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CHAPITRE IV

ARCHITECTURE CIVILE

Sous le titre d’ Architecture civile du moyen âge, nous donnerons quelques notions élémentaires sur le style monumental des abbayes, des hospices, des beffrois, des hôtels de ville, des palais, et des maisons particulières, depuis le vme jusqu’au xvn® siècle. Les documents qu’on a sur les temps antérieurs sont trop incomplets et trop incertains pour que l’on puisse encore essayer une théorie satisfaisante de l’architecture civile, pendant les temps mérovingiens.

Article 1 .

Uu VIIIe au XIIe siècle.

vme, ixe et xe siècles. — Charlemagne fit plus de restaurations que de constructions nouvelles. Les deux plus importants monuments qu’on doive à son règne sont le palais d’Aix-la-Chapelle et l’ahbaye de Lorsch, près de Worms. — Louis le Débonnaire encouragea surtout les érections de monastères. — Le xe siècle, désolé par les invasions des Normands, resta à peu près stérile, sous le rapport des arts comme sous celui des lettres. Les monu-

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ments de cette époque, dont les murailles sont ceintes de zones horizontales de briques, ont une frappante ressemblance avec les constructions gallo-romaines.

xie siècle. — Un grand progrès se manifeste à cette époque dans l’architecture civile comme dans l’architecture religieuse. La fondation des ordres de Valombreuse, de Cîteaux et des Chartreux fit ériger un grand nombre de monastères. On les fortifiait comme des châteaux pour qu’ils pussent se défendre contre l’invasion des seigneurs qui venaient les piller, sous prétexte de protection. C’est surtout pour se mettre à l’abri de ces violences que les moines se retiraient dans les lieux les plus écartés, et qu’ils bâtissaient leurs demeures dans les montagnes et dans les forêts d’un difficile accès. Les principales parties d’un monastère étaient : V atrium, cour entourée de cloîtres ou galeries à jour; l’église conventuelle; divers oratoires intérieurs; le chapitre ou salle des délibérations; le locu torium ou parloir ; la trésorerie, où l’on gardait les vases sacrés, les reliquaires, etc. ; la bibliothèque et la salle des archives ; le réfectoire; le dortoir, qui plus tard fut remplacé par des cellules; la cuisine; l’hôtellerie pour les étrangers ; les granges, pressoirs, jardins, etc. Ce n’est qu’à une époque postérieure que l’abbé eut un logement à part.

Les constructions civiles offrent le même appareil, les mêmes contre-forts, les mêmes modifions de corniche et les mêmes moulures que nous avons décrits dans les églises V. chap. Ier, art. 3) : mais il y règne moins de luxe de détails. L’archivolte des portes est rarement ornementée ; les fenêtres, cintrées, simples ou accolées, sont souvent divisées en deux compartiments par un meneau central. On voit déjà, à cette époque, quelques fenêtres carrées, partagées en quatre baies par une ou deux colonnettes. Le rezle-chaussée est voûté en pierres; le premier étage, où 'ésidaient les maîtres, n’avait ordinairement qu’un plafond

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supporté par des colonnes ou par des arcades. Les cheminées, presque toujours cylindriques, se rétrécissaient considérablement vers leur sommet.

xue siècle. — Nous avons vu que le xue siècle fut une époque de renaissance pour tous les arts. Comme nous retrouvons, dans les monuments civils, les mêmes formes et les mêmes décorations que dans les édifices religieux, nous ne répéterons pas ici ce que nous avons déjà dit des colonnes, des chapiteaux, des corniches, des fenêtres, des arcades et des ornements du style romano-ogival (Y. chap. 1er, art. 5). Nous nous contenterons de signaler, parmi les principaux monuments civils des xie et xue siècles, les ruines des abbayes de Vendôme, de Fonfroid,

de Saint-Georges de Bochervileet de Saint-Bertrand de Cominge; quelques restes des hospices d’Angers et du

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Mans; les cloîtres de Saint-Trophime , à Arles, et de Saint-Sauveur, à Aix ; la grande salle des chevaliers, au

Pont de Benezet, à Avignon.

mont Saint-Michel ; quelques maisons à Beauvais, Bour ges, Gluny, Lyon, Metz, Lorrez-le Bocage (Seine-et- Marne), etc., etc.

Article 2.

XIIIe et XI Ve siècles. ;

Abbayes. — Les caractères architectoniques des moîuments civils continuent toujours à être conformes à ceux des églises de la même époque (V. chap. Ier, art. 6 et 7). Les cloîtres monastiques étaient entourés d’arcades élégantes, soutenues par de légères colonnes (xme siècle), ou par des pilastres ornés de frontons ou de pinacles appli ]ués (xive siècle). On doit citer, parmi les plus beaux cloîtres de cette période monumentale, ceux de la cathédrale de Noyon, de l’abbaye de Saint-Jean-des-Vignes, à Soissons, et de l’abbaye du mont Saint-Michel. Le réfectoire de l’abbaye de Saint-Martin-des-Champs, à Paris (au Conservatoire des arts et métiers), est aussi fort remarquable.

Beffrois. — On sait que les premières chartes de commune furent accordées par Louis le Gros, et que, sous saint Louis, l’établissement des communes était devenu

général en France. C’est à partir de cette époque que furent érigés les beffrois, symboles de la nouvelle indépendance communale. La cloche du beffroi était placée soit dans un campanile situé au sommet de l’édifice, soit dans l’une des deux tours à amortissement qui en flanquaient l’entrée. Elle était destinée non-seulement à convoquer les bourgeois aux assemblées municipales, mais aussi à sonner F Angélus, l’heure des marchés et le couvre-feu. Les beffrois, qui affectaient la forme d’une tour carrée et quelquefois hexagone, surmontée d’une flèche, étaient tantôt isolés sur la place publique et tantôt assis sur la principale porte de la ville. Des hôtels de ville, nommés alors par louers aux bourgeois , étaient souvent annexés aux beffrois : c’est là que se tenaient alors, comme aujourd’hui,

les assemblées municipales; c’est là aussi, souvent, qu’on

Beffroi de Béthune.

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détenait les prisonniers. Ils avaient plutôt l’aspect d’une forteresse que d’une construction civile. Le beffroi de Péronne, qu’on vient de détruire, datait de 1376 : c’était une tour quadrangulaire en grès, terminée dans le haut par une saillie et flanquée d’une tourelle en cul-de-lampe, à chacun de ses angles. La ville de Bordeaux, mieux inspirée, a su conserver son vieux beffroi et son ancien hôtel de ville.

Maisons. — La plupart des maisons, aux xine et xive siècles, étaient en bois ou, du moins, n’avaient que le soubassement en pierre. Les maisons en pierre, beaucoup plus rares, ont résisté seules à l’action destructive du temps. Leurs fenêtres ogivales, d’une profonde embrasure, sont quelquefois séparées en trois compartiments et percées d’une ouverture carrée au milieu de l’arcade. Le pignon donne ordinairement sur la rue. Les cheminées ne sont plus toujours cylindriques, comme aux siècles précédents; on en voit d’hexagones. Dans les bâtiments importants, les tourelles placées aux angles sont destinées à contenir des escaliers tournants. Quelques maisons des xme et xive siècles se sont passablement conservées à Caudebec, Pigeac, Louviers, Martel-en-Quercy, Noyon, Soissons, etc. Il faut également rapporter à cette époque la salle des états, à Blois, et la salle du palais des comtes de Poitou, i Poitiers.

Article 3.

XV* et XV le siècles .

Hôtels de ville. — Ils devinrent, au xve siècle, des édifices importants par leur grandeur et leurs décorations. Un •ortique continu, s’étendant au rez-de-chaussée, devint in lieu de réunion pour les marchands, qui venaient y

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traiter de leurs affaires. Les salles intérieures étaient ordinairement plafonnées en bois. Le beffroi s’exhaussa et fut pourvu d’une horloge; dans beaucoup de villes on donne le nom de jacquemarts aux figures armées d’un marteau qui frappe les heures. Les plus curieuses horloges de ce genre sont celles de Besançon, Dijon, Lille, Moulins, etc. Les hôtels de ville les plus remarquables du style flam-

Hôtel de ville de Saumur.

boyant sont ceux d’Arras, Douai, Compiègne, Evreux, Noyon, Orléans, Saumur, Saint-Quentin, etc.

Hôtels et maisons. — Au xve siècle, les maisons en pierre sont encore assez rares; celles en bois offrent un luxe de décoration inconnu jusqu’alors. Le pignon donne sur la rue, et les étages sont établis en encorbellement. Les portes sculptées en bas-relief, les croisées en cintre très surbaissé ou en accolade, les bizarres sculp-

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tures des poteaux corniers, les consoles à figures grotesques, les lucarnes des combles couronnées de frontons pyramidaux, les statuettes de saints abritées sous des niches, les incrustations de terres cuites polychromes, les inscriptions et les devises placées au-dessus des portes, les panneaux ornementés, les chardons rampants et les choux frisés sont les caractères les plus frappants de cette époque.

Maison de Jacques Cœur, à Bourges.

Les maisons en pierre offrent souvent un appareil alterné de briques et de pierres; leurs fenêtres carrées ou en accolade sont divisées par une croix de pierre. Les grands hôtels, décorés d’écussons et pourvus de balcons, sont flanqués, aux angles, de tourelles en encorbellement. Au xvje siècle, la lutte s’ouvrit entre le style gothique et celui de la Renaissance : le triomphe de ce dernier s’opéra plus vite dans les monuments civils que dans les monuments

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religieux. Le palais des ducs de Bourgogne, à Dijon, celui de Blois, le palais de justice et l’hôtel du Bougthroulde, à Rouen, appartiennent à la période flamboyante. Nous avons remarqué de fort jolies maisons dujxve siècle à Angers, Beauvais, Caen, le Mans, Lisieux, Loches, Orléans, Poitiers, Rouen, Saumur, Tours, etc.

Ponts. — Ce n’est qu’à partir du xvie siècle que l’on construisit quelques ponts remarquables. Comme^aux

Pont de Cahors (xnt^ siècle).

époques précédentes, ils étaient à double pente et bordés de boutiques. Ils étaient quelquefois défendus par des tours et des ponts-levis.

Article 4.

Renaissance.

L’architecture civile, comme l’architecture religieuse, présente dans les premiers temps de la Renaissance le mélange de l’ancien style avec le style nouveau. Plusieurs constructions civiles du xvie siècle ne diffèrent que fort peu de celles du xve. La pierre fut employée plus fréquemment. On continua néanmoins, dans certaines villes, à bâtir en bois, jusqu’au xvuie siècle. Le luxe des sculptures et des arabesques se déploya avec profusion dans les palais, et même dans les maisons particulières.

architecture civile.

Règne de Louis XII (1498-1515). — C’est à ce règne que remontent l’hôtel de Cluny, à Paris, les hôtels de ville de Saint-Quentin et Arras : mais ils appartiennent, par leur style, à l’architecture flamboyante.

François 1er (1515-1547). — La rupture avec les traditions du Moyen âge ne fut pas encore complète sous le règne de ce prince. L'art national ne voulut point s’asservir sans protestation sous le joug de l’antiquité. Tandis que les beffrois et les hôtels de ville restaient assez fidèles à l’ancien système architectonique, les habitations particulières s’inspiraient du nouveau goût qui venait de surgir. On imita la disposition et la décoration des maisons italiennes. Les maisons dites de François 1er et d’Agnès Sorel, à Orléans, sont des types de cette école. On continua, au xvie siècle, comme au xv% à orner quelquefois d’inscriptions la façade ou la porte des maisons ; elles étaient presque toujours en latin. Nous nous bornerons à en citer quelquesunes :

Ut nos junxit amor, nostro sic parta labore Unanirnos aniraos operit una doraus.

(Maison de Moulins, n° 11, rue des Grenouilles.)

Pax huic domui et omnibus liabitanlibus.

(Maison de Beauvais, rue du Chàlel).

Pulsanli aperietur.

(Maison de Vitré. )

Fais le bien pour le mal, car Dieu te le commande.

(Maison d’Abbeville, rue Vérone.)

Qui soit i'renare linguam sensumque domare Fortior est illo qui frangit viribus urbes.

(Maison de François Ier, aux Champs Élysées.)

Lés palais élevés par les rois portaient leurs emblèmes et leurs devises. On voit, au château de Blois, celle de

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Louis Xll ; c’est un porc-épic, avec ces mots : Cominùs et eminüs. Le château de Chambord nous montre à profusion celle de François Ier, la salamandre, avec cette légende: Nutrisco et exlinguo.

L’art du xvie siècle s’empara des cheminées, pour y déployer tout le luxe de ses décorations. On y sculptait des portraits de famille, des sentences morales, des faunes, des satyres, des nymphes, des animaux, des fruits, des arabesques. On doit citer, parmi les plus remarquables, celles du château de Fontainebleau, et celles qu’on conserve dans les musées de Rouen, d’Orléans et du Louvre.

L’hôtel de ville de Pans, élevé par Dominique Cortone, est un modèle complet de l’application du style de la Renaissance à l’architecture civile. Il fut commencé en 1533, continué sous Henri II, et terminé sous Henri IV.

Henri II (1549-1559). — La maison de Diane de Poitiers, à Orléans, date de ce règne, illustré par Philibert Delorme et Pierre Lescot. C’est à ce dernier architecte qu’on doit le dessin de l’ancien Louvre. Il s’associa Paul Ponce et Jean Goujon pour créer ce chef-d’œuvre, où respire le génie français, libre de toute influence étrangère. Ce magnifique palais fut continué sous Louis XIV, par Perrault, et terminé, sous Napoléon, par MM. Percier et Fontaine.

Charles IX (1560-1574). — La fondation des Tuileries date de 1564; mais l’œuvre de Philibert Delorme fut modifiée sous les règnes de Henri IV, Louis XIII et Louis XIV. Cet architecte introduisit le système des bossages (pierres saillant hors du nu des murs, des pilastres et des colonnes). C’est un des caractères principaux de l’architecture du temps de Charles IX jusqu’à Louis XIV.

Henri 111 (1574-1589). — Le style de ce règne est inférieur à celui du précédent. Jacques-Androuet Ducerceau fut le plus célèbre architecte de cette époque. On lui attribue la construction de l’hôtel Carnavalet (rue Culture-

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Sainte-Catherine, à Paris) et de l’hôtel du duc de Sully (rue Saint-Antoine, n° 143).

Henri IV (1589-1610). — Les bâtiments de la place des Vosges, commencés sous Henri IV, ne furent terminés que sous Louis XIII. Le mélange de pierres et de briques qu’on y remarque se retrouve dans presque toutes les constructions civiles et militaires de cette époque. C’est à Jean- Baptiste Ducerceau qu’on doit la construction du pont Neuf, dont la première pierre fut posée par Henri 111, le 21 mai 1578; il ne fut achevé qu’en 1604.

Louis XIII (1610-1643). — Les fondements du palais du cardinal de Richelieu, nommé depuis Palais Royal, furent jetés en 1629. Le Louvre fut continué, et l’on construisit à Paris un grand nombre d’édifices d’utilité publique ; les hôtels de ville de Reims et de Lyon datent de cette époque. D’importantes modifications eurent lieu dans les constructions civiles. Les demeures des grandes familles perdirent entièrement leur aspect féodal. Des escaliers à rampe droite remplacèrent les escaliers à vis; l’intérieur des maisons fut plus commodément distribué ; des croisées de bois commencèrent à remplacer les meneaux de pierre. L’hôtel Lambert et l’hôtel de la préfecture de police appartiennent au règne de Louis XIII.

Louis XIV (1643-1715). — Le génie de Louis XIV inspira à l’architecture un caractère noble et majestueux. La colonnade du Louvre, le château de Versailles, les portes Saint-Denis et Saint-Martin sont les plus remarquables chefs-d’œuvre de ce grand siècle, illustré par Charles Perrault, Jules Mansard, François Blondel, Debrosse, Lemercier, etc La transformation des mœurs et des relations sociales introduisit de nombreuses améliorations dans l’architecture domestique. Elle resta inférieure à la Renaissance, sous le rapport de l’art ; mais elle la dépassa de beaucoup, en ce, qui concerne la commodité et l’agrément des

distributions. L’unité de style, se retrouvant dans les moindres détails, est un caractèrë frappant des productions architecturales de cette époque.

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