui ni sa compagne ne commettait aucun mal en cela, il changea subitement par une seule idée qui lui fut habilement inspirée par un homme de foi. “Il serait bien possible, lui dit celui-ci, qu’un autre homme choisît pour compagne votre charmante fille; mais selon votre doctrine, il pourrait bien vivre comme vous, car il ne verrait aucun mal en cela, et ce serait tout naturel”. L'effet produit par cetté idée, la rage furieuse qu'il éprouva, l'impression oue lui causa la pensée qu’en effet sa doctrine et son exemple autoriseraient un autre à séduire sa fille chérie, lui causènent une maladie, de laquelle, dit-on, résulta sa conversion”.
Ce fait met en relief l'efficacité des moyens qui s'adressent au coeur.
Nous avons dit encore qu’il fallait parler aux sens pour arriver à l’âme; la pompe du culte catholique sera donc pour nous un
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commun.
Maïheureusement on emploie la musique Pour divertir et non pour rendre meïtieur :
elle n’est pas moins en réalité un puissant moyen de spiritualiser l’homme et de l’élever à Dieu. Voyez ces êtres grossiers auxquels vous travaillez en vain à communiquer vos idées, qui, malgré vos persévérants efforts, se traînent dans la fange du vice, sans que rien révèle chez eux l’exis- ‘tence d’un esprit ; une mélodie arrive à leu: oreille, les voilà attroupés autour de l’instrument, enflammée tour à tour d’une ardeur belliqueuse, ou attendris ou grave, selon que la musique est martiale, pathét:que, ou sacrée. Sans doute, en visitant le pauvre, vous ne pouvez modifier les lois et les coutumes et faire en certaines circonstances il nous sera donné d'utiliser son influence.
‘Le spectacle de la campagne n’impressionne pas les habitants des champs ; mai:
il est à remarquer que, parmi eux, le vice et l’impiété font bien moins de ravages que dans les grands centres, où se trouvent précisément ces pauvres corrompus sur les quels la vue de la nature peut faire une
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