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CHAPITRE V

ARCHITECTURE MILITAIRE

L’architecture militaire, d’un aspect sévère et massif, n’offre pas toujours des caraclères assez précis pour que l’on puisse, au premier coup d’œil, fixer l’âge d’un monument. 11 faut donc, pour en reconnaître l’époque, observer attentivement les moindres détails et se rappeler la classification chronologique des ornements que nous avons décrits dans notre chapitre sur I’architecture religieuse. Nous partagerons en six classes les monuments militaires : 1° ceux du ve au xie siècle ; % ceux du xue siècle ; 3° xme siècle ; 4° xive siècle et première moitié du xve ; 5° fin du xve et commencement du xvie siècle; 6° Renaissance.

Article 1.

Du Ve au XIe siècle.

Du ve au ixe siècle. — Les constructions militaires furent peu nombreuses jusqu’au ixe siècle. Dans les pays de frontières, on utilisait les forteresses construites par les Romains, ou bien on en construisait sur le même plan. Pendant les premiers siècles du Moyen âge, les fortifications se composent d’un parapet en terre, bordé par un fossé, et

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couronné de palissades, et d’un réduit où la garnison pouvait trouver un refuge, après la prise de l’enceinte.

ixe siècle. — Dès que la Couronne eut accordé à ses vassaux le droit de se fortifier, on vit les châteaux se multiplier avec une rapidité prodigieuse. « Alors , dit M. Sismonde de Sismondi, la fable de DeucalionetPyrrha sembla, pour la seconde fois, recevoir une explication allégorique. La France, en autorisant l’édification des forteresses, sema des pierres sur ses jachères et il en sortit des hommes armés. » Les forteresses de cette époque, comme presque toutes celles du Moyen âge, sont élevées sur des buttes factices, au bord des rivières ou sur le flanc des collines. Les constructions avaient beaucoup d’analogie avec les monuments de l’époque gallo-romaine; on employait les mêmes appareils et on revêtait les murailles de zones horizontales de briques.

xe siècle. — Une foiie enceinte d’épaisses murailles, flanquées de 'tours, entourait la citadelle centrale ou donjon. Outre cette première enceinte (cingulum minus) , une seconde beaucoup plus considérable (cingulum majus) protégeait l’hôtel du châtelain et les habitations particulières du bourg. On appelait foris burgum (faubourg) la partie de la ville qui restait en dehors de cette enceinte, et qui parfois était également protégée par des fortifications. On peut se faire une idée des châteaux du xe siècle, par la description qu’en donne Jean de Colmieu, dans la Vie de saint Jean , évêque de Thérouanne : «Les seigneurs, nous dit-il, élèvent aussi haut qu’il leur est possible un monticule de terre rapportée. Ils l’entourent d’un fossé d’une largeur considérable et d’une effrayante profondeur. Sur le bord intérieur du fossé, ils plantent une palissade de pièces de bois équarries et fortement liées entre elles, qui équivaut à un mur. S’il leur est possible, ils soutiennent celte palissade par des tours élevées de distance en distance. Au milieu de ce monticule, ils bâtissent une maison ou

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plutôt une citadelle, d’où la vue se porte de tous côtés éga-

Fossé sans murailles à contrescarpe.

lement. On ne peut arriver à la porte de celle-ci que par un pont, qui, jeté sur le fossé et porté sur des piliers accouplés, part du point le plus bas, au delà du fossé, et s’élève graduellement jusqu’à ce qu’il atteigne le sommet du monticule et la porte de la maison, d’où le seigneur le domine tout entier. »

xie siècle. — La multiplication des fiefs nécessita l’érection de nombreux châteaux fortifiés. On conserva à peu près le même système de construction qu’au siècle précédent, tout en donnant plus de profondeur aux fossés, plus d’élévation aux enceintes et plus d’épaisseur aux donjons. Quelques châteaux avaient jusqu’à trois enceintes; ce n’étaient parfois que de simples remparts de terre, surmontés de palissades et défendus par un fossé. Dans les contrées

Fossé sans murailles avec cunette. Fossé à parois verticales.

riches en carrières, c’étaient des murailles en maçonnerie, flanquées de tours rondes ou carrées. Quand l’une de ces tours ne servait point de donjon, l’habitation du châtelain,

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en bois ou en pierres, s’élevait au centre de l’enceinte intérieure. Elle était élevée sur une motte, où l’on avait creusé des souterrains, ét se composait de deux ou trois étages. Les murs étaient soutenus par des contre-forts carrés et percés de fenêtres rectangulaires ou cintrées. Le rez dechaussée servait de magasins et de prison ; les maîtres habitaient le premier ou le second étage, où se trouvait une grande salle de réception. Les toits des donjons étaient à quatre pans ou à bouts rabattus, lorsqu’il n’y avait point de plate-forme. La décoration monumentale était conforme à celle des églises romano-byzantines : mais .les moulures étaient fort rares, surtout à l'extérieur des édifices.

Exemples. — On ne connaît que fort peu de ruines de forteresses des ixe et xe siècles. Les châteaux du Pin (Calvados), de Lithaire (Manche), de Nogent-le-Rotrou (Eureet-Loir), de Loches (Indre-et-Loire), de Beaugency et

Château de Loches.

d’Hièvres (Loiret), de Falaise (Calvados) et de Domfront (Orne), offrent encore aujourd’hui des ruines remarquables.

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Article 2.

XIIe siècle.

Caractères généraux. — Les progrès de l’architeclure militaire furent très-rapides dès la fin du xie siècle. Les Normands, qui avaient conquis l’Angleterre, comprirent la nécessité de s’y fortifier, pour assurer leur domination dans le pays conquis; ils voulurent également élever des châteaux dans leur patrie, où ils avaient conservé de riches domaines : aussi l’architecture de cette époque est identiquement la même en deçà et au delà de la Manche. 11 y eut tout à la fois et plus d’élégance et plus de solidité dans les forteresses. Vers la fin de cette époque, on remit en pratique les préceptes consignés dans les œuvres de Végèce : mais on modifia peu les systèmes d’attaque et de défense qu’on avait empruntés à la tradition des Romains, et l’on continua à se servir, comme eux, de tours mobiles, de catapultes, de balistes, de pierriers, etc.

Donjons. — Les donjons sont souvent cylindriques, surtout à la fin du xue siècle. Le rez-de-chaussée est sans fenêtres : on n’osait pas donner plus de huit ou neuf cen-

timètres aux fenêtres du premier et du second étage, dans la crainte des escalades. L’entrée était défendue non seu-

Château Gaillard.

Porte du château de Tancarville

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lement par des portes bardées de fer, flanquées de deux tours, mais encore par une herse : c’était une lourde grille de fer, glissant dans des rainures pratiquées dans les parois des murailles. On la levait à l’aide d’une machine ; quand elle était baissée, les assiégeants ne pouvaient point, sans l’avoir brisée, entrer dans l’intérieur. Les Romains avaient employé ce moyen de défense'; mais on en avait perdu l’usage pendant les premiers siècles du Moyen âge. Plusieurs donjons avaient, au troisième étage, un balcon en bois; il y avait aussi, au-dessus des portes, des espèces * de balcons saillants portés sur des consoles, entre lesquelles < on pouvait lancer des projectiles sur les assiégeants ; on les a désignés sous le nom d e moucharabxjs. C’est également à cette époque qu’apparaissent les créneaux, dentelures pra- ;

Créneaux dentelés. Créneaux quadrilatères.

tiquées dans le parapet des tours ou des murs, à travers les espacements desquels on peut tirer à couvert sur l’ennemi. Ils sont ordinairement quadrilatères et couron-

Créneaux à meurtrières.

Créneaux à pyramidions.

nés d’une espèce de larmier en glacis ou d’un pyrami-

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dion très-écrasé; cependant on en voit qui sont terminés en ogive, en queue de poisson, etc. Vers la fin du xne siècle, on voit quelques donjons de forme polygonale.

Enceintes des châteaux et des villes. — Elles sont flanquées de tours cylindriques ou carrées. Des guérites à vigies sont quelquefois accolées aux angles des tours carrées. La grande porte, établie entre deux tours, est défendue par un pont-levis et une herse. Une petite porte plus étroite est ordinairement percée à l’un des côtés pour l’usage des piétons. La chapelle se trouve presque toujours dans la première enceinte, près du donjon.

Exemples. — C’est à cette époque que remonte la construction du château Gaillard, aux Andelys (Eure), des

Crypte du château Gaillard.

châteaux d’Arques et de Tancarville (Seine-Inférieure), de Chambois (Orne), de Pons (Charente-Inférieure), de Gisors (Eure), etc. «Le château de Gisors, dit M. de Caumont (1), fut bâti par ordre de Guillaume le Roux, vers la fin du xie siècle (1097). Mais Henri Ier augmenta considérablement, dans la suite, la force de ce château ; il l’environna de murs d’enceinte fort élevés et de tours formidables. La plus ancienne partie de ce château, encore très-bien con -

(1) Cours d’ antiquités monumentales , 5e partie, p. 257.

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servée, se montre au sommet d’une éminence artificielle, ronde et conique; un mur, flanqué de contre-forts plats, occupait le contour du plateau ménagé sur l’éminence; ces murs renfermaient un assez grand nombre de poutres couchées et incrustées dans la maçonnerie : elles avaient évidemment pour but d’empêcher les dislocations, en reliant, par de grandes traverses, ces murs épais, pour la solidité et la durée desquels on n’avait à craindre que l’affaissement du sol et les crevasses qui pouvaient en être la suite. Une tour assez élevée se trouvait en contact avec le mur d’enceinte et formait le donjon. Elle faisait face à la porte d’entrée de cette petite cour, qui était garnie de logements et dans laquelle on remarque aussi les restes d’une chapelle qui se trouvait placée entre la porte dont je viens de parler et la tour du donjon. Près de cette chapelle et de cette tour était une issue étroite ou poterne, communiquant avec l’extérieur. Le donjon et son enceinte, étant ainsi établis sur une motte artificielle, ne pouvaient offrir que très-peu d’étendue; des logements bien autrement spacieux se trouvaient dans la baille ou grande place d’armes qui entourait cette éminence; on y remarque encore des tours, des portes et des murailles considérables qui montrent très-bien l’étendue et l’importance de la place. »

Article 3.

XIIIe siècle.

Caractères généraux. — Le xinc siècle, si riche en églises et en monastères, ne fut pas également fécond en monuments militaires. Il ne faut pas attribuer uniquement la rareté des forteresses à l’absence des seigneurs qui consacraient tout leur temps aux croisades, mais aussi à la sub-

^ architecture militaire.

stitution de la monarchie, féodale au fédéralisme féodal. Le xme siècle démolit peut-être plus de châteaux qu’il n’en construisit. On sait que Philippe-Auguste fit démanteler un grand nombre de forteresses, où les Anglais avaient trouvé un refuge. Les murailles sont ordinairement en moyen appareil ; quelquefois le revêtement en moellons est coupé par des assises de pierres de taille. La révolution ogivale, qui avait modifié l’architecture miliaire, dès le milieu du xne siècle, triomphe entièrement, iu xme, de la tradition romane. On voit, dans les châteaux

Château de Lucinio (Morbihan)

•ornme dans les églises, des voûtes avec arceaux croisés, eposant sur des consoles ou des colonnettes ; des fenêtres n lancette à vitraux peints, des trèfles, des quatre-feuilles, les violettes, des fleurons, des crochets, des têtes de clou, lies feuilles entablées, etc.

Donjons. — Ce n’est plus que par exception qu’on assied es donjons sur des mottes factices et qu’on leur donne me forme carrée. Une tourelle, appliquée contre le donon, contient un escalier qui ne conduit quelquefois qu’au remier étage : on ne pouvait parvenir aux supérieurs u’au moyen d’échelles. L’usage des mâchecoulis, avec ncorbellements en pierre, devient beaucoup plus fréuent. Les portes ogivales, placées entre deux tours, ont munies d’une ou de deux herses; elles sont rarement écorées de moulures à l’extérieur; il en est de même des mètres : la tête de leur ogive est quelquefois bouchée, a sorte qu’elles présentent une baie carrée, divisée par des îeneaux en deux ou quatre compartiments Les apparte-

MOYEN AGE ET RENAISSANCE

ments, de plus en plus spacieux, sont parfois décorés de peintures à fresque.

Porte du bastion des Ormes, à Clisson. Moucharaby d’Aigues-Mortes.

Enceintes des ^bateaux et des villes. — L’érection des communes donna une nouvelle vie aux cités; elles

Créneaux quadrilatères sans couronnement.

s’entourèrent de solides enceintes et suivirent l’exemple de

Créneaux en ogive. Créneaux en escalier.

Paris, qui, en 1211, s’était enlouré d’une nouvelle enceinte. Les tours sont toujours cylindriques et munies de créneaux.

Exemples. — Enceintes d’Angers et de Carcassonne; châteaux de Castéra, près de Bordeaux et de Coucy (Aisne). « Enguerrand 111, sire de Coucy, bâtit, en 1 205, lechâieau célèbre dont nous voyons encore les ruines. Plusieurs fois assiégée et prise pendant les longues guerres du Moyen âge,

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cette antique forteresse fut démolie au xvne siècle, par l’ordre du cardinal Mazarin. Quatre tours d’enceinte sont placées aux angles du château; on a pris soin d’y pratiquer de nombreuses meurtrières; là veillent les hommes d’armes. Il faudra franchir des fossés profonds pour arriver à la première enceinte ; les remparts qui la terminent sont flanqués de dix tours. Passons sous la porte voûtée dont les hommes de garde ont baissé la herse. Des fossés nous séparent encore de la seconde enceinte, et il y a là une autre herse, un pont-levis et cinq portes. En les traversant, on arrive au donjon, à cette merveilleuse tour de Coucy, dont

Donjon de Coucy. Pont-levis.

les restes majestueux étonnent le voyageur. L’élévation de ce donjon est peu commune. Vingt-quatre fenêtres en ogive garnissent le premier étage ; elles alternent avec un égal nombre de meurtrières. L’escalier tournant est d’un très-bel effet. Les salles de l’intérieur sont spacieuses; chaque arceau de leurs voûtes repose sur une colonne sculptée. Là sont déposés les archives et le trésor de la maison de Coucy.

L’édifice recouvre dévastés souterrains, sombres prisons où l’on place les vaincus après un combat ; où l’on jette,

jusqu’à plus ample informé, les bohémiens et autres gens de mauvafs aloi que le guet du château a ramassés. Les bâtiments adossés aux tours servent au logement des maîtres du château, des femmes de la châtelaine, des écuyers et des pages. La salle des preux ou des gardes est décorée avec magnificence; des armes et des trophées parsèment ses riches tentures; on y voit quatre cheminées spacieuses ornées de bas-reliefs. C’est là qu’étaient reçus les chevaliers, et que les sires de Coucy agréaient l’hommage de leurs vassaux, dans les occasions solennelles. La chapelle du château et le logement de l’aumônier sont placés dans le voisinage de la salle des preux. Partout, d’ailleurs, on a pris soin de pratiquer des chemins de ronde, des parapets et des guérites. La partie basse des bâtiments est occupée par le réfectoire, par l’office et par de vastes greniers. Près de là sont placés les chevaux et la nombreuse meute du châtelain. Plusieurs tourelles et diverses dépendances servent à loger les hommes d’armes, à héberger les voyageurs, à recevoir les lourdes armures pour les jours de bataille, les objets de chasse, les lances, les écus et les bannières aux armes de Coucy (1). »

Article 4.

XI' Ve siècle et première moitié du XVe.

Caractères généraux. — Le plan des châteaux devient plus régulier ; l’habitation seigneuriale s’accroît aux dépens des fortifications; les murs moins élevés sont munis de mâchecoulis et de meurtrières de forme allongée (V. n° 3). On nomme archères les fentes verticales qu’on croit

(1) Archives de la Picardie et de P Artois, publiées par P. Roger, tome II, p. 32.

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avoir été destinées au tir de Tare, et arbalétrières les ouvertures, en forme de croix, qui devaient servir au tir de l’arbalète (n° 4). Il y a des meurtrières en forme de carré

(n° I ) ou de carré long (n° 2) qui n’ont dû servir qu’à éclairer les habitants de la place, sans compromettre leur sûreté, et d’autres de forme allongée, dont le centre (n° 5) ou la partie inférieure (n° 6) présente une ouverture circulaire : ces dernières ont été construites ou du moins disposées4pour des armes à feu. En général, les meurtrières sont longues d’un à deux mètres ; très-étroites à l’extérieur, elles s’élargissent à l’intérieur.

Au xive siècle, l’usage des mâchecoulis devient tout à

Mâchecoulis d’Amboise.

fait général; les fenêtres sont plus nombreuses, les mou-

Mâchecoulis d’Avignon.

lures plus soignées. Parmi les ornements les plus répan-

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dus, nous mentionnerons les crochets, les feuillages, les

fleurons, les arcades simulées, les pavés émaillés, les animaux fantastiques, etc.

Donjons. — Les portes ogivales sont presque toujours lisses et sans ornements. Quand elles sont carrées, elles sont surmontées d’une ogive d’application ou de décharge. On en voit déjà quelques-unes en anse de panier très-sur-

Palais des papes, à Avignon.

baissée ; les fenêtres sont ogivales et plus souvent carrées, surtout au xve siècle, et divisées en deux ou quatre baies par des traverses en pierre. On commence à surmonter les toits de girouettes, en signe de noblesse.

Enceintes. — L’appareil en diamant est quelquefois mis en usage. Les murs sont toujours couronnés de créneaux percés de meurtrières. Ils sont constamment munis de mâchecoulis, dont les consoles sont plus élégantes et plus allongées qu’au xine siècle. Les murs d’enceinte n’ont que

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des meurtrières en guise de fenêtres. On donne le nom à'échanguettes à des guérites en encorbellement, destinées

Échanguettes.

aux guetteurs de nuit, et qui sont placées soit à l’angle des courtines, soit au sommet des tours.

Exemples. — Nous citerons, comme appartenant à ce style architectural, la porte du Croux, à Nevers ; le palais des papes, à Avignon; les remparts d’ Aigues-Mortes ; le

Remparts d’ Aigues-Mortes. Herse.

château des comtes de Poitou, à Poitiers; ceux de Villebon (Eure et- Loir), de Montepilloy et Pierrefonds (Oise).

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« Cette forteresse célèbre, dit M». Graves, bâtie vers 1390, par Louis, duc d’Orléans et comte de Valois, fut démantelée en 1617, par ordre de Louis XIII. On détruisit, à cette époque, les ouvrages avancés, et l’on pratiqua, aux dépens des murs, les profondes entailles qu’on y voit encore; car le reste de l’édifice est demeuré intact. L’enceinte embrasse six mille sept cent vingt mètres carrés, et figure un pentagone irrégulier, présentant au nord un front de quarante mètres, soixante-quatre mètres à l’ouest, quarante et un au sud, et soixante-dix-neuf mètres en une ligne brisée vers l’est. Les neuf tours qui protégeaient le rempart et qui ne sont pas comprises dans ces dimensions ont chacune quinze mètres de diamètre : ce qui donne un développement total de trois cent quarante-quatre mètres. La maçonnerie excite l’admiration des architectes. Tout l’édifice est garni de mâchecoulis dont les consoles sont divisées en trois retraites. Les fenêtres, irrégulièrement percées, sont carrées et encadrées dans des tores; celles de de la chapelle, placées dans la tour du sud-est, sont étroites et à moulures cylindriques, descendant sur des socles anguleux, ce qui indique assez bien la fin du xive siècle. Deux tours portaient, à l’extérieur, des niches à ogive, encadrées de feuillages, contenant des statues d’une riche exécution, aujourd’hui mutilées. Le donjon était formé de deux bâtiments carrés, inégaux, contigus, à cinq étages; ses fenêtres larges et carrées ont des colonnettes et des meneaux transverses; on y voit une immense cheminée polygone à grosses colonnes engagées, et une frise à guirlande de feuilles découpées : le tuyau est terminé en cylindre. Il y a des guérites extérieures en encorbellement. Les redans des pignons sont ornés de tores. Tels sont les caractères chronologiques encore visibles de ces restes imposants (1). » La Bastille de Paris, antérieure d’une ving-

(1) Notice archéologique sur le département de l'Oise, p. 205.

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laine d’armées au château de Pierrefonds, avait huit grosses tours rondes, à base conique, liées entre elles par des courtines aussi hautes que les tours.

Article 5.

Fin du XVe siècle et commencement du XVIe.

Caractères généraux. — La guerre continue que Louis XI fit à la féodalité, et, d’autre part, l’usage de l’artillerie portèrent un coup fatal à l’architecture militaire. Les châteaux n’eurent plus que l’apparence d’une forteresse et devinrent, en réalité, des maisons spacieuses et commodes, où les beaux-arts déployèrent toute leur élégance. Le donjon, qui perdit son importance militaire, est parfois

Château de Vigny.

entièrement supprimé. Les maisons seigneuriales ne sont plus bâties sur des éminences, maisdans des plaines fertiles, et ne s’entourent parfois que de fossés peu profonds. La brique remplace souvent le moellon et la pierre de taille. On voit se multiplier les fenêtres carrées ou en accolade, et les tourelles en nid d’aronde. Les ornements et les moulures sont les mêmes que ceux de l’architecture civile, à

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l'époque correspondante : ce sont des nervures prismatiques, des pinacles appliqués, des niches, des panneaux, des rinceaux, des feuilles de chou, etc. Les portes sont en ogive et plus souvent en arc Tudor, c’est-à-dire en cintre très-surbaissé. Les tourelles, à pans coupés, sont sur-

montées d’un toit pyramidal, décoré de crêtes, de girouettes,

d’épis, de crochets et de diverses moulures en fer, en plomb ou en terre cuite.

Exemples. — C’est à cette époque que remontent les châteaux de Vigny (Seine-et-Oise), de Cagnes (Var), de Courboyer et d’O (Orne), de la Rivière (Manche), de Colombières (Calvados), etc.

article 6.

Renaissance.

C’est surtout à la construction des châteaux que s’appliquèrent les architectes italiens que Charles VIII avait ramenés d’Italie. Les châteaux perdirent leur physionomie

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belliqueuse, et leur architecture ne différa guère de celle des palais dont nous avons parlé dans le précédent chapitre.

Règne de Louis XII (1498- 1515). — Le premier monument important élevé dans le style de la Renaissance est le château du cardinal d’ Amboise, à Gaillon (Eure), que les uns attribuent à Giocondo, et d’autres à un architecte français, Pierre de Valence. Il offre un heureux mélange du style gothique et des nouveaux éléments imités de l’antique. On sait que les fragments réédifiés de ce château sont actuellement dans la cour du palais des Beaux-Arts, à Paris. La partie du château de Blois qui date de Louis XII est construite dans le même style, ainsi que l’ancienne Cour des Comptes, près de la sainte Chapelle de Paris. C’est encore à cette époque qu’appartiennent les châteaux de Chenonceaux et d’Azay-le-Rideau (Indre-et- Loire).

François Ier (1515- 1547). — Les améliorations de toute espèce que favorisait l’architecture de la Renaissance, dansle luxe intérieur des maisons, firent adopter ce style dans les châteaux, beaucoup plus tôt que dans les églises et les hôtels de ville. La plus importante construction particulière de ce règne est le manoir d’Ango, actuellement en ruines, que ce célèbre navigateur se bâtit à Yarengeville, près de Dieppe. Le château du chancelier Duprat, à Nantouillet (Seine-et-Marne), offre encore de beaux restes : mais il ne peut pas être comparé avec les châteaux royaux de Fontainebleau et de Chambord, qui sont les deux chefs-d’œuvre de cette époque.

Henri Il( 1549-1559). — Henri II fit bâtir le château d’Anet (Eure), pour Diane de Poitiers, par Philibert Delorme. Le principal portail a été transporté à Paris, dans la cour du palais des Beaux-Arts. Le château d’Écouen fut construit par Jean Bullant, pour le connétable Anne de Montmorency; le croissant de Diane de Poitiers et les

MOYEN AGE ET RENAISSANCE

chiffres de Henri 11, qui sont figurés dans toutes les parties du château, prouvent qu’il n’a été terminé que sous le règne de ce prince.

Henri IV (1589-1610). — Dupérac et Jean-Baptiste Ducerceau furent les architectes particuliers du roi. On doit au dernier le château neuf de Saint-Germain et celui de Monceaux.

Louis XIII (1610-1643). — Le style de l’architecture des édifices bâtis sous Louis XIII, dit M. Albert Lenoir, est loin d’offrir la même correction que celui des monuments antérieurs à Henri IV. 11 y eut alors un temps d’arrêt, pendant lequel l’architecture subit une transformation, on pourrait même dire, une altération sensible. 11 faut toutefois le reconnaître, si, sous le rapport du goût, l’architecture de cette époque est inférieure à celle du xvie siècle, elle procède en même temps avec plus d’indépendance; tout en se rattachant encore au style italien, elle acquiert une physionomie plus française. L’architecture du xvue siècle vise surtout à devenir pompeuse et monumentale.

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