CHAPITRE :V De notre extérieur en visitant le pauvre
1 y a des personnes de position élevés qui se déguisent, pour ainsi dire, quand elles vont chez le pauvre. Nous ne seurions assez louer cette conduite que nous proposons pour modèle, sans toutefois nous permettre de l’imposer comme un .
devoir.
Si par l’habitude du luxe, il nous semble trop pénible de nous vêtir mesquinement, prenons du moins, pour aller voir le pauvre, notre costume le plus simple; astreignonsnous pour quelques heures à cette espèce de deuil, par rapport à ceux qui souffrent sur la terre ; l'en coûte bien peu pour boutonner son habit ou son paletot et cacher ainsi la chaîne d’or et les boutons de dinmants; il en cuûte bien peu pour baisser les manches de sa robe et cacher élégant bracelet. Ces précautions toute: matériel.
les importent plus qu’on ne le pense; nos conseils, nos recommandations peuvent, sans elles, perdre toute leur efficacité; je dirai plus, une riche toilette, un bijou précieux, peuvent aux yeux du pauvre les changer en insultes. ; Le pauvre est très matériel; il sait déjà
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que nous possédons des richesses, que Le luxe et les commodités ne nous manquen point; mais tant qu’il ne le voit point de ses
- Yeux, il n.en est point exaspéré; il est re ‘.. Connaïssant, au contraire, de ce que, a
milieu de notre fortune, nous n’oublion
. point son malheur, et il nous pardonn d’avoir un équipage, lui qui manque d ” souliers, s’il voit la boue ou la poussièr
sur hotre modeste vêtement; mais que mauvais effet produiraient des bijoux su
‘ une main tendue au misérable! quel mau
vais effet produirait un précieux porte feuille d’où sortiraient des bons qui,
peine, apaiseront pour un jour la faim !
Quel mauvais effet’ produirait une riche
montre Consultée avec impatience. Mai
dirons-nous, pouvons-nous nous passer d’une montre ? Ne faut-il pas se rendre avec exactitude à ses devoirs, à ses occupations, à ses distractions ? Cela n’est pas douteux, mais le pauvre ne comprend
= pas cette nécessité : quand il ne peut sa-
tisfäire les siennes bien plus impérieuses, et: quañd nous l’exhortons à souffrir patiermment la faim et la nudité en lui lais sant voir des superfluités dont il S’exagère
‘encore la valeur, il ne peut que penser
“Avec le prix de ces objets imutiles, t pourrais guérir ces maux pour lesquels tx me -prêches une résignation impossible.’ Et alors, quelle sera l'efficacité de nos
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discours ©?
Nous éviterons eela, en laissant chez nous les riches ornements, en ne portant ‘pas chez le pauvre de coulanreux contrastes qu’on pourrait p'esque appe!cr d’impies profanations; la riodestie: de ia charité n’est point une hyj«rstisie, msis un hommage de respect pour la douieur. Ne faisons donc rien qui puisse matériellement paraître une insulte au-pauvre, qui, nous l'avons dit, est très matériel, et Ini sous pardonnera notre prospérité, eat il n’est pas soupçonneux, bien que ceux qui ne le connaissent pas l’aient quelquefois dit.
Non, il ne l’est pas, et nous aimons mieux croire que cette accusation est une erreur, que de la prendre pour une calomnie. Qui donc serait assez vil pour mériter d’être nommé le calomniateur du malheureux ©
Nous devons arriver chez le pauvre sans donner à entendre que nous soyons incommodés par le froid ou la chaleur, le vent ou la pluie; sans paraître fatigués par la hauteur de l’escalier ou tout autre ireonvénient à supporter pour le visiter.
Nous devons nous asseoir n'importe où, sans paraître remarquer si nous pouvons ou non nous tacher. Il faut de plus dominer la mauvaise impression que produit le défaut de propreté, et l'obligation de respirer un air vicié, enfin nous conduire de façon que nous paraissions chez lui aussi
à l’aise que chez nous, comme si rien ne nous choquait et ne nous déplaisait, Ceci est important, car il est des désagréments que le pauvre ne comprend pas, et que par conséquent il qualifie d’exagérations ridicules, de raffinements puérils produits par trop de richesses et trop peu de charité.
De plus, pour que le pauvre nous chérisse et qu’ainsi nous puissions le consoler et le corriger, pour qu’il reconnaisse le bien que nous lui faisons, pour qu’il le sente, il faut que nous, nous ne le lui fassions pas sentir, et que nous paraissions l’ignorer.
Sans user de recherches exagérées et ridicules, il faut pourtant être poli avec le pauvre, cela le flatte et l'élève à ses propres yeux, chose bien importante, puisque ” l'origine de la plupart de ses fautes est le défaut de dignité personnelle.
Quand il nous offre sa vieille chaise en la nettoyant, ou qu'il exprimer le regret de n’en avoir pas à nous offrir, ou qu’il nous recommande de ne pas broncher sur son escalier, manifestons-lui de la manière la plus expansive et la plus cordiale, notre gratitude pour ces attentions.
H ne suffit pas d'être polis ayec le pauvre que nous visitons; il faut aussi saluer toutes les personnes de la maison qui se rencontrent sur notre passage, caresser les enfants, apaiser leurs petites disputes et nous en faire aimer en leur donnant
quelques bagatelles.
En règle générale, dans la maison où il y a van pauvre, il s’en trouve encore d’autres, et quelquefois plus indigents encore, soit moralement, soit matériellement, que celui que nous allons visiter; si notre charité n’est pas expansive et affectueuse, nous ignorerons des nécessités et nous perdons ainsi l’occasion de faire beaucoup de bien et d’éviter beaucoup de mal. Nos pauvres ont d’ailleurs besoin quelquefois d’une surveillance que nous ne pouvons exercer sans auxiliaires; il en est qui veulent nous tromper et qui nous tromperont s’il ne se trouve parmi les voisins quelqu'un qui nous fasse connaître la vérité.
Par notre douceur, notre charité expansive, nous devons établir des relations bienveillantes avec les neuvres qui entourent les nôtres; nous .. - tâcher de former autour d’eux une . . phère de bonté on de respect qui sera pour nous, dans bien des cas, un puissant auxiliaire. Parfois, dans €çs# maisons, où, par un malheur trop déplorable, se trouvent réunis le vice, la misère et le crime, nous trouverons sur nos pas des figures sinistres, des regards en dessous, toutes prê’ à nous saluer par des malédictions; ne nous décourageons pas; par notre bonté, nous triompherons de cette rudesse, rarement le coeur de l'homme est assez dur pour que, touché par
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la baguette de la charité, il se refusé à:
répandre l’eau limpide de quelque bon et doux. sentiment. s ET Sans” avoir l'air de soupçonneux examinateurs, no"s devons observer ce qui se trouve dans Ja maison du pauvre, car les objets matériels sont souvent un indice et
‘parfois une preuve de quelque fait bien im-
portant : restes d’aliments ou de boissons qui annoncent un défaut d’ordre ou d’obéissance au médecin; un vêtement, . une canne, un foulard, un bout de cigarette qui révèle un visiteur dont on ne parle päs; un jeu de cartes, une arme, un livre, quoique . personne ne sache lire dans la maison, que ‘sais-je ! mille objets enfin, peuvent nous aïder dans nos investigations; mais afin que le pauvre ne se mette pas en garde contre elles, nous devons remarquer d’abord. des objets indifférents, un petit miroir, une estampe, une vieillerie ; et cela, non avec un air de curiosité, mais avec un véritable intérêt pour tout ce qui le concerne, et de manière à le consoler; un objet cassé que vous vous chargerez de faire .raccommoder vous ouvrira la route pour faire suavément mille observations sur un livre immoñal ou une image obscène ; mais prenons garde, il ne.faut pas que le pauvre puisse dire : Il se mêle de tout, mais { seulement : Il s’occupe de tout ce qui m’in-