ÉRUPTIONS SYPHILITIQUES SECONDAIRES
La syphilis secondaire, au moment où elle se manifeste, par une roséole papuleuse généralisée à toute la surface du corps, ou par une éruption de papules plus grosses et discrètes , crée des papules dans la paume de la main. Et comme il n'y a pas d'autre éruption maculopapuleuse du corps qui crée dans la main des lésions semblables, l'importance diagnostique de l'éruption syphilitique palmaire est considérable.
Suivant que l'éruption du corps est discrète ou abondante, et que
les papules sont peu développées ou florides, l'éruplion palmaire différera. Pourtant le médecin la reconnaît en général au ])remier coup d'œil. Ce sont des taches rousses ou brunâtres, visiblement sous-cornées, qu'on voit par transparence et qui soulèvent, très légèrement, l'épiderme d'exlumescences peu marquées.
Bans les cas où les lésions sont florides, elles sont plus reconnaissablés encore. Elles sont rondes, de 5 à i millimètres de diamètre, leur couleur est dïui roux-cuivré, caracléristique, et elles soulèvent l'épiderme en un relief plat visible. Cette éruption est lente à disparaître.
Plus tard, à la place de chaque papule, on peut voir l'épiderme corné s'exfolier, comme à la place d'une vésicule sèche. Et cette trace de lésion passée peut n'être pas rattachée à sa cause, tant l'aspect s'en éloigne de celui de la lésion au stade d'état.
LESIONS SYPHILITiaUES TERTIAIRES
La ■ syphilis tertiaire, le psoriasis, l'eczéma peuvent créer dans la paume de la main des lésions symptomatiquement impossibles à dilférencier l'une de l'autre.
J'essaierai pourtant de faire de chacune un tableau clinique vrai. La syphilis tertiaire palmaire se caractérise d'ordinaire : a, par des lésions hyperkératosiques; [i, exfoliées; y, bordées sur un côté par un liséré rouge assez visible.
a. L'épiderme corné est très épaissi, même autour de la lésion, souvent même au-dessus du liséré qui représente la lésion en activité.
^i. L'exfoliation épidermique sur la surface de la lésion est irrégu-
K[(i. loi. — Sypliilih paliiKure {l^o^laMl()^llU'. (Malade (le UiUairel. Musée de rii('>pital Saint-Louis, n" 51.)
404 DERMATOLOGIE TOPOGMPHIQUE.
lière, lamelleuse, blanche; le bord est fait partout de kimelles exfoliées, en déhiscence plus ou moins prononcée. Le fond de la lésion n'est pas partout au môme niveau, mais un peu irrégulier.
y. La lésion est bordée d'un liséré rose, écailleux, qui manque ici ou là, mais est quelquefois très net. Sa direction est ordinairement très irrégulière, serpigineuse. Au milieu de la lésion on peut trouver des taches analogues à ce liséré, et ce sont elles qui font que la surface exfoliée de la lésion n'est pas plane.
La syphilide tertiaire de la paume est unilatérale, ordinairement, mais non toujours, et toute lésion hyperkératosique palmaire n"est pas forcément syphilitique parce qu'elle est unilatérale. Inutile de faire ressorti]' l'importance que peut offrir dans ces cas l'enquête rétrospective concernant des accidents de syphilis autérieurs.
Le traitement d'une syphilis qui se manifeste par cette lésion doit toujours être intensif (piqûres de 0,08 centigrammes d'huile grise au 1/40, hebdomadaires) si l'on veut que cette lésion ti'ès tenace rétrocède vite.
KÉRATODERmiE PALMAIRE ET PLANTAIRE DES ADULTES
Le tableau de la kératodermie palmaire et plantaire congénitale décrite plus haut (p. 598), peut apparaître en quelques mois chez Fadulte. Le tableau en est d'ordinaire très atténué. 11 s'agit de masses kératodermiqiies irrégulières, non d'une couche kératodermique uniforme. Le traitement par les kératolytiques : solutions, ponunades et emplâtres salicylés forts (au 1/20, au 1/10, au J/5), en ont ordinairement raison en quelques mois. Penser toujours devant des cas semblables à l'origine arsenicale possible de la kératodermie symétrique non congénitale, (p. 404).
HYPERKÉRATOSE DE L'ARSENICISME
L'arsenicismefait, mais à la région palmaire seulement, une hyperkératose dont l'aspect objectif rappelle singulièrement celui de la sclérodermie.
La peau apparaît d'un jaune de vieille cire, et tellement épaissie que l'hyperkératose rend les mouvements de flexion des doigts douloureux et diflîciles. Seulement l'hyperkératose n'est pas régulière et le plus souvent elle est semée de nodules cornés caractéristiques.
Cette hyperkéralose arsenicale est moins rare qu'on ne l'imagine, elle peut suivre l'absorption d'une dose d'arsenic assez médiocre, et se constituer en quelques mois ; le plus souvent elle accompagne une intoxication très chronique ; l'arsenic ayant été pris d'ordinaire dans un but thérapeutique et sous une forme d'ailleurs quelconque. Beaucoup de maladies qu'on traitait intérieurement par l'arsenic (au moment où l'arsenic était le médicament interne de l'arthritis comme l'iode celui de la scrofule), ont été notées comme s'accompagnant d'hyperkératose, alors que l'hyperkératose notée devait être arsenicale. L'hyperkératose arsenicale se constitue souvent à la suite d'un érythème local desquamatif. L'hyperkératose une fois constituée disparait très lentement après que les prises d'arsenic ont été cessées. On aide à sa disparition par le décapage artificiel.
Toute kyperkératose palmaire doit d'aboi'd faire penser à l'arsenicisme et faire interroger le malade avec scrupule sur ce ijoint.
PSORIASIS PALMAIRE
Le psoriasis palmaire est souvent difficile à distinguer de la syphilide palmaire psoria si forme que je viens de décrire tout à l'heure et même de l'eczéma hyperkératosique dont je parlerai plus loin. Le diagnostic est aisé quand la lésion palmaire s'observe au cours d'unpsoriaris typique, et c'est le cas le plus ordinaire; mais le cas contraire existe.
Les lésions débutent d'ordinaire en plusieurs points à la fois comme des médaillons hvperkératosiques épais, durs, brunâtres, qui ne s'exfolieront que plus tard. Lorsque la couche cornée superiicielle, se rompra, et sera enlevée, l'hyperkératose sous-jacente se traduira par l'exfoliation d'une foule de lames micacées superposées, tellement nombreuses et serrées qu'on les dirait comprimées à la presse. Lorsqu'on les enlève, elles laissent une sorte de godet rond limité par un bord hyperkératosique feuilleté, surélevé et talué en dehors. Presque toujours, plusieurs lésions semblables évoluent côte à côte, et après un certain temps se fusionnent. Il en résulte une lésion irrégulière dont l'exfoliation perpétuelle se poursuit. Le diagnostic n'est fait avec sécurité que par les lésions du corps, du dos de la main et des ongles. Quand il n'en existe pas, on doute toujours.
Le traitement du psoriasis palmaire est celui du psoriasis, après décapage complet. On commencera donc par ce décapage qui doit être
poursuivi avec grand soin, car de lui dépend le succès du liaitement. On y emploiera surtout les applications prolongées de savon noir suivies de frictions à la pierre ponce. Ce travail sera continué tous les jours, au cours du traitement. Le traitement comprendra les plus fortes applications dont on puisse user contre les psoriasis rebelles, Fusage associé des acides pyrogallique, salicylique, chrysophanique au J/30, et augmentées proportionnellement à la résistance opposée par le cas particulier.
Le pityriasis rubra pilaire (p. 415) s'accompagne souvent d'hyperkératose palmaire, mais ces lésions n'existent jamais seules et ne sont dans la maladie totale qu'un épiphénomène régional.
ECZÉIVJA CHRONIQUE PALIVÎAIRE
L'eczéma aigu palmaire est rare, et reconnaissable aisément, ne fûtce que par l'ensemble de la poussée eczématique au milieu de laquelle on l'observe.
L'eczéma chronique palmaire est de diagnostic également facile quand il accompagne un eczéma chronique péri-unguéal ou généralisé, ou encore quelque autre lésion de nature (eczématique indiscutable. Mais il n'en est pas toujours ainsi. Il n'est même pas prouvé que les lésions pnlmaires que l'on qualifie psoriasis ou eczéma palmaire soient toujours du psoriasis ou de l'eczéma, et qu'il n'y ait pas une hyperkératose avec exfoliation limitée à ces régions , ,, . , qui ne soit ni eczémateuse ni
FiG. 155. — Variété flssuraire de 1 eczéma pal- ^ maire (mains et doigts). (Malade de Brocq. pSOriasiqUC. Quoi qu'il Cil SOlt, Pliotographie de Sottas.) ii ■ i • i •
1 eczéma palmaire chronique occupe en général toute la paume des deux mains, et même la face palmaire des doigts. Sa lésion plus diffuse se continue souvent avec des lésions dorsales des doigts ou péri-unguéales. Elles sont ordinaire-
ment moins hyperkéi'atosiques, épaisses et saillantes, dans l'eczéma palmaire qne dans le psoriasis, mais ce sont là des généralités.
Vouloir, dans tous les cas où les lésions palmaires existent seules, se prononcer entre le psoriaris et l'eczéma me paraîf illusoire. Ce sont des diagnostics cliniquement sans critérium précis.
Le traitement de ces deux affections dans cette localisation est du reste similaire, et leur pronostic doit être aussi réservé, car ce sont des lésions tenaces, difficiles à traiter et récidivantes.
Le traitement de ces eczémas est celui des eczémas chroniques ; on peut attaquer les lésions par l'acide salicyliquc et la résorcine à doses progressives ; les pansements humides et le ponçage préalahle étant dans l'eczéma palmaire comme dans toute lésion hyperkératosique de ce siège de première utilité.