ONYCHOSES DES GRANDES MALADIES NERVEUSES
On a signalé des troubles atrophiques ou dystrophiques des ongles dans l'ataxie locomotrice, la paralysie générale, la syringomyélie, la lèpre nerveuse, et même l'hystérie.
PELADE
Les altérations unguéales dans la pelade sont des plus fréquentes, elles existent dans presque tous les cas de pelade généralisée et dans la moitié des pelades sérieuses.
On en observe mèiue des traces dans des cas de pelade bénigne : elles se rapportent surtout à trois types.
1° Vongle strié de blanc. La leuconychie est chose fréquente et, quand elle est peu marquée, quasi normale. Mais, dans certains cas de pelade généralisée, chaque ongle est strié de blanc dans son épaisseur, du haut en bas de sa longueur, et ce trouble persiste autant que la pelade qu'il accompagne.
2" Longle grêlé est criblé de points plus ou moins profonds, gros comme des chas d'aiguille; tantôt cette déformation n'existe que sur un ongle, tantôt sur tous, quelquefois sur une seule bande transversale
458 DER.MATdl.ÛGlK TOPOGRAPIJIQUE.
dn chaque ongle. C'est la plus fréquente des déformations unguéales de la pelade.
7)° Voiuile strié verticalement et crénelé. C'est l'onvchorrexis de Dubreuilh; l'ongle se fend ou plutôt se fissure dans sa longueur et les
FiG. 169. — Onycliorrexis dans une pelade grave. (Malade de Saboiiraud. Pliotographie de .Noire. i
poussières ont vite fait de rendre ces sillons noirs. L'ongle en même temps se clive dans son épaisseur et s'infiltre d'air qui le marque par transparence de fissurations jaunes. Enfin son bord libre se casse et la cassure s'arrête à l'une des fissures verticales ce qui fait que l'ongle cassé à différentes hauteurs parait crénelé.
En général quand une pelade marque les ongles, il faut penser que sa durée sera plus longue que ses dimensions et son aspect au cuir chevelu ou à la barbe ne pourraient le faire supposer. Mécanisme inconnu. Traitement local nul.
ONYCHOSE FAVIQUE
Vonychose favique est cliniquement toujours accompagnée ou précédée de favus du cuir chevelu ou du corps. Elle commence par des traînées jaunes, opaques, débutant par les bords latéraux ou le bord libre de l'ongle et que l'on voit par transparence. Plus tard l'ongle est pris dans toute son épaisseur, qui est très augmentée, aux dépens de sa consistance : « pachyonyxis », ongle en moelle de jonc. La table externe est ordinairement conservée ou bien elle n'est détruite que tardivement, par la profondeur.
Il se produit des soufflures profondes au niveau desquelles la table externe s'effondre. Plus t rd encore, l'ongle n'existe plus qu'à l'état
de débris cornés raboteux. Ce dernier état est rare. Ordinairement tous les ongles sont pris ou la plupart, aux deux mains; il n'y a pas de perionychose.
Le diagnostic comme pour presque toute onychose est fait |)ar l'examen des lésions du corps et du cuir chevelu. On le conlirme par l'examen microscopique. Au cas où les lésions de l'ongle existeraient seules, l'examen microscopique suffirait à affirmer le diagnostic en montrant la présence d'éléments parasitaires.
Pour pratiquer cet examen on lime de la poussière d'ongle malade au-dessus d'une lame porte-objet; on chaull'e un instant cette poussière dans une goutte de solution aqueuse de potasse caustique (50 grammes de potasse pour 100 d'eau); et on examine à 500 diamètres en éclairant faiblement, sans coloration préalable. Les éléments parasitaires sont des fragments mycéliens, composés chacun de plusieurs cellules à double contour, placées bout à bout; la différenciation objective des éléments du favus et de ceux du trichophyton dans les préparations faites avec la poussière d'ongle est délicate même pour les spécialistes, nous n'y insisterons pas.
Pour le traitement, voir page iiO, le traitement des onychoses en général.
ONYCHOSE TRICHOPHYTiaUE
Les trichophytons qui font les lésions unguéales ne sont pas d'ordinaire ceux qui font les teignes tondantes urbaines. Aussi à Paris l'onychose trichophytique est une rareté. Ordinairement elle a pour cause un trichophyton à culture violette, d'origine animale probable, car c'est surtout une teigne rurale. La trichophytie unguéale peut exister seule; d'autres fois, et c'est plus fréquent, elle coexiste yvec une trichophytie cutanée, une trichophytie de la barbe (voir p. 174), une teigne tondante du cuir chevelu.
Cette onychose existe à tous les doigts; rarement un ou deux sont préservés. C'est une altération chronique, qui peut guérir seule, mais le plus souvent, persiste sans modification pendant des années.
Elle débute par le bord libre des ongles ou le tout- de l'ongle, en respectant souvent d'abord un îlot médian de la table externe; l'ongle est épaissi, en moelle de jonc, érodé en surface, quelquefois
4i0 DERMATOLOGIE TOPOGRAI'HIQUE.
évidé en profondeiu', réduit à une surface spongieuse et raboteuse
salie par les poussières.
L'examen microscopique se fait suivant les mêmes i,^ méthodes que nous venons
p -** d'indiquer pour Texamen
"^-"^ il de Tongle favique. Les élé-
ments mycéliens trichophytiques sont très analogues ] I aux éléments faviques, ils
i I sont plus réguliers et ordi-
\ \ / nairement font des chaînes
•f \;< mycéliennes plus longues. i Le traitement des ony-
choses mycosiqucs : favuset ..j^—,^^^ trichophylie, est lemème. Il
' est médical ou chirurgical.
' Médical, c'est le port chaque
Fu:. 170. - Trichophylie iingutale. (Malade de Lailler. nuit pCUdaut six Uiois d'un Musée de rhôpital Saint-Louis, „« 1190., ^^^j^ panSCmCUt d'ouatC
mouillée de
Iode inétalli(iue 5 centigrammes.
lodure de potassium 1 gramme.
Eau distillée 100 grammes.
recouvert d'un doigt de caoutchouc lâche.
Le traitement chirurgical, c'est l'avulsion successive de tous les ongles sous le chloroforme, et le pansement local avec une teinture d'iode étendue 10 fois de son volume d'alcool à 60".
ONYCHOSE STAPHYLOCOCCiaUE
STAPHYLONYCHOSE
Elle existe chez les enfants et les adultes et elle a presque toujours la même cause. Le sujet se mord les angles des ongles et les inocule de sa salive.
Il s'ensuit un minuscule abcès, staphylococcique, sous l'angle de Tongle. douloureux pendant quelques jours et contenant une gouttelette de pus, laquelle sèche bien avant que la pousse de l'ongle n'amène cet abcès à être visible. Il se présente alors comme une petite masse
d'enveloppes cornées concentriques, qu'une aiguille à dissociation sépare en lamelles emboîtées. L'examen microscopique montre la collection staphylococcique au centre.
Or, il arrive que les ongles s'infectent chroniquement ou que la même cause renouvelle leur infection et que de petits abcès assez peu douloureux se produisent ainsi sous le bord libre de l'ongle. Au moment où ils se produisent, une pression forte en fait sourdre une gouttelette de liquide presque imperceptible. Plus tard la lésion est sèche et semble seulement liyperkératosique.
Supprimer la cause, en général, supprime l'effet. Le nettovage des abcès cornés à l'aiguille à dissociation et les pansements noctui'nes à l'eau d'Alibour en ont ordinairement raison dans un laps de temps de quelques mois.
ONYCHOSE STREPTOCOCCiaUE — STREPTON YCHOSE
C'est bien plus une périonychose qu'une onychose vraie et l'ongle n'est pris que secondairement.
Les choses débutent comme nous l'avons dit page 424, mais l'infection sous-un guéale se produit et l'ongle est soulevé par une mince nappe de pus. 11 s'agit d'un processus aigu ou subaigu. Souvent ensuite et lorsque le processus inflammatoire est terminé, l'ongle se décolle et est éversé latéralement. Il tombe et est remplacé.
Traitement, p. 425.
REGION MALLEOLAIRE
A la région malléolaire un seul type \
morbide acquiert une certaine personna- j
lité, c'est le prurigo en placards, qui est { „ , . . ,.»
, , , 1' 3 i- ! ^ V. Eczéma et pruriqo. p. 442
généralement symétrique et accompagne 1
ou non un prurigo ou un eczéma en pla- ]
cards d'autres sièges. J
On observe aux malléoles, il est vrai, une localisation élective de Férythème polymorphe, avec ses taches orl)iciiJaires en cocarde disséminées, mais il suffit de mentionner cette localisation puisque nous en avons étudié ailleurs les caractères objectifs et les mœurs (p. 369).
Le purpura, quand il est localisé, est localisé aux jambes et il n'atteint les malléoles qu'en se généralisant. Il n'y a donc pas lieu d'en faire ici un chapitre à part (p. 557).
J'en dirai autant des dermites cachectiques particulièrement de la dermite diabétique, de couleur bronzée dont la localisation élective est à la jambe et n'empiète sur les chevilles que par hasard (p. 557).
ECZÉMA ET PRURIGO MALLÉOLAIRE
A la région malléolaire externe et interne, l'eczéma chronique, les prurigos et le prurigo de Hébra, peuvent se caractériser par des lésions objectivement très spéciales. Dans l'ensemble, elles font un placard oblong, à grand axe vertical, mais non délimité en général, autrement que par une pigmentation grise marquée. Sur sa surface sont des lésions papulo-vésiculeuses, plus ou moins saillantes, plus ou moins visiblement vésiculeuses ou sèches, rouges, excoriées par grattage.
Quand il s'agit de prurigo vrai, ces lésions sont papuleuses obtuses, à peine érodées, non vésiculeuses, non suintantes. Quand il s'agit d'eczéma, ces lésions sont vésiculeuses, cohérentes ou contluentcs; le grattage a constitué avec elles un placard un peu iidiltré, un peu surélevé, rouge, très prurigineux, un peu suintant après les crises de prurit.
RÉGION MALLÉOLAIRE. 445
La forme objective de ces lésions, à mon avis, importe peu, tant la clinique les montre de siège et de mœurs identiques.
Elles sont rebelles au traitement et quelquefois intolérantes. En général, les agents réducteurs violents : chrysarobine au 1/iO, acide pyrogallique au 1/20, nitrate d'argent au 1/10, sont les plus actifs. Dans rintcrvalle des applications : pâtes couvrantes ou emplâtres. Les emplâtres au diachylon, salicylés, pyrogallique (au 1/10) peuvent être employés comme occlusifs et connue réducteurs. Les emplâtres et les colles de zinc, comme moyen de soustraire ces lésions au contact de l'air, ce qui soulage le prurit (Jacquet).