ECZÉMA EN PLACARDS TRICHOPHYTOÏDES DU DOS DES WAINS
Eczéma à grosses vésicules dyshidroïques.
Ces deux noms désignent une même espèce clinique, eczéma d'évolution chronique et récidivante, très rebelle, assez fréquent, et ayant donc besoin d'être bien connu.
Son élément premier est une grosse vésicule bien plus analogue à celles de la dyshidrose qu'à celles, beaucoup plus fines en tous autres sièges, de l'eczéma. Ces vésicules, grosses comme un grain d'orge et plus, claires, dures et tendues au toucher, naissent disséminées sur le dos des mains et des doigts, sur les faces latérales des doigts à leur racine, sur les bords de la main, dans l'intervalle du pouce et de l'index, au bord interne du pouce, au dos du pouce, et jusque sur l'éminence thénar, surtout près du poignet. Ces poussées vésiculeuses peuvent avoir été provoquées par un traumatisme professionnel ou autre, chez les teinturiers, les photographes, etc. Ces poussées, extrêmement prurigineuses, sont subintrantes et peuvent se renouveler pendant des mois.
A la longue les vésicules forment des placards plus ou moins circinés; ces placards, une fois formés, prennent peu à peu un aspect trichophytoïde tellement accentué que j'ai vu faire, et j'ai rectiflé par la culture, maintes erreurs de diagnostic procédant de cette ressemblance. Il y a de petits placards et d'autres grands. Les petits placards sont moins trichophytoïdes. Ce sont des cercles incomplets, grands comme une pièce de un franc, dont la surface, rose, est épidermisée, mais dont l'épiderme est jeune, incomplet et parait vernissé. Ces petits placards sont bordés de vésicules naissantes, adultes ou bien ouvertes, celles-ci étant signalées par leur fond rouge où le corps muqueux est à nu. Les grands placards cycliques, ou polycycliques, du dos delà main sont plats et de surface unie (deux caractères éliminant le trichophyton), rose, vernissée; ils sont un peu plus élevés que la peau saine, couverts d'érosions vésiculaii'es à divers stades régressifs, et cerclés de vésicules irrégulièrement disposées, les unes ouvertes à fond rouge, les autres entières.
Cet eczéma peut accompagner un eczéma plus ou moins étendu du corps ou même généralisé; le plus souvent c'est un eczéma des seules extrémités. Il est plus fréquent aux mains qu'aux pieds, quoi qu'il
S.UiOURAUD. — Dermatologie topogr. 25
existe cependant, et sonventà la fois. Cet eczéma avec des régressions, des poussées nouvelles, des temps de silence et des reprises, peut durer des années si sa cause traumatique persiste ou s'il n'est pas traité par les moyens appropriés. Ces moyens sont toujours violents. C'est un eczéma que les pansements humides et les pommades couvrantes n'améliorent en aucune f^içon, au contraire. Le nitrate d'argent lui-même ne détermine que des améliorations passagères. C'est la chrysarobine qui est le médicament par excellence de cette forme morbide. Et ce seul trait suffit pour assurer à cet eczéma, parmi les autres, une personnalité l)ien tranchée.
On commencera par une pommade à la chrysarobine au 1/50, additionnée d'oxyde de zinc : on arrivera le plus souvent à faire supporter la chrysarobine au 1/50.
Dans le cas d'un placard unique, récidivant sur jjlace mâh^vé tout
traitement, j'ai obtenu la guérison par des ponctuations de galvano-cautère ( demi - superficielles et sans cicatrices) en trois ou quatre séances. Et la guérison s'est maintenue depuis quatre ans.
DYSHIDROSE
La dyshidrose est caractérisée par l'apparition très brusque, symétrique sur le dos des deux mains et leurs bords, d'une éruption de vésicules rondes claires, cuisantes et démangeantes. Cette éruption peut avoir des formes limitées au bord des doigts; plus souvent elle est généralisée à la face dorsale des deux mains; elle s'étend quelquefois aux pieds, aux poignets, aux avant-bras.
Cette éruption diflère de l'eczéma par sa symétrie absolue, sa soudaineté d'apparition, la grosseur de ses vésicules, la difficulté de
Fui. 14,7. — Dyshidrose. (Malade de Ilallopeau. ihisée de l'hôpital Saint-Louis, n°990.)
leur rupture, la cessation des phénomènes aigus en quelques jours et la régression de tous symptômes en une ou deux semaines, trois au plus. Les vésicules ressemblent à un grain cuit de tapioca, inclus « entre cuir et chair » ; elles sont difficiles à rompre et contiennent un liquide clair, alcalin, non collant comme celui de Teczéma. Tantôt Féruption est discrète, tantôt elle est conlluente; elle ressemble beaucoup alors aux éruptions artificielles traumatiques ou médicamenteuses (acide phénique, salol, naphtol). La dyshidrose est seulement plus fréquente chez les éphidrosiques (p. 597) et au printemps ou en été; elle n'est nullement causée par la réienlion de la sueur dans les canaux sudoripares (ouç 'lopo;). Sa cause vraie est tout à fait inconnue. Elle peut récidiver ou non. Elle procède toujours de même, par poussée brusque, accompagnée de symptômes fonctionnels, puis tout s'apaise et se termine par une desquamation plus ou moins grosse et visible.
Le traitement, au début, par les émollients, et, à la fin, par les pommades couvrantes, est purement symptomatique. Pas de traitement interne- valable.
GALE
La localisation d(^, la gale aux poignets, aux mains, aux doigts sur leurs deux faces, est l'une des principales de cette maladie. Elle y peut aflecter deux formes : la gale simple, la ^nie pustuleuse, celle-ci plus fréquente chez l'enfant ou l'adolescent.
Quand une gale est d'intensité médiocre, la localisation aux espaces interdigitaux est primordiale; on trouve en ce point un certain nombre de vésiculettes à ditïerents stades, et des lésions de grattage. Rechercher de suite au poignet (face palmaire) et, à la face palmaire de la main, des lésions semblables et le sillon caractéristique.
Le sillon, qui existe souvent à la face latérale des doigts, ressemble à un court trajet de ver dans du bois, c'est un linéament étroit, gris, capricieux, creusé non pas sur mais dans l'épiderme corné, et ayant souvent une vésiculette près de son extrémité. La présence de sillons est caractéristique, surtout à la face palmaire, où ils sont plus fréquents, et que la plupart des maladies ressemblant à la gale (ex. : prurigo) respectent toujours.
Dans les gales intenses ou pustuleuses, le diagnostic se fait, non seulement, par la lésion élémentaire, mais par la topographie de ces lésions.
DERMATOLOGIE TOPOGRAPIIIQUE.
agglomérées dans tous les espaces interdigitaux, autour des doigts, des poignets. Rechercher les autres localisations de la gale au-devant
des aisselles, au coude, k la ceinture, à la verge chez l'homme, etc. : se rappeler qu'elle respecte invariablement la tète et le cou.
La forme pustuleuse résulte d'inoculations d'impétigo vrai streptococcique, et d'impétigo pustuleux staphy lococcique, dans les sillons et les vésicules dues au sarcopte.
On devine l'aspect que ces inoculations, répétées à l'infini, peuvent fournir.
Le grattage les porte partout, les agrandit, peut créer même des lésions ulcéreuses (ecthyma galeux).
Un impétigo des extrémités doit toujours faire penser à la gale, fût-ce pour éliminer ensuite cette idée.
Le traitement de la gale
FiG. 118. — Gale. — Éruption symptomatique polymorphe. ,, ., , /'f\^\ i
(Malade de Guibout. Musée de l'hôpital Saint-Louis, n" 591.) SCra dCCrit (p. OUo) aveC IC
tableau d'ensemble de cette maladie. On sait que les pommades soufrées sont les topiques de choix. Suivant le degré d"irifection secondaire, on frotte les gales pustuleuses, « car sur ces impétigos la frotte agit comme un cataplasme» (Tenneson), mais elle est alors très douloureuse. Dans les cas de gale très pustuleuse, on traite l'impétigo d'abord, par les moyens appropriés, (p. 10).
TRICHOPHYTIE DU DOS DES IVIAINS
Il est rare d'observer la trichophytie au dos des mains, sous une autre forme que celle du kërion (p. 176).
Le kérion, c'est-à-dire la tricliophytie crorigine équine, à forme de folliculite agminée en placards circulaires, se trouve donc avoir exactement la localisation de Teczéma trichopliytoïde, nummulaire, plus haut décrit.
Le kérion du dos de la main peut prendre un développement énorme, faire un placard de 6 centimètres de diamètre, toujours ?^o?k/, surélevé, à bords talués, à surface rouge, couverte de croûtes, ou couverte de pustules folliculaires. La surface, une fois détergée, par deux jours de pansements humides, se présente comme criblée de trous de grosse épingle, trace des pustules ouvertes nettoyées. Les symptômes fonctionnels, très peu accentués, permettent d'éliminer le diagnostic d'anthrax. La profession du malade : palefrenier, vétérinaire, sellier, camionneur, permet de penser à l'origine équine. La culture, très facile à obtenir et pure d'emblée, quand on ensemence (en strie) le pus de pustules, non ouvertes, sur une gélose peptone sucrée (4 pour 0/0), fournit, quand on la réimplante, une culture admirable, en rayons, saupoudrés de plâtre [Trichophyton gypseum). L'examen microscopique doit porter directement sur le pus, examiné entre deux lames de ven^e sans coloration (500 diam.). On y voit flotter des rameaux mycéliens aisément reconnaissables. L'examen microscopique des poils ou follets est plus difficilement positif.
Le traitement comprend bien plus l'usage des antiphlogistiques : cataplasmes, compresses d'eau bouillie, que l'emploi des antiseptiques, et ceux-ci doivent être très dilués. Teinture d'iode étendue de 10 à 15 fois son volume d'alcool, en badigeons locaux quotidiens. Une énorme amélioration est obtenue en 5 jours. La guérison en 2 semaines.
IMPÉTIGO CONTAGIOSA
V impétigo contagiosa commun, est caractérisé par des phlyctènes rares, plates, le plus souvent déchirées, vides du sérum qu'elles ont contenu, et ridées. D'autres éléments ont perdu leur épidémie corné, ce sont des exulcérations plates, ovales, séro-croûteuses. Ces éléments siègent au dos des doigts, au dos de la main ou autour du poignet. Ils accompagnent presque toujours un impétigo plus caractérisé du visage (p. 8) ou bien une tourniole péri-unguéale (p. 424). Ces éléments ne durent jamais, longtemps, à la même place. Chacun
590 DERMATOLOGIE TOPOGMPHIQUE.
dure 8 à 10 jours, mais réruption peut se prolonger, faute de soins, par la naissance de phlyctènes nouvelles. Ce sont d'abord de petites vésicules molles, presque des bulles, puis la lésion s'élargissant, sa coupole cornée devient surbaissée, plaie, la vésicule devient une phlyctène large, pleine de sérosité claire, à peine louche.
Lorsque l'éruption est particulièrement violente (Pemphigus aigu bénin ou épidémique de certains auteurs), les exulcérations, laissées par les phlyctènes, peuvent dépasser en dimension une pièce de 50 centimes. Elles exhalent du sérum qui fait à leur surface une croûte mince, que le moindre contact décolle de la lésion sous-jacente, et alors le suintement se renouvelle.
C'est une affection contagieuse, pour les enfants surtout, et qu'on peut voir épidémique ; dans ce cas elle s'inocule d'abord aux régions découvertes, mais peut, sur certains sujets, faire des éruptions généralisées, toujours discrètes. Pour le traitement, voir page 10 et surtout pages 645 et suivantes.
FURONCLES - ANTHRAX — ABCES PERIFURONCULEUX
Comme toutes les régions découvertes et soumises aux traumatismes, le dos des mains peut présenter des furoncles, quelquefois même un anthrax, et leur suite.
Le furoncle est le plus souvent précédé par une pustulette folliculaire orilicielle, qui peut passer inaperçue, et alors ce sont les symptùmes fonctionnels, toujours intenses, par rapport aux dimensions de la lésion, qui commencent. D'abord la chaleur locale, la cuisson et la douleur sont vives ; la rougeur progressive se prononce ensuite ; puis s'accuse l'extumescence acuminée du furoncle, au sommet de laquelle la suppuration deviendra visible.
Après 5-5 jours, un bourbillon sphacélique, jaune-verdàtrc, est éliminé, les symptômes locaux décroissent et disparaissent. Lorsque, autour du premier foyer inflammatoire, d'autres se produisent, 2-0 ordinairement, c'est ï anthrax. 11 est de dimensions rarement énormes, mais de symptômes douloureux et inflammatoires très accusés. La tumeur, en pomme d'arrosoir est grosse comme une 1/2 noix, elle devient rarement grosse comme une 1/2 mandarine, et alors il y a œdème considérable, lymphangite, etc....
Le traitement, abortif au début, c'est la forte pointe de galvano-
cautère, exactement appliquée sur le follicule qui est le centre de la lésion. Aussitôt après, pansements humides ou mieux bain permanent. Sitôt que l'anthrax est évident : pratiquer sur chaque « tète » ou point suppuré visible, une pointe galvanique plus grosse et plus forte, de façon que la lésion soit ouverte largement. S'il y a abcès post et périfuronculeux, il s'élimine ordinairement, par la cheminée folliculaire ouverte. S'il a tendance à fuser : ouverture cliirui'gicale large, drainage, pansement humide, aseptique.