OT
efforts de la part de cette malheureuse et de la personne qui da visitait, on vit poindre les premiers symptômes de régénération; l’usage des boissons spiritueuses fut moins fréquent, sa personne et sa maison moins sales; son assiduité au travail plus grande, et surtout son esprit commença à comprendre une histoire ou une explication. Elle se plut à rendre service à la seule personne qui l’aïmait; elle lui témoignait de la peine quand elle tardaït à venir; en un mot, elle éprouva la reconnaissance, céleste devancière du œepentir. Deux ans étaient passés ; il était temps de parler de Dieu. Ecoutons le récit de sa bienfaitrice:
“Un jour, je lui parlai du ciel, et le blasphème, que je croyais si loin de son coeur, s'échappa de nouveau de ses lèvres. Mon pénible travail ide deux ans était perdu, et ce qui étañît pire, cette âme, que je croyais déjà en bon chemin, se nerdait malgré moi.
Le découragement let la peine, mon espérance déçue, me firent baisser tristement la tête et verser une larme. Ma douleur l'émut profondément; elle me redit avec chaleur, avec exagération, tout le bien que je lui avais faït, et ajouta : “Vous m'avez tant de fois consolée, "mis, ïe vous fais pleurer.’ Et elle pleut. .ussi, la malheureuse ! Je voulus la consoler, maïs elle me répondit avec amertume : “Je suis bien méchante, et vous êtes une saïinte.—Sainte !
2° at sonde 1 Re qui l’ont té, qui le sont, qui le seront, et ! Du AR de 0 der mer TE * ceux du ciel. Vous croyez à la vertu, vous ! | ‘Groirez en Dieu. Et je la laissai, car dans -8a situation d'esprit, ce que j'aurais pu dire eût été moins eficace . se ce qu'elle se 1 dirait, à elle-même.” --! “Dès ce jour, il y êut un changemenÿ no- | - table dans nos rapports; ls étaient plus :
mélancoliques et plus graves; son désir de | me plaire était plus inarqué, et ses manières ‘insinmantes semblaient me dire : “Je suis | meülleure.” Je lui faisais quelques courtes : - Aectures, quelquefois gaies, quelquefois mo- 4 ” ralles, quelquefois religieuses ; j Jamais an mot de ces demières, pas un signe d’approba- :
- ion, pas un geste d’impatience, et je n’o- Sais pas interroger par la crainte d’un nou- ‘vean déboire.
- Cette situation se prolonges longtemps; ‘ . me sachant comment en sortir, je pris un RS moyen indirect et cherchai à mettre ma pro- - tégée en présence d’ume scène qui parlôt à son coeur, s’il était en état de comprenüre. Sous prétexte de nous rejoindre pour aller dans une maison où je devais la re- “commander rour de l'ouvrage, je lui donr ai . réndez-vous dans une église juste à l’heure où la Société de Saint-Vincent de Paul de- - yait y faire sa communion générale.
“Le temple était plein de ces anges de
FLE ESA A Fa à
charité qui allaient vespectuensement recevoir le pain de vie; l’encens parfumaît l'air: un choeur d'enfants, dont 3 voix reflétait l'innocence, chantait un hymne simple com me eux, et semblait célébrer le plus doux spectacle que puisse donner la terre. Le coeur écoutait, et des yeux de lâme on voyait autour de ces âmes charitables les malheureux qu'ils soulageaient, et les bénédictions envoyées jusqu’à Dieu redescendant sur leurs têtes accompagnées d’une voix céleste qui disait : Heureux dans le ciel ceux que bénit sur la terre le malheureux consolé !
UL/air était imprégné de foi, d'espérance de charité, et ma pauvre pécheresse, isolée dans son impiété, se sentait seule !
“Jo la euivais des yeux, comme une mère suit les symptômes d’une crise qui peut sauver son fils malade ; elle était assise comme les gens qui, dans l'église, ne pensent pas même à prier; puis elle se leva d’un mouvement rapide, comme obéissant à un ressort; enfin, elle tombe à genoux; ses yeux presque fermés, sa tête inclimée, révélaient une douleur grave ou une méditation profonde. ‘La communion terminée, le chant cessa, 1et elle se leva regardant autour d'elle, d'un regard étrange, comme pour demander aux ob; ts exténieurs qu'ils <onfirment où détruisent une pensée qui re-.
mue l’âme. de-m’approchaï, et ma pré-
sence li rappela le-motif qui l'avait amenée ; il étaït tard pour aller où je devais la! conduire ; sous avions perda {n jour, et m jour perdu est pour le pauvre un jour de terribles privations.
“Pour que cette idée ne troublât point son recueïllement, je lui remis au nom d’une personne charitable un secours qui la mettait à couvert de la nécessité du moment:
et lui proposai de rentrer en passant par!
la campagne. Elle me suivit machinale.
ment, mous marchions sans prononcer un mot et nous arrivâmes jusqu’à un endroit solitaire et tout rempli de fleurs ; il me pa. : rut propre par son silence et sa beauté à sortir dé sa préocoupation ma pauvre pro- 1 menense. Je lui parlai, ses réponses avaient une gravité que je ne connaissais | . pas en elle. Notre conversation tomba !
d’abord sur les fleurs et les arbres ; puis un ? cimetière, qui se voyait de loin, nous amena à parler de la vie et de la mort; elle :
pleura let me dit: “Cela repose de pleurer —{L’est. mai, lui dis-je, Dieu envoie les larmes à. l’affligé comme la rosée aux fleurs, car à m’oublie personne, il pense même aux poissons qu’il créa dans la mer, aux oiseaux dans les airs, aux arbres dans les bois, aux serpents dans leur nid, aux pécheurs dans leurs fautes.—Il aura pensé à moi dans les 1 miennes et vous a sans doute chargée de 1
me le dire.—Sainte charge que je ne mérite :
pauvre ämie, mais dont sa bonté m'honore, car j'ai toujours espéré. Oui, Dieu pense à vous et vous l'avez compris ; VOS - . larmes sont des larmes de regret de l'avoir oublié et d’avoir perdu ainsi le bonheur; vous ne voulez plus être séparée de ceux :
qui l’aïment; venez unir votre voix à celles qui lui demandent pardon et consolation.— Aujourd’hui, j'aurais voulu prier avec ces personnes qui consolent tant de pauvres ; j'aurais presque voulu communier, — Vous communierez, et les anges s’en réjouiront, et le bon Dieu vous accueillera avec amour.
lui qui laïsse tout le troupeau pour chercher la brebis perdue.”
“Quelque mois après, cett: femme, en effet, communia avec la Société de Saint- Vincent de Paul dont la vue l'avait si fort éme, et ie rendis grâce à Dieu du plus intime de mon âme.”
Résumons ce que nous avons dit dans ce chapitre et classons-le .. . : ‘* fixer dans notre mémoire.
Beaucoup de calme.
Beaucoup de tolérance.
Beaucoup d'amour.
Quelques bienfaits matériels. Beaucoup de précautions à choïsir le moment opportun pour parler de Dieu à ceux qui l’ont oublié.
Beaucoup de dédain des critiques injus-