‹ Manuel élémentaire de dermatologie topographique régionaleChapitre 36 sur 251 · TUBERCULOSE DE LA LEVRE · texte numérisé non relu

TUBERCULOSE DE LA LEVRE

Comme à la langue et à la gorge, il existe une tuberculose gommeuse et ulcéreuse de la lèvre tout à fait différente d'aspect et de marche du lupus de même siège.

Ordinairement la lésion est une tissure déchiquetée, ulcéreuse, dont l'un des bords au moins est dur et calleux. L'ulcération ouverte est taillée à pic, son fond est jaunâtre, parsemé de points rouges. Elle suppure peu, est très sensible même au simple contact. Elle siège ou non sur une tumeur plus ou moins nettement distincte ou en nappe de la profondeur. Dans les cas où l'un ou les deux bords de l'ulcère sont calleux, la tumeur sous-jacente à l'ulcL'ration peut manquer. Cette lésion peut accompagner ou suivre la tuberculose de la langue (p. 55) et elle comporte le même traitement, le même pronostic local, le même pronostic général :

...le même traitement : Photothérapie, destruction au galvanocautère, cautérisation au chlorure de zinc et à Tacide lactique;

...le même pronostic local en général médiocre, quoiqu'on puisse observer la guérison locale par les moyens précités;

...le même pronostic général fâcheux ou du moins très réservé, car ces lésions (au contraire du lupus) accompagnent en général une tuberculose pulmonaire. Et il est de règle, quand une tuberculose pulmonaire s'accompagne de lésions laryngées, linguales ou labiales, que son pronostic propre soit funeste.

La pathologie de la narine se résume vraiment pour le dermatologiste en quatre chapitres, et en dehors des types morbides que nous allons étudier tout autre est exccptionuel ou négligeable.

1° Le premier est i'impétigo narinaire ' streptococcique chronique, qui est chez f Impétigo narinaire l'enfant la cause des récidives de l'impe- i streptococcique. .p. 92. pétigo du visage, de la gourme ;

Et avec ce premier type morbide nous \ étudierons i'érysipéloïde à répétition du I Erysipéloïde à répé-

centre du visage, qui peut en être la consé- ( tition p. 94.

quence 1

2° Le second de ces types nosographi- \ ques est la rhinite staphylococcique chrc- j

nique antérieure, née de la blépharite pus- gtaphylococcîque"'^^ p. 94. tuleuse et cause du sycosis pustuleux de la \ moustache /

Avec elle nous étudierons les folliculites ) „ ok

; Folliculites .... p. 95.

narinaires )

... Et la fissure de l'angle antérieur de i fissure narinaire. . p. 86. la narine )

... enfin le furoncle Furoncle p. 93.

3" Le troisième chapitre étudiera le lu- ) pus tuberculeux d'origine nasale et son . Lupus narinaire . . p. 96. développement )

4" Enfin les narines sont l'un des sièges j de prédilection des lésions syphilitiques ter- 3^^^^.^.^ ^^^^^^ ^ gg

tiaires ou héréditaires, qu'il nous faudra i étudier brièvement '

Je placerai en fin de chapitre quelques ) mots sur la maladie exotique qu'on appelle ^ Rhinosclérome . . . p. 100. le rhinosclérome )

IMPÉTIGO NARINAIRE STRE PTO COCC lOUE

Des croûtes jaunes obstruant perpétuellement la cavité narinaire, un écoulement séreux continu venant du nez et coulant sur la lèvre

supérieure, voilà en quoi consiste l'impétigo narinaire. Il est survenu avec un impétigo du visage et persiste après lui. La nuit, le mucus nasal se concrète en croûtes jaunâtres et le nez s'obstrue. Au réveil l'enfant mouche ces croûtes et l'écoulement se reproduit. La culture des croûtes et de l'écoulement narinaire, pratiquée comme il a été dit plus haut (p. 10), donne la preuve de la présence du streptocoque en 10 heures. Souvent l'enfant garde au coin des lèvres (perlèche) (p. 81) ou dans le pli rétro-auriculaire (p. 121) des tissures et un impétigo chronique du pli (intertrigo). D'autres fois le visage de l'enfant porte ici ou là des taches mal délimitées du pityriasis nlba faciei (p. 11) des vieux auteurs, dartre volante, qui est une lésion streptococcique furfuracée. L'impétigo chronique narinaire est une cause fréquente de récidives d'impétigo aigu.

A la longue, le coryza impétigineux détermine dans les parties avoisinantes un œdème chroni({ue du nez, de la lèvre, en général peu prononcé mais quand même visible, dont beaucoup de médecins font une caractéristique de « lym|)hatisme » ; c'est une lymphangite en relation avec l'impétigo naiinaire et clironique avec lui. Elle disparaît peu à peu après la guérison de sa cause.

Le traitement consiste surtout en badigeonnages intra-narinaires au pinceau mouillé d'une solution de nitrate d'argent au 1/20 :

Eau distillée 40 grammes.

Nitrate d'argent 2 —

OU d'une solution d'ichtyol au 1/10 :

Ichtyol 10 grammes.

Résorcine 5 —

Eau distillée 100

et en applications la nuit d'une pommade antise}>tique douce comme :

Tannin à l'éther ) ^„

,,,,., ,■ iui ,)0 centigrammes.

Calomel a la vapeur. ....... S ^

Vaseline 50 grammes.

ou bien comme :

Résorcine 50 centigraauues.

Oxyde de zinc 7 grammes.

Vaseline 50 —

La lésion récidive souvent quand on la croit guérie. Dans ce cas ne pas hésiter à reprendre le traitement jusqu'à guérison détinitive.

Ui DERMATOLOGIE TOPOGRAPIIIQUE.

ÉRYSIPÉLOIDE (DIT DES STRUMEUX)

Lorsque rimpétigo narinaire existe à Tétat chronique, il n'est pas étonnant que rérysipéloïile à répétition du centre du visage soit fréquent. C'est le fait bactériologique que les cliniciens expriment en disant quil survient surfont « chez les enfants pâles, gros, bouffis, à la lèvre supérieure saillante, « à la peau molle » (Critzmann), Mais chez les enfants qui résorbent chroniquement du sti^eptocoque et de ses produits, en ce même point, l'érysipèle a une marche toute spéciale. 11 est caractérisé par « une invasion peu bruyante, une fièvre « modérée ou nulle, un gonflement considéiable mais peu rouge et « peu douloureux, une marche lente et non envahissante, et de fréquentes récidives » (Comby).

En somme, l'érysipèle présente tous ses caractères habituels mais atténués. Il est remarquable de voir qu'il s'accompagne souvent à son début de phlyctènes vraies ou de phlycténules superficielles, identiques d'aspect et de flore aux phlyctènes initiales de l'impétigo, mais au-dessous d'elles la peau est prise par l'infection dans toute son épaisseur. Elle est trop rose, livide, gonflée... Ce n'est plus une épidermite, c'est une dermite, à streptoco({Me.

L'évolution est celle d'un érysipèle bénin; néanmoins la température peut exceptionnellement dépasser 59 degrés. Le traitement est celui de tout érysipèle du visage (p. 2(V).

RHINITE ANTÉRIEURE ST APH YLOCOCCIQU E

Elle a par elle-même très peu de symptômes. Le sujet, qui d'ordinaire n'est plus un enfant mais un adulte, présente un « rhume de cerveau » qui récidive 10 fois par an et demeure quasi perpétuel.

Quand on examine les paupières, elles présentent de la blépharite chronique du bord ciliaire qui est rouge et écailleux au réveil. Elles portent, en outre, des orgelets en série indéfinie, depuis des années. Cette blépharite pustuleuse i^p. 140), qui est aux paupières ce qu'est rimpétigo de Bockhart chronique au cuir chevelu (p. '204), est d'origine staphylococcique. L'écoulement lacrymal microbien ensemence le nez qui fait de la rhinite antérieure à répétition. Cette rhinite ensemencera à son tour la région sous-narinaire de la moustache et y reproduira des pustules folliculaires orificielles staphylococciques, vuUjà : sycosis (p. 165). Le traitement de celui-ci suppose le traitement

(lu nez : le traitement du nez suppose .celui des paupières (p. 110).

Le traitement de la rhinite stapliylococcique qui donne les meilleurs résultats est le humage quotidien ou biquotidien d'un verre d'eau physiologique chaude.

La nuit appliquer dans les narines un peu de la pommade suivante :

Ichtvol )

^'^T' ■ • ; U- 1 sramine.

Bioxyde jaune Hg \.

Huile de bouleau ]

Yaseline 50 grammes.

Si cette pommade est irritante y supprimer le bioxyde jaune.

PUSTULATION FOLLICULAIRE I NTR A-M AR I N AIR E

En concomitance avec le sycosis de la moustache qui suit la rliinite staphylococcique, ou même en concomitance avec cette rhinite sans svcosis de la moustache, on voit une pustnlation récidivante et chronique de la narine se produire à la base des poils narinaires. Cette pustnlation peut obliger aux mêmes traitements que le sycosis de la moustache (p. 1(55) ; épilatiou, rayons X. On doit toujours commencer pai- pratiquer pendant plusieurs semaines le lavage du nez à l'eau physiologique et par essayer les topiques locaux tels que la lotion soufrée :

Soufre précipite 10 grammes.

Aleool à 90" 20 —

Eau de roses 70 —

ou la pommade au bioxyde jaune dhydrargyreà 1 pour 100 qui doime souvent des résultats très satisfaisants.

FURONCULOSE NARINAîRE

(Quelquefois, à l'entrée de la narine, on voit évoluer un fui'oncle vrai qui procède d'une pustule oriticielle folliculaire du type précédent. Le mécanisme de ces consécutions sera expliqué plus loin (p. 204). Ce furoncle est très douloureux parce qu'il se développe dans un derme très dense. Il est très déformant pour le visage à cause de l'œdème circonférentiel qu'il provoque, et il évolue vers la formalion d'un séquestre conjonctif bourbilleux à la façon du furoncle vrai,

96 DERMATOLOGIE TOPOGRAPHIOUE .

commun. Enfin il laisse après lui un œdème régional très long à disparaître. Le traitement de ce furoncle ne diflère pas de celui du furoncle en général (p. 206).

FISSURE NARINAIRE

Dans l'ensemble symptomatique que résument les trois articles précédents, figure souvent une fissure de la commissure narinaire antérieure, de durée longue, et récidivant après guérison. En aplatissant le nez on la fait ouvrir et bâiller: elle est souvent de proportions très minimes, sans rapport apparent avec les symptômes fonctionnels dont elle s'accompagne, car elle est sensible à tous contacts. Elle suit, précède, ou accompagne la pustulation folliculaire intra-narinaire; les attouchements au pinceau avec une goutte de Baume du Commandeur, les badigeonnages répétés de nitrate d'argent au 1/15, les pommades cadiques et l'huile de cade pure, donnent dans ces cas de bons résultats à condition que l'application en soit poursuivie un temps suffisant.

La cautérisation aux deux crayons, de nitrate d'argent d'abord et de zinc métallique ensuite, sera employée quand les premiers moyens auront échoué. La répéter chaque semaine jusqu'à guérison.

LUPUS TUBERCULEUX

Le lupus tuberculeux présente au centre du visage sa localisation la plus fréquente. Neuf fois sur dix il parait d'origine narinaire et débute par l'orifice môme du nez. On sait que les recherches de Straus ont montré la présence du bacille tuberculeux sur la muqueuse du nez de l'homme sain. Respiré avec les poussières de l'air, il est arrêté par le feutrage des poils narinaires, c'est là sans doute l'origine d'un certain nombre, au moins, des lupus si fréquents de ce siège.

Ce lupus débute ordinairement sur le rebord de la narine par un ou deux tubercules un peu saillants, roses, dont la congestion s'efface à la vrtropression, sauf pour le point jaune-rouge du centre. Ces tubercules grandissent, se multiplient, la nappe lupique dépasse l'oritice et envahit l'aile du nez ou le lobule.

Ici, comme partout, le lupus subit l'une ou l'autre des évolutions

rv'ARLNES.

bien connues que nous avons énumérées (p. 21) : évolution progressive, scléreuse, lente; évolution progressive rapide à tubercules cutanés mous (cette évolution laissant un placard saillant mollasse, qui peut devenir fongueux et s'ulcérer) ; évolution ulcéreuse mutilante.

Le lupus du nez est le plus dangereux de tous par son évolution

Fiii. 5i. — Lupus mutilant du nez et des, IcNres ,i>ant amené Tatrésie buccale et narinairc. (Malade de Le Dentu. Musée de l'hôpital Saint-Louis, n" 570.)

propre, son siège et la difficulté d'application du seul traitement vraiment curateur, qui est la photothérapie.

La loi qui doit régir la thérapeutique du lupus est plus vraie pour ce lupus que pour tout autre. Il faut faire le diagnostic dès le début et

Sabouhaud. — Dermatologie (opogr. 7

obliger le malade à se soigner sans relard. Les difficultés du traitement croissent avec la dimension et l'âge des lésions (')•

On peut, suivant le conseil de Finsen, combinera la photothérapie la discission des nodules lupiques par la scarification, la cautérisation des ulcères au permanganate de potasse au 1/100, au I/IO ou même pur.

Le traitement de l'intérieur des narines, presque inaccessibles à la photothérapie, appelle Tintervention répétée du galvano-cautère et les cautérisations aux deux crayons (p. 24).

Mais qu'on se rappelle bien que la photothérapie est nécessaire, et qu'on pousse le malade le plus possible à hâter cette intervention qui est la seule efticace absolument quand elle est bien faite. C'est la honte de la thérapeutique de voir encore de temps à autre des malades analogues à celui que représente la figure 34, des cas où la cicatrice a été faite si tardivement, est si difforme, si atrésique, que le visage en demeure monstrueux. De tels malheurs ne devraient plus se renouveler, puisqu'on a désormais le moyen de les éviter.

Page 1