MUGUET
Le muguet est une mycose buccale provoquée par la prolifération dans les couches superficielles de l'épiderme d'une mucédinée : VOidium albicans. Cette affection se caractérise sur la langue à sa face dorsale et sur ses bords, aux gencives et au [)lancher de la Ijouche par des taches blanches, étoilées, ressemblant à du givre, adhérentes à la muqueuse, faisant d'ailleurs très peu de relief à sa surface et faisant corps avec elle. Le muguet ne s'observe jamais que lorsque la salive est acide. Chez le nourrisson, la contagion d'un enfant à l'autre apparaît nettement; le muguet peut s'observer ainsi dans toute une crèche; cependant on voit, même dans ce cas, la contagion choisir les enfants dyspeptiques. Le nourrisson atteint tette mal, parce que les manœuvres de succion lui deviennent douloureuses, il cesse de téter et crie. Souvent la nourrice prend poui- du lait caillé, resté sur la langue, les taches du muguet. L'examen microscopique lève les doutes ; une trace de la tache blanche examinée sans coloration dans la glycérine ou dans la potasse à 50 pour 100 montre un enchevêtrement mycélien et des liles de spores parmi les filaments à cloisons distantes. Le muguet chez l'enfant doit être traité par les alcalins : attouchements locaux avec un collutoire au borate de soude, eau de Yals, eau de Yichy, coupant le lait du biberon ou donnée à la cuiller avant chaque tétée. Le muguet ne comporte pas chez l'enfant un pronostic toujours grave. On l'observe fréquemment dans des états gastriques passagers.
Chez l'adulte, il n'en est plus de môme. On ne le voit survenir que dans les cachexies à leur ultime période, particulièrement chez les tuberculeux; dans la péritonite tuberculeuse, son apparition est toujours d'un pronostic détestable. C'est, du reste, une complication
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souvent très pénible au malade et qu'on devra traiter en elle-même, car elle peut rendre bien douloureux les derniers jours d'un mourant: collutoires à la cocaïne, à la stovaïne, etc. (au l/lOO') alternant avec l'application locale des topiques alcalins.
LEUCOPLASIE SIIVSPLE (PSORIASIS BUCCAL)
Il y a des auteurs pour qui toute leucoplasie veut dire syphilis ou lichen plan. En ce qui concerne le lichen plan il en sera parlé plus loin (p. 80). En ce qui concerne la syphilis, il est certain que le nombre relatif des leucoplasies syphilitiques s'est accru depuis dix ans que l'on a étudié plus attentivement les lésions tertiaires de la syphilis. Il reste pourtant une leucoplasie essentielle dont on ne peut pas jusqu'à plus ample informé faire une lésion syphilitique :
1" Parce qu'elle survient chez un grand nombre de gens qui affirment n'avoir jamais eu la syphilis et (|ui de fait n'en ont jamais présenté aucune lésion reconnaissable;
T Parce qu'on l'observe chez des jeunes gens à un âge où la
syphilis acquise ne pourrait être arrivée à la période tertiaire et où la
syphilis héréditaire (dont ils n'ont pas de stigmates) devient bien rare ;
5" Parce que, anatomiquement, elle consiste en une lésion hyper-
kératosique primitive, sans lésions vascnlaires préalables, alors que toutes les lésions connues comme syphilitiques commencent par une lésion périvasculaire primitive.
'\ ■ -.,'\ ... ""^^^JF^^W La leucoplasie simple n'est pas lirni-
%, . ..... tée à la langue, elle existe aussi en
,, , ,, .:<— ^«, . dedans de la commissure des lèvres
-«^v^^^^g^^^g'l^^ sous forme d'une plaque irrégulière,
ridée en patte d'oie; elle existe à la
F.G. 20. - Leucoplasie linguale. (Malade SUrfaCC iuteme dcS jOUCS, SUr IcS gCUde Lailler. Musée de Ihrpilal Saint- (.J^-^^g ^^ J^ \^ f.^çg interne Ct jUSqu'aU
Louis, n° 118.) . . .
bord libre de la lèvre inférieure. Partout la lésion est la même, on dirait un papier à cigarette collé à la muqueuse et étroitement adhérent à elle. Cette lésion est parcourue de plis croisés assez distants, toujours marqués, parquetant la lésion. A la langue, la lésion est moins blanche que partout ailleurs, elle est d'un rose-lilas du à la transparence de la couleur propre
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de l'organe. Au niveau de la tache, on ne voit plus la surface villeuse de la langue, mais une surface lisse où la muqueuse est un peu épaissie, donnant au doigt et môme à l'œil une sensation de caoutchouc. La lésion n'a pas des bords diffus, mais bien arrêtés et souvent découpés comme aux ciseaux.
C'est une hyperkératose chronique, de cause première inconnue. Parmi les causes secondes, l'abus du tabac a certainement une importance, mais cette cause peut manquer. L'homme est plus souvent atteint de cette affection que la femme. Elle commence à IcS, 20, 25 ans quelquefois. Mais on peut la voir commencer plus tard. Très fréquemment après des années elle se complique dépithélioma.
Le traitement de cette atfection est difficile : les bains de bouche émoUients, les alcalins, les eaux cupriques (Saint-Christau) peuvent être conseillés, mais n'ont aucune efficacité réelle que contre les incidents : fissurations, irritations artificielles, que ces lésions peuvent présenter. On a préconisé le raclage chirurgical à la curette, la destruction totale au galvano-cautère, etc.... Actuellement le premier traitement qu'il faudrait essayer est la radiothérapie. J'en ai eu, dans le seul cas que j'y ai soumis, des résultats incomplets, mais excellents, et incomplets parce que la radiothérapie n'a été poursuivie qu'au point où évoluait un épithélioma. L'épithélioma a disparu et la leucoplasie avec lui, dans toute la région irradiée.
Comme précepte on pourrait énoncer celui-ci : la radiothérapie exceptée, il vaut mieux ne pas toucher à une leucoplasie que de la traiter à moitié. Car toute irritation d'une leucoplasie semble pouvoir provoquer la dégénérescence épithéliale.