NODOSITÉS DES INJECTIONS H Y DR ARG Y R IQUES
Chez certains malades, lorsqu'on injecte des préparations mercurielles dans l'épaisseur de la fesse pour le traitement de la syphilis, on provoque quelquefois la formation de nodosités plus ou moins dures, visibles, douloureuses; ce sont des infillrats inflammatoires chroniques entourant le point de dépôt de l'injection. Cet inconvénient existe à son maximum, lorsqu'on se sert de préparations mercuriellcs insolubles : calomel, huile grise, et que l'injection n'est pas faite assez profondément: mais on peut le voir suivre linjection de prépa-
580 DERMATOLOGIE TOPOGRAPïïIQUE.
rations soliibles, même profondément injectées. Ces nodosités se prononcent du 5® an 15" jour après l'injection; elles ne sont spontanément douloureuses que pendant qu'elles se forment. Elles restent sensibles à la pression plusieurs semaines et persistent sur place, en s'atténuant graduellement pendant des mois.
La cause qui fait ces nodosités chez certains sujets seulement n'est pas nettement déterminée. Le rôle de ces nodosités dans l'absorption moindre des sels injectés n'est pas non plus hors de conteste. On a retrouvé, après de longs mois, dans des nécropsies, ces nodosités kystiques contenant encore des sels mercuriels en abondance. On peut se demander si, dans certains cas où ces nodosités sont constantes, énormes, douloureuses, il n'y a pas avantage à se servir des moyens thérapeutiques anciens de la syphilis, car on évite la difformité et la douleur, et on apprécie peut-être mieux la quantité de médicament absorbé.
En tous cas, on ne prendra pas les restes de ces nodosités multiples régulières, exclusivement situées aux fesses, pour des tumeurs : lipomes, fibromes, gommes, etc., môme si le malade refusait d'en avouer l'oriiîine.
LES DERMATOSES GENERALISEES
Il existe des maladies éruptives généralisées à toute la surface du corps ou à la plus grande partie de cette surface. Ainsi les fièvres exanthématiques.
Il y a, d'autre part, des dermatoses qui, sans se généraliser jamais, à toute la surface cutanée, n'ont pas de localisation élective absolue et peuvent s'observer en tous points du corps. Ainsi les épithéliomas.
Au contraire, il y en a qui ont des localisations électives, mais qui, pourtant, se généralisent à toute la surface du corps et demandent, par conséquent, une description d'ensemble. Ainsi la gale.
Ces maladies sont encore très nombreuses et obligent à un classement. Et ce classement doit avoir des règles assez simples pour qu'un médecin, même sans étude dei-matologique préalable, puisse, dans cette partie de notre ouvrage comme dans les autres, retrouver sans peine quel est le type dermatologique devant lequel il se trouve.
Plenk et Willan (xviii''-xix'' siècle) nous en ont donné le moyen. Ils ont observé que les éruptions cutanées étaient presque toutes constituées, chacune, par la répétition, à lintîni, d'une mèjne petite lésion, qu'ils ont appelée la lésion élémentaire. Or, les lésions élémentaires ne sont pas de formes très nombreuses, il est donc facile d'en retenir la définition. Ce sont elles qui vont nous permettre un classement très simple que tout médecin puisse suivre aisément.
Il y a des maladies cutanées caractéri- ^ sées exclusivement par la squame sèche, par r ex foliation cornée, sans rougeur, sans f Dermatoses squa-
suintement au-dessous d'elle. Ainsi ferons- i meuses p. 584.
nous un premier groupe de dermatoses squameuses simples
Il y a d'autres dermatoses dont l'élément
premier est une élevure plate, prurigineuse J „
., .. - ,, , • ~ f Dermatoses urtica-
identique a celle que provoque la piqûre ^ . -«0
d'ortie. Et c'est tout le groupe des affections
urticariennes
DERMATOLOGIE TOPOGRAPIIIQUE.
Avant d'envisager les dermatoses essentielles dans lesquelles le prurit est un élément dominant, j'esquisserai le tableau des maladies parasitaires vermineuses, démangeantes, très faciles à confondre avec les prurigos
Il existe toute une catégorie de types nosographiques cutanés qui ont pour caractéristique le prurit, ou bien la papule prurigineuse, petite lésion sèche saillante, plate, isolée ou groupée en placards épais, quadrillés. Nous placerons auprès des prurigos une esquisse de toutes les affections dont les lésions sont papuleuses ou papuloïdes
Il existe aussi toute une classe d'affections tégumentaires que caractérise la vésicule, élément fait par une minime collection liquide, claire, soulevant légèrement l'épiderme superficiel. Et quand une dermatose vésiculeuse est excoriée elle devient exsudative
Il est une autre classe de dermatoses que caractérise la pustule ; et cet élément est fait apparemment comme une vésicule qui au lieu d'un liquide clair contiendrait du pus. Les éléments pustuleux ouverts deviennent des ulcérations plus ou moins superficielles
En dehors des dermatoses précédentes il en existe d'autres qui ont un point commun, elles sont caractérisées par la rougeur de la peau et dites érythémateuses. Cet érythème peut être fait de taches toutes petites ou macules que la pression du doigt efface Ujr2 instant. Ainsi la rougeole et les éruptions rubéoliformes
Ou bien cet érythème d'un rouge écarlate est diffus sur des surfaces immenses. Cet état est aigu et alors du type de la scarlatine et des éruptions scarlatiniformes
... Ou bien il constitue des érythrodermies ] pi\)f ondes à desquamation large, écailleuse I du type d'un érysipèle immense, apyrétique f ot chronique ]
Dermatoses vermineuses p. 605.
Dermatoses papuleuses et lichéniennes p. 612.
Dermatoses vésiculeuses et exsudatives p. 629.
Dermatoses pustuleuses et ulcéreuses p.
Rougeole et éruptions rubéoliformes p. 649.
Scarlatine et éruptions scarlatiniformes p. 657.
Érysipèle et érythrodermies p. 662.
LES DERMATOSES GÉNÉRALISÉES. 585
Enfin il y a des éruptions constituées j par des épanchements sanguins intra-cuta- ( Purpuras et érupnés en macules ou en taches contusiformes ( lions purpuriques. p. 666. que la pression du doigt n'efface pas. . . . ]
Je ferai ensuite en un chapitre la descrip- ) tion succincte de la variole, de la vario- [ Variole. Varicelle . p. 672. loïde et de la varicelle
... Puis des éruptions dont la lésion élémentaire est une bulle ou vésicule balloni- [ Éruptions huileuses forme constitutive des éruptions dites pem- [ et pemphigoïdes. p. 675. phigoïdes
Il existe encore toute la série des dyschromies, mélanoderniies, vitiligos et des [ Dyschromies. Scléaltérations scléreuses de la peau dites scié- i rodermies .... p. 685. rodermies et morphées l
... et la série des tumeurs de la peau depuis les plus petites, comme le milium ou le
moUuscum contagiosum jusqu'aux plus )> Tumeurs de la peau. p. 693. grosses du mycosis fongoïde et des sarcomes
Grandes dermatoses infectieuses chro-
Enfin il existe des maladies générales graves, dont la durée se compte par années, et dont les manifestations cutanées diffè-
. , ., , / J.lIJ.til.,UlCUOCO «.,111 u-
rent moins par leur siège sur le corps que l niaues n 720
d'après leur date dans l'évolution de la i maladie : ainsi la lèpre, la syphilis. . . . j
C'est par elles que je terminerai.
LA SQUAME MALADIES SQUAMEUSES GÉNÉRALISÉES
Lésion élémentaii^e : La squame.
Un certain nombre de maladies desqnamatives généralisées, très diverses d'ailleurs, de forme, de natm^e etdévolution, ont la squame pour caractère objectif commun primordial.
C'est d'abord l'ichtyose, hyperkératose j généralisée congénitale, que sa généralisa- ( jgj^^yQgg p 535
tion (saut aux plis de flexion) et sa congé- l nitalité font reconnaître ]
Ce sont aussi les desquamations remar- ! quables ou à peine visibles qui suivent un ' Desquamation des
très grand nombre de pyrexies, de fièvres l pyrexies p. 586.
éruptives, etc ]
C'est aussi la desquamation des alités ^ u^ ^mation des (pityriasis tabescentium) immobiles et non , alités ... p. 586.
soignés '
Le nom de pityriasis a été donné par | Willan à tous les types morbides que la 1
squame caractérisait essentiellement. Il \ Pityriasis p. 586.
est resté cinq types dermatologiques de \ ce nom )
Le premier est le pityriasis capitis qu'on j peut obser-ver préthoracique et qui peut ( Pityriasis simplex même dans des cas rares paraître se gêné- i et stéatoïde. . . p. 587. raliser i
Le second est le pityriasis versicolor, \ mycose épidermique cornée, disposée en ta- j ches géographiques, brunes, cantonnées f Pityriasis versico-
d' ordinaire à la région thoracique, mais pou- i lor p. 588.
vant s'étendre à presque tout le torse et \ même à tout le corps sauf aux extrémités . j
Le pityriasis rosé confondu jusqu'à Gi-
bert avec la roséole syphilitique est une / „.^ . . , ,
,. , , , . f Pityriasis rose de
éruption généralisée de taches roses qui > Qij3gr.t p 588.
deviennent bistres et s'ourlent d'une dentelle squameuse
LA SQUAME. - MALADIES SQUAMEUSES GÉiNÉRALISÉES. 585
Le quatrième pityriasis : pityriasis rubra J „.^ . . , , , „ ,-r , , . ^ ,• . f Pityriasis rubra de
de Hebra est une erythrodernaie exfoliante , Hébra 589
grave et sera étudié p. 663 )
Le cinquième est une affection proche ) „x • • t.
, ,,.,,( Pityriasis rubra pi-
parente du psoriasis et sera étudie après . ^^.^^ ggg
lui )
L'eczéma sec peut exister sans avoir été ) précédé d'une phase exsudative. J'en dirai , Eczéma sec .... p. 590. quelques mots ensuite )
J'étudierai après lui, dans son ensemble, ,
le psoriasis dont nous connaissons déjà les ' „ • • eno
. . , , . . , / Psoriasis p. 592.
principaux caractères et les principales t
localisations 1
Et le pityriasis rubra pilaire de Dever- ; „., . . . „ .^ '^ , ,. , , f Pityriasis rubra pi-
gie-Besnier, maladie plus rare que le pso- , loirp r 595
riasis mais de mœurs très analogues ... 1
Enfin je terminerai par quelques mots ) brefs sur ces éruptions rares qu'on appelle , Parapsoriasis.. p. 59o, 597. parakeratosis variegata et parapsoriasis .
ICHTYOSE
L'ichtyose se reconnaît facilement à deux caractères. L'hyperkératose qui la constitue est généralisée et elle existe depuis la première enfance.
Elle peut se montrer à tous les degrés, depuis celle qui fait la peau légèrement farineuse, sèche et grise, jusqu'aux plaques cartonnées épaisses, sordides, craquelées, noires, adhérentes, couvrant le corps [ichtijose histrix) . L'ichtyose est familiale et héréditaire, quelquefois, mais non pas toujours. Elle s'accentue un peu avec l'âge, de G à 15 ans. Elle respecte les plis de flexion ou s'y présente toujours moins marquée qu'au dos des membres. Je l'ai étudiée aux membres (p. 522, etc.), au cuir chevelu (p. 199). Je n'en parle ici que pour mémoire et pour la bien différencier des maladies squameuses diverses qu'on peut voir généralisées. Le traitement de l'ichtyose est purement palliatif.
Ces peaux xérodermiques ont nécessité d'une hygiène spéciale, qui comprend des bains alcalins fréquents pour décaper les couches cornées mûres et adhérentes, et des applications fréquentes de glycéré d'amidon neutre résorciné ou de crèmes à l'oxyde de zinc salicylées au 1/1 00^
DESQUAMATION DES PYREXIES
Toute pyrexie, toute maladie infectieuse, toute fièvre éruptive surtout et toute maladie fébrile à détermination cutanée peut se terminer par une phase desquamative, qui est très marquée dans la scarlatine, moins marquée dans la rougeole, etc., mais peut exister dans toutes. En présence d'une desquamation par larges squames, penser de suite à la scarlatine (p. 057) età Térytlième scarlatiniforme récidivant, (p. 059), car il y a beaucoup de scarlatines méconnues. Rechercher attentivement tous commémoratifs pouvant mettre sur la voie d'un diagnostic rétrospectif important. En soi, ces furtïïrations ont peu (Eimportance et disparaissent seules. Après la scarlatine et la variole, elles peuvent être des instruments de contagion ; d'où la prescription de vaseliner toute la surface du corps du malade, en convalescence.
Des crèmes à l'oxyde de zinc
Vaseline )
Lanoline > !^ 50 grammes.
Huile d'amandes l'raiche ;
Oxvde de zinc 20 —
remplissent ce but parfaitement.
DESQUAMATION DES ALITÉS (PITYRIASIS TABESCENTIUM)
Surtout marquée aux flancs, aux membres, elle ressemble à une ichtyose passagère. Comme Fichtyose, elle couvre la peau d'une écorce cornée mince, grisâtre, craquelée, en partie adhérente, en partie déhiscente. La persistance de la couche cornée desquamante est due à l'immobilité et à l'absence de soins d'hygiène. C'est dire le ti'aitement qui la fait disparaître : balnéation, savonnages.
PITYRIASIS
Le mot pityriasis (t'.t'joov, son) a été ramené dans la langue dermatologique par l'un des principaux fondateurs de la dermatologie moderne, R. Willan. Il attribuait au pityriasis la squanîc pour caractéristique unique. Le nom de pityriasis est resté alti'ibué à cinq types
LA SQUAME. — MALADIES SQUAMEUSES GÉNÉRALISÉES.
morbides essentiellement difTérents, dont je résumerai brièvement les caractères cliniques.
PITYRIASIS SIMPLEX OU CÂPITIS
Le pityriasis capitis, ce sont les pellicules sèches du cuir chevelu, maladie chronique caractérisée uniquement par la squame déhiscente, sans réaction inflammatoire sous-jacente d'aucune sorte (p. 251). En de
ce éj
FiG. 203. — Eczt'mn parasitaii-e d'E. Besnier (pityriasis simplex sénéralisé). —éj, éléments jeunes. — ce, cercles e.vi'olialirs constitués. (Musée de E. Besnier. Malade de l'hôpital Saint-Louis, n° 875.)
très nombreux cas, on le voit se transfoi'mer en pityriasis à squames stéatoïdes, apparenmient grasses, douces au toucher, au-dessous des-
quelles répideiine est un peu plus rose qu'à l'état normal (p. 252). Sous ces deux formes, le pityriasis simplex ou stéatoïde a le cuir chevelu pour siège premier et nécessaire. Il a une deuxième localisation importante au niveau des régions médio-thoraciques antérieures et postérieures (p. 557), d'où il peut même passagèrement s'étendre et se multiplier au corps entier. Eczéma parasitaire de E, Besnier; comme en partant du cuir chevelu il peut se multiplier et s'étendre au visage (p. 155).
Ces généralisations, très incomplètes et passagères, sont fort rares et valent à peine d'être mentionnées dans un livre élémentaire. Cette éruption garde exactement les caractères figurés p. 558 et décrits page 155.
PITYRIASIS VERSICOLOR
Le pityriasis versicolor est constitué par des taches petites ou grandes, à contours géographiques de couleur hrune, débutant presque toujours par les régions thoraciques antérieure ou postérieure et y restant le plus souvent cantonnées. Pour cette raison, cette maladie a été décrite page 558. Mais dans quelques cas, cette dermatomycose chronique a pu envahir la presque totalité du tronc, comme en fait foi la tigure 194. Elle atteint rarement à ce degré d'extension. On pourrait la confondre avec une dyschromie, une mélanodermie, etc. 11 suftit, pour prévenir cette erreur, de frictionner les taches avec un linge rude qui exfolie la couche pityriasique grise ou brune. (Traitement, p. 540).
PITYRIASIS ROSÉ
Le pityriasis rosé de Gibert est une dermatose généralisée qui n'offre aucune élection régionale et s'étend à presque tout le corps, en sorte qu'elle n'a encore été décrite nulle part en ce volume.
Elle débute par un placard unique, pityroïde, irrégulièrement rond ou ovale, liséré de rose et extrêmement trichophytoïde (Brocq). Ce placard est situé sur le tronc, les épaules, le bras, la poitrine, les flancs. 11 demeure solitaire 2 ou 5 semaines ou plus. Puis, en quelques jours, naît sur tout le corps une éruption érythémateusc et pityroïde composée d'éléments d'abord petits, maculeux, roses, qui s'a-
LA SQUAME. — MALADIES SQUAMEUSES GÉNÉRALISÉES. 589
grandissent et qni prennent chacun une physionomie tout à fait spéciale. Leur centre est histre et l'épiderme corné de surface y est moiré, finement plissé, chatoyant. Le pourtour des taches est d'une teinte rose-lilas, finement desquamatif, bordé desquames en dentelles hnes. En examinant avec une forte loupe le liséré périphérique, on voit qu'il est vésiculeux, comme Thistologie le démontre.
Cette éruption couvre le corps entier d'une sorte de roséole qui, avant Gibert, a été trop souvent prise pour la roséole svphilitique, laquelle, pourtant, n'est jamais desquamante ni prurigineuse. Elle augmente pendant 8 à 15 jours, reste stationnaire pendant un mois et s'efface peu à peu. Ses caractères distinctifs sont : la première plaque grande trichophytoïde, l'éruption qui est cohérente sur le corps et faite de centaines de taches et qui respecte la tète et les extrémités : éruption prurigineuse, pseudo-exanthématique, non fébrile, les taches adultes bistrées et moirées au centre, desquamantes au pourtour, de teinte rose-lilas.
Il semble que le pityriasis rosé ne récidive jamais.
Mal traité, il passe par une phase d'eczématisation de toutes les taches, au cours de laquelle il devient méconnaissable (Besnier-Doyon).
Bien traité, c'est-à-dire peu traité, par les pommades anodines et couvrantes, il disparait plus vite, sans complications, sans laisser de traces.
La grosse erreur que le pityiiasis rosé peut causer résulte de sa ressemblance avec la roséole syphilitique pour un œil peu exercé. Pourtant, on ne retrouve ni commémora tif de chancre, ni induration douteuse aux lieux d'élection, ni ganglion indicateur, ni pléiade, ni poly-micro-adénite. Enfin, le pityriasis rosé de Gibert ne laisse derrière lui aucune suite qui puisse prêter à confusion avec les autres accidents secondaires de la syphilis.
PITYRIASIS RUBRA
On ne donne plus ce nom qu'à deux types morbides; l'un sera étudié (p. 595) à côté du psoriasis, avec lequel il présente de nombreuses affinités morbides. Il présente pour caractéristique au dos des doigts et en maints endroits du corps une hyperkératose folliculaire orificielle, acuminée, qui donne à la peau l'aspect d'une lime ; en France on l'appelle pityriasis rubra pilaire, maladie de Devergie- Besnier.
Le second pityriasis rubra de IJébra est bien moins caractéi'isé par
5!tO DERMATOLOGIE TOPOGRAPHIQUE.
rexfoliation lamelleuse de l'épiderme corné que par la rongeur intense et généralisée de la peau du corps entier. Aussi est-il justement rangé aujourd'hui parmi les érythrodermies où nous le retrouverons
ECZÉMA SEC
Un eczéma ])ent être sec seulement au cours de sa phase terminale desquamative, celle-ci suivant une phase d'état exsudative, ou bien, au contraire, il peut être sec d'emblée.
C'est à cette seule forme que nous nous attacherons ici, l'autre n'étant qu'une phase d'un eczéma aigu décrit ailleurs (p. 630).
L'eczéma sec est Vcczcnia ruhruni, dit encore cczhna des arthritiques ou même eczéma arihritique. 11 peut avoir tous les sièges. 11 s'observe avec prédilection au visage, autour des yeux, au dos des mains, aux avant-bras et aux jambes et il est ordinairement très localisé, mais il jieut s'observer partout et en de larges surfaces.
Au niveau de cet eczéma, la peau est rouge, inlîltrée, épaissie, chaude et recouverte de débris d'épiderme corné en desquamation, qui semblent des fragments de papier à cigarette collés sur la peau. Cet eczéma est excessivement prurigineux. Après les crises de démangeaisons, il peut donner lieu, par des pores difticiles à voir même à la loupe, à une inlime exsudation, à peine une moiteur, bientôt sèche.
Cet eczéma, dont la cause est inconnue comme celle des eczémas en général, est d'une ténacité déplorable. Il est intolérant et supporte mal les médicaments actifs et les médicaments anodins n'ont sur lui aucun résultat.
Le traitement par les décongestifs : pansements humides à l'eau bouillie simple ou à l'eau bouillie de fleurs de sureau pendant la nuit, donnent quand on les enlève l'illusion d'une guérison, mais en quelques heures tous les phénomènes objectifs et douloureux sont revenus. C'est cependant en alternant les pansements humides et les applications de pâtes couvrantes
Oxyde de zinc "20 grammes.
Vaseline "20 —
que l'on arrive finalement à nu résultat. Des expériences en cours semblent démontrer sur ces eczémas l'action excellente des applications d'air suichauné. La question est à l'étude. Le traitement interne est inconnu. Le régime alimentaire strict avec abstention de crudités.
Lk SQUAME. - MALADIES SQUAMEUSES GÉNÉRALISÉES. 591
salaisons, épices. charcuterie, vins et alcools, poissons, crustacés, choux, choux-fleurs, tomates, oseille, aubergine, etc.. est souvent
FiG. 201. — Er.zém
a craquelé. (Malade de A. loLunici . .Un.,: c de riu.i.iUd Saint-Louis, n° 459.)
conseillé, quoique dans beaucoup de cas il soit difficile de décider lesquels de ces aliments ont une action mauvaise effective sur la maladie. Il est plus- vrai et plus général de dire que tout ce qui est mal dif'éré peut être mauvais poiu^ Teczémateux. X mon avis, le
DERMATOLOGIE TOPOGRAWIIQUE.
médecin doit étudier attentivement le malade,, faire faire son analyse
urinaire complète, sonvent traiter l'estomac et Tintestin en ce que leur fonctionnement présente de défectueux, mais sans idée préconçue, sans système et sans formule unique commune à tous les cas, car elle serait certainement fausse. Le peu de choses que Ton sait sur ces eczémas, leur nature vraie, leur mécanisme, leur étiologie étonnerait tout médecin non dermatologiste.
PSORIASIS
Le psoriasis, l'une des dermatoses les plus importantes, est une maladie, de cause externe ou interne inconnue, caractérisée par une éruption plus ou moins importante de taches rondes, rouges, intégralement recouvertes par une squame sèche, épaisse et friable, adhérente. C'est une maladie chronique, paroxystique, récidivante, qui, dans un petit nombre de cas, s'accompagne d'arthropathies chroniques progressives.
Le psoriasis débute rarement avant 10 ans; on en a vu commencer pendant tout le cours de l'âge moyen jusqu'à 40 ans et même au delà. Rien ne l'annonce que l'apparition d'un premier élément caractéristique auquel tous les autres seront semblables. La lésion psoriasique à l'état de
FiG. 205. — Psoriasis en placards numniiilaires el polycycliques. (Malade de Jeanselme. Photographie de Noire.)
LA SQUAME. — MALADIES SQUAMEUSES GÉNÉRALISÉriS.
plein développement, est plus ou moins large, comme une pièce de 0 fr. 20 ou une pièce de 5 francs en argent et davantage, recouverte intégralement d"une squame cartonnée résistante, qu'on casse et dont la cassure est friable, qui se dissocie en écailles micacées, minces, savonneuses, douces au toucher. L'écaillé psoriasique enlevée d'un seul coup met à nu une peau rouge d'où Ton voit sourdre par plusieurs points une rosée de sang. Sous la squamecroùte, la tache psoriasique est rouge, la peau s'y montre épaissie, dure, presque indolore, mais profondément intiltrée, surtout si la lésion est d'ancienne date.
Le plus souvent, le psoriasis débute par des taches semblables aux genoux et aux coudes. Elles y demeureront indéfiniment, confondues en placards polycycliques, ou distinctes. Après un temps, des taches psoriasiques apparaîtront, petites ou grandes, sur toute la surface du corps, la maladie se généralise. 11 y a ainsi des types cliniques bénins de psoriasis, caractérisés par peu de taches et des poussées rares, et des types cliniques graves caractérisés par des taches innombrables et des poussées subintrantes. Alors les taches voisines se fusionnent, elles confondent leurs bords qui se pénètrent et leurs squames-croûtes qui se réunissent. Ainsi se forment les placards psoriasiques qui peuvent, en plusieurs années, couvrir sur la peau du patient des surfaces plus grandes que celles qu'elles laissent indemnes (Ilots de réserve).
Le psoriasis normal a pour la face externe des membres, pour les coudes et les genoux, une prédilection évidente, mais cette règle peut
Sabolt.aud. — Dermnlologie lopogr. 58
Fin. âUi). — Apparition de lésions iisoi-iasH|aes sur des trnces de pointes de l'eu. (Malade de Jeanseluie. l'hotographie de INoiré.)
594 DERMATOLOGIE TOPOGRAPHIQLE.
subir des exceptions qui sont comme des inversions du type normal. Dans ces cas, ce sont des psoriasis à croûte grasse. pseudo-S'éborrhéiques ou stéatoïdes, souvent nés sur des téguments séborrhéiques. Le psoriasis comporte de très nomln'euses variétés objectives (lésions annulaires, polycycliques, en gouttes, en placards, etc.! et évolutives (psoriasis localisé au cuir chevelu, aux coudes et genoux, aux ongles, à des trajets nerveux, à des régions traumatisées, à des traces de pointes de feu (Jeanselme) et psoriasis arthropathique. Cette dernière forme se caractérise par des arthropathies progressives commençant par les extrémités et aboutissant au tableau du rhumatisme noueux déformant et à l'ankylose complète ou incomplète de certaines ou presque toutes les articulations. Cette maladie, très facile à améliorer, est difficile à guérir et ses récidives, après guérison apparente, sont classiques dans la dermatologie.
L'étiologie du psoriasis est tout à fait inconnue, et les opinions à son sujet purement hypothétiques. L'anatomie pathologique de la lésion surmontée de sa squame-croûte en fait une maladie cutanée des mieux caractérisées et des plus spécifiques ('), sans qu'on puisse affirmer sa nature endogène ou exogène.
Le traitement du psoriasis par les médicaments eukératosiques et kératolytiques est l'un des mieux fixés et des plus méthodiques de la dermatologie. Dans ce traitement, les médicaments utiles sont les goudrons, particulièrement Thuile de cade de genévrier, Tichtyol, l'acide salicylique, pyrogallique, chrysophaniquc, la résorcine, la chrysarobine. On les utilise en pommades, en liqueurs, en traumaticines. La règle est de mesurer les doses à la limite de résistance de la peau du patient et pour cela on utilisera des formules graduées. Les préparations complexes donnent, en général, de meilleurs résultats :
t. Huile de cade 15 graninies.
— de bouleau 2 —
Ichtyol / ^ ,
T> . • ;> a;i 1 erannne.
Resorcine ^ '^
(') Aulrefois on considérait la squame du psoriasis comme faite exclusivement I par un processus d'hyperkératose simple. Aujourd'hui on sait que les lits de couches cornées entourent de minimes collections leucocytaires efïusées successivement à la surface de l'épiderme par exocijiose et superposées par étages. Ce sont ces agglomérats leucocytaires encapsulés par des strates cornées qui constituent essentiellement la squame-croûte psoriasique.
LA SQUAME. — MALADIES SQUAMEUSES GÉNÉRALISÉES. 595
•2. Huile de cade l'> grammes.
— de bouleau '2
Lanoline 15 -
Vaseline. 15 —
Résorcine / ^ ,
Ichtyol \
Turbith minéral ) ~ ,
■ au 1 — Acide pyrogallique )
5. A cette deuxième pommade, on peut ajouter 50 à 50 centigrammes d'acide chrysophanique ou 1 gramme de chrysarobine, mais ce sont là des préparations très actives et traumatisantes que Ton fera bien de surveiller; Tacide pyrogallique pouvant donner de l'albumine et l'acide chrysophanique l'érythème spécial et d'ailleurs très curateur qui porte son nom.
Les pommades surtout cadiques sont mal odorantes, on peut en faire sans produits malodorants. Exemple :
Chrysarobine 1 gramme.
Oxyde de zinc 6 grammes.
Turbith minéral l gramme.
Vaseline 50 grammes.
ou bien se servir de traumaticines :
Chrysarobine 10 grarnuTCs.
Traumaticine 100 —
ou mieux, appliquer la chrysarobine dissoute, avec un pinceau, sur chaque tache :
Chrysarobine 10 grammes.
Chloroforme 100 —
et recouvrir d'une couche de traumaticine simple. (E. Besnier.)
PITYRIASI S- RUBR A-PILAIRE
Le pityriasis-rubra-pilaire, considéré par tous les auteurs comme une maladie très analogue au psoriasis, beaucoup plus rare que lui, a été vu par Devergie, décrit par E. Besnier. Cette affection commence ordinairement dans radolescence, est plus fréquente chez l'homme: on ne l'a vue ni familiale, ni héréditaire. Elle est comme le psoriasis, localisée ou généralisée, mais présente les plus grandes tendances à la généralisation. On ignore ses causes, celle de ses poussées successives
et celle de ses améliorations spontanées. Elle débute au dos des mains et des doigts par des lésions hyperkératosiques folliculaires, de forme conique, qui ont été décrites en leur lieu (p. 415). Ces lésions peuvent se généraliser sous cette forme et la peau du patient est râpeuse comme une lime. Presque toujours, à ces lésions une fois faites, s'ajoute une hyperhémie marquée, avec une légère inliltration légumentaire plus visible au visage, aux régions des plis et qui peut dépasser largement les régions où Ton observe les cônes cornés péripilaires. Aloi's d'autres formes d'hyperkératose en nappe, en surface^ peuvent s'observer au visage, au cuir chevelu, aux plis de flexion; c'est une exfoliation lamelleuse, blanche, plâtreuse, au visage; un peu plus molle et moins sèche au cuir chevelu, et pouvant (rarement) entraîner la cliute passagère des cheveux. Les ongles aussi sont marqués de striation ti'ansversale. Enfin, dans des cas frustes, le pityriasis-rubra-pilaire apparaît comme un psoriasis aigu en taches squameuses, un peu trop aigu pour un psoriasis, ses taches hyperhémiques sous-squameuses sont un peu trop violettes, moins rouges, moins infiltrées que dans le psoriasis, mais le symptôme différentiel entre les deux maladies est fourni par la peau du, dos des doigts et ses cônes cornés folliculaires qui ne manquent jamais.
L'évolution est d'un psoriasis, avec sa longévité, ses récidives, ses poussées subites, ses accalmies, sa résistance au traitement. Le traitement est identique à celui du psoriasis (p. 594) et ses résultats sont analogues. Dans les poussées aiguës de pityriasis-rubra-pilaire, les résultats thérapeutiques sont incontestablement meilleurs que dans le psoriasis. Comme dans le psoriasis, l'état général du patient n'est jamais touché. La similitude des dénominations pourrait faire confondre le pityriasis rubra pilaire avec le pityriasis rubra de Hébra. Ces maladies n'ont rien de commun; le pityriasis-rubra-de-llébra étant une érythrodermie exfoliante maligne (p. 665) de pronostic grave. Le pityriasis-rubra-pilaire est désigné souvent à Fétranger sous le nom de lichen ruber acuminaUis (Kaposi, Neisser). ,
PARAKERATOSIS VARIEGATA
Unna a décrit sous le nom de parakeratosis variegata etBrocq sous le nom de parapsoriasis en nappe, une affection dont on sait très peu de chose en dehors de ses caractères extérieurs.
C'est une éruption pityroïde, desquamative en larges surfaces. Ces
LA SOUAME. — MALADIES SQUAMEUSES GÉNÉRALISÉES. r>97
surfaces occupent le plus souvent le haut du torse et les bras; elles peuvent couvrir la presque totalité du corps. La desquamation, peu marquée, ne fait presque aucun relief sur la peau, les squames sont adhérentes et la peau en est toute moirée. Ce caractère et l'extrême chronicité de Téruption, sa résistance aux agents kératoly tiques ordinaires, sont ce que l'on sait de mieux de cette alfection, dont on ionore la nature exacte, la cause et le traitement.
Ou essaierait contre ces éruptions la chrysarobine au d/40% l'acide pyrogallique à 4 pour 100 et les kératolytiques les plus actifs, comme dans les psoriasis rebelles.