‹ Manuel élémentaire de dermatologie topographique régionaleChapitre 12 sur 251 · LUPUS TUBERCULEUX DE LA BOUCHE · texte numérisé non relu

LUPUS TUBERCULEUX DE LA BOUCHE

Le lupus de la bouche n'est pas ordinairement primitif, il se produit par extension à la muqueuse des lèvres, ou à celle des gencives, d'un lupus d'origine narimiire ayant envahi la lèvi'e.

Sur les muqueuses il peut atfecter la forme ulcéreuse, mais plus souvent la forme popillomateuse, semée de points nécrotiques. Le lupus en nappe envahit les gencives surtout, et ensuite le plancher de la bouche et le palais, ou bien la face interne des joues. Il se forme d'abord une hypertrophie de la muqueuse épaissie en nappe, puis des points de nécrose se produisent, déchaussant les dents, quelque-

fois jusqu'à leur poiute et alors la deut tombe. La lésion est mollasse, facilement saignante, très lentement extensive, et ici comme partout

sans régression spontanée. Le plus souvent, ces lésions deviennent visibles du dehors, parce que la lèvre a disparu en tout ou partie, et l'orifice buccal est un ulcère dont le fond est fait par les dents déchaussées, implantées dans la gencive fongueuse ou ulcérée.

A ces degrés, le lupus de la muqueuse est, on peut le dire, presque incurable; les êipplications de permanganate de potasse, les attouche- Fii,. -21. — Lupus du nez, des lèvreb et des meuts à Tacidc lactiquc pur, au

seiicives. (Malade de Lailler. Musée de i i i • i / 1 •- p t i

riiôpitai Saint-Louis, n" 2-2S.) chlorurc dc ziuc au i/lo sont des

modificateurs excellents. Mais le résultat dépend surtout du soin du médecin traitant. Ce sont des malades à revoir tous les jours et à traiter quotidiennement, sans lassitude, chaque point par le topique approprié. 11 va sans dire que la photothérapie doit être appliquée à tous les points accessibles pour elle, aux gencives particulièrement.

LUPUS ÉRYTHÊIVIATEUX

Le lupus érythémateux de la ])()uclie est rare et n'existe guère qu'à la face interne des joues. Nous le retrouverons avec l'étude des maladies

de cette région.

LICHEN PLAN

J'en dirai autant du lichen plan qui affecte la même localisation, et qui ne se voit qu'exceptionnellement à la face dorsale de la langue

ACANTHOSIS NIGRICANS

C'est une dermatose qui semble devoir rentrei" dans le groupe des toxidermies, être liée à un état de cachexie du sujet, le plus souvent à

la cachexie cancéreuse, et dans le plus grand nombre des cas à l'évolution d'un cancer de l'estomac. Ses lésions maxima sont aux plis de flexion et à la bouche.

A la bouche, la face interne des joues, le vestibule de la bouche et les gencives sont les parties les plus prises. Les lésions ont deux éléments, une hyperpigmentation noire qui est diffuse, et une sorte de transformation villeuse des muqueuses lisses comme de la peau. Ce sont des lésions qu'il faut connaître pour en faire le diagnostic différentiel. En soi elles ne comportent aucun traitement, et leur pronostic n'est grave qu'en raison de la gravité de leur cause étiologique.

IVlÉLANODERmiES - VITILIGO

Toutes les mélanodermies peuvent s'o])server dans la bouche comme sur la peau. On les observe surtout à la face interne des joues. On y connaît : la mélanodermie addisonienne accompagnant la maladie d'Addison, c'est-à-dire l'hyperpigmentation cutanée de In tète et des mains liée aux lésions organiques des capsules surrénales; la mélanodermie de l'acanthosis nigricans dont nous venons de parler; la mélanodermie du xeroderma pigmentosum (p. 7) ; la mélanoderiniediabétique; enfin la mélanodermie phtiriasique du dos (p. 888) parait elle-même, dans ses cas les plus accentués, s'accompagner de mélanodermie de la face interne des joues (Thibierge).

Le vitiligo peut très bien s'observer aux muqueuses. Il se voit surtout au vestibule et à la face interne des joues, en concomitance avec du vitiligo de la peau, du cou ou des joues (p. 28). Il partage sa symptomatique, son évolution, sa longue durée. Sa cause étiologique n'est pas plus fixée que celle du vitiligo de la peau. Sa thérapeutique n'est pas fixée davantage.

La dermatologie de la langue- est extrêmement complexe et difficile à résumer en quelques pages.

Je parlerai d'abord de cette macro- ',

qlossie congénitale (langue scrotale) qui / __ , .

^ , . • - . . , !j- Macroglossie. ... p. àl.

est souvent prise a tort pour une maladie i ^ ^

et qui n'est qu'une malformation )

Les nœvi et les angiomes, qui sont aussi i

des malformations, nous occuperont en- 1 . .

, , , , \ j^ , ^ , Angiomes p. AS.

suite, car leur développement fréquent i "^ ^

obligea une thérapeutique active

Les lymphangiomes, quoique plus rares, ) peuvent exiger un traitement, nous en | Lymphangiomes . . p. 48. dirons aussi quelques mots 1

Les enfants, plus souvent que les adultes, \

peuvent présenter à la surface de leur /

r ^ , T .■ Glossite exfoliatnce

langue des segments de cercles diverse- ; . , ,„

^ ^ [ marginee .... p. 49.

nient associés et constitués par une accumulation d'épiderme hyperkératosique . .

A tout âge la langue peut présenter sur )

ses bords de petites lésions ulcérées dou- ^ Aphtes p. 50.

loureuses : les aphtes )

... Et les plaques blanches arborescentes ) -^s * rn

du muguet )

Il existe une hyperkératose spéciale de \ la langue et des lèvres, constituée de I Leucoplasie nonspé-

larges plaques blanches lisses et parque- i cifique p. 50.

tées (psoriasis lingual) j

La syphilis peut se présenter à la langue ) . , . , .

, . , , ,• r, ■. ( Chancre syphili-

sous les formes les plus diverses, un y voit tiane d 50

d'abord l'accident initial j

... Ensuite les plaques muqueuses, sail- j ,

, , , . Plaques muqueuses, p. 51.

lantes, lisses, exulcerees )

Enfin la glossite tertiaire Glossite tertiaire. . p. 52.

. . Enfin la leucoplasie syphilitique et ) Leucoplasie spéci-

les gommes \ fique p. 53.

Il existe une glossite dentaire Glossite dentaire. . p. 54.

. . . et même des ulcérations traumati- \ ques de la langue qui peuvent en imposer f Ulcérations trauma-

pour des lésions syphilitiques, tubercu- l tiques p. 54.

leuses ou cancéreuses J

La tuberculose linguale sera étudiée en- ^ suite en soi et par opposition aux diverses ' Tuberculose lin-

lésions de la langue avec lesquelles elle ne {^ guale p. 55.

doit pas être confondue

Enfin V épithélioma lingual doit être à son tour distingué des lésions syphilitiques, tuberculeuses et traumatiques qui J, Epithélioma .... p. 56. lui ressemblent, car il appelle des solutions thérapeutiques très différentes . . .

Après cette étude, je dirai quelques mots brefs sur des lésions de moindre importance relative :

Sur l'ancien hydroa huileux qui doit ) rentrer aujourd'hui dans le cadre de la ■ Hydroa bulleux . . p. 57. dermatite polymorphe de Duhring-Brocq . )

Sur le lichen plan de la langue qui ne ) s'observe guère quen concomitance d'un [ Lichen plan .... p. 58. lichen plan de la face interne des joues. . j

Sur la langue villeuse noire fréquente ) surtout chez les vieillards et dans les [ Langue noire ... p. 58. hôpitaux et asiles )

Sur la langue douloureuse des nerveux \ à idées fixes : Glossodynies et papillites j

douloureuses qui appartiennent plus à la > Glossodynies. . . . p 58. pathologie nerveuse qu'à la pathologie pro- \ prement dermatologique i

Enfin sur l'ulcération traumatique du ) „, , .. j f • kq

p • t t ^ Ulcération qu irein p. oy.

frein de la langue )

IWACROGLOSSIE (LANGUE SCROTALE)

C'est une malformation congénitale qui peut-être s'accuse avec l'âge. Elle consiste en longs plis longitudinaux parallèles, irréguliers. Ils donnent à la surface de la langue l'aspect ridé du scrotum; ces plis ressemblent à des fissures, et ce sont bien des tissures, en elfet, mais épidermisées partout, non douloureuses et ne résultant d'aucun processus morbide. Ces plis résultent pour certains auteurs de ce que

48 DERMATOLOGIE TOf'OGRAPUIQUE.

la langue, trop large pour la ])ouche qui la contient, se tasse sur ellemême. Pour fFautres, c'est une anomalie primordiale du muscle sur la forme duquel la muqueuse se moule. De toutes façons cet état n'appelle aucun traitement, à peine quelques précautions d'hygiène supplémentaires pour les lavages de bouche, avec les pâtes savonneuses dentifrices, par exemple, pour l'entretien et la propreté du fond des plis.

Chlorate de potasse 2 grammes.

Savon amygclaliii 10 —

Craie préparée 10

Menlliol ■ 1 gramme.

On multiplierait les précautions si le sujet contractait une maladie buccale, ou une maladie générale comme la syphilis ayant une élection pour les lésions de la langue.

En pratique, l'important est de ne })as confondre ces malformations avec des lésions acquises, particulièrement avec des rhagades syphilitiques tertiaires, ce qui serait une lourde faute.

ANGIOmES

Leur dévelo[)pement est rare chez l'adulle. On les observe chez l'enfant, l'adolescent. Ils se présentent d'ordinaire sous forme d'une tumeur ol)longue molle disparaissant à la compression pour se reproduire aussitôt après elle. Ces tumeurs ont la couleur de la muqueuse elle-même, si Tangiome qui les produit est profond; elles sont violettes ou bleues, si la couleur des veines transparait à ti'avers la muqueuse. Ce sont là des nœvi à développement progressif possible. Ils appellent ou non un traitement. Il faut les ti'aiter quand ils grossissent, ne pas les traiter dans le cas contraire.

Suivant le cas et l'accessibilité de la tumeur, on traitera pai- l'électrolyse uni- ou bipolaire (p. 5) ou par l'ablation chirurgicale.

Ne pas attendre, quand il est certain que la tumeur se développe.

LYIV3PHÂNGI0R1ES

Le lymphangiome de la langue se présente habituellement sous l'aspect suivant.

Au tiers antérieur et non tout à fait symétriquement, la langue est

augmentée iVépaisseui-, sa surface est jaunâtre et plissée irrégulièrement dans le sens delà longueur. Sur les plis jaunes, presque linéaires,, les papilles disséminées font un semis rouge de saillies très petites ressortant sur le fond jaune de la tumeur. La piqûre des plis jaunes laisse écouler une goutte de lymphe striée de sang.

Le traitement, qui doit être pratiqué seulement quand le lymphangiome augmente, ou quand il est d'une excessive dimension, est exactement celui de rangiome.

Il est possible que les rayons X donnent dans Tavenir un traitement indolore et plus rapide, mais le .fait n'est pas encore confirmé.

*GLOSSITE EXFOLIATRICE MARGINÉE

Elle sobserve plus souvent chez l'enfant, mais aussi chez l'adulte dans la pi'emière moitié de l'existence. Avec l'âge pourlant, elle devient de plus en plus rare. C'est une maladie chronique, durant des mois et des années, récidivant après des périodes d'apparente guérison. Elle n'olfre aucun symptôme fonctionnel, si bien que le malade lui-même s'en aperçoit souvent par hasard. Il observe, ou on observe que la face dorsale de la langue est couverte de segments de cercles gris, mélangés sans ordre et en tout sens. Ils sont de tous diamètres, mais plus souvent appartiennent à des cercles de 5 à 10 millimètres de diamètre. Lorsque plusieurs cercles se coupent, leurs coiitoui-s intersectés disparaissent. Il s'ensuit un dessin ornemental polycyclique. Ces contours sont dessinés par une accumulation épithéliale adhérente, très analogue à ce qu'est une squame sur la peau sèche. Le plus étrange c'est que, du jour au lendemain, les dessins changent de forme et de place. Il y en a plus aujourd'hui, moins demain. Il y a aujourd'hui une tache où demain sera une circination. Ces lésions, comme beaucoup de lésions cutanées, commencent par un disque plein d"hyperkératose, dont le diamètre s'agrandit, mais alors, au centre de la lésion, la muqueuse redevient normale, le disque est devenu une circonférence.

Cette lésion est inconnue dans sa cause et dans sa nature, on a voulu en faire une lésion syphilitique (Parrot) ou parasyphilitique (Fournier). J'avoue que cette lésion ne me paraît avoir rien de commun avec la syphilis, acquise ou héréditaire. On en a fait aussi une lésion eczématique, psoriasique, etc.... Elle s'observe en l'absence de

Saboi'p.aud. — Dermatologie topogr. 4

KEHMATOLOIUE TOPOGHAPllIOlE.

tout eczéiiKi, de tout psoriasis. La seule chose certaiue, c'est t|ue cette lualadie est d'une bénignité al)Soliie.

Elle ne comporte aucun traitement, en ce sens quelle ne paraît bénéficier d'aucun. On peut prescrire ce qu'on voudra, sauf des médicaments irritants. Eau de Saint-Christau, eau de Vichy, en gargarismes et bains de bouche. Application de baume du Pérou, etc., etc.

Prévoir et annoncer la longue durée de cette alîection et ses récidives.

J'ai décrit les dph tes "^n "^parlant (Tc'S :^^ections de la bouche en général (p. U)) : iV^'siè^e)iX-a^4*¥eiit<,Bu/^les bords ou la pointe de langue. Ils y gardenlHiûirscaractjniiieT leur traitement et ne prêtent en ce sièg(> à aucune considération particulière.

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