PALÉOGRAPHIE
diales : FLO pour falso , MS pour minus , SPS pour Spiri ftts ; 3° par suspension, c’est-à-dire par la suppression des lettres finales : EP pour episcopus, CAR pour Carolus , NOS pour no s 1er ; 4° par signes abréviatifs : ce sont des signes conventionnels de formes diverses qui ont varié selon les siècles. On les a principalement employés pour les syllabes rey er, us, os, ury eum, rum, que ; 5° par de petites lettres supérieures qui indiquent l’absence de la terminaison : O pour ro, E pour re , M pour um , T pour it.
Signes orthographiques. — Aux v% vieetvue siècles, il n’y a point d’intersection entre les mots. Aux vme et ixe siècles, on commence à séparer les mots ; les virgules apparaissent. Au xie siècle, le point est exprimé par deux points de front, par une espèce de 7 ou une espèce de 5. Le point équivaut aux deux points et au point et virgule. Au xiie siècle, le point rond exprime tantôt la virgule, tantôt le point : on figure plus ordinairement ce dernier par une virgule couchée. Les deux points sont exprimés par un point surmonté d’une virgule couchée. Aux xiue, xive et xve siècles, toutes les pauses sont indiquées par de petites barres obliques très-fines, allant de droite à gauche. On emploie le point rond à la fin des phrases. Au xvie siècle, les points étaient ronds ou carrés. On employait la virgule, le point d’interrogation, le point d’exclamation, les deux points, l’apostrophe, le tréma, la cédille et les accents. Le point et virgule, avec sa valeur actuelle, ne fut usité qu’au xvne siècle.
Inscriptions monumentales. — Du ve au xue siècles, on se servit presque toujours, pour les inscriptions, de capitales romaines légèrement altérées. Le C devient carré, l’O prend la forme d’une losange, le Q ressemble au chiffre arabe 9. Les onciales n’ont été que rarement employées avant le xie siècle. Du xue au xme, elles se resserrent et s’allongent ; des modifications sensibles s’emparent des lettres H, M, N. L’écriture cursive est très-rarement employée ; elle l’est
MOYEN AGE ET RENAISSANCE
davantage au xvie, ou l’on fait un emploi fréquent des minuscules anguleuses. Aux xve et xvie siècles, les manteaux des statues, les cloches, certains vases, portent quelquefois des caractères fleuris et illustrés qui flattent agréablement l’œil, mais qui sont très-difficiles à déchiffrer. Les deux planches ci-jointes, tirées de la Paléographie de M. Alphonse Chassant, suffiront pour faire distinguer les principales transformations des lettres majuscules et minuscules du Moy<ÿi âge.
Article 3.
Numismatique.
Monnaies mérovingiennes. — Les monnaies des Bourguignons, des Francs et des Goths ne furent que des imitations de celles du Bas-Empire ; jusqu’à la troisième race, on désigna même sous le nom de besants (de Byzance) les espèces d’or. On donne le nom de mérovingiennes aux monnaies de la première race. Les principales étaient le sol d’or, le demi-sol et le tiers de sol. Comme on ne connaissait point alors l’usage de l’emporte-pièce, les monnaies n’offrent point de contours parfaitement réguliers. Ce ne fut que sous le règne de Henri II qu’on commença à distinguer par un chiffre les divers rois qui portaient le même nom, et sous François Ier qu’on inscrivit la date de la fabrication. Les noms de lieu ne sont souvent indiqués que par des initiales. Les monnaies de la première race sont les plus rares; elles sont presque toutes en or et portent l'effigie du roi, tandis que celles de la seconde race sont sans effigie et en argent.
On ne connaît point de monnaie de Pharamond, de Clodion ni de Chilpéric, Sous Clovis, le signe delà croix parut sur les monnaies, pour ne disparaître que dans les temps modernes. Sous Caribert, le calice à deux anses fut substitué à la croix.
Les monnaies des rois d’Austrasie , et surtout de Théodebert , reproduisent plus ou moins habilement
les titres, les inscriptions et même les costumes des espèces romaines d’Orient. La plupart des monnaies de la première race portent le nom du fabricant, au lieu du nom du roi : on leur donne le nom de monétaires . Elles offrent quelquefois le nom du gouverneur de la ville où était
établi l’atelier monétaire. Il y avait, sous la première race, des fabriques de monnaies à Soissons, Marseille, Angers, Autun, Orléans, Troyes, Nantes, etc.
Monnaies caklovingiennes. — C’est le nom qu’on donne aux monnaies de la seconde race. Elles sont toutes en argent et n’offrent plus ordinairement l’effigie du roi ; mais elles en portent le nom, au lieu de celui du monétaire. C’est à partir de Charlemagne qu’on divisa la livre en vingt
Charlemagne. — Denier d’argent.
sols et le sol en douze deniers. Il ne nous reste, Je cette
MOYEN AGE ET RENAISSANCE
époque, que des deniers et des demi-deniers : on y voit presque toujours figurer la croix à quatre branches. Les monnaies de Lothaire sont extrêmement rares. On n’en
connaît point de Louis Y. Louis le Bègue fut le premier qui prit la légende misericordia Dei , qui fut changée plus tard en gratia Dei (1).
Troisième race. — L’unité monétaire disparut sous la troisième race, pour faire place à une grande variété de monnaies différentes de titre, de poids et de valeur. Elles prirent tantôt le nom delà province où on les frappait ( pa risis, tournois , bourgeois , poitevins , angevins , etc.), tantôt le nom du roi régnant ( Ludovic , Carolus , Philippe , Franciscus , Henri , Louis , etc.), tantôt le nom de leur type (écus, testons , couronnes , agnels , saluts , anges , rots, reines, masses , pavillons , chaises , etc.). Les princes, les comtes, les barons, les évêques, les abbés obtinrent le droit de frapper monnaie. La cupidité des particuliers et celle du fisc altérèrent souvent les monnaies; aussi l’histoire monétaire de cette époque est encore pleine d’incertitude et de confusion.
L’usage du poids de marc remonte à Philippe 1er, ainsi que la dénomination de florin , donnée aux monnaies d’or qui portaient des fleurs de lis. — Louis IX réforma, par
(4) Sous Charles le Chauve, il y avait en France neuf hôtels des monnaies. Ils étaient établis a Paris, Rouen, Orléans, Reims, Sens, Narboane, Chalon-sur-Saône, Melle en Poilou, el au château de Cange, en Ponlhieu.
de sages règlements, les abus qui s’étaient introduits dans la fabrication des monnaies. Il fit frapper des moutons , deniers d’or représentant l’agneau de St. Jean-Baptiste, et des deniers tournois, ayant pour type une porte de châ-
teau, flanquée de deux tours. — Philippe le Bel altéra tellement les monnaies qu’on lui donna le surnom de faux monnayeur. — Philippe VI fit fabriquer des espèces d’or nommées parisis , ècus , lions , pavillons, couronnes , angelots, et des tournois d’argent d’un titre affaibli, nommés blancs. — Les Francs à cheval datent du règne de Jean le Bon, etlesFrancsàpied, de celui de Charles V. Sousce dernier prince, on supprima la fabrication des florins , qui étaient devenus la monnaie spéciale de Florence. — Les ècus heaumes (écus surmontés d’un heaume), et les saluts (écus surmontés d’une gloire, avec deux anges et le motive) , sont des espèces d’or particulières au règne de Charles VI.
Gros tournois de St. Louis.
Charles Vil. — Écu à la couronne.
On nomma carolus les grands blancs, portant un K, ini-
MOYEN AGE ET RENAISSANCE
tiale du mot Karolus , comme plus tard on appela ludovics ou franciscus ceux où étaient figurées les initiales de François ou de Louis. En 1430, Jacques Liard inventa la monnaie de trois deniers, qui porte encore son nom ; en Guyenne, ces pièces de billon s’appelaient hardis.
Louis XII fit fabriquer des écus et demi-ècus au soleil et au porc-épic , des ludovics, des coronats , des ducalons , des testons , etc. Cette dernière monnaie est ainsi nommée parce qu’elle offre pour type la tête du roi. Cet usage, qui était tombé en désuétude sous la deuxième race, ne devint gé-
néral que sous Henri II ; c’est aussi sous son règne qu’on inscrivit sur les monnaies le rang numérique des princes du même nom. L’invention du balancier, l’emploi du laminoir et du coupoir firent faire, à cette époque, de grands progrès à l’art monétaire. — C’est en 1584 qu’une légende, en langue française, apparaît pour la première fois sur les deniers tournois en billon. — Henri IV donna cours aux monnaies étrangères.
Monnaies seigneuriales. — L’origine encore assez obscure de leur existence monétaire paraît dater, d’après M. J. Lelewel, de 950 à 1050; l’âge de leur perfection, de 1050 à 1150; l’âge de leur altération, de 1150 à 1250 ; leur abolition par rachat, confiscation ou désuétude, de 1250 à 1350. La plupart des ateliers carlovingiens furent remplacés, dans les mêmes lieux, par les ateliers monétaires des prélats et des barons. Beaucoup de grands vassaux se
dépouillaient du droit de monnayage en faveur des églises et des monastères. Les monnaies des prélats et des barons, sous la troisième race, furent d’abord d’argent, puis de billon. Quand les rois de France recommencèrent, au xme siècle, à frapper des monnaies d’or et d’argent , ils ne laissèrent à leurs vassaux que le monnayage du billon. Par concession royale, il y eut exception en faveur des ducs de Bourgogne, de Bretagne, des comtes de Flandre, etc. Ce droit fut usurpé par plusieurs princes et évêques, par le duc d’Aquitaine, par Édouard III, qui se proclamait roi de France, etc. A mesure que les seigneuries furent réunies à la couronne, l’exercice de ce droit disparut peu à peu. Au xive siècle, beaucoup de seigneurs le vendirent au roi. Il ne fut conservé que par les grands feudataires qui relevaient de l’Empire et par certains seigneurs des frontières d’Espagne. Après la deuxième moitié du xvne siècle, le droit de battre monnaie fut exclusivement réservé à la couronne.
Monnaies des évêques des fous. — La fête des Innocents et celle des Fous se célébraient, au Moyen âge, dans un grand nombre de villes (1). Elles se composaient généralement de l’élection d’un évêque ou d’un pape, d’un repas et de cérémonies bizarres, qui variaient suivant les localités. A Amiens, et dans quelques autres villes, ceux qui étaient revêtus de cette dignité éphémère jouissaient du privilège de battre monnaie. Leurs pièces sont en plomb et surchargées de rebus , dont l’explication est fort difficile aujourd’hui (2). Elles indiquent quelquefois le nom
(1) V. ma Notice sur la fêle de l'âne, à Beauvais , dans le lome IV des Mémoires de la Société des antiquaires de Picardie.
(2) V. le chapitre Rebus de Picardie , dans mon Glossaire étymologique du patois picard.
MOYEN AGE ET RENAISSANCE
de l’évêque, sa paroisse et l’année de sa nomination (1).
Jetons. — Leur origine ne remonte qu’au milieu du xve siècle. A cette époque, ils étaient sans date, sans inscriptions et sans figures; ils ne servaient qu’à getter , c’est-à-dire à compter, à calculer. Plus tard, et principalement sous le règne de François Ier, on en fabriqua un grand nombre avec des inscriptions, des emblèmes, des devises et des armoiries. Les corporations, les universités, les compagnies, les chambres et même les simples particuliers avaient le droit d’en faire fabriquer comme les rois et les seigneurs. Les plus recherchés sont ceux qui représentent le portrait des hommes célèbres, ou qui constatent certains faits historiques peu connus.
Glyptique.
La glyptique, ou l’art de graver les pierres précieuses, qui fut inventé par les Egyptiens, tomba complètement en oubli, au Moyen âge, chez tous les peuples de l’Occident : mais on se servit des camées antiques pour la décoration des meubles religieux et profanes. La renaissance de cet art eut lieu en Italie, au xve siècle, et en France, au xvie. Les pierres gravées du xvne siècle sont bien inférieures, sous le rapport de l’exécution, à celles du xvie et du xvme. Ce ne fut également qu’au xvie siècle qu’on tailla, en France, des vases et des coupes en agate, en calcédoine, en émeraude, en lapis, en jaspe, en cristal, etc. Les orfé-
(1) Ces monnaies ou plutôt ces médailles ont été décrites par M. le docteur Rigollot, dans l’ouvrage intitulé Monnaies inconnues des évêques des Innocents et des Fous. 1855; in-8. — M. de Marsy en prépare une seconde édition.